Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 57 sur 76

Pages du PDF

Black riders, Tome 2 - Girl Crush

57 - Brandon

57

 

Brandon

 

À peine les paupières ouvertes, je les referme instantanément. Je pose mon avant-bras sur mes yeux pour faire barrage à la luminosité.

Cela fait plusieurs jours que je suis dans ce chalet avec Splinter pour garde. Pops a quitté les lieux pour quelques jours, me laissant seul avec son acolyte. Je ne sais pas trop comment me comporter avec lui.

Les trois premiers jours, j’ai été si malade que mon corps n’était que souffrance. Sur le coup j’ai cru avoir attrapé un virus, mais Splinter m’a expliqué que j’étais en manque et que mon corps réclamait les substances chimiques que je lui faisais ingurgiter depuis des semaines.

Je pensais qu’il allait me laisser mourir à petit feu en voyant la loque que j’étais devenu. Je l’ai supplié de me donner ne serait-ce que du paracétamol et, sans s’énerver, il est resté à mes côtés sans avoir l’air de me juger. Sans se plaindre, il m’a apporté des serviettes fraîches pour essuyer ma transpiration trop abondante, m’a obligé à m’hydrater et m’a tendu des bassines chaque fois que j’ai vidé le contenu de mon estomac.

Son attitude durant ces derniers jours me pousse à le regarder au-delà des apparences. Il est beaucoup plus complexe que ce que je pensais et j’ai suffisamment d’expérience avec Hayley pour deviner qu’il vit avec ses propres démons.

Ce matin, mis à part la gêne de la luminosité, je commence à me sentir mieux. J’en ai marre de rester enfermé et l’appel de l’air frais se fait ressentir. Je balance mes jambes hors du lit pour aller me passer le visage sous l’eau.

Quand je sors de la salle de bain, je pars à la recherche de Splinter. Depuis le salon, je distingue des notes de guitare qui proviennent de dehors.

Dès l’instant où j’ouvre la porte, Splinter cesse d’égrener les notes et ses yeux d’obsidienne m’analysent.

— T’as une tête de cadavre, mais ça semble aller mieux.

— Je me sens encore faible, mais je pense que le plus dur est passé.

Splinter hoche la tête. D’un mouvement du menton, il me montre un paquet de chips posé sur la table.

— Avale un morceau avant de tomber dans les pommes.

Je tire une chaise vers moi et m’assois pendant que Splinter pose sa guitare à ses côtés.

— Je vais rester ici encore combien de temps ?

— Jusqu’à ce qu’on soit convaincus que tu ne vas pas replonger.

J’attrape le paquet de chips, j’ai besoin de m’occuper les mains.

— Je ne peux pas me permettre de louper les cours trop longtemps.

— Hayley nous fait passer tes cours. Vois le positif, t’es au calme pour étudier, me lance-t-il avec un rictus moqueur.

J’observe les alentours. À la vue des gigantesques arbres qui nous entourent, je ne peux qu’être d’accord avec lui. Les seuls bruits que nous entendons sont ceux de la nature.

— Donc, c’est ici que tu vis, lui dis-je, tout en cherchant un sujet de conversation.

— Disons que c’est un lieu de retraite quand je veux être au calme.

Je replonge dans le silence. Splinter n’est pas du genre à tenir la conversation. D’ailleurs, en le voyant se lever, je soupçonne qu’il ne cherche pas à en établir une. Ces prochains jours vont être fort amusants…

Je reste seul avec mes pensées. Pops m’a peut-être sorti de la drogue, mais mon retour dans le monde réel ne s’annonce pas joyeux.

*

* *

— Beverly semble être importante pour vous.

J’observe la psy pour déterminer où elle veut en venir en me parlant de Beverly. Son air impassible ne me renseigne pas, je décide donc de jouer franc jeu.

— Elle l’est. Elle a joué un rôle important durant mon séjour à l’hôpital. Sa présence me fait me sentir mieux. Franchement, je pourrais presque parier que d’ici quelques séances vous serez débarrassée de moi.

— Le temps nous le dira.

— Vous en doutez ?

Son manque d’enthousiasme fait retomber le mien comme un soufflé qu’on sort du four.

— La guérison de chaque patient est différente, je ne veux pas brûler les étapes.

— En parlant d’étapes, lors de notre dernière séance, vous m’avez parlé de plusieurs phases. Je pense les avoir toutes franchies.

— Je ne pense pas, Brandon. Je ne vous les ai pas toutes citées.

La psy garde le silence pendant quelques secondes puis enchaîne :

— Vous n’en avez pas conscience mais, depuis votre retour de New York, vous irradiez de la colère.

— C’est une autre phase ?

— En effet. Généralement, le patient se plonge dans un grand mutisme, développe des pulsions de vengeance. Il reproche à son entourage ce qui lui arrive et le rend responsable de la situation. Si le patient ne sort pas rapidement de cette phase, il peut glisser vers une pente dangereuse et se perdre en chemin. Mon rôle est de vous permettre de comprendre pourquoi vous ressentez ou exprimez certains sentiments.

Sa clairvoyance me donne envie de fuir.

— Écoutez, vous êtes très certainement compétente, mais avec moi toutes ces séances ne fonctionnent pas. Je préfère arrêter, on perd notre temps tous les deux.

— Brandon, vous avez peur et c’est tout à fait normal. Si nous arrêtons à ce stade, vous ne vous remettrez jamais de votre traumatisme.

Je me lève de mon fauteuil et rive mon regard au sien.

— Je prends le risque.

Je quitte son bureau sans un regard en arrière.

*

* *

Splinter ressort des bois couvert de sueur, il a retiré son t-shirt et s’essuie le torse avec. Je l’observe gravir les marches de la véranda tout en me demandant ce qui a pu le mettre dans cet état. Quand il atteint ma hauteur, je le questionne :

— T’as fait quoi dans les bois pour être dans cet état ?

— Je me suis entraîné, me répond-il laconique.

— Entraîné ?

— Tu parles toujours autant ? souffle-t-il, énervé.

— J’essaie de tuer le temps pour ne pas devenir fou, lui rétorqué-je.

— Je pratique les arts martiaux, finit-il par me répondre avant de s’engouffrer dans la maison.

Je soupire, je finis par regretter la présence du père de Beverly. Au moins, il parlait un peu plus que Splinter.

Je décide d’aller vers le tas de bois que nous avons coupé l’autre jour, il reste encore plusieurs bûches qui n’ont pas été rangées dans l’appentis. Ça me fera une occupation comme une autre.

*

* *

Je dois en être à mon cinquième aller-retour quand Splinter me rejoint. Il ne prononce aucun mot et porte, lui aussi, quelques morceaux de bois.

Je suis en train d’en entasser plusieurs sur une pile lorsqu’il me lance :

— T’as conscience que tu peux rechuter à n’importe quel moment ?

Je me frotte les mains sur mon jean et lui confirme.

— Je sais.

— T’es en sursis, avec Pops. Un pas de travers et il deviendra beaucoup moins clément. Sur ce coup, c’est Beverly qui a sauvé ta peau.

— Je ne veux pas replonger, lui annoncé-je d’un ton ferme.

— Tu dis ça maintenant, mais quand tu seras dehors avec la pression et la tentation sous les yeux, tu sauras tenir le même discours ?

Je soupire, résigné face à l’évidence :

— Je ne suis sûr de rien et ça m’effraie. Tout ce que je sais à cet instant précis, c’est que je ne veux pas replonger.

Splinter s’adosse contre le tas de bois et m’analyse silencieusement. Les mots qu’il prononce sonnent comme une sentence.

— Tu nous caches encore un truc. Pops ne l’a pas encore deviné, mais ce n’est qu’une question de temps pour qu’il s’en rende compte. Rends-toi service et annonce-lui la couleur avant qu’il soit trop tard.

D’une impulsion, il se détache de l’amoncellement de bûches et retourne vers la maison. Avant de ne plus être à portée de voix, il fait volte-face et ce qu’il me dit me fait froid dans le dos.

— N’oublie pas, t’es en sursis avec nous. On a été sympas jusqu’à présent pour Beverly. Un mot ou une larme d’elle et Pops et tous les frangins seront à tes trousses. Crois-moi, tu n’as vu que notre bon côté, jusqu’à maintenant !

OceanofPDF.com