Black riders, Tome 2 - Girl Crush
59 - Brandon
59
Brandon
Je quitte la salle de cours et soupire en notant la présence de Dannyboy dans le couloir, adossé contre le mur d’en face. Sa tête est penchée au-dessus de son téléphone, il doit probablement être en train de faire une de ses parties de GTA en ligne. Je n’ai jamais vu un mec aussi accro aux jeux vidéo.
Pops est revenu hier de sa virée. Son retour a marqué ma remise en liberté. Enfin, je dirais que je suis plutôt en conditionnelle, car une des clauses de mon retour est que j’ai toujours un prospect qui me colle aux basques pour s’assurer que je ne retombe pas dans mes travers. Si je veux être honnête, je suis rassuré de savoir que quelqu’un est là pour me rattraper en cas de rechute. Sauf à cet instant, car j’ai besoin d’être seul pour faire ce que j’ai prévu.
Sans grand espoir, je cherche à ne pas me faire remarquer. Sauf que le prospect doit avoir un radar pour me détecter, car à peine j’effectue trois pas qu’il me rejoint. Il sifflote avec son éternelle bonne humeur, ce qui a pour conséquence d’assombrir la mienne un peu plus.
Je m’immobilise et me tourne vers Dannyboy, énervé.
— Tu comptes me suivre partout ?
— J’obéis aux ordres, mec, me répond-il avec un haussement d’épaules.
Je grogne et poursuis ma route tout en m’efforçant d’ignorer mon geôlier.
Dans cette histoire, je peux m’estimer heureux que Pops me donne une seconde chance. Hier, lorsqu’il m’a refilé mon portable, je me suis senti mal. J’avais peur qu’il n’ait lu les messages que j’avais reçus, mais j’étais encore en vie, j’en ai déduit que lui et son club ignorent tout de l’existence de mon pacte.
Je ne sais pas comment contacter ces hommes pour leur dire que je laisse tomber, surtout avec un prospect qui surveille le moindre de mes faits et gestes. Je ne peux pas trahir Pops. Pas après tout ce qu’il a fait pour moi. C’est au-dessus de mes forces. J’ai réalisé que toutes les conneries qui me passaient par la tête ne sont vraiment que des conneries. Les événements de ces derniers jours auront eu au moins quelque chose de positif : je vois ma situation différemment et, surtout, je réalise l’ampleur de ma bêtise. À moi, maintenant, de trouver une solution pour réparer mes torts. Une petite voix me dit que mon chemin risque d’être long et laborieux.
— Écoute. Tu vois cette porte ?
Dannyboy regarde dans la direction que je lui montre.
— Je la vois.
— Il est écrit quoi dessus ?
Il lit la plaque et grimace.
— Toilettes.
— Tu comptes aussi me suivre là-dedans ?
Danny soupire, j’ai presque pitié pour lui.
— Brandon, je suis désolé, mais ce sont les ordres de Pops.
Je souffle, excédé, et grommelle :
— Laisse tomber.
Je fais demi-tour et quitte le bâtiment dans lequel nous étions pour me diriger vers le stade, le prospect sur les talons.
— On va où, maintenant ? m’interroge-t-il.
— Je vais aller régler mes comptes.
À son regard perplexe, je souris mais ne développe pas.
Quand nous atteignons le stade, je constate qu’aucun joueur n’est présent sur le terrain. Parfait !
Je m’engage dans le couloir qui mène au bureau du coach et frappe à la porte. Une voix bourrue s’élève de l’autre côté pour m’indiquer d’entrer. Danny me fait signe qu’il attend dans le couloir, le temps de mon entretien.
Quand je pousse la porte et que le coach me voit, il sourit de toutes ses dents.
— Annonce-moi une bonne nouvelle, fiston !
Il se cale contre le dossier de sa chaise et croise ses bras sur son ventre.
— J’accepte votre proposition, du moins si vous voulez toujours de moi.
Il part d’un rire franc et sa grosse paluche tape sur le plateau de son bureau.
— J’attendais ce jour comme le petit Jésus ! Viens t’asseoir qu’on cause tous les deux.
Pendant plus d’une demi-heure, il me donne les instructions pour mon futur poste. Quand il m’apprend que mon rôle sera surtout de faire trimer Connor et son copain, mon sourire s’élargit et je me dis que la vie est belle.
*
* *
Depuis plus d’une heure, je fais faire des tractions, des pompes et des abdos à ces types. Dès que l’un d’entre eux la ramène, j’allonge l’addition et le nombre d’exercices.
Cameron observe la scène et se marre. Il sait parfaitement que je suis en train de prendre ma revanche sur Connor.
Quand ce dernier commence à trop la ramener, je m’approche de lui et le surplombe :
— T’as un problème avec les consignes ?
Il me lance un regard furieux et me répond, les dents serrées :
— Aucun, mec.
J’esquisse un rictus.
— Dans ce cas, ça ne te dérangera pas de me faire trois fois le tour du stade ?
Il se relève d’un bond, tout son corps se crispe. Nerveusement, il ouvre et ferme ses poings comme s’il évaluait l’intérêt de m’en balancer un en pleine face. Finalement, il soupire :
— J’ai saisi le message, mec. Pour ton info, je n’ai pas couché avec ta copine. C’est pas faute d’avoir essayé, mais elle m’a fait marcher pour te faire chier.
Ses paroles me font l’effet d’un coup de massue.
Sans attendre de réponse de ma part, Connor part en trottinant pour faire les tours du stade que je lui ai demandés. La vie est vraiment belle. Enfin elle le sera si ces types me laissent tranquille.
Le coach annonce la fin de la séance, il n’en faut pas plus pour que Dannyboy me colle à nouveau.
— On fait quoi, maintenant ?
Sa voix enjouée me fait lever les yeux au ciel. Ce mec est toujours joyeux. C’est agaçant.
— Maintenant, on rentre à l’appart et je vais tenter de me faire pardonner.
*
* *
En arrivant à l’appartement, je ne suis pas particulièrement surpris de voir Jace dans le salon en guise de comité d’accueil. C’est à peine si j’ai le temps de m’engager dans la pièce qu’il se dirige droit sur moi au pas de charge. Ses poings crispés semblent le démanger et je ne serais pas étonné que l’un d’entre eux entre en contact avec ma joue ou mon estomac. Il s’immobilise à quelques millimètres de mon visage. Nos fronts se touchent presque lorsqu’il me lance d’une voix menaçante :
— La seule chose qui sauve ta carcasse de camé est Hayley. J’ignore la raison pour laquelle elle accepte toute la merde que tu lui as balancée au visage. Un seul mot d’elle et je fais de toi un homme mort.
Je ne cherche pas à me justifier auprès de lui. À la place, je lui demande :
— Où est-elle ?
— Tu as intérêt à te faire pardonner et à ne plus recommencer tes conneries. Elle est anéantie, mais elle ne cesse de te défendre.
Je reste silencieux et verrouille mon regard au sien en attendant qu’il veuille bien me donner la réponse à ma question.
— Elle est dans ta chambre, finit-il par admettre.
Je hoche la tête et le contourne.
Je pousse la porte lentement. Hayley se tient près de la fenêtre et regarde à travers. Devinant ma présence, elle se retourne lentement vers moi et me jauge pendant quelques secondes, silencieuse. Je m’apprête à prononcer les paroles qu’elle doit attendre de moi, mais je n’ai pas le temps d’émettre le moindre son qu’elle me menace :
— Surtout, ne t’avise pas de t’excuser.
Je la fixe sans comprendre. Elle avance de plusieurs pas jusqu’à se tenir à quelques centimètres de moi.
— Qu’est-ce que tu n’as pas compris, l’autre jour, quand je t’ai dit que je serais là pour toi quoi que tu dises ou que tu fasses ?
J’esquisse un sourire triste, serre son corps contre le mien, ses bras encerclent ma taille et je retrouve notre rituel : je l’embrasse contre la tempe.
— J’ai merdé en beauté, Glitter Girl, murmuré-je.
— On merde tous un jour, le plus important est d’être prêt à accepter la main que nous te tendons tous. Je suis là pour toi. Toujours.
— Comment peux-tu me pardonner ?
— Tu es mon ami, tu m’as sauvée. Accepte toi aussi d’être sauvé par ceux qui t’aiment.
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