Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 65 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

65 - Brandon

65

Brandon

 

Quand Pops m’a reconduit à l’appartement, l’autre soir, Beverly était présente. En nous voyant tous les deux, elle s’est immobilisée. Son regard n’a cessé de faire des allers-retours pour évaluer la situation. Son père a été succinct, il lui a simplement lancé en lui décochant un clin d’œil, « Il a fait le ménage dans sa tête et a ouvert les yeux », puis il est reparti comme il est venu. J’ignore le sens de ses paroles, mais cela a dû jouer en ma faveur puisque Beverly lui a souri. Sa nouvelle attitude me laisse espérer que mes chances d’obtenir un jour son pardon sont un peu plus élevées. Ce même soir je n’ai pas été particulièrement loquace moi non plus, je lui ai simplement annoncé « Il sait tout », puis je suis parti me réfugier dans ma chambre en la laissant analyser l’information.

Ce soir, je change de tactique, j’estime lui avoir laissé suffisamment d’espace pour mettre ses idées au clair. Maintenant, je décide de passer à l’offensive et de gagner du terrain avec pour but ultime de la ramener à nouveau dans mes bras.

J’entre dans sa chambre sans prévenir. Je m’immobilise en la découvrant uniquement vêtue de ses sous-vêtements. Elle se tient en équilibre sur un pied et s’apprête à enfiler l’autre dans une jambe de son pantalon. Mon intrusion la fait sursauter et, sous le coup de la surprise, elle perd l’équilibre et s’affale de tout son long. Je me précipite pour l’aider à se relever tout en m’excusant.

— Merde, je ne voulais pas te faire peur.

— Ça va, Brandon, me répond-elle en attrapant la main que je lui tends.

— Tu t’es blessée ?

— Seule ma fierté a été touchée. Tu voulais quoi ?

Je détourne le regard pendant qu’elle finit de s’habiller. Après m’être éclairci la gorge, je reprends le fil de la conversation.

— Je t’ai promis de faire ton éducation sur les Marvel, je me suis dit que c’était le soir idéal pour combler tes lacunes.

Maintenant que je suis face à elle, l’ordinateur sous le bras, je me sens moins sûr de moi. Ses iris translucides me sondent, et même si nous nous parlons à nouveau, je sens toujours la présence de la muraille qu’elle a érigée autour d’elle. Je me passe une main nerveuse dans les cheveux et lui avoue la vérité :

— Écoute, je voudrais juste passer un peu de temps avec toi, me faire pardonner, et surtout te prouver que je peux être quelqu’un de confiance.

En entendant mes derniers mots, Beverly mime une grimace.

— Si tu ne veux pas de Marvel, on peut reprendre Game of Thrones… Je suis même prêt à supporter les derniers épisodes de Walking Dead, marmonné-je du bout des lèvres.

Le rictus qu’esquisse Beverly m’informe par avance de son choix.

Elle se dirige vers son lit et tapote la place près d’elle.

— En route pour une saison de Walking Dead.

*

* *

Cette situation est vraiment bizarre. Nous avons tous les deux conscience de la présence de l’autre tout en nous efforçant de l’ignorer. Dès que son bras touche le mien, elle se décale ; quand c’est mon pied qui entre en contact avec le sien, je lui adresse un sourire d’excuse. Je n’aime pas ce malaise entre nous. Le pire, c’est que j’ignore comment le faire disparaître.

— Parle-moi un peu de toi, lui demandé-je.

Elle reporte son attention sur moi, le regard interrogateur :

— Qu’est-ce que tu veux savoir ?

— Je ne sais pas. Dis-moi un truc important de ta vie, tes retrouvailles avec ton père, par exemple, ou comment était ta mère. Tu n’en parles pas souvent.

Elle hoche la tête lentement.

— C’est vrai. Je n’aime pas trop m’éterniser dessus. C’est encore douloureux.

Son visage se pare de tristesse. Je regrette de lui avoir parlé de sa mère et d’avoir remué de mauvais souvenirs en elle. Je n’ose même pas imaginer ce qu’elle a pu ressentir à ce moment. Je prends réellement conscience qu’elle aussi a traversé une période difficile et pourtant elle semble s’être remise et affronte la vie la tête haute. Je ne sais pas comment j’aurais réagi si j’avais été à sa place. Et je préfère ne pas le savoir.

— Tu n’es pas obligée de me parler d’elle, je suis désolé d’avoir abordé le sujet, m’empressé-je de la rassurer.

— Ne t’en fais pas. C’est juste les souvenirs qui remontent à la surface.

— Pourquoi elle t’a enlevée ? Elle pensait que Pops allait te garder pour lui tout seul ?

— Non, mon père ne l’aurait jamais fait. Si elle avait voulu divorcer, il aurait accepté qu’elle ait ma garde. En fait, elle voulait surtout m’éloigner des dangers de ce monde.

— Pourquoi t’a-t-elle envoyée à lui à sa mort, dans ce cas ?

— Je ne sais pas trop, me répond-elle d’un haussement d’épaules. Elle a bien invoqué le fait que, sans la protection de mon père, je pouvais être une cible facile pour ses ennemis. Avec le recul, et en connaissant mieux Pops, je pense qu’elle voulait me ramener à lui pour lui prouver qu’elle l’aimait toujours. Une sorte de cadeau d’adieu.

— Elle était comment ?

Un sourire rêveur s’esquisse sur ses lèvres.

— On va dire qu’elle avait deux personnalités : par moments elle était encore cette jeune fille qui vivait pour l’adrénaline, elle rejetait tous les codes de la société. C’était une femme enfant. À la sortie de l’école, le vendredi soir, elle m’emmenait avec elle pour une virée le temps d’un week-end. Elle faisait tomber au hasard un crayon sur une carte de la région et on partait dans la ville ciblée. Parfois c’était horrible, on tombait sur une ville d’une centaine d’habitants où il n’y avait rien à faire, d’autres fois on avait plus de chance et on vivait une grande aventure. Avec le recul, je pense qu’elle essayait surtout de se remémorer ces instants de liberté qu’elle éprouvait quand elle était dans le club avec mon père. Quand j’ai parlé de ces anecdotes à Pops, il m’a avoué que c’était un truc qu’ils faisaient tous les deux au début de leur relation, quand tout allait bien.

— Ça devait être cool.

— Ce sont mes meilleurs souvenirs.

— Tu en as gardé de mauvais ?

Elle a vu sa mère mourir d’un cancer, bien sûr qu’elle a de mauvais souvenirs, abruti !

— Quelques-uns… Parfois elle s’enfermait dans une sorte de léthargie. Je crois qu’elle pensait à mon père et à tout ce qui lui manquait dans la vie. Et puis, elle vivait dans la frayeur qu’il ne nous retrouve.

— Ça n’a pas dû être facile, pour toi, de retourner vivre auprès de ton père.

— Pas vraiment, non. Surtout qu’il était devenu comme un inconnu pour moi. J’ignorais comment il allait réagir. S’il allait m’accueillir à bras ouverts ou au contraire me réexpédier de là où je venais.

— Ça s’est passé comment ?

— J’étais morte de trouille, comme tu peux le deviner. La seule adresse que ma mère m’avait donnée était celle du club. Lorsque je me suis pointée, plusieurs prospects m’ont reçue à l’extérieur, je n’en connaissais aucun, par contre, eux avaient entendu parler de moi. Je leur ai dit qui j’étais et que je voulais voir Pops. Malheureusement il n’était pas là, seul Jace était présent. Il m’a reconnue de suite, son visage m’était familier, mais j’ai mis plusieurs minutes à le reconnaître. Il m’a entraînée immédiatement dans le bureau de mon père, comme s’il avait peur que je ne me volatilise sous ses yeux, puis il a appelé Pops. Mon père est rentré au club en un temps record. Avant que je réalise qui était le type qui venait de débouler dans la pièce, je me suis retrouvée emprisonnée dans l’étau de ses bras. Il me serrait si fort qu’il m’étouffait. Il est resté un long moment agrippé à moi. Des larmes lui coulaient sur les joues quand il a fini par se détacher de moi. C’est la seule fois où je l’ai vu exprimer ce qu’il ressentait réellement. Mon père est une force de la nature, mais ce jour-là, il était vulnérable. Et j’ai su à cet instant précis que tout se passerait bien et que ma mère avait eu raison de me ramener à lui.

— Comment tu as fait pour accepter son mode de vie ?

— Ça a été dur au début, même encore l’année dernière, je ne savais pas trop comment me situer par rapport au club et aux autres membres. Mis à part Jace, évidemment. Je les associais tous à des types lourdingues avec le QI d’une huître.

— Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

— Je leur ai laissé une chance. J’ai mis mes préjugés de côté et j’ai appris à les connaître. Je reste convaincue que ce sont des types lourdingues, sauf que j’ai fait évoluer leur QI. Et puis même si je ne les rencontrais que dans certaines circonstances, je me suis rendu compte que ces mecs feraient tout pour moi, comme pour leurs propres enfants. Je n’ai jamais connu autant de solidarité. Et puis, qui sommes-nous pour juger les autres ?

— Je pensais la même chose d’eux. Ils m’ont prouvé le contraire.

Beverly triture nerveusement un fil qui dépasse de son t-shirt lorsqu’elle me demande :

— Brandon… Est-ce qu’un jour tu me diras ce qui s’est réellement passé, cette nuit-là ?

Cette question, je la redoutais.

— Je ne pense pas, lui réponds-je finalement.

Elle se mure dans un silence qui m’oblige à m’expliquer.

— Ce n’est pas que je ne veuille pas t’en parler, c’est que je suis en train de tourner la page. Je viens juste d’accepter le fait que j’ai été séquestré, je n’ai plus envie de revenir dessus. J’ai besoin d’aller de l’avant, et si tu acceptes de parcourir ce chemin avec moi, c’est encore mieux.

— C’est encore trop tôt. J’aimerais pouvoir tout oublier, mais les plaies sont encore à vif.

Je me tourne de trois quarts vers elle et plante mon regard dans le sien.

— J’ai conscience d’avoir merdé en beauté, mais je peux te garantir que si tu me laisses une dernière chance, je te prouverai que je ne te laisserai plus tomber.

Je scrute son visage à la recherche du moindre indice qui me permettrait d’espérer, mais Beverly ne laisse rien transparaître. À la place, elle change de sujet :

— La crique est un endroit spécial, pour toi, je me trompe ? 

— Elle l’est.

— Pourquoi as-tu voulu me la faire découvrir ?

— Pour te prouver que tu n’es pas n’importe qui dans ma vie.

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