Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 71 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

71 - Pops

71

Pops

 

C’est dans ces moments-là que je préférerais ne pas être président d’un club. J’ai beau m’armer de courage et avoir vécu cette scène à plusieurs reprises, je me fais toujours l’effet d’un couard. Je suis pris de remords car au fond de moi je sais que je suis responsable de ce qui arrive.

J’entre dans l’appart des gamins. Tout est silencieux. La lumière est éteinte. Vu l’heure, ils sont tous en train de dormir. J’hésite entre les réveiller ou leur laisser profiter de leur innocence pour quelques heures encore. Après tout, les prévenir maintenant de la mort de Dannyboy ne va pas le faire revenir. Sauf que si je me mets à la place de June, j’aurais aimé qu’on me prévienne dans la foulée. La gosse est loin d’être idiote, elle sait parfaitement qu’il se tramait quelque chose ce soir.

Je me passe une main lasse sur le visage et expire un bon coup pour évacuer la tension qui m’habite. Je finis par me décider à quitter le hall d’entrée et m’engage dans le salon.

L’écran de la télé est allumé. La lueur bleutée se reflète sur une silhouette allongée sur le canapé. Brandon. Comme s’il avait deviné une présence, il se réveille en sursaut. Il se redresse en se frottant les yeux pour faire disparaître les dernières traces de sommeil. Son visage devient subitement grave, il m’observe avancer dans le salon en boitant. En plus de mon bras, une balle m’a effleurée quand j’ai essayé d’extraire Danny. Sous l’effet de l’adrénaline, je n’ai rien senti, c’est en rentrant au club que mon esprit a finalement pris conscience de la douleur. Les frangins m’ont rafistolé vite fait.

Tant bien que mal, je m’affale sur l’un des fauteuils. J’ai l’impression d’avoir pris dix ans en une fraction de seconde.

Sa voix anxieuse brise le silence de l’appartement.

— Vous êtes blessé ?

— Des égratignures, résumé-je.

— Vous avez besoin d’être soigné ?

— Ça va, Splinter y a jeté un coup d’œil.

Le gamin opine, puis il rive son regard au mien et me pose la question que je redoute d’entendre.

— Il s’est passé quelque chose ?

— On peut dire ça comme ça… lui réponds-je en inspirant profondément.

— Que s’est-il passé ?

— Dannyboy est mort.

Le couperet tombe sans appel. Brandon accuse le choc et jure entre ses dents.

— Nom de Dieu.

Je hoche la tête. Il n’y a rien à ajouter. Sa réflexion résume à elle seule la situation.

— June va être brisée.

— Je suis venu pour lui annoncer moi-même la nouvelle. Où est sa chambre ? demandé-je en balayant le couloir du regard.

— Deuxième porte à droite, chuchote Brandon avec des larmes dans la voix.

J’observe le petit, il semble aussi terrassé par la nouvelle que je le suis. Les épaules affaissées et les avant-bras en appui sur les genoux, son regard est rivé au sol. Le tremblement de son dos m’indique qu’il entame sa phase de deuil.

Je prends appui sur les accoudoirs et me force à me lever. D’un pas lourd, je me dirige vers la chambre de June. L’estomac noué, j’entrouvre la porte.

La gamine est allongée sur le ventre, les draps entortillés autour d’elle. Elle affiche l’expression de ceux qui dorment en toute confiance.

Sans faire de bruit, je m’approche de son lit et m’assois sur le rebord. Je lui secoue légèrement l’épaule pour l’extirper du sommeil. D’un mouvement de la main, elle chasse la mienne comme si elle était un insecte dont elle aimerait se débarrasser.

— Danny, arrête de m’emmerder et viens te coucher, marmonne-t-elle.

— Ce n’est pas Danny, brunette.

Au son de ma voix, ses yeux s’ouvrent en grand. Elle comprend immédiatement la raison de ma présence. Ses yeux s’emplissent aussitôt de larmes et, dans un murmure, elle prononce le prénom du gamin :

— Danny…

— Il y a eu un souci ce soir…

— Je vous en supplie, dites-moi qu’il va bien, chuchote-t-elle en agrippant ma main.

— Non, brunette, lui réponds-je à voix basse et en secouant la tête, je suis désolé… Dannyboy… (Les mots se coincent dans ma gorge, j’inspire un bon coup pour les déloger.) Dannyboy est mort.

— Non, non, non, gémit-elle. (Elle me tambourine le torse pour rejeter la réalité qui s’abat sur elle.) Vous vous trompez, jamais Danny ne m’aurait laissée, me dit-elle d’une voix brisée.

June se berce d’avant en arrière, j’ai l’impression qu’elle cherche refuge dans un monde qu’elle seule connaît. Les larmes roulent sur ses joues sans discontinuer, ses pleurs se transforment en complaintes. Je la rapproche contre mon torse et tente de la réconforter comme je le peux.

— Ses dernières paroles ont été pour toi (son corps tressaille à mes mots et je poursuis), il m’a demandé de te dire que tu seras toujours sa Sweet Jane.

J’ignore ce que Danny a voulu lui faire passer comme message, mais en l’entendant, June éclate en sanglots.

— Danny m’a fait promettre de te protéger. J’ignore de quoi, cependant sache une chose, je tiendrai ma promesse. Tu appelles au secours et je suis là dans la minute qui suit.

— Tout ce que je veux, c’est Danny, me répond-elle d’une voix désespérée.

— Crois-moi, j’aimerais avoir le pouvoir de le faire revenir, ma belle. Tu me demandes l’impossible.

June s’extirpe de la protection de mes bras, les yeux rougis, elle me demande :

— Comment est-il mort ?

— Pour ta sécurité, je ne peux rien te dire.

— Pops, j’ai besoin de savoir…

J’évalue rapidement les risques de lui dévoiler cette information. Le fait de connaître les détails peut en faire une proie pour les fédéraux. Ce soir, c’était un carnage. On a effacé les preuves de notre présence, mais les fédéraux finiront fatalement par débarquer et nous interroger. Ce n’est qu’une question de temps.

— Avant que je te dise quoi que ce soit, tu dois prendre conscience que je te fais courir des risques en t’expliquant ce qu’il s’est passé. Si les flics t’interrogent, tu ne devras rien dire.

— Comment est-il mort ? me répète-t-elle.

Je la regarde s’adosser contre le montant de son lit et ramener ses genoux contre elle. Son visage est lisse de toute expression. June mérite de connaître la vérité, sans ça, elle ne pourra pas faire son deuil, elle sera toujours en quête de vérité.

— Ce soir, on a réglé le problème de ceux qui ont enlevé Hayley et Brandon. Ils étaient un sacré paquet et bien armés. À un moment, la situation a failli nous échapper. Danny m’a rejoint et j’ai voulu le mettre à l’abri.

— Pourquoi avoir voulu le protéger plus qu’un autre ? me demande-t-elle d’une petite voix.

— Parce qu’il était jeune et inexpérimenté…

— Le connaissant, il n’a pas accepté de gaieté de cœur.

— J’ai bataillé pour lui faire entendre raison, confirmé-je. Je lui ai montré où se réfugier, il devait attendre mon feu vert pour sortir de sa planque. J’étais en train de m’occuper de lui déblayer le chemin quand Splinter s’est retrouvé en mauvaise position. Un Eagles le tenait en joue sans qu’il l’ait vu. Il était occupé avec un autre mec. Je n’ai pas réfléchi et j’ai descendu le type. Sauf que, dans la précipitation, j’en ai oublié de surveiller mes arrières. Danny a sauté sur moi pour me protéger.

Je marque une pause dans mon récit et regarde la petite droit dans les yeux. Les larmes coulent sans discontinuer sur ses joues.

— Danny s’est pris une balle pour me sauver… Elle lui a perforé le poumon.

Je répète une fois de plus pour être sûr qu’elle ait compris la situation.

— Il est mort pour me sauver, brunette. Je suis désolé. C’est ma faute.

À mes paroles, ma vue se brouille et je me déteste parce que je ne mérite pas de pleurer à cet instant précis.

June me prend la main et, la voix entrecoupée de sanglots, rétorque :

— Non, Pops. Vous vous trompez. Il n’est pas mort par votre faute, Danny avait conscience des dangers. Il savait pertinemment qu’il risquait sa vie. Il a fait le choix de se sacrifier pour vous sauver. Il avait certainement ses raisons pour le faire.

— J’aurais dû être plus ferme, j’aurais dû…

— Non, me coupe-t-elle, ne le privez pas de vous avoir sauvé. C’était son choix.

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