Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 28 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

28 - Pops

28

 

Pops

 

Notre chapitre du Montana est basé à Great Falls, dans le comté de Cascade. C’est une petite unité, cependant elle est placée à un endroit stratégique, si bien qu’elle nous permet de maintenir nos frontières par rapport aux Canadiens.

À l’époque où j’ai intégré le club, ces derniers cherchaient à s’implanter chez nous. On a évité le conflit de justesse grâce au merdier qui sévissait au Canada. Les Hells Angels prenaient de plus en plus de pouvoir et de territoire, leur influence était telle qu’ils ont pris le monopole du marché de la drogue. Voyant leur principale source de financement leur glisser entre les doigts, de nombreuses entités canadiennes se sont regroupées et se sont fait appeler les Rock Machines. Leur objectif principal était de combattre les Hells Angels pour les faire refluer aux frontières du pays. Cette lutte de pouvoir interne a été du pain bénit pour nous, si bien qu’elle nous a permis de nous renforcer et de garder notre territoire. Le club contre lequel on se battait était en effet un club support des Rock Machines, ces derniers ont rappelé tout le monde, et la guerre intestine entre les Canadiens s’est terminée dans un bain de sang.

Ce conflit a causé la mort de cent cinquante personnes, dont Daniel

Desrochers, un gamin de onze ans 1 . Le souffle de l’explosion d’une voiture piégée lui a fait perdre la vie alors qu’il quittait l’école. Son décès a été le crime de trop pour l’opinion publique et les médias. La pression était telle que le gouvernement canadien a fini par adopter une loi pour renforcer les condamnations dans le cas des organisations criminelles. Aux États-Unis, on a la loi RICO ; au Canada, ils ont la loi C-95.

Et toute cette histoire est encore due à cette saloperie de drogue. De nombreux clubs périclitent à cause de ça, ils veulent jouer dans la cour des grands et en oublient qui ils étaient réellement et pourquoi ils voulaient former un club.

La plupart des frangins de L.A. n’aiment pas venir à Great Falls car ils ont l’impression d’aller s’enterrer dans un trou perdu. Ça nous prend deux jours pour nous y rendre et, franchement, je ne suis pas mécontent d’arriver à destination. Je ne sens plus mes muscles. À la tête que font Jace et Splinter, je me doute qu’eux aussi accueillent avec soulagement la fin de notre voyage.

Le club se tient un peu en retrait du centre. Quand nous l’atteignons, quelques frangins sont dehors, les prospects font leur boulot et surveillent les bécanes garées sur le devant. À peine coupons-nous nos moteurs que Cook, le président local, sort du bâtiment pour venir nous accueillir.

Je me lève de ma bécane et je m’étire pour détendre mes muscles.

— Pops.

— Cook.

— On vous attendait. Tout est prêt, on peut commencer quand tu veux.

— On va d’abord se boire un coup. J’ai besoin de me détendre et je suis sûr que mes frangins aussi.

— Ok. Tout s’est bien passé, sur la route ?

— Le temps a été clément, c’est déjà ça de pris.

Il n’y a rien de pire que de conduire une bécane sous la pluie ; l’asphalte se transforme en patinoire et on est obligé de se trouver un coin pour se mettre à l’abri en attendant que le déluge passe.

Quand nous entrons dans le club, l’ambiance est la même que dans celui de L.A. Je note avec satisfaction que tout est en ordre. Cook semble avoir bien pris les choses en main.

Avant d’attaquer la réunion de manière officielle, je préfère tâter le terrain et juger par moi-même de la température. Un des trucs que j’ai appris en ma longue carrière de Président national, c’est qu’autour d’un verre les gens montrent plus facilement leur véritable personnalité. Vu le merdier qu’on va affronter dans les prochaines quarante-huit heures, je préfère m’assurer que Cook a bien tous ses frères sous sa direction et qu’aucun ne retournera sa veste.

Depuis que je suis entré dans cet univers, j’ai assisté à la déchéance de plus d’un frangin. Avec le temps qui passe, le code d’honneur que nous respectons évolue, pas dans un sens qui me convienne. Les trahisons sont plus nombreuses, l’individuel prend le pas sur les clubs, les coups de couteau dans le dos sont légion… J’ai déjà eu plusieurs périodes de doute quant à mon adéquation au monde actuel des bikers, mais je les ai toujours laissées derrière moi, pour mes frères. Sauf que ces derniers temps elles se font plus présentes et m’obligent à m’interroger sur l’intérêt de poursuivre ou non l’aventure. Inconsciemment, j’ai formé Jace pour prendre ma relève. Le fait que je me remette en question me fait dire que cette option se transforme en envie.

À peine nous installons-nous dans un coin de la grande salle qu’une brebis débarque avec un plateau chargé de boissons. Le temps qu’elle pose tout sur la table, nous gardons le silence. Je la suis des yeux quand elle fait demi-tour. Une fois assuré que ses oreilles sont loin de nous, j’entame la conversation de manière informelle.

— T’as qui pour réparer les bécanes sur place ?

— Arturo, il est prospect depuis l’année dernière. En parallèle il bosse dans un garage du coin. Il fait du bon boulot.

— Il est fiable ?

— C’est moi qui le parraine.

Maintenant qu’il m’en parle, je me souviens que Jace m’en avait touché un mot. Il l’a rencontré quand il est venu vérifier les comptes pour démasquer Tiger. Jace m’avait donné son aval le concernant.

— Dis-lui de jeter un coup d’œil à ma bécane. Vers la fin du parcours, elle commençait à faire un bruit bizarre. Je n’ai pas envie de tomber en rade au moment le plus crucial.

— Ça marche.

Cook beugle après un prospect qui se tient près de la porte d’entrée.

— Fais venir Arturo, qu’il s’occupe en priorité de la moto de Pops.

Le gamin, qui ne doit pas avoir plus de vingt ans, s’empresse d’obéir et décampe de la grande salle.

— On en est où, côté Eagles ? reprend Cook.

— On les maintient sous surveillance. Une fois l’affaire Tiger résolue, on pourra passer à l’action.

— T’envisages quoi ?

— Tout dépend des infos qu’il va nous fournir… On va les attaquer sur notre territoire, à L.A., mais je pense qu’il faudra faire une sorte de guérilla sur les autres territoires où on est implantés pour maintenir la distance entre eux et nous. Soyez parés aux représailles, si on loupe notre coup à L.A., toutes les autres unités risquent d’en pâtir.

À mes propos, Cook hoche la tête sentencieusement, prenant conscience de l’ampleur du projet.

— T’as besoin de gars en soutien, là-bas ?

— Je te le ferai savoir le moment venu. Je pense que oui, donc réfléchis à une liste de mecs. Mais ne te défais pas trop, ton unité est un endroit stratégique, tu vas être un des premiers à te faire attaquer aussi bien de l’extérieur par les Canadiens que de l’intérieur par des clubs supports des Eagles.

— J’ai conscience de la situation. Pour les Canadiens, ça serait pas mal de profiter de ta présence pour les rencontrer et mettre les choses au clair avec eux.

— Des soucis de ce côté-là ?

— Pas vraiment. Mais sur le long terme, ça pourrait arriver. Ils font de temps en temps des virées sur notre territoire pour juger de nos réactions. On parvient à les renvoyer chez eux sans problème, jusqu’à maintenant.

— N’importe quel autre club ferait la même chose, nous les premiers. Dès que le bruit court qu’un club pourrait faiblir, on se met tous sur les rangs comme des charognards pour récupérer un bout de territoire. Je suis d’accord avec toi, rencontrons-les pour mettre les choses au clair. T’as toujours ton bar clandestin ?

— Ouais. Il fait le plein chaque soir.

— Les flics te laissent toujours tranquille avec ?

— Tant qu’on les rince, et qu’il n’y a pas de grabuge, ils ne s’en approchent pas. D’ailleurs, ils préfèrent qu’on se réunisse tous là-bas plutôt que de nous voir débarquer chez un civil.

Je ricane en me rappelant ce qu’il s’est passé la dernière fois qu’on a fait une virée dans un bar de la ville. Pas mal d’entre nous ont fini au trou pour une nuit. On avait fait une fête plus que corsée et on était tellement blindés qu’on est sortis du club pour s’amuser à effrayer les civils du coin. Le shérif de l’époque était à notre solde, mais après cette sauterie il a eu du mal à tout remettre en ordre dans sa ville. On a trouvé un compromis : il fermait les yeux sur le bar clandestin et on ne faisait plus de virées chez les civils.

— Bien. On va leur proposer un rendez-vous là-bas.

— Ça marche.

— Pour Tiger, Jace t’a mis au parfum ?

— On s’est occupés de sa femme et du petit. Ils sont à l’abri dans un autre club support. Pour l’hôpital, on a piraté les caméras de surveillance, on sait tout ce qui se passe en temps et en heure. Deux frangins sont dans la chambre et sont prêts à passer à l’action. D’autres restent dans les parages en renfort.

— Les flics se doutent de quelque chose ?

— Pour l’instant, rien.

— Le doc est fiable ?

— C’est lui qui nous soigne quand l’un des nôtres est blessé. Il saura se taire.

Je devine qu’il a trouvé un moyen de pression sur le type. Je ne pousse pas plus loin l’interrogatoire, je lui fais confiance.

— Parfait. Tout semble cadré. Toi et tes hommes avez fait du bon boulot.

— Y’a plus qu’à attendre.

— Ce que je déteste le plus.

 

1. Daniel Desrochers est décédé le 13 août 1995, à Montréal.

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