Black riders, Tome 2 - Girl Crush
40 - Pops
40
Pops
— Explosif en trois lettres ?
Cela fait plus de trois heures qu’on se terre comme des lapins pour espionner le trafic des Eagles. D’après nos informations, ils doivent recevoir une cargaison sur les quais ce soir.
Après notre dernière réunion, on a décidé de renforcer la pression sur eux et d’intercepter la marchandise. Si au passage on peut descendre quelques-uns de ces tordus, ce sera toujours ça de pris.
Nous nous planquons donc chacun à un poste bien précis avec quelques frères.
J’avais presque oublié à quel point les surveillances sont chiantes. On passe des plombes à ne rien faire pour dix minutes d’action, pour le cas où l’info qu’on nous a refilée est bonne. Donc, quand j’entends dans l’émetteur la voix de Dannyboy nous demander un truc qui n’a rien à voir avec la raison pour laquelle nous sommes sur les quais, je ne suis pas étonné. Je me demandais d’ailleurs quand mes frères allaient partir en sucette, car jusqu’à présent ils se sont tenus tranquilles.
— T’es sérieux, mec ? On est en plein milieu d’une planque et tu es en train de faire des putains de mots croisés ? lui lance Spider d’une voix incrédule.
— Techniquement, ce sont des mots fléchés, précise posément Dannyboy. Et j’en fais pas, c’est June qui ne cesse de m’envoyer des messages pour que je l’aide à trouver les solutions.
— J’y crois pas ! Cet abruti a le cul dans une voiture peinard et il discute avec sa nana. Pendant ce temps, moi je suis en train de repousser les assiduités d’une saloperie de rat qui veut se faire ma jambe.
— Les assiduités ? Tu nous avais caché que t’avais du vocabulaire, Jace ! ricane Spider.
— Va te faire foutre, mec.
— Pour info, c’est moi qui partage la caisse avec Kung-fu man. Et depuis une heure il ne décroche aucun mot. À la place, il fait mumuse avec son cran d’arrêt. Je vous jure, les mecs, il a son regard de psychopathe, c’est ultra flippant, réplique Dannyboy.
— Kung-fu man ? lui demandé-je.
— C’est le surnom que June a refilé à Splinter. Je trouve aussi qu’il lui va bien.
Je soupire, excédé. J’aurais dû me douter que la brunette se cachait derrière ce surnom débile.
— Vous êtes dingues tous les deux, y’en a pas un pour rattraper l’autre, grommelle Jace.
— Elle vient de me renvoyer un message, elle insiste. Sérieux, aidez-moi, les mecs ! Elle va me les briser tant qu’elle n’aura pas la réponse.
La voix suppliante du gamin me dit qu’il n’est pas au bout de ses peines. Elle va le retourner comme une crêpe, si ce n’est déjà fait.
— Vas-y, répète ton truc. Au point où on en est, autant trouver de quoi passer le temps, reprend Spider.
— Explosif en trois lettres.
— Bombe 1 , lui répond-il, du tac au tac.
— T’es illettré ou quoi ? C’est en quatre lettres ! se marre Jace.
— Au lieu de te foutre de moi, balance tes idées, petit génie !
Seigneur, ces mecs sont aussi ingérables que des gamins !
— Cul 2 . C’est en trois lettres et ça peut être explosif, se marre Sandman.
— Oh bordel, qui m’a collé des crétins pareils ? marmonné-je, en levant les yeux au ciel.
— Oh allez, admets qu’elle était bien trouvée ! se marre-t-il.
— Vous êtes de gros lourdingues, les mecs. Vous en êtes conscients ? leur demandé-je.
— Ouais… Sauf que maintenant on est des lourdingues qui s’amusent, rétorque Spider, hilare.
Splinter, qui était resté silencieux jusqu’à présent, intervient calmement :
— T.N.T.
Le silence s’établit dans l’émetteur, puis la voix de Dannyboy retentit à nouveau :
— Tu sais que tu es un génie, frangin ! Tu me sauves la mise, je te revaudrai ça.
— Fais gaffe aux paroles que tu prononces avec Splinter, tu ne sais jamais dans quoi tu t’engages, fait remarquer Spider.
Alors que je les écoute d’une oreille, je focalise mon attention sur ce qui nous entoure, à la recherche du moindre changement qui pourrait nous informer que notre cible approche. C’est à cet instant que je repère la voiture sous le réverbère, et son occupant.
— Merde !
— Qu’est-ce qui t’arrive, Prés’ ? m’interroge Jace.
— C’est un gosse dans la voiture, là-bas ?
— Où ça ?
— Dans la caisse à l’angle de la rue, en dessous du réverbère.
— Ça y ressemble, confirme Spider.
— Il appartient à qui ? Qu’est-ce qu’il fait tout seul ? demande Dannyboy.
La voix froide de Splinter intervient.
— Si tu veux mon avis, c’est le gosse de la pute qui est sur le trottoir pas loin. Elle ne cesse de jeter des coups d’œil rapides dans sa direction.
— Elle est conne ou quoi ? s’exclame le plus jeune de mes frères.
— On ne lui a pas laissé le choix ! Observe-la bien, elle guette vachement la voiture, précise Splinter.
— N’empêche, imagine qu’une pourriture veuille le gamin en guise de dessert. C’est une brindille, la fille, elle ne pourra pas protéger son rejeton, poursuit le gamin. C’est sur ce genre de nana que ta souris devrait se pencher, pas sur nous.
J’ignore sa réflexion sur l’assistante sociale et lui rétorque :
— Cette fille est désespérée. Je partage l’avis de Splinter, elle a été obligée de faire le tapin.
— Tu prends sa défense, Prés’ ? J’aurais pensé que la présence du petit t’aurait fait péter un câble.
— Non, fiston. Je sais reconnaître le désespoir.
Le sort de cette fille m’inquiète, elle doit avoir un an ou deux de plus que ma gamine et je ne donne pas cher de sa peau. On est dans un secteur où tout est permis, les Eagles font souvent leurs emplettes dans le coin. S’ils la repèrent, la petite est foutue, car ces salopards sont réputés pour leur réseau de prostitution. Ils enrôlent des nanas qui ne sont absolument pas consentantes en les menaçant de s’en prendre à leur famille. Dans certains clubs comme celui des Eagles, même les copines des prospects sont mises sur le trottoir le temps de la probation de ce dernier. Quoi qu’il en soit, dès qu’une fille a été placée dans la rue, elle ne peut plus échapper à son destin. Je me souviens d’une histoire concernant les Hell’s. L’une de leurs filles a eu le courage de témoigner contre le président d’un chapitre. Lorsque le club a découvert son identité, ils sont allés la refroidir. Elle s’appelait
Margo Compton 3 et était à peine âgée de vingt-quatre ans. Quand ils se sont pointés chez elle, à Gaston, elle était en compagnie de ses filles, des jumelles de six ans, et de son beau-fils, qui avait tout juste dix-neuf ans. Les Hell’s n’ont pas hésité, ils ont tué tout le monde d’une balle dans la tête.
— Ok. Les gars, on oublie la pute et son gosse pour le moment, il y a du mouvement. Un van noir est en approche, nous informe Spider. Pops, tu devrais le voir arriver dans pas longtemps.
Quand le véhicule entre dans mon périmètre, je confirme.
— C’est bon, je l’ai en visuel. Danny, Splinter, vous êtes prêts ?
— Ouais…
— Jace, tu sais ce que tu as à faire ?
— Je suis le fournisseur et j’essaie de ne pas me faire repérer.
— T’essaies surtout de ne pas te reprendre un pruneau, ricane Splinter.
— Va mourir.
— Arrêtez de jouer aux cons tous les deux ! Spider, t’es opérationnel ?
— C’est ok pour moi, Prés’.
— Les gars, n’essayez pas de jouer au plus fort. Je déteste devoir pisser
sur les tombes 4 , précisé-je.
Mes hommes ne me répondent pas, ce qui m’indique qu’ils ont conscience du danger et qu’ils se concentrent sur la mission. Je jette un dernier regard vers la fille avant de reporter mon attention sur le van et sur l’échange, qui ne va pas tarder.
Le véhicule s’engouffre dans une ruelle. Une autre voiture se dirige peu de temps après dans la même ruelle. Non loin, deux motos font leur apparition, certainement les gars en soutien en cas de pépin.
— Deux motos, j’indique.
— J’ai vu, m’informe Splinter.
— Les gars du van semblent être seuls, constate Jace.
— Jace, tiens-toi prêt, ils vont décoller. Si tu sens que tu es repéré, tu décroches.
— Ok. On se retrouve au club. À plus, les gars.
— Splinter, on attend que la voiture se barre et ensuite tu la prends en chasse. Spider et moi, on s’occupe des types en moto. On les raye de la carte et on rejoint Splinter.
— Je suis prêt, Prés’.
— Danny, ouvre bien les yeux. T’es le copilote de Splinter, il va avoir besoin de toi pour s’orienter, surtout en cas de course-poursuite. Il ne pourra pas tout gérer. Tu ne perds pas la caisse des yeux quoi qu’il arrive.
— Compris, Prés’.
1. Bomb, en anglais.
2. Ass, en anglais.
3. Margot Compton a été assassinée le 7 août 1977, à la suite de son témoignage contre les
Hell’s Angels, dans le cadre d’une affaire de prostitution.
4. Dans certains clubs, lorsqu’un membre meurt, au cours de la cérémonie funéraire, ses
« frères » ont pour rituel d’uriner sur la tombe du défunt, c’est leur façon de dire au revoir.
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