Black riders, Tome 2 - Girl Crush
10 - Pops
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Pops
Foutue journée !
Pour la première fois depuis que je me suis réveillé ce matin, je peux enfin avoir cinq minutes pour moi et me détendre. Je me cale contre mon fauteuil et renverse la tête vers l’arrière. Au loin, les voix des frangins pénètrent dans mon antre, ils semblent prendre du bon temps. Qu’ils en profitent, ces dernières semaines n’ont pas été tendres avec eux.
Je joue avec les glaçons dans mon verre et avale une gorgée de bourbon. Le liquide me brûle la trachée et je le sens descendre tout le long de mon œsophage. Peu à peu, la chaleur de l’alcool se diffuse dans mon corps.
Je vérifie l’heure sur mon portable. Encore cinq petites minutes et ensuite je devrai filer pour rentrer à la maison où Beverly et Logan m’attendent. Je suis fier de ma gosse qui a accepté le petit sans souci. Penser à lui me rappelle la visite de cette assistante sociale, ce matin. Je ne sais pas où cette histoire va nous mener. À première vue, elle va mal finir, on fonce droit dans le mur tous les deux. Le tout est de savoir si un d’entre nous s’en relèvera.
Dommage qu’elle soit entrée dans ma vie pour y semer le chaos. En retirant ses lunettes et son tailleur de merde, c’est un joli petit lot. Dans d’autres circonstances, je me la serais bien faite. Bon sang, je suis encore plus crevé que je ne le pensais pour me faire des films avec cette nana !
J’avale une gorgée supplémentaire quand mon téléphone sonne.
C’était trop beau pour que ça dure, cette tranquillité !
— Ouais ?
— Pops, c’est Map.
Map est le président des Evil Riders, un club allié. Nous sommes entrés en même temps dans nos clubs respectifs, qui ont toujours été soudés. C’est un des rares types du milieu en qui j’ai réellement confiance.
— À ta voix j’ai l’impression que les choses sont sérieuses.
— J’ai des infos qui pourraient t’intéresser.
— Je t’écoute.
— Il vaut mieux qu’on se rencontre au club. J’aime pas les téléphones, je leur fais pas confiance.
— J’ai compris, j’amène quelques frangins et on arrive.
*
* *
Parmi ses activités, Map a un club de strip, une boîte comme il en existe tant à L.A., sauf qu’ici tout est clean. Rien à voir avec ces réseaux où on drogue les filles dès le réveil pour qu’elles fassent leur taf et bien plus. Map est comme moi, il ne touche pas à la prostitution. Ici, les filles sont protégées, elles ont un vrai salaire et une mutuelle. Pour la majorité, elles font juste leur petit tour de danse sur scène et regagnent leur maison dès les premières lueurs de l’aube. Si la fille veut faire un extra, il ferme les yeux. Mais en aucun cas il ne les encourage à le faire.
Mon attention se concentre sur la scène, la pouliche qui fait son show est divine. Uniquement recouverte d’un bikini argenté, elle ondule contre la barre de pole dance, avec grâce. D’un geste sensuel, elle attrape la barre des deux mains et se met à tournoyer autour. Sa valse se termine par un enroulement de son corps contre la tige métallique, la tête renversée en arrière et ses cheveux balayant le vent. La petite est douée et son corps n’est pas en reste, on devine qu’elle prend soin d’elle. Je l’imagine aisément sous moi, son bassin se mouvant au rythme que je lui imposerais.
Je me tourne vers Map, assis à mes côtés, qui lui aussi admire le spectacle :
— Elle est douée, lui dis-je, en pointant de ma bière la scène où la nana termine sa représentation.
— C’est une de mes meilleures danseuses.
— T’as intérêt à bien la payer si tu veux qu’elle reste.
— Elle me coûte une petite fortune mais elle la vaut clairement. J’ai été bien inspiré d’ouvrir cet endroit, tu serais impressionné par le nombre de grands pontes qui nous demandent des salles privées pour passer incognito. Et ce qui ne gâche rien, ils paient en liquide, pour ne pas laisser de traces. Ce club de strip est du pain bénit pour moi, il me permet d’élargir mon réseau et est une mine d’or d’informations. J’accumule les dossiers sur les politiciens de la région, c’est utile quand les emmerdes débarquent ou pour éloigner les Fed du business.
— C’est bien pensé.
— Tu devrais t’y mettre, Pops. T’es implanté dans pas mal d’États, ça pourrait te rapporter gros.
L’idée n’est pas con. Je me la garde sous le coude tout en rétorquant :
— En ce moment, j’ai d’autres trucs plus urgents à gérer.
Map acquiesce, le visage redevenu grave.
— Je me doute. D’ailleurs, c’est une des raisons pour lesquelles je t’ai fait venir ce soir.
— Je t’écoute.
— Certains de nos frères font un séjour à la centrale…
— Ouais, on en a parlé ce matin à la messe, le coupé-je.
— On doit faire quelque chose pour eux ! Avec tous les Eagles qui y sont en vacances, nos hommes vont pas mal morfler.
Il n’a pas besoin de me le dire, j’ai conscience que bon nombre de nos frangins se retrouvent dans une situation délicate. Et pas uniquement ceux de la centrale. C’est dans l’ensemble des prisons du territoire qu’on va être obligés de les protéger. Leurs vies sont clairement en danger.
— Tu as des gens sur qui tu peux compter sur place ?
— Comme vous, on a quelques matons qui travaillent pour nous. Et depuis peu, on peut aussi compter sur des gars des Demons Fanthom. Ça va être l’occasion de tester leur fiabilité.
— D’ici quelques jours, j’organise une fête officielle pour Logan, je voudrais utiliser cette occasion pour réunir du monde et causer de l’avenir.
— T’en es où avec les Eagles ?
— Ces enfoirés vont justement être un des points de cette réunion. On met un plan en place. D’ici quelque temps, je pense que je ferai appel à toi…
Je marque une pause et ajoute d’un ton qui ne laisse supposer aucun doute :
— Tu sauras répondre ?
Sa réaction ne se fait pas attendre.
— Merde, ne m’insulte pas ! Nos clubs sont soudés depuis le début, ça ne va pas changer. Si tu veux tout savoir, je n’aime pas la manière dont notre univers évolue. Pas mal d’entités se créent. Les mecs qui les gèrent ne respectent rien du concept initial et foutent la merde. Les Russkoffs ont débarqué aussi et, ceux-là, ce sont les pires. Au moins, avec les Yakusa, il y a un certain code d’honneur, par contre, avec les Russes, c’est la loi du plus fort, ils écrasent tout le monde tels des bulldozers.
Map fait une moue écœurée et avale une gorgée de bière. Je ne peux être que d’accord avec lui, le tableau qu’il dépeint de notre milieu est la triste réalité.
— Des ennuis avec eux ?
— On a quelques escarmouches à Frisco 1 . Mais t’en fais pas, on arrive à les juguler jusqu’à présent. Le prés’ en place là-bas est solide et le club y fait du bon boulot. Il saura appeler en cas de coup dur.
— Ok. Si t’as besoin…
— Je sais, tu es là pour nous aussi. Je voulais te voir pour une autre raison, ce soir.
— Laquelle ?
— Une de nos filles a entendu certaines choses d’un de nos clients. Le type était bourré et il s’est mis à causer facilement. Il semble être en affaires avec les Eagles.
— Un de leurs alliés ?
— Non, un dealer qui va s’approvisionner chez eux.
— Il a raconté quoi ?
— D’après lui un gros coup se prépare. Daisy, la nana qui a réceptionné ses confidences, a ajouté qu’il a employé le terme de « révolution chez les bikers ». Des alliances changent de mains.
— Tu penses qu’on va avoir des traîtres dans nos rangs ?
— Je l’ignore. Je pense surtout qu’on doit rester sur nos gardes et plus que méfiants.
Cette histoire de changement d’alliance ne me plaît pas. Au moment où l’on s’y attendra le moins, on va se faire attaquer dans le dos soit par un ennemi, soit par un ami qui a décidé de changer de camp. On dit toujours qu’une emmerde ne vient jamais sans une autre, pour ma part, j’ai l’impression d’avoir tiré tout un chapelet.
1. San Francisco.
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