Black riders, Tome 2 - Girl Crush
19 - Brandon
19
Brandon
J’ai toujours réussi à dormir n’importe où et dans n’importe quelle condition. Mais depuis mon enlèvement, je dois accomplir une sorte de rituel avant de me décider à me coucher et à fermer les yeux.
Je procède toujours de la même manière : je vérifie que ma fenêtre est bien fermée, j’allume la lumière de la table de nuit et mets ma chaîne hi-fi en sourdine. Je vérifie une deuxième fois la fermeture de la fenêtre, et je branche mon téléphone sur le chargeur pour être sûr d’avoir ma batterie chargée à cent pour cent pour le cas où j’aurais besoin d’appeler les secours.
Ce rituel est millimétré et je fais en sorte que rien ne le perturbe. Donc, quand une coupure de courant surgit en plein milieu de celui-ci, autant dire que tout dérape. Les fantômes que je cherche à éloigner par mon cérémonial surgissent tels des clowns sortant de leur boîte.
*
* *
Je me dirige vers ma voiture, des rêves et des projets plein la tête. Absorbé par mon portable avec lequel j’envoie un message à Beverly pour la prévenir que j’aurai un peu d’avance, je ne me préoccupe pas du véhicule qui roule au ralenti sur le parking. Sans que j’y prête attention, le van se gare non loin de moi. J’entends vaguement le coulissement de la porte latérale, puis, avant que je comprenne ce qui m’arrive, je discerne des bruits de pas précipités derrière moi.
Mon cerveau décide à cet instant de tirer la sonnette d’alarme. Je me retourne pour voir ce qu’il se passe et, au même moment, une douleur fulgurante s’abat sur ma tempe. Ma vision devient floue et mon corps s’affaisse.
Avant de perdre connaissance, je discerne un visage : celui de Garrett.
Alors qu’il esquisse un sourire cruel au-dessus de mon visage, ma dernière pensée se dirige vers Hayley. Il nous a retrouvés et je serai incapable de la protéger. J’ai échoué.
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* *
Je suis dans le noir, mon corps est entravé et je suis incapable d’effectuer le moindre mouvement. J’ai envie d’appeler à l’aide, mais je ne le fais pas. D’une part, parce que je suis bâillonné et, d’autre part, parce que, si je me mets à crier, mes ravisseurs sauront que je suis réveillé. Et les coups se mettront alors à pleuvoir à nouveau. Tout ce que je ressens, c’est de la peur.
J’ignore au bout de combien de temps la porte de la pièce finit par s’ouvrir. Ma terreur augmente d’un cran et je me débats dans des gestes inutiles. La silhouette de Garrett se profile, la lumière du couloir m’aveugle pendant quelques secondes. La voix mielleuse du beau-père d’Hayley me tord l’estomac. Quand ses paroles s’insinuent dans mon esprit, j’ai envie de pleurer car je sais que je suis perdu.
— Le temps des retrouvailles est arrivé, je vais aller chercher Hayley et nous pourrons enfin terminer ce que nous avons laissé en suspens tous les trois.
Je me tortille encore plus frénétiquement. Mon attitude me dégoûte, je me croyais suffisamment fort pour protéger Hayley, mais face à mon bourreau, je suis devenu un véritable poltron. Je ne pense plus à la sécurité d’Hayley, je ne me demande même pas si elle est en sécurité. Tout ce que je veux, c’est fuir mes futures souffrances.
*
* *
Un poids me comprime l’épaule, comme si une main venait de s’y poser. Je n’ai aucun souvenir de ce moment lorsque j’étais séquestré.
Je me débats encore un peu plus. Le rire démoniaque de Garrett m’emplit les oreilles. À cette voix se mélange une autre voix. Elle est douce, mélodieuse et inquiète. J’ai l’impression que c’est celle d’Hayley, mais c’est impossible. Elle ne devrait pas être dans la même pièce que moi. Du moins pas encore. Hayley n’est arrivée que plus tard. Beaucoup plus tard.
La pression sur mon épaule se fait plus insistante et me secoue.
— Brandon ! Réveille-toi, tu es en train de faire un cauchemar. Tu es en sécurité à l’appartement…
Comment pourrais-je être en sécurité alors que Garrett est là ?
Et si la voix d’Hayley avait raison ? Est-ce que toute cette scène n’est que le fruit de mon imagination ?
Je me laisse guider par la voix de mon amie, comme un navire qui suit la lueur d’un phare. Je force mes yeux à s’ouvrir, mes paupières battent difficilement et je me retrouve dans une autre pièce. Je ne suis plus dans ce lieu sordide, mais dans ma chambre. Hayley me fixe, des larmes lui coulent sur les joues. Encore englué dans les images de mon cauchemar, j’ai du mal à assembler les pièces du puzzle et à les comprendre.
Quand finalement mon esprit parvient à faire le tri des scènes qui se superposent, je constate que je suis recroquevillé dans un coin de ma chambre et que l’électricité est revenue. Avec horreur, je réalise le spectacle que j’offre.
— Va-t’en, je veux être seul ! m’écrié-je, impuissant.
Au lieu de m’obéir, Hayley s’approche de moi lentement, comme si j’étais un animal blessé qu’elle avait peur d’effrayer. Ce qui n’est pas si loin de la vérité.
— Laisse-moi t’aider.
Je secoue la tête pour rejeter son aide, mais elle refuse de m’abandonner à mon sort. J’ai besoin de fuir sa présence pour rassembler mes esprits. J’ai l’impression que les images de mon cauchemar ont imprégné chaque cellule de mon corps sans que je parvienne à les chasser.
— J’ai besoin de prendre une douche.
— D’accord.
Je me lève et me dirige vers la porte de la chambre sans adresser un regard à mon amie.
Arrivé dans la salle de bain, je m’empresse de retirer mon t-shirt et mon boxer pour me réfugier sous l’eau chaude. Je plaque mes mains contre le mur et, le regard baissé vers le sol, je laisse l’eau me couler sur la tête et les épaules. Elle emporte mes fantômes avec elle.
Quand l’eau commence à devenir tiède, je reprends contact avec le présent et m’aperçois que j’ai dû rester un paquet de temps. La salle de bain est complètement embuée, on pourrait presque croire que je suis dans un hammam. Je ferme les robinets, attrape une serviette et l’enroule autour de mes hanches. Je prends garde à ne pas faire trop de bruit pour ne pas réveiller mes colocataires.
Quand j’entre dans ma chambre, je ne suis pas surpris d’y retrouver Hayley. Je n’ai pas envie de parler, ce qu’elle semble comprendre.
Je retourne vers mon lit, m’y allonge et pose l’avant-bras sur mes yeux. Elle ne tarde pas à venir me rejoindre. Nous restons silencieux et je repense à toutes les promesses que nous nous sommes faites elle et moi, et à tout le chemin que nous avons parcouru.
— Merci, murmuré-je.
— De quoi ?
— De ne pas chercher à me faire parler.
— Brandon, je suis passée par là. Dans certaines situations, une présence silencieuse et compréhensive est plus efficace que des paroles. Tu veux que je reste avec toi cette nuit ?
— Ça te dérange ?
— Pas du tout.
— Et Jace ?
Son regard s’illumine d’une lueur espiègle qui est confirmée par ses paroles.
— Ça te donnera un prétexte pour l’emmerder.
— T’es diabolique. Je risque de me retrouver avec son poing dans la face.
— Je te protégerai, me répond-elle en se calant un peu plus contre moi avant d’ajouter, comme tu m’as toujours protégée.
— Toujours, ma Glitter Girl, chuchoté-je contre sa tempe en la prenant dans mes bras.
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