Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 53 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

53 - Brandon

53

Brandon

 

Un coup porté contre mon lit et une voix autoritaire me réveillent.

— Debout !

Je grogne et me roule sur le côté pour fuir cette main qui ne cesse de me secouer par l’épaule. J’ai l’impression d’avoir un nid de guêpes à la place du cerveau tant ça bourdonne à l’intérieur.

— Je te laisse quinze secondes pour ouvrir les yeux et sortir ton cul de camé de ce lit.

Je suis trop embrumé pour comprendre ce que l’homme cherche à me dire, au lieu de l’écouter, je relève le drap par-dessus ma tête. Avec un peu de chance, le type va se calmer, se barrer et me laisser dormir.

Mon mal de crâne efface le moindre souvenir d’hier. J’ai vaguement conscience que je ne suis pas dans mon lit. Aucun doute sur ce point. Mon matelas habituel n’enfonce pas des ressorts dans mes côtes, contrairement à celui-ci. Mais je m’en préoccuperai quand j’aurai mon quota de sommeil.

Un soupir excédé s’élève dans la pièce.

— Tu l’auras voulu, grogne l’homme.

Je connais cette voix. Mais impossible de mettre un visage sur elle.

Je souris en entendant les pas de l’homme s’éloigner de la chambre.

Finalement, il n’a pas tenu bien longtemps.

Je replonge rapidement dans la torpeur du sommeil. Les pas reviennent. Une vague d’eau glacée s’abat sur ma tête. D’un bond je me redresse dans le lit. J’ouvre les yeux et les referme immédiatement, la lumière est douloureusement aveuglante. Je tangue dans le lit. Au cours de la nuit, quelqu’un a dû s’amuser à désaxer mon centre de gravité. Cette réflexion m’amuse et je ne parviens pas à contenir mon fou rire.

— Merde, il est encore plus atteint qu’on le pensait, Prés’.

Cette deuxième voix met fin à mon hilarité. Elle a plus d’effet sur mon cerveau que la flotte balancée plus tôt. Merde ! Prés’, ça veut forcément dire Pops.

Je grogne et m’affale à nouveau sur le lit, un bras au-dessus du visage. Je refuse d’ouvrir les yeux et d’affronter la réalité. Je ne suis pas en état.

— Splinter, va me chercher un second seau. Cet abruti semble aimer ça.

— Qu’est-ce que vous me voulez ? grommelé-je.

— Que tu sortes ton cul de ce lit et que tu nous rejoignes dans l’autre pièce. Je te laisse cinq minutes pour te lever, pisser et prendre une douche. Insiste bien sur ce dernier point.

— Ouais, mec, vide le flacon de gel douche, je le prendrai pas mal, confirme la voix de Splinter.

À ces paroles, mon cerveau analyse un élément essentiel : je pue. Le fumet est si intense que j’en ai des hauts-le-cœur.

— Cinq minutes, me rappelle Pops avant de quitter la chambre.

La porte claque derrière lui. Le bruit résonne dans ma tête. Je parie qu’il l’a fait exprès.

Je fouille dans ma mémoire pour comprendre comment je me retrouve enfermé je ne sais où avec Pops et Splinter. Rien. C’est le néant le plus total. Les seuls éléments qui me reviennent sont ma dispute avec Hayley. Vu la lumière qui filtre par la fenêtre, j’en déduis que c’était hier matin. Qu’est-ce que j’ai fait hier pour me retrouver ici sans aucun souvenir ?

J’ai rendu ces types furieux pour je ne sais quelle raison. La visite des fédéraux sur le campus me vient à l’esprit. Ils ont peut-être eu vent de cette histoire. Génial ! Ces mecs pensent probablement que j’ai balancé des infos aux flics et veulent me buter !

Quelque chose de froid s’appuie contre ma tempe, le bruit d’un chien qu’on arme m’éclaire facilement sur ce que c’est. Un flingue.

— Les cinq minutes sont écoulées, me lance la voix froide de Pops.

Ce type est un spectre, je ne l’ai même pas entendu entrer dans la chambre.

Je retire le bras de devant mes yeux et papillonne des paupières pour m’adapter à la luminosité et le regarder. D’ordinaire, ce mec est flippant, mais là, il est encore pire que ça.

— Vous avez l’intention de me buter ?

— Je suis encore hésitant.

— Qu’est-ce qui vous en empêcherait ?

Je dois être suicidaire pour le motiver à presser la détente.

Il penche la tête sur le côté, son visage se fait songeur.

— Je suis pas certain que ma gamine apprécierait que son paternel ait dégommé un de ses copains. J’aime ma gosse, je veux pas la décevoir. Dis-toi que c’est le seul élément qui sauve ta carcasse de camé.

Je pourrais presque le remercier pour sa mansuétude.

Camé ?

La lumière se fait. Tous les souvenirs surgissent. J’ai complètement déraillé.

— Quel con ! m’exclamé-je.

— Pour une fois, on est d’accord tous les deux, m’annonce Pops. La douche, c’est la première porte à droite. Lève ton cul de suite ou je t’y emmène de force. Ton odeur est à gerber. T’as des fringues propres qui t’y attendent.

Sans plus attendre, il fait volte-face. Arrivé au seuil de la porte, il me lance par-dessus son épaule :

— Si tu n’obéis pas rapidement, la prochaine fois, je t’envoie Splinter. Contrairement à moi, il s’en fout de décevoir Beverly ou non.

Ce type sait s’y prendre pour faire passer les messages.

Vingt bonnes minutes plus tard, je quitte le refuge de la salle de bain. La douche m’a fait un bien fou, par contre, dans mon cerveau, j’ai toujours la fanfare du lycée qui s’éclate à grands coups de cymbales.

J’entre dans ce qui pourrait ressembler à une cuisine, en me frottant les yeux, toujours pas complètement revenu dans la réalité. Les deux hommes discutent à voix basse, une tasse de café à la main. Ils sont probablement en train d’élaborer un plan pour me buter sans que Beverly se rende compte de quoi que ce soit.

En m’entendant, tous les deux se taisent et m’observent. Il doit me rester encore pas mal des merdes que j’ai avalées hier dans le sang car au lieu de flipper, je prends la situation avec une sorte de détachement.

— Vous auriez un médoc pour le mal de crâne ? leur demandé-je.

Splinter me regarde comme si une deuxième tête m’était poussée. Pops, quant à lui… a sa main autour de ma gorge et me l’enserre d’une poigne de fer. Il est rapide, je ne l’ai pas vu venir.

— Tu te fous de notre gueule ? me crache-t-il au visage. On t’a sorti d’un entrepôt blindé de camés, hier. Ma fille et Hayley y étaient prises au piège parce qu’elles s’inquiétaient pour toi. On a retiré une aiguille de tes veines et tu me demandes un cacheton parce que tu as mal au crâne ?

Pops affermit sa prise autour de mon cou. Je me retiens d’empoigner sa main pour tenter de le faire lâcher prise, d’une part, parce que je sais que je n’y parviendrai pas et, d’autre part, parce que j’ai peur que ça n’ait l’effet inverse.

D’un ton qui laisse transparaître son dégoût, il m’assène :

— Tu penses réellement que je vais te filer tes petits bonbons pour t’être comporté comme un abruti ? T’as conscience d’avoir mis ta vie en danger en plus de celle des filles ?

— T’es vraiment sûr que Beverly s’intéresse à ce mec ? lance Splinter, parce qu’on est perdus au milieu de nulle part, faire disparaître un corps dans le secteur est assez facile.

— Ne me tente pas, réplique Pops.

À la lueur de son regard, je pourrais parier qu’il envisage très fortement cette option.

— Je suis désolé. Je n’ai pas réfléchi.

— Ouais, pour ça, t’as pensé à rien.

Il effectue une brève pression autour de ma trachée avant de desserrer sa prise et repart s’asseoir.

*

* *

Pops m’a exposé la situation de manière limpide : je vais rester enfermé avec eux dans ce chalet digne de Charles Ingalls jusqu’à ce qu’ils aient la preuve que je ne risque pas de plonger à nouveau. Depuis, je tourne comme un lion en cage. Je ne sais pas quoi faire, je ne peux même pas envoyer de message, j’ignore où est mon portable.

Splinter, qui avait la dalle, réchauffe un truc. Pops quant à lui est branché sur son cellulaire et ne cesse de lancer des appels ou de répondre à des messages. Je ne pensais pas qu’un biker pouvait être autant occupé.

Splinter sifflote dans la cuisine.

— 1 Mr. Tambourin Man , frangin ? lui demande Pops, narquois.

— Bob Dylan, c’est d’actualité, lui répond Splinter.

— T’as un humour tordu.

Un simple haussement d’épaules lui répond.

Je m’assois sur une chaise en face de Pops et joue nerveusement avec la manche du t-shirt que m’a prêté Splinter. Finalement, je pose les questions qui me brûlent les lèvres depuis ce matin.

— Comment je suis arrivé ici, exactement ?

Pops relève brièvement la tête de son écran.

— Il t’en aura fallu du temps pour demander, marmonne-t-il en reportant son attention sur son téléphone.

Il poursuit l’écriture de son message. J’ai l’impression qu’il ne souhaite pas me répondre ou qu’il a complètement oublié ma présence.

Au bout d’un certain temps, il pose son portable devant lui sur la table et se cale contre le dossier de sa chaise. Il m’étudie longuement, le visage vierge de toute expression.

— Beverly m’a passé un coup de fil hier soir. Elle et Hayley t’ont suivi jusqu’à cette fête, elles s’inquiétaient de te voir traîner avec des mecs qui ne sont pas recommandables.

Je n’esquisse aucun mouvement et attends la suite.

— Je ne sais pas ce qui s’est passé exactement, les filles refusent de parler. Elles ont peur que si on découvre l’intégralité de l’histoire, on ne soit pas si cléments avec Jace. T’as envie de m’éclairer sur certains points ?

— J’ignorais qu’elles étaient là.

— Ça n’excuse rien. On a récupéré les filles, qui s’étaient cachées dans un placard électrique. C’est Splinter qui t’a retrouvé, tu pourras le remercier, au passage. Tu avais une aiguille plantée dans le bras.

Je frissonne. Le pire, c’est que je ne me souviens de rien.

— Vous m’avez sauvé.

— Non, tu t’étais évanoui avant de t’injecter la dose. T’as eu de la chance.

J’acquiesce.

— Tu as évité l’overdose de peu. Tu aurais pu y passer.

Mon cerveau décide de prendre enfin conscience de l’ampleur de ma connerie.

J’étouffe subitement, j’ai besoin de sortir. Je me lève d’un bond et pars en direction de la porte d’entrée. Pops m’interpelle mais je ne me retourne pas, il me faut de l’air. La seule chose que j’entends, c’est la voix de Splinter qui s’adresse à Pops :

— Laisse-le souffler cinq minutes, Prés’. Il vient de comprendre qu’il aime la vie.

 

1. Selon certaines interprétations, cette chanson fait allusion à l’addiction de Dylan pour le LSD.

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