Black riders, Tome 2 - Girl Crush
63 - Brandon
63
Brandon
Ils ont mis leurs menaces à exécution…
J’ignore depuis combien de temps je me trouve dans cette salle d’interrogatoire. J’ai l’impression d’être le personnage principal d’un mauvais film policier.
Pour la énième fois, j’évalue la pièce du regard. Les murs sont nus. Aucune horloge qui me permettrait de deviner depuis combien de temps j’attends qu’on vienne me voir. Mes jambes ankylosées m’indiquent que je dois y être depuis un bon bout de temps, mes bras me font souffrir aussi. Je ne peux pas les détendre, mes mains sont entravées par des menottes qui, elles-même, sont accrochées à un anneau sur la table.
Avant de me faire entrer dans cette pièce lugubre, on m’a fait retirer ma ceinture et mes lacets. Comme s’ils pensaient que je serais capable de me suicider alors que je suis attaché à cette table. Tout est silencieux, seul le néon de la salle émet une sorte de grésillement sourd.
Je fixe mon reflet sur la vitre sans tain, et ce que je vois me fous la nausée. Est-ce qu’on m’observe ? Probablement. C’est ce qui se passe dans les films, alors pourquoi pas dans la vraie vie ?
Je risque gros dans cette affaire. J’ai vingt et un ans, et les flics m’ont arrêté pour possession de drogue, je pourrais aller en taule. Même si cette came ne m’appartient pas.
Est-ce que j’ai le droit d’avoir un avocat tout de suite ? Si c’est le cas, je ne saurais pas qui appeler. Est-ce qu’un commis d’office va intervenir ? Je suis perdu, cette situation me dépasse.
Le bruit d’une clef dans la serrure coupe court à mes idées. Je me redresse et attends, sur la défensive. La porte s’ouvre sans surprise sur les deux fédéraux qui me harcèlent depuis plusieurs mois. S’il me restait le moindre doute, il vient d’être balayé : je suis victime d’un coup monté.
Méfiant, je les observe approcher silencieusement. Un des deux tient un dossier assez épais entre ses mains. Chacun tire une chaise et se place face à moi, de l’autre côté de la table.
*
* *
Depuis leur entrée, ils n’ont encore prononcé aucun mot. Est-ce que je vais avoir le droit à la scène du gentil flic et du méchant ? Si je n’étais pas autant dans la merde, je pourrais presque rire. Le plus grand des deux pose le dossier face à lui, sans l’ouvrir. Je ne sais pas si je dois parler le premier, alors j’attends qu’un des deux se décide à le faire.
L’autre homme pousse un soupir et prend finalement la parole.
— Bonjour, Brandon.
Je me remue sur la chaise, mal à l’aise.
— Bonjour.
Ma voix me fait tiquer car elle n’est que tremblement.
— Ta situation est fâcheuse.
Je ne sais pas comment je parviens à trouver la force de leur répondre :
— Elle est fâcheuse parce que vous m’avez piégé.
— Ce sont de graves accusations que tu portes contre nous.
Mes poings se crispent. La lueur de défi que je lis dans leurs yeux me comprime la gorge.
— On peut comprendre pourquoi tu as plongé dans la drogue et ce n’est pas un simple consommateur qui nous intéresse.
— Cette drogue ne m’appartient pas et vous le savez, rétorqué-je les dents serrées, tout en m’efforçant de garder mon calme.
Le plus grand fait comme si je ne l’avais pas interrompu et poursuit :
— Nous pouvons oublier cette arrestation si tu te décides enfin à nous parler des Black Riders…
— Vous n’avez pas le droit de recourir au chantage.
— Brandon, nous tenir tête n’arrangera pas tes affaires. La prison n’est pas une expérience à vivre pour quelqu’un d’aussi jeune que toi !
Je ne relève pas sa remarque et m’enferme dans un mutisme.
— Ta meilleure amie, Hayley, traîne avec l’un d’entre eux, elle n’aurait rien laissé transparaître par inadvertance ? enchaîne l’autre agent.
La scène d’Hayley en pleurs parce que Jace avait essayé de lui cacher sa blessure par balle me revient en mémoire.
Il semblerait que je ne sois pas doué pour masquer mes sentiments car les fédéraux détectent tout de suite mon hésitation :
— Je t’écoute. Dis-moi ce à quoi tu penses.
— Vous vous trompez.
Je sais que ce n’est pas futé de ma part de leur mentir, mais si je balance le peu que je sais, Hayley pourrait être inculpée pour complicité ou un truc du genre. De plus, avec tout ce que Pops et Splinter ont fait pour moi, je ne peux pas les trahir.
Le flic hoche lentement la tête et pousse un soupir à fendre l’âme, comme s’il éprouvait des remords.
— Je vais être direct avec toi, ta situation est plus que délicate. Nous avons pu lire dans ton dossier universitaire que tu souhaites devenir médecin. C’est toujours le cas ?
— Oui.
— Tu risques d’avoir du mal à réaliser ce rêve…
— Comment ça ? demandé-je, de plus en plus nerveux.
— Pour prêter serment, ton dossier doit être irréprochable. Or, avec une inculpation pour consommation et détention de drogue, tes chances d’y parvenir sont inexistantes.
Je laisse à ses paroles le temps de me pénétrer.
— Je vois, réponds-je d’un ton étonnamment calme. À demi-mot vous êtes en train de me dire que mon avenir dépend de votre bon vouloir. Et vous vous apprêtez à me faire une proposition pour que chacun y trouve son compte. Je me trompe ?
— Tu comprends vite les choses. En effet, deux choix s’offrent à toi : à toi de faire le bon. Soit tu nous donnes des renseignements sur les Black Riders et on efface ton inculpation, soit tu te tais et ton dossier passera devant un juge.
— C’est du chantage, déclaré-je.
Je ne sais pas comment je parviens à garder mon sang-froid. Mes paumes sont moites, mon palpitant carbure, mais malgré tout ma tête reste calme.
— Pas du tout, c’est du donnant-donnant. On te rend rend ta liberté et en échange tu nous aides à coincer ces fumiers.
Je reste silencieux quelques secondes dans l’espoir de trouver une porte de sortie. L’étau se resserre autour de moi.
— Là où ça coince, leur expliqué-je patiemment, c’est que je ne sais rien sur eux. Je ne mets pas les pieds dans leur club et je doute qu’ils répondent à mes questions.
— Tu es proche de la fille de Pops, m’informe le plus petit.
Mon sang-froid est mis à rude épreuve, il vient d’appuyer sur mon talon d’Achille.
— Hors de question que j’utilise Beverly pour sauver ma peau !
— C’est ça ou la prison, insiste-t-il impitoyablement. Les juges californiens ne sont pas réputés pour leur clémence dans les cas de drogue.
— Dans ce cas, je choisis la prison. Sans aucune hésitation, déclaré-je d’un ton froid sans prendre la peine d’analyser les conséquences de mes paroles.
— Tu es sûr de toi ?
— Oui. Tout comme je suis sûr d’avoir des droits. À partir de maintenant, je réclame le droit de passer un coup de fil à un avocat.
Les deux hommes me considèrent, silencieux quelques instants, puis un des deux finit par convenir :
— C’est ta décision.
Les flics quittent la salle d’interrogatoire et me laissent encore mariner seul pendant quelque temps. Finalement, un autre officier se pointe et m’entraîne dans un bureau.
— T’as réclamé une téléphone, m’informe-t-il, tu l’as. Profite de ce dernier droit. Dans pas longtemps, ils vont se faire rares.
Je tiens le combiné entre les mains et prends conscience que mon choix est restreint. J’inspire profondément et compose celui de la dernière personne à laquelle je pensais réclamer de l’aide un jour. Si cette histoire se termine bien, je risque d’en entendre parler jusqu’à la fin de mes jours.
— Ouais.
— Jace, c’est Brandon.
— T’appelle de quel téléphone ? Le numéro est inconnu, me demande-t-il, méfiant.
— Je suis chez les flics. J’ai besoin d’aide.
Le silence s’établit sur la ligne, puis Jace reprend le fil de la conversation :
— Merde ! Ne dis plus rien, j’appelle notre avocat. Dans une heure maxi il sera là.
— Merci.
— Tu me remercieras quand tu seras dehors.
— Il faut que je raccroche ?
— Sauf si tu veux me chanter la sérénade, me balance-t-il, ironique.
— Même dans un moment comme celui-ci tu joues au con ?
— Tu commençais à devenir trop larmoyant.
Il se tait et reprend son sérieux :
— Brandon, je ne plaisante pas, si tu veux sortir de cabane, aucun mot ne doit filtrer de ta bouche. Les condés sont les rois pour retourner tes propres paroles contre toi.
— D’accord.
— Tiens le coup, ça va pas durer longtemps. L’avocat et Pops vont gérer.
— Entendu. Vous ne me laissez pas tomber, hein ?
— Quand est-ce que tu vas t’ancrer dans le crâne qu’on laisse pas tomber la famille ?
— C’est que je n’en fais pas partie.
— Putain, c’est pas le moment de parler de tout ça, grogne-t-il. Tu es le meilleur ami d’Hayley et tu as veillé sur elle toute ta vie, bien sûr que tu appartiens à la tribu. Alors tu vas m’écouter une dernière fois et ensuite tu raccroches, tu m’as bien compris ?
— Oui.
— La seule chose que tu fais dans les prochaines heures, c’est te taire. Tu fermes ton clapet et tu attends.
— Ok.
— Bien. On gère la situation.
Je raccroche et le flic entre presque aussitôt dans la pièce.
Les mains toujours menottées, il me conduit dans une cellule. Je suis chanceux, pour l’instant, je suis le seul occupant.
Je m’assois sur un des bancs qui longent le mur et appuie ma tête contre ce dernier en fermant les yeux. Je pense pouvoir dire que je vis un des pires moments de mon existence. Et ce grâce à Luke O’Neill.
*
* *
— T’es prêt pour une dernière question ?
— Balance !
— Qu’est-ce que la bioremédiation ? Réponse A : l’utilisation d’organismes vivants pour retirer les contaminants nocifs dans notre environnement. Réponse B : une exposition volontaire à un flux de rayonnement ionisant. Réponse C : utilisation…
— Réponse A, le coupé-je. C’était simple.
— C’était simple parce que tu connais ton cours. Le type qui n’y connaît rien peut se mélanger les pinceaux et donner la mauvaise réponse.
— Ça veut dire que je suis prêt pour mon partiel ?
— T’es plus que prêt. Tu vas tout déchirer. Je t’ai posé pas mal de questions vicieuses et tu n’es pas tombé dans le panneau. Reste concentré sur ta feuille le jour de l’exam, ne stresse pas et tu devrais pouvoir gérer.
— Parfait. Merci.
— Pas de quoi. Dis-moi, tu peux me rendre un service ?
— Ouais.
— J’ai oublié d’aller chercher un planning chez la secrétaire de Sutherland. Il faut le récupérer maintenant et je peux pas bouger de la pièce, j’attends quelqu’un… pour… enfin tu vois, quoi, ajoute-t-il mal à l’aise. Tu peux y aller à ma place ? Elle va fermer son bureau dans pas longtemps et je vais être coincé. C’est vraiment important ce document.
*
* *
Je pense que c’est pendant mon absence que ce mec m’a foutu sa came dans mon sac. Il a profité du fait que Dannyboy venait de quitter la pièce pour passer un coup de fil. Je ne vois que cette explication. Je regrette d’avoir insisté auprès de Pops pour que ce mec continue à me donner les cours de soutien, mais je n’avais personne d’autre sous la main. En attendant, à ma sortie, il a intérêt à me fournir un bon prétexte pour que je le laisse en vie. Enfin, pour que Pops le laisse en vie.
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