Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 29 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

29 - Brandon

29

Brandon

 

Encore un message. Je soupire de résignation, il va vraiment falloir que je les contacte. Hier, lors du rassemblement, j’ai obtenu certaines informations qui pourraient leur servir. J’ignore la raison pour laquelle je ne les leur ai pas encore fournies.

J’entre dans la cuisine, le regard rivé sur mon écran, hésitant encore. Le destin décide pour moi.

— Comment va ton genou ?

Je sursaute en entendant la voix de Beverly et m’empresse de ranger mon téléphone dans la poche arrière de mon pantalon. Son regard se fait curieux quand elle observe mon manège.

— C’est rentré dans l’ordre, rien de bien méchant, m’empressé-je de lui répondre.

— Tant mieux.

— Tu t’es levée tôt, les autres dorment encore.

J’attrape une pomme dans la corbeille de fruits et m’amuse à la lancer dans les airs d’une main pour la récupérer dans l’autre.

— Oui, je dois passer prendre un truc au club pour l’anniversaire de Logan avant d’aller en cours.

Je croque dans la pomme, cherchant un moyen pour éviter sa prochaine question concernant mes projets pour la journée. Ce matin j’ai rendez-vous chez la psy et je n’ai pas envie d’en parler. C’est ridicule, mais j’ai toujours du mal à avouer que je consulte un spécialiste. J’ai l’impression que les gens pourraient me juger et voir en moi une personne anormale.

Beverly affiche un air soucieux qui me pousse à l’interroger.

— Tu sembles préoccupée.

— Je le suis toujours quand mon père part sans explication.

— Tu penses qu’il court un danger ?

— La plupart du temps je ne sais pas où il va. Il a beau m’éloigner des affaires du club, je vois certaines choses.

Les propos qu’elle tient éveillent mon intérêt, je poursuis mon interrogatoire l’air de rien.

— Il fait quoi, à ton avis ?

— Garrett est peut-être derrière les barreaux, mais la plupart des types qui vous ont fait du mal sont encore dehors…

— Tu penses qu’ils cherchent à nous venger ? lui demandé-je, étonné.

— J’en suis sûre. Ils sont comme ça quand on touche à leurs proches. Hayley et toi appartenez à notre famille, que tu le veuilles ou non, ils feront tout pour se venger et te protéger. Mon père n’en a jamais parlé, mais il se mord les doigts de ce qui t’est arrivé.

Je n’ai pas envie de l’entendre défendre son père.

— C’est du passé, le ressasser ne sert à rien.

— Je ne sais pas comment tu fais, réplique-t-elle en secouant la tête.

Je ne vois pas ce qu’elle cherche à me dire alors je la regarde en haussant un sourcil interrogateur pour qu’elle s’explique.

— À ta place, j’en voudrais à la Terre entière.

Je me crispe, mais, inconsciente de l’état dans lequel elle me met, elle poursuit :

— Quand tu es retourné à New York, cet été, j’ai pris le temps de réfléchir. (Elle esquisse un sourire ironique.) Ton silence m’a aidée à me poser certaines questions. J’en suis venue à la conclusion que tu nous reprochais ce qui t’était arrivé.

Je me redresse, prêt à la contredire, mais d’un mouvement impérieux de la main elle me fait taire.

— Brandon, n’importe qui, et moi la première, en aurait voulu à mon père. Ce serait un réflexe normal de penser qu’il est responsable de cette situation. Nous ne sommes pas issus de leur milieu, nous ne sommes pas bâtis pour supporter leur mode de vie.

— Je ne leur en veux pas.

Beverly me considère de manière silencieuse pendant de longues secondes. Son regard se fait à la fois curieux et suspicieux.

— Vraiment ?

— Oui. Vraiment.

Elle opine lentement de la tête.

— Donc, il doit y avoir autre chose pour que tu aies pris tes distances, affirme-t-elle.

À ces mots, j’ai l’impression qu’un étau se resserre autour de moi. Je n’ai qu’une envie : fuir cette conversation pour ne pas me trahir. Si Beverly émet des doutes, je suis mal barré. Elle est intelligente, elle peut comprendre très rapidement la situation.

— Il n’y a rien.

— Dans ce cas, pourquoi as-tu préféré couper les ponts ? Tu te souviens que je t’avais dit avoir un mauvais pressentiment avant que tu partes ? Que j’avais l’impression que tu allais t’éloigner de moi…

Ses yeux se remplissent de larmes, j’ouvre et ferme le poing pour m’empêcher d’aller la prendre dans mes bras. Sa référence à la veille de mon départ fait surgir le souvenir de l’unique nuit que nous avons eue, elle et moi. Le sentiment de plénitude qui m’avait envahi quand je l’ai tenue dans mes bras se raccroche à ma peau. J’ai envie de lui présenter mes excuses et de tout lui expliquer, mais si je le fais, je la perdrai définitivement. Il me faut une porte de sortie. Elle n’a pas le droit de revenir sur ses paroles, si elle le fait, je serai incapable de lui résister. Elle l’ignore, mais notre histoire ne peut pas avoir de fin heureuse.

— Je me souviens de ce que je t’ai dit, mot pour mot, lui soufflé-je lentement. Et toi, tu te souviens de ce que tu m’as dit il y a seulement quelques jours ?

— Oui.

Ses épaules s’affaissent de plus en plus et la douleur qui transparaît dans son regard me fait me sentir encore plus merdique que je ne le suis.

— Alors ne viens pas me faire la morale sur des propos tenus il y a plusieurs mois, lui assené-je. Tu m’as bien fait comprendre que tu avais profité de la situation, que tu regrettais et qu’on restait amis. Je ne fais que t’obéir, ma belle !

— Et si j’avais changé d’avis ? chuchote-t-elle d’une voix tremblotante.

Je suis vraiment une pourriture. J’ai toujours considéré Beverly comme une fille forte et la voir se transformer en petite chose fragile par ma faute me dégoûte.

Je ne supporte pas de voir cette lueur de détresse. Sur un coup de tête, je me dirige vers elle et l’enlace. Son corps se fond immédiatement dans le mien.

— Je suis désolé, chuchoté-je contre ses cheveux.

Ses mains se cramponnent autour de ma taille. J’inspire pour trouver la force de me détacher d’elle. Je plaque mes mains de part et d’autre de son visage pour que nos regards se croisent et qu’elle puisse lire la sincérité dans mes paroles. Elles ne vont pas être celles qu’elle attend, mais c’est tout ce dont je suis capable pour l’instant, vu ma situation.

— Écoute-moi bien, ma rebelle.

Nous esquissons tous les deux un sourire complice. Ce surnome, je le lui avais donné à l’hôpital, depuis mon retour, je ne l’avais pas encore employé.

— Ce que je vais te dire n’est certainement pas ce que tu veux entendre…

Son visage se ferme, elle cherche à se défaire de mon emprise, mais je l’en empêche. J’ai besoin de la sentir contre moi alors je l’incite à poser sa tête contre mon torse. Sa chaleur m’envahit et me donne la force de poursuivre. Ma main plaquée contre sa nuque la caresse sans que j’en prenne réellement conscience. Je cale mon menton au-dessus de sa tête et poursuis :

— Depuis ce qui m’est arrivé, tu es la seule personne qui me fait du bien. Même Hayley n’a pas ce pouvoir. J’ai besoin de toi, Beverly, pour ne pas devenir fou. Si on pousse plus loin notre relation, j’ai peur de te perdre. Et si je te perds, je me perds. Tu es mon ancre. Ton sourire, ton sale caractère et ta douceur me font me sentir vivant. J’ai besoin de toi pour respirer. Alors même si ça me déchire et que je crève d’envie de t’embrasser, de me réveiller à tes côtés chaque matin, je ne peux pas.

L’alarme sur mon téléphone me rappelle mon rendez-vous avec la psy. Au prix d’un grand effort, je me détache de mon amie tout en refusant de la regarder.

— Je dois y aller, j’ai rendez-vous chez la psy.

Je m’empresse de me détourner d’elle pour quitter la cuisine et surtout pour fuir la tentation qu’elle représent. Quand j’atteins le seuil, elle m’interpelle.

— Brandon.

J’arrête mon mouvement et, sans me retourner, j’attends la suite de sa phrase.

— Je suis désolée d’avoir créé la confusion dans ton esprit, oublie mes paroles. On reste amis. Je n’ai pas le droit de faire la girouette avec toi.

J’acquiesce et quitte la pièce avant de commettre une erreur.

*

* *

Quand j’arrive chez la psy, sa secrétaire m’annonce que je suis en avance de plus d’une heure. Comme un idiot, je me suis planté d’horaire. Au lieu de rester dans la salle d’attente, je décide de me rendre dans le jardin public, près du cabinet.

J’ai encore du mal à me remettre de ma conversation avec Beverly, même si je ne lui ai pas dit toute la vérité, j’étais sincère.

Le message que j’ai reçu ce matin m’inquiète, l’étau se resserre autour de moi et je vais être dans l’obligation de prendre une décision rapidement. Mon instinct me souffle que si j’accède à leur demande, je devrai vivre avec le remords d’avoir commis une grave erreur.

Je m’assois sur un des bancs du parc et essaie de faire le tri dans mes idées. Le rassemblement d’hier m’a donné certaines informations concernant Pops et ses acolytes. La conversation que j’ai eue avec Beverly m’a donné la confirmation que cette réunion était une diversion pour masquer leur départ. Cette information pourrait les intéresser.

Je n’ai jamais trahi personne, si je franchis la ligne, je serai un traître. Je sais pertinemment que je serai incapable de me regarder en face par la suite. Il n’y aura pas de retour en arrière. Est-ce que le jeu en vaut vraiment la chandelle ? Est-ce que ma rancœur mérite que je perde mon amitié avec Hayley et Beverly ?

Je joue avec mon portable dans les mains, toujours indécis. La pression qui s’est accumulée ces derniers temps s’intensifie, entraînant irrémédiablement une migraine.

Je repousse ma décision à plus tard et n’envoie pas de message. Je range mon téléphone et attrape un antalgique pour calmer le martèlement qui me comprime les tempes.

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