Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 26 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

26 - Pops

26

 

Pops

 

Une fois de plus, j’ai fait appel aux services de Charlène. Je devrais peut-être songer à embaucher une baby-sitter.

La situation est ultra merdique, je me barre demain pour le Montana et je ne veux pas risquer que cette femme profite de mon absence pour me retirer la garde de Logan. Je me méfie d’elle comme de la peste. D’autant qu’une partie bien masculine de mon anatomie semble prendre vie dès que cette souris entre dans mon périmètre. Je suis mal barré. Très mal barré. Cette nana n’est pas bâtie pour mon monde. Dommage, parce que j’aime ses reparties. Quoi qu’il en soit, ma queue va devoir se faire une raison et apprendre à rester en berne en sa présence. Si je me pointe chez elle ce soir, c’est uniquement pour vérifier qu’elle ne me réserve pas un mauvais coup pendant mon absence. Je veux tout faire pour éviter qu’elle vienne chercher des emmerdes à Logan, dont Sandman et sa régulière vont s’occuper pendant mon absence. Ce dernier point me rassure. Mon frangin serait prêt à aller en taule plutôt que de rendre le petit aux services sociaux, le temps de mon absence.

Sans plus réfléchir, je m’engouffre dans son allée tout en observant les lieux. La lumière du rez-de-chaussée est allumée, signe qu’elle est chez elle. Je frappe à sa porte et esquisse un sourire de prédateur qui se transforme instantanément en un rictus moqueur lorsque le battant s’entrouvre et laisse apparaître sa silhouette.

Oh, putain ! Je suis comme un gosse devant un sapin de Noël.

— Nom de Dieu ! Qu’est-ce que t’as sur le visage ?

À ma vue, ses yeux s’écarquillent. Elle se ressaisit rapidement et s’apprête à me claquer la porte au nez.

— Oh là, la souris, tu ne vas pas t’en sortir si facilement, lui dis-je, en plaçant mon pied dans l’ouverture de la porte.

Je pose ma main sur la poignée et pousse pour forcer le passage. Elle ne se laisse pas faire et tente de m’en empêcher. Elle est plus costaud que je ne l’aurais pensé.

J’essaie de l’amadouer pour que notre petit jeu cesse :

— Allez, la souris, laisse-moi entrer, lui soufflé-je d’une voix enjôleuse.

Au lieu de m’obéir, elle attaque :

— Qu’est-ce que vous faites ici ?

— Pourquoi tu te fous toute cette boue sur le visage ? lui demandé-je, plutôt que de répondre à sa question.

— Ce n’est pas de la boue, c’est un masque à base d’algues, marmonne-t-elle les dents serrées.

Je suis définitivement redevenu un gosse.

— De mieux en mieux, m’esclaffé-je. Et c’est censé te faire quoi ?

— C’était censé me détendre, si vous voulez tout savoir.

— Et ça marche ?

Cette conversation m’amuse, car elle la fout de plus en plus mal à l’aise.

— Oui, jusqu’à ce que vous vous pointiez chez moi !

Nous nous fixons tous les deux jusqu’à ce qu’un d’entre nous décide de baisser les armes. À ce jeu, je sais que je suis le plus fort. C’est un truc qui est ancré en moi depuis que je suis gamin. Dans la rue, on apprend vite les techniques qui permettent d’éviter les coups. C’est une question de survie.

— Qu’est-ce que vous me voulez ? soupire-t-elle, résignée.

J’attrape son portable dans ma poche et l’agite sous son nez :

— Je suis venu te le rendre.

Alors qu’elle effectue un geste pour l’attraper, je l’élève hors de sa portée. Ses tentatives pour s’en saisir lui font oublier de maintenir sa porte et j’en profite pour m’engouffrer à l’intérieur. Je fais abstraction de ses couinements et fais une rapide inspection des lieux.

— Vous ne devriez pas être ici, siffle-t-elle derrière moi.

Je me tourne dans sa direction et tente de garder mon sérieux, sauf qu’avec son truc sur le visage c’est mission impossible. Pas sûr qu’elle apprécie si je me fous de sa tête en plus de m’incruster chez elle.

Pour m’éviter de faire une connerie, je balaie du regard l’ensemble de sa silhouette. Mauvais plan. Cette nana a un corps de déesse. Comme elle est uniquement vêtue d’un débardeur et d’un short ultra court, mon imagination n’a pas besoin de faire d’effort pour deviner ce qui se cache en dessous.

— Va te rincer, il faut qu’on discute tous les deux.

Sans plus me préoccuper d’elle, je me détourne et vais m’affaler sur son canapé. Bien entendu, elle ne fait pas ce que je lui demande et me rejoint.

— Fichez le camp de chez moi !

Plutôt que de m’énerver, je m’installe encore plus confortablement. Je passe un de mes bras en appui sur le dossier et cale mon pied sur mon autre jambe. Le message est clair : je ne suis pas près de décamper.

— Tu sais que je fais de gros efforts depuis tout à l’heure pour me retenir de me foutre de ta gueule ouvertement. Mais si tu préfères discuter dans cet accoutrement, c’est comme tu le sens. Après tout, tu es chez toi.

— Pourquoi vous êtes ici, exactement ? me demande-t-elle, suspicieuse.

— Je te l’ai déjà dit, on doit causer, toi et moi.

Elle se redresse un peu et croise les bras devant elle. Ce qui a pour effet immédiat de remonter ses seins un peu plus haut. Bien entendu, au lieu d’essayer d’en faire abstraction, je focalise mon intérêt dessus. Après tout, j’aurais tort de m’en priver si c’est elle qui décide de les exhiber sous mes yeux.

— Pour discuter… reprend-elle, il faudrait prendre rendez-vous. C’est bien ce que vous m’avez dit, non ?

Loin de relever sa pique, je maintiens mon regard sur ses nibards, pensif. Je me demande de quelle couleur peuvent être ses tétons. Roses ou bruns ? Je parierais plus sur la dernière option, vu la carnation de sa peau.

Quand elle s’aperçoit que mon intérêt n’est plus du tout fixé sur son visage, mais sur une tout autre partie de son anatomie, elle émet une sorte de grognement qui me fait relever la tête. J’esquisse un sourire amusé, lorsque je la vois se précipiter sur un gilet et l’enfiler en vitesse.

— Je vois que tu as au moins retenu certaines de mes paroles. Dommage que tu les aies oubliées hier soir.

— Encore une de vos menaces déguisées ?

— C’est pas dans mes habitudes de les masquer. En général, quand je menace quelqu’un, il est de suite au parfum.

— Je ne vous fais pas confiance.

— Le contraire aurait été stupide de ta part, lui réponds-je comme une évidence.

— Vous êtes vraiment venu ici pour me rendre mon portable ?

— En effet.

— Pourquoi ?

Je hausse les épaules.

— Je n’en ai pas besoin et je me suis dit qu’il te serait plus utile. Vois-le comme un signe de paix.

— Humpf…

Plus son truc sur la figure sèche, plus elle éprouve des difficultés pour articuler.

— Bon, écoute, la souris, je suis venu ici pour parler et pour qu’on trouve un terrain d’entente tous les deux. Alors pour la dernière fois, va me retirer le truc que tu as sur la tronche pour qu’on puisse avoir une conversation sérieuse.

— Quoi que je dise, je ne parviendrai pas à me débarrasser de vous, n’est-ce pas ?

— Il t’en aura fallu du temps pour comprendre.

Elle fait un mouvement de la main dans les airs comme si elle voulait chasser un insecte puis finit par quitter la pièce.

Quand elle en atteint le seuil, je l’interpelle :

— Au fait, à ton retour, fais un crochet par ton frigo pour m’apporter une bière. J’ai soif !

Elle me lance un regard noir sans prendre la peine de me répondre et je l’entends marmonner un « espèce de gros malabar au QI de Néandertalien ». Sa réplique me fait marrer.

Je profite de son absence pour envoyer un message aux frangins et leur intimer de ne pas mater l’écran de surveillance. J’ai pas envie de savoir qu’ils sont tous agglutinés à lorgner la souris. Rien que de les imaginer, une rage monte en moi sans que j’en comprenne l’origine.

En attendant son retour, je prends mon mal en patience. Je déteste attendre. Après avoir détaillé l’ensemble de son salon, je remarque un truc étrange. Il n’y a aucune photo. Que dalle. Pourtant je croyais que c’était un truc de gonzesse d’en placarder sur tous les murs. À peine débarquée, Beverly m’a fait des trous partout pour afficher des photos d’elle et moi, ou de ses copains, et j’en passe.

Finalement, pour tuer le temps, je décide de me lever et d’aller me chercher cette bière par moi-même. Pas sûr que la souris soit dans les meilleures dispositions pour m’en apporter une. Elle serait plus du genre à se pointer avec une bouteille pour elle-même et à se la siffler devant moi.

Lorsqu’elle fait son apparition, je suis de nouveau installé dans le canapé. Elle fixe la bouteille que j’ai entre les mains et me balance d’une voix mordante :

— Surtout ne vous gênez pas, faites comme chez vous.

Au lieu de repartir dans une bataille pour déterminer qui aura le dernier mot, je pointe de ma bouteille celle que j’ai posée sur la table basse à son intention.

— Je suis serviable, je t’en ai pris une.

Elle esquisse un sourire qu’elle cherche à dissimuler rapidement derrière sa main. Sans succès. Je hausse un sourcil amusé. Quand elle comprend que je l’ai grillée, son visage se fige à nouveau.

— Pose tes fesses où tu veux et écoute ce que j’ai à te dire.

Contre toute attente, elle m’obéit. Elle s’assoit sur un fauteuil en face de moi, le dos rigide, ignorant la bouteille devant elle.

— De quoi voulez-vous me parler ? m’interroge-t-elle, sur la défensive.

— Tu n’as pas mis ta menace d’hier soir à exécution, pourquoi ?

— Je ne suis pas la méchante, dans l’histoire. Je veux vraiment le meilleur pour Logan. C’est un petit qui a drôlement souffert jusqu’à présent. (Elle marque une pause puis ajoute en soupirant :) Si vous voulez tout savoir, je suis allée voir la directrice de l’école aujourd’hui.

Merde, Dannyboy ne m’a pas prévenu. J’aurais dû lui demander un compte rendu avant de me pointer chez elle.

— Et que t’a-t-elle dit ?

— Que Logan est un élève qui s’épanouit à l’école. Que ses notes se sont fortement améliorées depuis qu’il est sous votre toit, et qu’il semble beaucoup plus stable et sûr de lui.

— Et pourtant tu n’as toujours pas changé d’avis me concernant ?

— En effet ! Cependant je préfère rencontrer Logan avant de faire quoi que soit d’autre. Si le discours de la directrice avait été différent, il ne serait plus chez vous à l’heure actuelle.

— Il faut que tu aies conscience d’un truc : je suis sérieux quand je dis que Logan est important pour moi. Son bonheur prime sur le mien, je le ferai toujours passer avant tout le monde. Si tu m’avais posé la question, je t’aurais répondu. Depuis qu’il est chez moi, il retrouve le comportement que tous les gamins de son âge devraient avoir.

— C’est ce que j’en conclus pour le moment. Là où j’émets de fortes réserves, c’est sur votre mode de vie.

— J’ai conscience de vivre en marge de la société, cependant ce n’est pas interdit par la loi.

— Vous parlez de la loi que vous enfreignez dans votre quotidien ? me demande-t-elle sournoisement.

— Écoute, la souris. Aucun de mes frangins ne ferait de mal à un gamin. C’est tout ce qui compte, non ?

— Je ne le remets pas en cause. Mais ne pas faire de mal à un enfant n’est pas suffisant pour l’aider à se construire. Qui va le protéger de votre style de vie ? L’année dernière, certains de vos proches ont été kidnappés et vous êtes apparus dans le compte rendu de la police.

— C’est mon club qui a rencardé les flics, l’informé-je. Grâce à nous, les deux gamins sont en vie.

— Sauf que s’ils n’avaient pas été en contact avec vous, ça ne se serait jamais produit.

— Faux. C’est le beau-père d’Hayley qui est allé rejoindre les rangs des Eagles pour s’en prendre à elle. Nous nous sommes retrouvés au milieu de cette histoire parce que Hayley est la régulière d’un de nos frères et qu’on protège les personnes qui sont en rapport avec notre club.

— Drôle de façon de les protéger… Votre existence les place dans la ligne de mire des malfrats.

Sa perception de mon monde est réductrice et m’énerve.

— On ne va pas revenir sur le passé. Tu ne connais rien à nos règles ni à notre style de vie. Si je me suis pointé ici ce soir, c’est pour trouver un terrain d’entente. Alors ma question va être simple : qu’est-ce que je dois faire pour que tu me laisses tranquille ? Et, surtout, pour que je sois sûr que tes interventions ne perturbent pas Logan.

— Me laisser faire mon travail, me répond-elle simplement.

— À savoir ?

— Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas me mettre de bâtons dans les roues quand je viendrai voir Logan ou quand j’organiserai des rencontres entre lui et sa mère.

— D’accord pour que tu viennes le voir et qu’il te parle en toute liberté. Mais il est hors de question qu’il passe du temps avec sa mère. Il ne veut plus rien avoir à faire avec elle.

— Sauf qu’elle veut le rencontrer.

— Sur ce point, c’est un non catégorique.

— Vous ne pourrez rien faire pour l’en empêcher. Elle est sa mère, si elle souhaite le voir, elle en a tous les droits. Vous devez prendre conscience que le jour où elle se sentira prête, et quand elle aura fait ses preuves auprès de nos services, elle pourra le récupérer, c’est la loi.

— La loi est débile.

— Très mature comme réflexion.

J’ignore son sarcasme et reprends :

— Cette garce n’a que ce qu’elle mérite. Elle n’avait qu’à s’occuper de lui correctement quand il était sous sa responsabilité.

— Si vous refusez cette entrevue, vous perdrez sa garde temporaire. Logan n’est pas votre fils, on vous a juste octroyé le droit de le garder le temps que je fasse mon travail. Mon rôle est d’aider leur relation à tous les deux.

— Logan n’est peut-être pas de mon sang, mais je le considère comme mon gosse.

— Cette conversation ne nous mène à rien. Vous restez campé sur vos positions et moi sur les miennes. Logan a le droit d’avoir une mère.

— Je suis venu en hissant le drapeau blanc, mais de toute évidence, nous ne trouverons pas de terrain d’entente.

— Si vous étiez moins obtus, nous pourrions y parvenir.

Sa mauvaise foi me fait grogner. D’une voix calme et distante, je poursuis :

— Il y a un truc que tu n’as pas bien saisi, chérie. C’est qu’en voulant me retirer la garde temporaire de Logan, tu ne t’attaques pas uniquement à moi. Je suis peut-être ton principal interlocuteur dans l’histoire, mais j’ai derrière moi tout un club prêt à me soutenir au moindre signal de ma part. Nous nous sommes tous juré fidélité. Quand l’un d’entre nous a des emmerdes, les autres rappliquent aussitôt. Dès l’instant où j’ai recueilli Logan, il a intégré le club. Il fait partie de notre famille et on se bat pour notre famille. C’est sans doute un concept qui vous dépasse, vous les civils, mais chez nous c’est une question d’honneur. Si tu me retires la garde du petit, tu la retires également à tous mes frangins.

— Vous cherchez à me faire peur ?

— Seul un inconscient n’aurait pas peur dans ta situation.

Je verrouille mon regard au sien pour lui faire comprendre que je ne plaisante pas. Elle se met à frissonner et, machinalement, se frotte les bras. J’y suis peut-être allé un peu fort. Tant pis.

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