Black riders, Tome 2 - Girl Crush
27 - Brandon
27
Brandon
Hier, après mon passage au stade, nous sommes rentrés en coup de vent à l’appartement avec Cam. J’ai trouvé un mot de Beverly placardé sur la porte de ma chambre m’informant que ma présence était obligatoire pour une virée en compagnie du club de son père le lendemain. Ça m’a fortement énervé, d’une part, parce que Beverly pense être en droit de me siffler quand elle veut et, d’autre part, faire une sortie en famille avec ces types est au-dessus de mes forces. Rageur, j’ai mis le morceau de papier en boule et l’ai balancé dans la poubelle. Et bien entendu, comme je suis entouré de nanas qui ne cessent de se préoccuper de moi, Hayley est arrivé à cet instant pour me parler elle aussi de cette fameuse sortie. Ma première réaction a été de vouloir refuser catégoriquement, mais j’ai ravalé mes paroles in extremis. Cette occasion est ce que j’attendais depuis mon retour. Ils ne cessent de m’envoyer des messages pour me rappeler le pacte que nous avons conclu. Cette sortie me permettra de les calmer pour quelque temps.
Cette journée a été organisée au pied levé par les Black Riders, je parie qu’il se trame quelque chose. Nous sommes en plein milieu de semaine et tous semblent vouloir abandonner leurs projets pour participer à cette sortie. Les scrupules que je nourrissais depuis mon retour sont balayés quand je constate que, pour leur trafic, ils sont prêts à utiliser les femmes et les enfants — qui seraient également de la partie alors que c’est un jour d’école —, pour détourner l’attention. Je me suis fait la promesse de protéger Hayley et Beverly de ces hommes. C’est d’ailleurs l’unique raison pour laquelle j’ai accepté de bosser pour eux quand ils sont venus me trouver.
J’attrape une bouteille d’eau et ma boîte de paracétamol dans mon sac placé à mes pieds. Pour une fois, je ne prends pas un cacheton en raison de ma commotion, mais parce que j’ai une énorme gueule de bois.
À peine réveillé, ce matin, j’ai juché mes lunettes de soleil sur mon nez et je ne les ai plus quittées.
— Conséquence d’une nuit trop arrosée ? m’interroge Beverly, tout en me jetant un rapide coup d’œil.
— Ça et le manque de sommeil aussi.
— Tu t’es bien amusé ?
— Ouais, réponds-je évasif.
Je ne suis pas mécontent qu’on soit arrivés à destination. Je partageais la voiture avec Beverly et Logan. C’est un chouette gamin, sauf qu’il parle trop. Il n’a pas su se taire une seule seconde. En sortant de la caisse, je suis lessivé et profite que Logan soit encore dans l’habitacle pour savourer quelques secondes de silence.
— Dis, Brandon, on m’a dit que tu étais hyper doué pour jouer au foot. J’ai pris mon ballon, tu voudras faire une partie ?
Je m’apprête à refuser en invoquant l’excuse de ma santé, sauf que ses yeux de chien battu me font dire un truc complètement différent :
— Si tu veux, je peux te montrer deux ou trois techniques.
Son regard s’illumine, une brève lueur victorieuse traverse ses pupilles et j’ai comme le sentiment de m’être fait piéger.
— Tu viens de te faire rouler, me dit Beverly, confirmant ainsi mes doutes.
— Il est très fort !
— Redoutable ! Mais ne t’en fais pas, on se fait tous avoir au moins une fois.
— Je ne sais pas si ça me rassure. C’est à quelle occasion, cette sortie ? lui demandé-je en changeant de sujet.
— Parfois le club aime bien faire des trucs imprévus. C’est leur façon de dire « on vit en marge de la société ».
— Et faire louper l’école aux gosses, ça ne leur fait rien ?
— Ce n’est qu’une journée, ils ne vont pas rater leur année scolaire pour ça !
— Vachement responsable…
— Merde, depuis quand tu joues les moralisateurs ?
Depuis que j’ai vu le vrai visage de ces types !
— T’as raison, les coups que j’ai reçus ont dû plus m’amocher que je ne le pensais.
— C’est la première fois que je t’entends faire une blague sur ce qui t’est arrivé.
— C’est que je m’en suis remis.
Beverly penche la tête sur le côté et m’analyse. Sans rien dire de ses conclusions, elle hoche la tête et change de sujet de conversation :
— File-moi un coup de main, on va vider la voiture et apporter les affaires avec celles des autres.
Nous faisons plusieurs allers-retours entre la voiture et le lieu de campement. Hayley vient en renfort, nous marchons tous les deux, côte à côte :
— C’est dingue, avec ces mecs, un simple pique-nique se transforme en une grosse fête. Regarde, il y a un type qui installe une enceinte ! Où il va choper l’électricité ? la questionné-je.
— Je crois qu’il y a un groupe électrogène.
Je tourne mon visage vers le sien, incrédule.
— T’es sérieuse ?
— J’en ai bien peur, oui.
— Ces mecs sont dingues.
— Avoue que c’est quand même sympa de sortir des codes.
Je réfléchis à sa remarque tout en analysant ce qui m’entoure. Je suis obligé d’admettre que ce que je vois est assez cool. Au lieu de le lui avouer, je pointe du doigt plusieurs mecs qui installent des tentes :
— Tu m’expliques ?
— Certains ont prévu de rester ce soir, je crois.
— Tu vas rester ?
Elle secoue la tête.
— Non, Jace va quitter les lieux au cours de la journée. Je rentrerai avec vous.
— Il va où ?
— Je ne sais pas. Une affaire du club.
— Ça ne te dérange pas de ne pas savoir ? lui demandé-je sceptique.
— Je lui fais confiance.
— Mais tu te doutes que ce n’est pas forcément légal ?
— Je préfère ne pas y penser. Tout ce qui compte, c’est que je sais qui il est au plus profond de lui.
Sa réponse me fait tiquer. Je voulais rester en retrait de sa relation avec Jace car même si je ne le supporte pas, ce mec a ramené Hayley à la vie. Mais les propos qu’elle tient face à cette situation me déplaisent, j’ai l’impression qu’on lui a lavé le cerveau. Si un jour ça tourne mal pour son copain, je ne veux pas la voir anéantie.
Finalement, je dévoile une partie de mes pensées.
— Je ne sais pas comment tu fais.
— Comment je fais quoi ?
— Comment tu arrives à gérer le fait que Jace n’est pas tout blanc.
Hayley soupire.
— Écoute, Brandon, sans lui, je ne serais pas devenue ce que je suis aujourd’hui.
— Sympa pour moi, lui rétorqué-je d’un ton blessé.
Ses paroles me font mal. À croire que tout ce que j’ai fait pour elle a été relayé aux oubliettes. À mon expression, Hayley se rend compte de mon changement d’humeur. Elle m’attrape par le bras et m’oblige à me tourner vers elle.
— Arrête, tu sais parfaitement ce que je veux dire.
Je considère mon amie. Le lien qui nous unit depuis notre enfance semble toujours aussi fort, car il nous suffit d’échanger un regard pour nous comprendre et deviner le cheminement de nos pensées. Les miennes me conduisent vers la crique où nous nous tenions tous les deux face à l’océan pour notre nouveau départ. À sa façon de m’observer, j’ai l’impression qu’elle aussi se visualise ce moment où je lui ai offert son sachet de paillettes. Ce jour-là elle et moi avions tiré un trait définitif sur le passé.
J’esquisse un sourire contrit.
— Désolé, je suis un peu à cran en ce moment. Et puis je réalise qu’il faut que je te laisse vivre. Tu as quelqu’un d’autre sur qui compter.
Mon amie m’enlace, comme si ce simple geste avait le pouvoir d’effacer la tension qui venait de s’installer entre nous. Contre mon torse, elle chuchote :
— J’aimerais sincèrement que vous vous entendiez tous les deux.
Je ne peux m’empêcher de ricaner.
— Tu réalises que tu demandes l’impossible ?
— Je sais. Mais vous êtes les personnes les plus importantes dans ma vie.
— S’il fait un effort, je veux bien en faire un. C’est tout ce que je peux te promettre, Glitter Girl.
Alors que nous reprenons notre marche, elle ajoute :
— Il t’apprécie, tu sais.
— On est bien en train de parler du même type ?
— Je t’assure que c’est la vérité.
— Il a une drôle de façon de le montrer, dans ce cas.
— C’est juste son côté emmerdeur qui prend toujours le dessus. Ce n’est qu’une façade.
— Si tu le dis.
*
* *
Je déglutis avec difficulté. Ce type fait froid dans le dos. Je suis sûr que ce salaud en a parfaitement conscience et qu’il en joue. Son visage n’indique pas la moindre émotion. Il est doué à ce petit jeu.
Alors que je suis debout comme un con à me tortiller comme un ver parce que je ne sais pas quelle attitude adopter face à lui, cet enfoiré est confortablement installé sur un banc, les avant-bras posés sur le rebord de la table, et me sonde d’un regard froid et implacable. Nom de Dieu, ce type
pourrait faire passer Ted Bundy 1 pour un amateur.
— Tout va bien, gamin ?
Je ravale le rire nerveux qui monte en moi. Si je vais bien ? Il est sérieux ? Je suis face à un criminel qui s’amuse au jeu de qui va pisser plus loin et il me demande si je vais bien ? Je m’éclaircis la voix et tente d’en masquer les tremblements. Et bien sûr, j’échoue lamentablement.
— Ça va.
Il incline la tête sur le côté tout en plissant les paupières, comme s’il jaugeait le degré de sincérité de ma réponse. Ses yeux glacés, si semblables à ceux de Beverly, continuent à me scruter pendant quelques secondes. Il esquisse une sorte de sourire qui me fait plus penser à un rictus de prédateur qu’à autre chose.
— J’ai l’impression que je te fous toujours la trouille.
Sans déconner…
— Y’a un peu de ça, marmonné-je.
Désinvolte, il hausse les épaules puis poursuit :
— T’as pas à avoir peur… (puis le regard rivé dans le mien, il ajoute d’une voix trop douce) sauf si tu as quelque chose à te reprocher.
Est-ce qu’il est au courant ? Non, impossible !
— Non, rien.
Alors que je cherche désespérément un prétexte pour quitter sa compagnie, l’intervention de Logan me sauve la mise. Il se précipite sur Pops et une chose complètement improbable se produit sous mes yeux : le père de Beverly se transforme. Le hors-la-loi devient père de famille. Son sourire ultra flippant devient avenant et son regard de glace se remplit d’une lueur bienveillante. S’il n’y avait pas ce gilet de cuir sur lui et ces tatouages en dessous, on pourrait croire que c’est un père de famille lambda. Cette nouvelle facette me déstabilise.
Beverly arrive à son tour et je pousse un soupir de soulagement. Ses yeux font des allers-retours entre son père et moi. Comme si elle venait de comprendre la situation, elle lève les yeux au ciel et s’exclame, à l’adresse de son père.
— T’as osé !
Pops, qui était attentif à ce que lui racontait Logan, la fixe d’un air innocent.
— Osé quoi, Princesse ?
— Ne fais pas semblant, je ne suis pas dupe. Tu lui as fait le coup du biker ultra flippant, prêt à dégainer son flingue au moindre mot de travers.
— Je ne vois pas de quoi tu parles. De plus, j’aurais eu du mal à le faire, c’est à peine s’il a prononcé quatre mots. Pas vrai, gamin ?
— Euh… Ouais.
— Tiens, tu vois ! Il ne sait même pas faire une phrase complète.
Je me renfrogne et Beverly marmonne dans sa barbe quelque chose comme « Mon père est un gosse ».
Si un jour on me demande de choisir un des moments que j’aurais préféré ne jamais avoir vécus, celui-ci pourrait être sur la liste. Vivre un repas de famille avec Pops est une expérience bizarre. J’essaie de me convaincre que je ne suis pas en train de partager un repas avec un chef de gang que je considère en partie comme responsable d’avoir bousillé ma vie. Je le fais pour Beverly, elle semble être heureuse de me voir à cette table.
Heureusement pour moi, Logan monopolise la conversation. Son débit de paroles est hallucinant, c’est à peine s’il prend le temps de respirer entre deux phrases. Ce qui me surprend le plus, c’est que Pops affiche un air impassible et semble suivre tous les trucs que le petit raconte. Ma rancœur envers lui s’estompe légèrement. Et si je m’étais trompé le concernant ?
Toutes ces questions et ces revirements de pensées commencent à me donner la migraine. Machinalement, je me masse les tempes. Alors que je croyais l’attention de Pops focalisée sur Logan, il perçoit mon mouvement. Il hausse un sourcil interrogateur et me demande en interrompant sa conversation avec le petit :
— Un problème, Brandon ?
J’arrête mon mouvement et mon regard croise le sien. La pression sur mon crâne se fait plus intense.
— Une migraine, marmonné-je.
Sans plus me préoccuper de lui, j’attrape la boîte de comprimés qui ne me quitte plus depuis quelque temps. J’en fais tomber deux dans ma main et les fixe, hésitant sur le nombre à prendre. Je décide de forcer la dose. Sans me soucier d’être le point de mire de mon assistance, j’attrape mon verre d’eau pour les avaler.
Au lieu de s’espacer, comme le médecin me l’avait prédit, mes douleurs ne cessent de s’amplifier.
La voix inquiète de Beverly me fait relever les yeux dans sa direction.
— J’ai l’impression que tu en prends de plus en plus.
— Faut croire que mes maux de tête sont de plus en plus fréquents, lui réponds-je sèchement.
Au regard que me lance son père, je réalise que je n’aurais pas dû lui répondre sur ce ton. Quel imbécile ! Aussitôt, je m’excuse auprès de Beverly. Non parce que son père me balance un regard glacial, mais parce que son expression peinée me comprime la poitrine.
— Désolé. C’est juste que la douleur est insupportable. En général, je suis à prendre avec des pincettes quand ça m’arrive.
— Ça t’arrive souvent ? me demande Pops.
— Plus que je ne le voudrais. C’est censé s’atténuer avec le temps, sauf que je n’en vois pas la fin.
Il hoche la tête et, de l’index, pointe la boîte que j’ai laissée sur la table.
— Fais gaffe, c’est plutôt costaud ces trucs. On peut vite devenir dépendant.
Sa voix se fait plus insistante sur ces derniers mots, comme s’il me défiait de le contredire.
J’attrape la boîte et m’empresse de la glisser dans ma poche, cherchant à masquer la preuve qu’il a raison et, surtout, que j’ai parfaitement conscience de devenir dépendant de ces médocs. Je sais ce que je risque en continuant d’en prendre, mais c’est ça ou me taper la tête contre le mur dans l’espoir de faire disparaître la douleur.
— Ne vous en faites pas, je respecte les doses prescrites.
— Si tu le dis.
Dannyboy arrive en petite foulées dans notre direction et interrompt notre conversation :
— Brandon, on fait un match avec les gamins, on est en train de former les équipes, tu te joins à nous ?
— Désolé, mec. Le foot, c’est fini pour moi.
— On joue avec des gosses, on va y aller mollo et, pour l’essentiel, on va surtout faire des passes.
J’observe tout le monde se regrouper un peu plus loin. Jace a le ballon à la main et la plupart des enfants courent autour de lui de manière bon enfant. Finalement, je me laisse convaincre.
— C’est d’accord.
— Tu es sûr que tu peux le faire ? m’interroge Hayley, inquiète.
— C’est avec les gosses, on ne va pas se plaquer. C’est juste un échange de balle.
— Sois prudent, quand même.
— Toujours, Glitter Girl.
Je lui décoche un clin d’œil et pars rejoindre les autres.
*
* *
Je ne suis qu’au milieu d’un pré, avec le ballon à la main, toutefois j’ai l’impression d’être à nouveau sur le terrain. Les sensations me reviennent de la même manière : le contact du cuir granuleux du ballon sous les doigts, l’analyse des joueurs pour déterminer qui est en meilleure position et lui faire la passe, le repérage des adversaires les plus dangereux, l’observation du mouvement de leurs pieds pour voir dans quelle direction ils envisagent de partir. C’est grisant. Sur le terrain, j’étais moi-même. J’oubliais tout : les sévices que subissait Hayley, le fardeau de ma promesse de toujours la protéger. Je ne pensais plus au fait que mon existence ne m’appartenait pas. Il n’y avait que le ballon, mes adversaires et mes coéquipiers.
On a formé les équipes au tirage au sort. Et bien sûr, dans l’équipe adverse, j’ai Pops, Jace, Sandman et June. La mienne est composée de Dannyboy, Splinter et Hayley. Beverly a préféré tenir le rôle d’arbitre, je suppose qu’elle sent le carnage arriver. À voir la tête de Jace, je devine qu’il ne rêve que d’une seule chose : réaliser le placage du siècle pour me faire bouffer l’herbe.
Ce match est une mauvaise idée, mon instinct me le hurle mais, tête brûlée que je suis, je persévère.
*
* *
Cette partie de football ne devait être qu’un simple échange de balle avec des enfants, sauf qu’avec ces mecs, ça s’est transformé en pugilat. Les gamins ont vite été écartés du match et les défis y sont allés crescendo. Résultat : j’ai le cul par terre et je me tiens le genou, qui gonfle à vue d’œil. Tous, sans exception, s’envoient des noms d’oiseaux et, pendant ce temps, je poireaute comme un con pour que quelqu’un ait enfin l’idée de venir me filer un coup de main pour me relever.
Mes yeux font des allers-retours entre Hayley, Beverly et Jace. C’est grâce à ce dernier que mon genou ressemble à une montgolfière.
— Vous n’êtes vraiment que des gosses ! Regardez dans quel état vous l’avez mis ! Bordel, vous ne pouvez pas laisser votre testostérone hors du terrain ? Non ! Il faut que vous jouiez à celui qui aura la plus grosse !
— Bev, c’est un accident, je te jure, tente de se justifier Jace.
Pour le coup, il a raison, c’est vraiment un accident. Sauf que c’est Jace. Il aime me faire chier autant que moi j’aime le faire. Se prendre quelques envolées par les filles ne va pas lui faire de mal, donc je le laisse se démerder avec elles. Voir Beverly se transformer en Valkyrie, debout, les mains sur les hanches, à tenir tête à Jace, a un côté ultra sexy. Bon sang, cette nana, je l’ai dans la peau…
— À d’autres, petit génie. Tu n’as jamais supporté la compétition ! T’es allé trop loin sur ce coup.
— Je suis désolé, petite sœur ! lui lance-t-il, énervé, en levant les bras vers le ciel.
— Ce n’est pas auprès de moi que tu dois t’excuser, mais auprès de Brandon.
Jace me lance un regard et, à sa tête, je devine qu’il préférerait se faire arracher les dents sans anesthésie que de s’excuser auprès de moi. J’esquisse un rictus et hausse un sourcil en attendant ses excuses… qui ne viennent pas. Je ne suis pas surpris, je pourrais même être déçu s’il l’avait fait. En attendant, son attitude amplifie la colère des filles et elles se mettent à le pourrir de plus belle. Je ricane, même si j’ai le genou en vrac, ça vaut le coup d’assister à la mise à mort de Jace.
— C’est le genou ?
Deux pieds bottés entrent dans mon champ de vision, je penche la tête en arrière pour voir à qui ils appartiennent. Splinter.
— Ouais.
Il s’accroupit devant moi et pose un sac près de lui.
— Montre.
Ce mec est hyper économe de ses mots.
— C’est pas grave, je pense. Il faut juste que le bleu monte.
Splinter bouge ma jambe dans tous les sens, puis rejoint mes conclusions :
— Rien de cassé.
Il fouille dans son sac, en extirpe un tube de crème et une bande, puis ajoute :
— C’est pas l’idéal, mais c’est toujours mieux que rien. Dès que tu rentres, tu mets de la glace pendant plusieurs heures, c’est le seul truc qui fonctionne sur les genoux en vrac.
— Ok.
— Et la tête, tu t’es pris un coup ?
— Non. Seul le genou a été touché.
Les hurlements des filles attirent notre attention dans leur direction :
— Ça se passe toujours comme ça vos sorties ?
— La plupart du temps, oui. Et encore, ils sont sages aujourd’hui.
Je ne suis pas habitué à ce que ce type fasse de l’humour, alors je reporte mon regard sur lui. Ce mec m’a toujours fait peur, je n’ai jamais été à l’aise à son contact. Je crois que ça vient de son regard. Il est froid, comme la plupart de ceux des mecs du club, mais il y a un petit truc déstabilisant, comme si quelque chose s’était éteint en lui.
— Ça serre pas trop ?
Sa voix me ramène à la raison pour laquelle il se tient près de moi. J’observe le bandage qu’il a fait sur mon genou. Ce mec est un pro.
— C’est bon.
— Bien. Je pense qu’il est temps pour toi d’entrer en scène, me lance-t-il en pointant du doigt les autres derrière lui.
Il a raison, les choses vont beaucoup trop loin.
— Bakers, Beverly a raison, t’as vraiment été con sur ce coup-là, lui assène Hayley.
— Mon ange, je te jure…
— Ça suffit. Tant que tu n’auras pas réglé ton problème de territoire avec Brandon, c’est pas la peine de venir me voir.
— Quoi ?
— J’en ai marre de devoir jouer les arbitres entre vous. Mets-toi dans le crâne qu’il sera toujours dans les parages. Sans lui… Sans lui je ne serais pas là aujourd’hui.
Jace va me trucider.
— Hayley ! l’interpellé-je.
Impossible de la retenir, elle fait une sorte de moulinet dans les airs avec sa main et s’éloigne d’un pas vif.
— Tu sais ce qu’il te reste à faire, on décolle dans dix minutes. Répare tes conneries si tu veux avoir l’esprit tranquille, souffle Pops, qui vient de rejoindre Jace.
Ce que vient de dire Pops attire mon attention. Les deux bikers s’échangent un regard qui en dit long. Dès le départ j’avais senti qu’il y avait anguille sous roche avec cette histoire de sortie de club, il semblerait que mes doutes soient fondés.
Jace me donne un coup de botte dans le pied de la jambe qui n’est pas bandée pour attirer mon attention et chuchote, de sorte que je sois le seul à l’entendre :
— T’as intérêt à être ultra convaincant pour faire croire à Hayley que tu as passé l’éponge.
Comme excuse, j’ai connu mieux !
J’opine et interpelle Hayley :
— Hayley, c’était un simple accident, Jace n’y est pour rien ! crié-je sans aucune conviction.
Ce dernier se retourne vers moi et me fixe, incrédule :
— Putain, c’est ça que tu appelles convaincant ?
— T’es pas meilleur pour les excuses, elles sont tout aussi pourries, rétorqué-je.
Cet échange de piques me fait grincer des dents, car je réalise que je finis par apprécier toutes les vannes qu’on se balance lui et moi.
Jace marmonne des trucs incompréhensibles et lance à voix haute, pour que la plupart des gens autour de lui, et surtout Hayley, l’entendent :
— Désolé, mec. Si t’étais pas toi… (heureusement pour lui, il tourne le dos à Hayley, donc elle ne peut pas voir l’expression de son visage lorsqu’il poursuit d’une moue écœurée et avec un regard de tueur), je te ferais un gros câlin pour me faire pardonner.
Je secoue la tête, dépité par la connerie de ce type. Hayley ne va pas gober toutes ces absurdités. Il me donne un second coup de botte dans le pied pour me faire réagir puis fait un mouvement de tête vers Hayley. Apparemment, je dois poursuivre la mascarade moi aussi.
— C’est bon, t’es pardonné, grogné-je.
Jace hoche la tête, satisfait de notre cinéma, puis se retourne vers Hayley.
— Il m’a pardonné, mon ange. Rapplique ton joli petit cul, j’aime pas quand tu me fais la tête.
Je me suis trompé, Hayley gobe ses conneries. Je vois bien qu’elle essaie de garder un masque sérieux, sauf qu’elle n’y parvient pas, son sourire se fait de plus en plus prononcé à mesure qu’elle s’approche de lui.
— T’es vraiment con quand tu t’y mets, Bakers.
— Je sais, lui répond-il en l’enlaçant. Mais un con que tu aimes, mon ange. Ne l’oublie pas.
1. Tueur en série américain.
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