Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 55 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

55 - Brandon

55

 

Brandon

 

Allongé sur le lit, les mains derrière la tête, je fixe le plafond sans le voir, anéanti par la réalité.

Je suis un putain de camé. À chaque nouvelle prise, je me jurais que je pouvais arrêter du jour au lendemain. Il faut désormais que je cesse de me voiler la face, je suis comme ces mecs d’hier soir qui déambulaient comme des loques.

C’est l’unique solution que j’ai trouvée pour tenir mes cauchemars éloignés et réussir dans mes études. Sauf qu’au lieu d’apparaître la nuit, mes cauchemars peuplent mes journées à la place. J’aimerais avoir le pouvoir de tout effacer de ma mémoire.

Toutes les paroles que j’ai balancées au visage d’Hayley me rendent nauséeux. Pops a raison aussi, j’ai orienté ma colère contre les mauvaises personnes. Le discours qu’il m’a tenu un peu plus tôt m’a fait mal, car il m’a fait ouvrir les yeux sur ma situation. À un moment donné dans cette histoire je me suis perdu et au lieu de demander de l’aide pour retrouver mon chemin, je me suis détourné des personnes qui m’aimaient et me suis enfermé dans le mensonge et la rancoeur.

Je me passe une main lasse sur le visage. Splinter est venu toquer à la porte pour que je les rejoigne pour manger un morceau. Je n’ai pas faim. À la place, je me laisse glisser dans un sommeil agité.

*

* *

Garrett s’apprête à quitter la chambre. J’ignore pendant combien de temps il m’a roué de coups. La seule information que mon cerveau est capable d’analyser est la douleur qui paralyse tout mon corps. Elle est si intense que je n’ai plus aucune dignité et le supplie de m’achever. Je ne pourrai plus supporter un coup supplémentaire sans devenir fou.

— Pourquoi vous ne me tuez pas ?

Garrett se retourne, son regard est celui d’un dément.

— Ce n’est plus qu’une question de temps. Je veux qu’Hayley te voie dans cet état et que tu lises la peur dans son regard.

À peine referme-t-il la porte de la chambre que je sombre dans l’inconscience.

Un poids s’affale sur mon corps. La douleur irradie mes membres et je gémis. Une voix chevrotante s’élève dans l’obscurité.

— Brandon ?

Une main chaude palpe mon visage, des larmes me tombent sur les joues. La voix s’élève à nouveau et répète dans une sorte de litanie que tout va bien se passer, qu’elle va me sortir de là. Je voudrais tant avoir la force de lui dire qu’il est trop tard pour moi. On ne peut plus me sauver, tout ce que je veux à cet instant, c’est me glisser dans le néant.

*

* *

Je me redresse d’un bond dans le lit. La nuit est bien avancée, seule la lueur de la lune éclaire la pièce. J’aurais dû me douter qu’ils allaient revenir, dès que je relâche mon attention, mes cauchemars s’imposent à moi. Encore sous le choc, je reste anesthésié sur le bord de mon lit, les épaules voutées et le regard fixé sur le sol. Mon esprit est vide, mon corps n’a plus aucune énergie, comme s’il me signifiait qu’il arrivait en fin de course et qu’il est temps de passer le relai à quelqu’un d’autre.

Au loin, j’ai l’impression que quelqu’un frappe à ma porte. Mon cerveau analyse ce bruit sans que je réagisse.

Au loin, j’ai l’impression que quelqu’un frappe à ma porte. Mon cerveau analyse ce bruit sans que je réagisse. Mon corps devient une prison dans laquelle sont enfermées deux personnalités : celle du Brandon justicier qui se démène depuis son adolescence pour protéger sa meilleure amie, et celle du Brandon brisé, qui ne sait pas qui il est. Beverly a mis le doigt sur quelque chose, l’autre jour, avec cette histoire de déguisement. Est-ce que j’aime me déguiser ? Je n’en sais rien, car je ne l’ai jamais fait. Y a-t-il d’autres choses que j’ignore de moi-même ? Comment les autres peuvent deviner qui je suis, si je l’ignore moi-même ?

Toutes ces questions me conduisent à une évidence : il est temps pour moi de déposer les armes et de vivre ma vie. Hayley a fait son choix avec Jace, elle connaît les risques du monde dans lequel il évolue. Je n’ai pas le droit de la juger. Il en est de même pour moi, c’était mon choix de la protéger. À moi d’assumer les conséquences de mes décisions. Je n’ai pas à punir le destin ou d’autres personnes parce qu’elles se sont retrouvées sur ma route. Ce n’est pas la faute de Pops et de son club si Garrett s’en est pris à moi. Au contraire, ils ont cherché à nous protéger avec Hayley. Et je les remercie en leur plantant un couteau dans le dos…

J’ai cherché un responsable à ma situation, mais ce qui m’est arrivé est l’unique conséquence de mes choix.

J’ai dû toucher le fond pour en arriver à ces conclusions. Je pensais que cela serait douloureux, à la place, je ressens une délivrance salvatrice.

Des pieds apparaissent dans mon champ de vision, le lit s’affaisse et une main me tapote le genou. C’est uniquement lorsque Pops me parle que je réalise que je pleure.

— Pleure un bon coup, gamin. Tes emmerdes appartiennent au passé !

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