Black riders, Tome 2 - Girl Crush
7 - Brandon
7
Brandon
Immense. C’est le premier qualificatif qui me vient pour définir notre nouveau logement.
Hayley referme la porte derrière nous pendant que je fais une rapide inspection des lieux. L’appartement est silencieux, j’en déduis que mes colocataires ne sont pas encore là.
— Où sont les autres ?
— Nous sommes seuls. June est à la fac pour récupérer son emploi du temps. Beverly est chez son père. Elle s’occupe de Logan et ne reviendra que demain.
Elle marque une seconde d’hésitation avant d’ajouter :
— Et Cam est à l’entraînement.
J’engrange les informations tout en détaillant le salon. Savoir que mon ancien équipier est avec l’équipe me fait l’effet d’un coup en plein ventre. Moi aussi, j’aurais dû être avec mes copains sur le terrain ! Hayley m’observe, silencieuse, scrutant la moindre émotion de ma part. Pour détourner son attention, je lui réponds en balayant ce qui m’entoure d’un vaste mouvement de la main :
— C’est le grand luxe, cet appart.
Lorsque mon regard se pose sur le gigantesque écran plat accroché au mur, je constate que ce que je viens de lui dire est encore en deçà de la vérité.
— Oui. Pops et les membres de son club se sont lâchés quand ils ont tout installé.
— À croire que les bikers ne savent pas faire dans la demi-mesure, ajouté-je avec un sourire en coin.
Hayley rit doucement, puis nous restons plongés dans un mutisme qui nous met mal à l’aise tous les deux. Je continue à focaliser mon attention sur la console de jeux, la chaîne hi-fi dernier cri, les gigantesques canapés en cuir noir.
— Tu veux voir ta chambre ?
— Ouais.
Je lui emboîte le pas dans le couloir. Au fur et à mesure de notre progression, elle me détaille ce qui se trouve derrière les portes fermées. Avec soulagement, je constate que ma chambre est la plus en retrait. J’ouvre la porte pour découvrir mon nouveau chez-moi. La pièce est spacieuse et lumineuse, un grand lit trône au centre, des étagères sont disposées le long du mur et, dans un coin, se trouve un bureau.
— Elle est sympa.
— J’espère que tu t’y sentiras à l’aise.
— Il faudrait être crétin pour que ça ne soit pas le cas.
Je pose ma valise près du lit, pendant qu’Hayley s’installe sur celui-ci. Elle croise les jambes et m’observe à travers ses longs cils.
— Je peux te parler honnêtement ?
— Bien sûr ! Il n’y a jamais eu de non-dits entre nous.
Elle reste silencieuse pendant quelques secondes, comme si elle tournait ses phrases dans son esprit. Pendant ce temps, pour masquer mon appréhension, je commence à déballer mes affaires.
— J’ai l’impression de marcher sur des œufs avec toi, c’est bizarre.
Je lui lance un regard par-dessus mon épaule.
— Tu ne devrais pas. Je suis toujours le même.
— Pourtant j’ai l’impression d’avoir affaire à un autre. Où est passé mon Brandon ?
Il est mort ! Des tarés ont fait en sorte qu’il ne revienne jamais !
Mes mains se crispent sur les vêtements que je tiens, les images affluent sans que je parvienne à les bloquer. Comme chaque fois qu’on fait référence à la nuit de mon enlèvement, ce que je cherche à enfouir au plus profond de moi resurgit. Le passé et le présent se superposent. Mon esprit quitte ma chambre pour partir dans le refuge des Eagles.
La scène commence toujours de la même manière. Des voix d’hommes, le bruit de pas lourds sur le plancher grinçant, une odeur de cigarette. Je ne parviens pas à analyser la situation ni à comprendre où je me trouve. J’ai mal au cou et une douleur vive me vrille le crâne dès que j’essaie de bouger. Des voix masculines s’élèvent à nouveau, une semble vraiment proche de moi. Des relents d’alcool et de tabac me parviennent.
— Préviens les autres, j’ai comme l’impression que notre invité se réveille.
Je n’ai pas souvenir de m’être endormi. J’ai beau fouiller dans ma mémoire, c’est une page blanche. Suis-je à une soirée ? Si c’est le cas, j’ai encore dû trop forcer sur la boisson, ce qui pourrait expliquer pourquoi j’ai du mal à ouvrir les yeux. J’ai l’impression que mon cerveau m’empêche de le faire pour une raison que je ne comprends pas. Je bouge un peu et un gémissement emplit la pièce. Je mets plusieurs secondes à réaliser que je suis responsable de ce bruit. Mes élancements à la tête sont de plus en plus puissants, je serre les dents pour contenir la douleur.
Une porte s’ouvre et une voix d’homme retentit. Celle-ci, contrairement aux deux autres, je la reconnais. Tous les morceaux du puzzle s’assemblent.
C’est impossible. Il n’a pas pu nous retrouver !
Les souvenirs affluents : je me revois sur le parking de ma résidence, je ressens à nouveau le coup porté contre ma tempe, je me rappelle le visage de Garrett au-dessus du mien.
L’angoisse surpasse la douleur et me pousse à soulever les paupières. Le beau-père d’Hayley se tient face à moi, le regard encore plus fou que par le passé.
Je me débats sur ma chaise, et je réalise que mes mains sont attachées dans mon dos. Dans ma panique, je ne ressens même pas la morsure de la corde qui pénètre ma chair.
— Brandon, tout va bien ? Tu restes silencieux.
La voix d’Hayley me fait revenir à l’instant présent.
— Il faudra me laisser un peu de temps, Glitter Girl. Ce qui nous est arrivé a brouillé mes repères, lui réponds-je tout doucement en rangeant mes pulls sur une des étagères de l’armoire.
— Je suis égoïste.
Sa réflexion me pousse à me retourner vers elle. Son regard se rive immédiatement au mien, comme autrefois, lorsqu’elle avait besoin d’une bouée de sauvetage.
— Ne dis pas ça, tu ne l’as jamais été.
— Si. Je persiste à vouloir m’appuyer sur toi alors que c’est ton tour.
— Tout va bien, je gère.
J’essaie de mettre toute la conviction que je peux dans ces paroles pour tenter de la rassurer, mais, sans surprise, son visage exprime le doute.
— Tu me le promets ?
— Oui. Et toi ?
— Comment ça, et moi ?
— Tu t’en sors ?
— Oui. J’ai la chance d’avoir Jace, et puis, tu es de retour ! Je sais que je peux compter sur vous. Jace a été présent durant tout l’été, il m’a énormément aidée.
Je grogne intérieurement. Avant, c’est moi qui l’aidais, désormais, elle n’a plus besoin de moi. Pour la première fois, je me sens seul. D’une certaine manière, Hayley a pris ses distances. Je ne serai plus celui vers qui elle se tourne instinctivement.
— J’en suis heureux pour toi.
— Brandon… Tu sais que je suis là pour toi. Toujours.
— Toujours.
— Et tu peux compter sur les autres aussi. Ils ne demandent qu’un signe de ta part… Alors ne leur ferme pas la porte. Ils ne savent pas sur quel pied danser depuis ton départ, mais ils tiennent à toi. Ce n’est peut-être pas le meilleur moment pour te le dire, mais tu as dressé des barrières autour de toi que même moi j’ai du mal à franchir. Sauf que je te connais, je ne te lâcherai pas !
Ses paroles me transpercent. Incapable de lui répondre, je m’approche d’elle et l’enlace. À travers mon étreinte, j’essaie de lui faire ressentir à la fois tout le bien qu’elle me procure et toute ma souffrance.
Une douleur qui m’est devenue familière surgit à cet instant. Mon cerveau est transpercé par une multitude d’aiguilles. Le médecin qui me suit m’a informé que ces douleurs disparaîtront avec le temps, je suis dubitatif, je n’en vois pas la fin.
Je me dégage de notre étreinte et me dirige vers mon sac, à la recherche de mes antalgiques. Je décide de forcer sur la dose car, vu la pression exercée sur mon crâne, cette migraine s’annonce carabinée. J’avale deux cachets rapidement, sous le regard perçant d’Hayley.
Quand je glisse la boîte de médocs dans le tiroir de ma table de nuit, elle me demande :
— Tu en prends souvent ?
— Seulement quand la douleur devient insupportable.
— Que dit le médecin ?
— Qu’il faut que je sois patient. Il a comparé mon état à celui d’un boxeur qui a reçu trop de coups sur la tête. Je dois rester inactif pendant plusieurs mois avant de me remettre au sport, du moins ceux que mon genou me permettra de pratiquer.
— Brandon, je…
— Ne t’excuse pas, Hayley, la coupé-je. Tu n’y es pour rien !
— Bien sûr que si… Ce qui t’est arrivé est ma faute, insiste-t-elle.
— Non, c’est la faute de ton beau-père !
— Je regrette de t’avoir demandé de venir avec moi à L.A. Si tu ne m’avais pas suivie, rien de tout cela ne se serait produit.
Des larmes ourlent ses cils, elle se pince les lèvres, je sens qu’elle se retient de pleurer. Je m’approche d’elle, l’oblige à se lever du lit et l’encercle dans mes bras.
— Tu n’y es pour rien. Si je t’ai suivie jusqu’en Californie, c’est parce que je l’ai voulu.
Je martèle chacun de mes mots pour faire entrer dans sa jolie petite tête qu’elle ne doit pas avoir de remords. Même si parfois mon cerveau me joue des tours et me fait lui en vouloir, à cet instant précis je pense sincèrement les paroles que je prononce. L’unique fautif de l’histoire est Garrett. Nous sommes tous les deux des victimes et devons affronter cette nouvelle situation avec nos fêlures pour nous reconstruire.
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