Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 30 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

30 - Pops

30

Pops

 

J’aurais dû me douter que ces types nous feraient poireauter. S’ils étaient venus à l’heure, j’aurais pu l’interpréter comme une marque de respect ou de peur de représailles. Leur retard m’annonce au moins la couleur de notre rencontre. Ils ne sont pas encore là que, déjà, notre partie de poker menteur commence.

Le point positif de ma longue expérience de président de club est que j’ai déjà joué plus d’une fois cette partie. Je suis rodé.

Cook et les frangins ne voulaient pas que je me pointe seul. Je ne les ai pas écoutés. Ça leur prouvera que je n’ai pas besoin d’être entouré de mes gars pour montrer qui est le plus fort. C’est risqué, mais si j’étais venu avec les gradés, ils auraient pu le percevoir comme une marque de respect, or ces mecs m’inspirent tout sauf ce sentiment.

Je ne suis pas fou non plus, mes frangins m’attendent dehors, bien cachés, en cas de besoin.

Au milieu des clients habituels, je suis juste un type de passage dans la région. Personne ne se doute de qui je suis réellement, seuls les initiés peuvent reconnaître mon statut à mes couleurs. Pour les civils qui ont le courage de débarquer dans ce bar, je ne suis qu’un biker de plus parmi tant d’autres.

*

* *

— Pops.

— Shiver 1 .

Je me méfie de ce type. Son nom de route lui va comme un gant, seul un inconscient ne tremblerait pas à sa vue. Comme si son physique n’était pas suffisant, la réputation qui lui colle à la peau parle d’elle-même. Les patchs qui ornent son gilet annoncent clairement que ce mec est un grand malade.

Pas un écusson ne manque à l’appel : Dequiallo 2 , le poing blanc des White

Power, FTW 3 4 , DFFL … Et, pour convaincre les plus sceptiques, il s’est fait tatouer sur l’avant-bras un éclair entouré de minuscules crânes, certains avec les yeux rouges et d’autres noirs. En gros, ce type annonce à tout le monde qu’il est un tueur et qu’il refroidit aussi bien les femmes que les hommes.

Le club de ce taré est basé à Saskatoon, véritable plaque tournante du marché de la drogue au Canada. C’est lui qui alimente une bonne partie du marché canadien. Malgré la grande vague d’arrestations, en 2015, il est toujours debout. Pire, même, il s’est renforcé ces dernières années. Cocaïne, meth, hash, héroïne, trafic d’armes… d’après les bruits qui courent, leur business s’élève à plusieurs millions de dollars.

— T’es courageux d’être venu seul.

— Contrairement à toi, rétorqué-je, impassible, en balayant du regard les types qui l’entourent.

— Allez m’attendre au bar, les gars. On va causer entre prés’.

Imperceptiblement, je me détends. Toutefois je reste sur mes gardes, surtout quand je vois que ses frangins commencent déjà à emmerder la serveuse.

— Dis à tes gars de rester corrects. Vous êtes sur mon territoire, on respecte mes règles. S’ils sèment la merde, je le verrai comme un affront personnel.

Shiver m’observe le temps d’étudier mes propos. Le jeu de l’intimidation commence alors entre nous. Je rive mon regard au sien sans rien lui montrer de ce que je peux penser. Il finit par esquisser un rictus qui fait froid dans le dos et interpelle ses hommes.

— Les gars, laissez-la tranquille. Buvez votre coup sans faire de remous… Du moins jusqu’à la fin de ma conversation avec Pops.

Je saisis immédiatement le message. Le jeu va être serré, si je ne suis pas suffisamment convaincant, notre petit rendez-vous se terminera en règlement de compte.

— Alors, quelle est la raison de ce tête-à-tête ?

— On a un accord depuis pas mal d’années, je voulais m’assurer que tu l’as toujours bien en mémoire.

— J’hésite encore. Il y a de drôles de bruits qui circulent sur toi et ton club. Tu vois de quoi je veux parler ?

— On va pas passer par quatre chemins, on est peut-être en guerre contre les Eagles, mais n’oublie pas un truc : ce sont leurs hommes derrière les barreaux, pas les miens.

— On pourrait croire que tu as peur, Pops.

Fait chier ! Ce type n’est pas facilement malléable.

— Interprète-le comme tu veux. Je préfère simplement te prévenir que si tu viens chercher les emmerdes, on répondra présent.

— Tu me menaces ?

— Non, je t’informe. Je n’apprécie pas tes virées sur notre territoire pour tâter le terrain. Jusqu’ici, mes hommes ont été relativement cléments, ils ont laissé les tiens en vie, après tout, ça fait partie du jeu. Sauf qu’à partir de ce soir, le cinéma est terminé. Si un de tes hommes place ne serait-ce qu’un orteil de l’autre côté de la frontière, mes gars ont pour consigne de tirer à vue.

— Tu prendrais le risque de déclencher une guerre entre nous ?

— Je dirais que c’est plutôt toi qui cherches la guerre. Je tiens juste à te rafraîchir la mémoire sur notre accord.

— Tu sais comment ça se passe dans notre monde… Quand un homme a un genou à terre, il faut être les premiers sur le coup pour récupérer le marché. Le comté de Cascade nous intéresse fortement.

— Amène encore ton cul chez moi et je te vire avec une balle dans la tête. Suis-je suffisamment clair ?

— Comme de l’eau de roche…

— Alors je te pose une question simple et qui demande une réponse simple.

— Balance.

— Notre accord est-il toujours d’actualité ?

Shiver prend le temps de répondre. Ce salaud se délecte de notre conversation. Il avale lentement une gorgée de bourbon, puis il repose son verre dans un bruit sec, le visage dénué de toute expression.

— Il tient toujours.

C’est déjà ça de pris…

Ce qu’il ajoute ensuite ne m’étonne pas, je m’y étais préparé.

— Par contre, dis-toi bien que je pourrais être tenté de le renégocier à l’issue de ta guérilla avec les Eagles. Soit tu seras affaibli, soit tu seras rayé de la carte. Je serais con de ne pas vouloir en profiter. Le marché canadien commence à saturer, je ne t’apprends rien en te disant que le comté de Cascade est une place stratégique pour nous si on veut se développer sur le marché américain.

— Alors, dis-toi bien que non seulement nous allons gagner cette guerre contre les Eagles, mais aussi que mon club sera ensuite présent au premier signe de menace que tu émettras.

— J’ai toujours adoré discuter avec toi. On devrait renouveler plus souvent ces petits tête-à-tête.

— Tout a été dit. Reprends tes hommes et dégagez de chez moi. Mes gars vont vous raccompagner jusqu’à la frontière. Je ne voudrais pas que les gens disent que nous ne savons pas recevoir.

 

1. Frissonner de peur.

2. Patch qui indique que son porteur a résisté avec violence à une arrestation.

3. Fuck The World.

4. Dope Forever Forever Loaded (drogue toujours, toujours défoncé).

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