Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 14 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

14 - Pops

14

Pops

 

Je pousse la porte du salon de tatouage de Tony. Presque tous les motifs qui couvrent mon corps viennent de sa main. Il s’est installé ici depuis une bonne vingtaine d’années et je viens le voir depuis autant de temps. Il n’est pas particulièrement branché bécane, mais il respecte nos codes et est affilié aux Black Riders. Sa renommée l’a si bien précédé que la plupart des frangins viennent toquer à sa porte quand le besoin de se faire tatouer se fait ressentir. C’est mon cas aujourd’hui.

À chaque événement important de ma vie, je me fais encrer la peau. Et l’arrivée de Logan chez moi est un de ceux-là. Je veux graver sur ma peau un symbole qui le représente. Avec tous les événements à venir, j’ignore si je passerai les prochains mois sans dommages. Et s’il devait m’arriver le pire, je veux emporter avec moi l’affection que je porte à ce gosse.

Cela fait des semaines que je cherche une idée qui le représente et j’ai fini par trouver. Je veux que Tony développe un symbole autour du

Maverick 1 . Ce mot a plusieurs significations et toutes convergent vers le caractère du petit. Plus Logan reste à la maison et plus il affirme son caractère franc-tireur et indépendant. De plus, l’homme à l’origine de ce mot était avocat, vu les facultés que développe le gosse pour nous embobiner, je ne prends pas de gros risques en reprenant ce concept.

Dès que je pénètre dans le salon, mon nez est attaqué par différentes odeurs, dont celle de l’antiseptique et celle de l’encre.

L’endroit est assez restreint, seuls un comptoir et deux fauteuils accueillent les nouveaux arrivants. Quelques magazines datant de plusieurs mois sont laissés à l’abandon sur une table basse. Sur les murs sont placardées la plupart de ses créations originales.

Une cloison fine sépare son atelier de la zone d’accueil, j’entends le bourdonnement de son appareil, signe qu’il est avec un client.

— Qui que tu sois, j’arrive dans cinq minutes !

Je me marre de sa façon d’accueillir les nouveaux venus.

— Et si j’étais un voleur ? lui lancé-je, au travers de la cloison.

— Dans ce cas, je te demanderais de prendre la caisse sans rien casser autour, me répond-il en apparaissant devant mes yeux.

Il fait un pas dans ma direction et me file une claque dans le dos pour me saluer.

— Pops, ça faisait un bail.

— Tony, content de te revoir, mec.

— Je termine avec la demoiselle et je suis à toi.

— Prends ton temps.

Il disparaît à nouveau derrière la cloison. Aux bribes de conversation qui me parviennent, je déduis que l’attente ne sera pas longue, car il en est déjà au stade où il lui refile des conseils pour protéger et hydrater le tatouage les premiers jours. Le temps qu’il termine avec elle, j’envoie plusieurs messages aux frangins pour régler certains détails sur des affaires en cours.

Tony revient dans la pièce, suivi par la nana. Le temps qu’il l’encaisse, j’en profite pour la détailler. À la vue de son physique, je me dis que j’ai peut-être loupé ma vocation. Cette minette a un corps sublime et je me laisserais bien tenter moi aussi pour lui faire tous les dessins qu’elle veut sur le corps.

Une fois la cliente sortie, Tony ne perd pas de temps :

— T’as une idée de ce que tu veux ?

— Ouais, je suis venu pour qu’on en discute.

— Tu le veux où ? T’as bientôt plus trop de peau vierge…

— Il en reste au-dessus du flanc gauche.

Je range mon portable dans la poche de ma veste pendant que Tony me fait signe de m’installer sur une des chaises. Il se tourne vers un petit frigo placé sous le comptoir.

— T’as le choix : bière ou eau ?

— De l’eau, ça ira.

Il me lance la bouteille par-dessus le comptoir et ajoute, tout en décapsulant sa bière :

— Ça tombe bien que tu débarques. J’allais venir vous voir dans la semaine. On doit parler.

— T’as un problème ? lui demandé-je en dévissant le bouchon.

— Pas encore, mais le quartier est un peu moins sûr, on va dire.

— À quel niveau ?

— Des nouveaux venus viennent régulièrement dans les environs depuis quelque temps. Certains commerces se font racketter.

— T’as été visé ?

Tony secoue la tête avant d’avaler une gorgée, puis reprend :

— Pas encore, mais je ne me fais pas d’illusions, ça va venir.

— T’as une idée d’où sortent ces mecs ?

— Les bruits courent qu’ils sont plus ou moins affiliés aux Eagles, sans que ça ait été confirmé par les principaux intéressés toutefois. Ils laissent planer le doute.

— C’est malin de leur part.

Le quartier dans lequel vit Tony n’est gouverné par aucun club. Nous possédons tous quelques commerces sans que quelqu’un ait revendiqué officiellement le territoire. Jusqu’ici, il n’y a jamais eu d’escarmouche, le secteur était tranquille. Tant qu’on ne s’approche pas des affaires des uns et des autres, on reste tacitement chez soi. Si les Eagles commencent à venir racketter, c’est qu’ils envisagent de prendre ce terrain sous leur coupe.

Pour l’instant, je préfère ne pas intervenir et guette la réaction des autres clubs. Tant que mes affiliés ne sont pas touchés, je laisse les autres se démerder. Si j’interviens alors que je ne suis pas touché personnellement, les autres pourraient mal l’interpréter et croire que je veux moi aussi gagner du terrain. Je n’ai pas besoin que ma liste d’ennemis s’allonge, elle est suffisamment étoffée.

— Les commerces touchés appartiennent à qui ?

— D’après ce que je sais, à personne, me répond-il d’un haussement d’épaules.

— Ils cherchent à les intimider pour que les types leur versent de l’argent histoire d’acheter leur tranquillité.

Il pointe sa bouteille de bière dans ma direction et ajoute, pour souligner mes propos :

— Si tu veux mon avis, ils grappillent du terrain ou essaient de voir la réaction des autres. Si personne ne réagit, ils vont poursuivre leur avancée.

— Ouais, j’en viens à cette conclusion moi aussi. De retour au club, j’en causerai avec les frangins, on va renforcer notre présence dans le coin pour les dissuader de venir t’emmerder. S’ils viennent nous taquiner d’un peu trop près, on ripostera.

— Le bruit court que ça chauffe pas mal entre vous.

— Et ce n’est que le début.

— Alors c’est officiel ?

— Ouais.

— Je laisserai traîner mes oreilles. Qui sait, j’entendrai peut-être un truc intéressant…

— Ne prends pas trop de risques tout de même.

— Tu deviens sentimental ? me rétorque-t-il en haussant un sourcil narquois.

Je secoue la tête.

— Non, mais t’imagines pas à quel point c’est difficile de trouver un bon tatoueur. Si tu viens à nourrir les vers, qui va me tatouer ?

— Je me disais aussi…

Tony repose sa bouteille vide sur le comptoir et change de sujet :

— Allez, explique-moi ce que tu veux te faire graver.

— J’aimerais que tu me dessines un truc qui tourne autour du Maverick.

Tony siffle entre ses dents.

— Tu me lances un sacré défi, le concept est vague.

— Je te fais confiance, je sais que tu sauras trouver le truc juste. Si ça peut t’aider à mieux cerner mon idée, je veux faire ce tatouage pour Logan.

— Je vois, me répond-il songeur. T’es pressé ?

— Tu sais que l’attente n’est pas mon fort.

— Laisse-moi le temps de te faire plusieurs ébauches pour vérifier que je suis sur la bonne voie. Repasse d’ici une semaine.

— Je ne pourrai peut-être pas passer aux horaires d’ouverture.

— T’inquiète ! Même quand la boutique est fermée, elle reste ouverte pour vous.

— Je te tiens au courant.

— Pas de problème.

Avant de retourner au club, je décide de tester la température du quartier. En règle générale, quand on n’est pas dans notre secteur, on ne sort jamais seul, c’est une des règles de base pour assurer sa propre sécurité. J’envoie donc un message à Splinter pour lui demander de me rejoindre. À lui seul, ce type est suffisamment fort pour maîtriser une situation qui pourrait dégénérer rapidement.

Sa réponse ne se fait pas attendre, il m’informe qu’il sera là d’ici quinze minutes. Sauf que mon plus grand défaut est l’impatience, alors comme un con, je commence à faire la tournée seul. Apparemment, le bouche-à-oreille est bien rodé dans ce quartier, j’ai l’impression que plus j’avance plus les petites frappes se multiplient.

Je prends la direction d’une des boutiques que le proprio nous avait demandé de protéger, l’année dernière, pour vérifier si ses problèmes sont résolus ou s’il a encore besoin de nos services. Par précaution, j’informe Splinter de ma nouvelle position. À peine ai-je envoyé le message que je sens le danger venir. Je jette un rapide coup d’œil aux alentours et vois trois types traverser la rue et se pointer dans ma direction, l’air parfaitement sûrs d’eux. Eh merde !

D’un rapide regard, j’évalue la situation. Je vais morfler, les trois vont me tomber dessus en même temps. Ils me disent quelque chose, mais je ne parviens pas à me rappeler où je les ai déjà vus. Je ne pense pas qu’ils appartiennent à un club, car coincer un président national dans une ruelle pour un combat déséquilibré relève du suicide. Surtout que, dans le cas où je viendrais à tomber, ce ne serait pas uniquement l’unité de L.A. qui débarquerait pour les représailles, mais tous les chapitres du pays. J’en déduis donc que ces mecs sont des sortes de hangarounds et qu’ils essaient d’intégrer un club. Ils doivent se dire que ma tête sur un plateau va leur ouvrir des portes ; ce dont ils ne se doutent pas, c’est que c’est leur cervelle qui va finir à leurs pieds, car aucun club ne prendrait le risque de se mettre à dos un autre club pour des hangarounds. Sauf si les membres sont déjà en guerre ou ont décidé de la provoquer. Maintenant que mon esprit parvient à ces déductions, je remets ces types : ils traînent avec les Eagles, je les ai aperçus au cours d’une de nos surveillances. Je suis donc fixé sur mon sort. Il ne me reste plus qu’à espérer tenir le coup jusqu’à l’arrivée des renforts, soit Splinter.

Quand les trois lascars arrivent à ma hauteur, j’essaie de gagner du temps. Quelques minutes de sursis, c’est toujours ça de pris.

— Vous feriez mieux de dégager d’ici, les gars.

Celui à la plus grosse carrure doit se prendre pour le chef de la bande, car il me rétorque :

— J’ai pas souvenir que les Black Riders aient revendiqué ce territoire, on a le droit d’être présents autant que toi.

Loin de me démonter, je le défie.

— Vous venez chercher les emmerdes ?

— Non, on est juste en balade. C’est le hasard qui a fait qu’on croise ton chemin. On s’est dit que ça ne serait pas correct de ne pas venir te saluer.

— Vous avez fait vos politesses, passez votre chemin, maintenant.

Celui que j’ai décidé de surnommer Malabar se tourne vers ses compères et les apostrophe, railleur :

— Hey, les gars, vous avez vu, il est pas très poli le Pops.

Un des deux autres, resté silencieux et légèrement en retrait, intervient dans la conversation.

— Ouais, c’est vrai ça, c’est pas sympa, alors qu’on a fait l’effort de traverser la route pour venir le saluer.

— Je pense qu’il mérite qu’on lui rappelle ses leçons de politesse, ajoute le troisième.

Nous y voilà. Le moment de passer à l’action arrive.

Les trois compères forment un demi-cercle autour de moi et avancent de plusieurs pas dans ma direction pour m’acculer dans la ruelle derrière moi. Dans ma situation merdique, je suis relativement chanceux, ces types sont des amateurs. La règle numéro un quand on se bat seul contre plusieurs est qu’il faut toujours placer un mur dans son dos, ainsi on est sûr que rien ne peut survenir derrière soi. Ces buses me déroulent le tapis rouge pour que je protège mes arrières.

J’analyse les trois mecs pour déterminer qui va cogner en premier. La logique voudrait que ce soit Malabar qui ouvre le festival. En général, les gens pensent que c’est parce qu’ils sont baraqués qu’ils ont le plus de chance de gagner. Dans tous les cas, je peux éliminer numéro trois, il a du mal à cacher son appréhension. S’il est malin, il va observer les autres se faire achever avant de se barrer.

Malabar est en effet celui qui ouvre les festivités. Le type manque de rapidité dans ses mouvements, ce qui me laisse le temps de voir le coup venir et de parer son attaque. Sans hésitation, j’évite son geste et riposte par un coup droit direct dans les côtes. Sous le choc, la respiration du mec se bloque. Rageur, il pousse un cri et revient à l’assaut. Cette fois-ci, il y met plus de puissance. Je contrecarre sa charge avec plus de difficulté. Je m’abaisse légèrement et lui envoie un crochet dans la mâchoire. Je suis habitué à me battre, mais je ne me suis jamais fait à la douleur des phalanges lorsqu’elles rencontrent les os de l’adversaire. Je serre des dents pour contenir le mal et l’utilise pour nourrir la rage qui m’habite.

Un mouvement sur ma gauche me déconcentre, Malabar voit une ouverture et s’y engouffre. Je n’ai pas le temps d’esquiver, je sens son poing s’enfoncer dans mon estomac. La morsure du coup me plie en deux et je me prends aussitôt son genou sous le menton. Heureusement que Splinter n’est pas là pour voir ça, il aurait été capable de m’en coller une pour avoir commis cette erreur de débutant.

Je secoue la tête pour me remettre les idées en place. J’ai le temps de voir le poing de Malabar arriver sur ma tronche, j’effectue un pas rapide sur la droite pour ne plus me retrouver dans sa ligne de mire et, d’un mouvement souple, je bascule le buste sur le côté. Le poing de mon adversaire rencontre la surface du mur derrière moi. Sous l’impact, il hurle de douleur. Je ne perds pas de temps pour lui faire une clef de bras et le renverser à terre. Mes pieds remplacent mes poings, je tire parti de mon avantage pour lui envoyer plusieurs coups de poing dans la tronche, histoire de bien l’amocher et de l’envoyer dans les vapes.

Le comparse numéro deux exploite le fait que je suis concentré sur l’homme à terre pour me sauter sur le dos, son bras s’enroule autour de ma gorge, me bloquant la respiration. J’agrippe son poignet et tente de desserrer sa prise sans y parvenir.

Le lascar numéro trois voit là une occasion de m’assener quelques coups sans prendre trop de risques, il en profite donc. Merde, si je ne finis pas avec quelques os cassés, je pourrai m’estimer heureux.

Comme je ne parviens pas à me défaire de la prise du type que j’ai collé au dos, je rassemble toutes mes forces et, d’un mouvement brusque, je le cogne contre le mur. Sous l’effet du choc, j’arrive à m’en défaire. Je le bloque de mon avant-bras, sous la gorge, et, en même temps, j’envoie un coup de pied retourné à la brindille. Sous l’impact, le mec recule de quelques pas. J’ai tout juste le temps de m’occuper de celui qui est plaqué contre le mur, avant que numéro un revienne à la charge. J’attrape la tête du type, que je bloque, et la cogne contre le mur ; le mec s’affale quasi instantanément. Je reporte alors mon attention sur le deuxième. Je ne perds pas de temps et empoigne le mec. C’est une avalanche de coups qui lui tombe dessus.

Quand le troisième finit au tapis, je suis à bout de souffle, courbé en deux, les mains sur les cuisses.

Il me faut plusieurs secondes pour réaliser que, durant tout ce temps, j’avais un spectateur. Alors qu’il était censé me venir en aide, Splinter est adossé contre le mur, les mains fourrées dans les poches de son jean, et observe la scène d’un air de profond ennui.

— T’es là depuis combien de temps ?

— Je suis arrivé un peu avant que tu envoies le deuxième dans les bras de Morphée.

— Et l’idée ne t’est pas venue de venir en soutien ? m’exclamé-je.

Il hausse les épaules.

— Tu semblais maîtriser la situation.

Je le fixe, ahuri par ce qu’il me débite.

— Je semblais… Bordel ! Splinter, un peu d’aide aurait été la bienvenue, m’écrié-je en me redressant.

— Je voulais voir si mes leçons portaient leurs fruits.

Je secoue la tête et lui jette un regard noir tout en pointant un index accusateur dans sa direction.

— T’es un grand malade, comme mec, t’es au courant ?

— C’est le bruit qui court à mon sujet…

Un élancement dans mes côtes me coupe le souffle pendant quelques secondes, je plaque ma main dessus pour contenir la douleur.

— Je crois qu’ils m’ont pété une ou deux côtes.

— C’est ta faute. T’as baissé ta garde à un moment. Pourtant, cette parade, je te l’ai fait refaire des centaines de fois.

— Splinter, on n’était pas à un putain d’entraînement, lui retourné-je, agacé.

Cet abruti me sourit avec son air de psychopathe. Le con prend plaisir à la situation.

Je m’apprête à lui assener deux ou trois vérités lorsqu’une sirène nous coupe dans la conversation.

Merde, les flics !

On ne peut rien faire pour s’extirper de la situation, impossible de s’échapper de cette ruelle sans se faire prendre. Splinter jure entre ses dents quand un des officiers sort de la bagnole et se dirige sur nous. Mon frère sait ce qu’il a à faire. Discrètement, il envoie un message codé et préenregistré au club. Ce n’est pas notre première arrestation et probablement pas la dernière, on connaît la procédure. Alors, en attendant que les frangins nous sortent de cette situation et avant que les flics ne nous le demandent, nous nous mettons à genoux, mains derrière la tête, pour leur montrer qu’on coopère.

Comment une simple visite chez le tatoueur peut se terminer par la case prison ?

 

1. Le terme Maverick provient d’un éleveur américain à l’esprit indépendant. Samuel Augustus

Maverick était également un homme politique et un avocat. Ce terme s’est étendu pour désigner

les personnes anti-conformistes, les francs-tireurs.

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