Black riders, Tome 2 - Girl Crush
18 - Pops
18
Pops
Dès mon arrivée au chapitre, tout le monde me tombe dessus et me demande de régler toutes sortes d’emmerdes. Il semblerait que durant ma garde à vue les frangins au club n’aient pas chômé non plus. Deux brebis se sont foutues sur la gueule parce que l’une tentait de faire je ne sais quoi, un frangin s’est brûlé l’avant-bras et sa blessure est suffisamment grave pour qu’il se retrouve aux urgences. J’ai l’impression que tout part à vau-l’eau.
Avant de m’enfermer avec les gars pour faire une mise au point à la suite des derniers évènements, j’interpelle Sandman.
— Les brebis, c’est lesquelles ?
Il pointe deux filles qui se regardent en chiens de faïence du doigt, l’une est sur le canapé et l’autre sur un des tabourets près du comptoir, non loin de moi. Aux marques sur leur visage et vu l’état de leurs fringues, j’en déduis qu’elles se sont plus que foutues sur la tronche. Je fais signe aux deux greluches de me rejoindre. S’il y a bien un truc qui me gonfle, c’est d’avoir à régler ces histoires de gonzesses, je regrette de ne pas avoir demandé à Emmy de désigner une remplaçante avant qu’elle ne prenne la tangente. Arrivées à ma hauteur, les filles m’observent, hésitantes quant à l’attitude à adopter. Je ne perds pas de temps :
— Vous avez des affaires qui traînent dans le club ? Fringues, sacs et autres conneries ?
Toutes les deux secouent la tête en signe de dénégation.
— Parfait, dans ce cas, virez votre cul d’ici et n’y remettez jamais les pieds.
Sans plus me préoccuper d’elles, je balaie du regard la pièce et l’ensemble des autres filles présentes dans la pièce.
— C’est valable pour vous toutes, gérer vos histoires ne m’intéresse pas, au moindre conflit je vous vire. Faites passer le message aux autres.
Ce problème réglé, je fais signe aux frangins de me suivre dans la salle où on a l’habitude de se réunir pour la messe.
Dès que les gars sont installés autour de la table, je commence sans m’adresser à quelqu’un en particulier :
— Vous avez les infos concernant les trois mecs ?
— Ouais, je t’ai noté leur adresse sur ce papier, m’informe Spider.
— Parfait.
— Qu’est-ce qui leur a pris de se lancer contre toi ? reprend-il.
— J’étais seul, ils étaient trois.
— Je peux comprendre que pour n’importe qui d’autre cette occasion était à saisir, mais pourquoi de simples hangarounds ont-ils tenté le coup ?
— Cette attaque confirme le témoignage d’une fille de chez Map.
Sandman siffle entre ses dents.
— Tu penses que des alliances changent de mains ?
— Des alliances se forment, c’est certain. Les Eagles prennent de plus en plus d’assurance.
Jace cale ses avant-bras sur le bord de la table et s’interroge :
— On va faire quoi ? Ça modifie notre plan initial.
— On va attaquer. Vous avez pu récupérer quelles infos sur eux ?
Spider était en charge de la surveillance, il prend la conversation en main pour ses frères :
— On sait qu’ils s’apprêtent à recevoir une cargaison d’armes de la part des Russes.
Ils doivent être plus prêts que je ne le pensais pour déjà procéder à un approvisionnement.
— On connaît la date ?
— Pas encore. On a mis nos indics sur le coup.
— Il y a moyen de les infiltrer ?
— Ils sont comme nous, ils ont verrouillé les entrées. Le seul moyen de mettre un pied dans le club serait de faire pression sur un des types qui voulaient ta peau.
— Rencardez-vous, je veux connaître le pedigree de chacun. S’il y a la moindre possibilité de les utiliser, on y va. Je veux qu’on se tienne prêts et qu’on se mette en position offensive.
Spider grogne :
— On y travaille, Prés’.
— Je sais, mais il faut passer à la vitesse supérieure. Pour l’instant on tire des plans sur la comète concernant Tiger, rien ne nous certifie qu’il morde à l’hameçon. Depuis le début, on part du principe qu’il se pointera, mais il n’est pas con, il nous connaît et il sait comment nous fonctionnons, il pourrait soit envoyer quelqu’un d’autre pour se rassurer, soit ignorer son gosse et attendre que notre conflit soit réglé pour ensuite récupérer son gamin.
— Si c’est le cas, on fait quoi ? intervient Sandman.
— Vu les derniers événements, on va partir du principe que Tiger est hors circuit pour l’instant. On change notre fusil d’épaule et on se lance dans une guérilla contre les Eagles. On essaie d’intercepter tous leurs trafics. Avec un peu de chance, ça va leur faire perdre du fric et peut-être certaines alliances.
Splinter a toujours été pragmatique donc je ne suis pas étonné de l’entendre demander :
— Et on en fait quoi de leurs cargaisons ? La plupart du trafic est de la drogue.
— On brûle ces saloperies. Pour les armes, on les garde pour nous.
— T’es sûr de vouloir brûler la dope ? demande Mercury.
À sa question je vois rouge, j’ignore mes côtes en bouillie. Le prospect n’a pas le temps de me voir venir que je suis déjà sur lui. D’un bond, je me lève et le saisis à la gorge. Front contre front, je lui assène :
— On ne trempe pas dans cette merde ! Si t’envisages d’y toucher, tu retires tes couleurs de suite et vires ton cul de ce chapitre.
Le visage de Mercury devient rouge à cause du manque d’air, je raffermis ma prise autour de son cou pour lui montrer que je ne plaisante pas avec cette merde. Splinter intervient, une main sur l’épaule, il me demande :
— Relâche-le, Prés’. Laisse-le exposer son idée…
Je desserre ma poigne tout en maintenant une pression pour qu’elle soit suffisamment dérangeante et écoute ce que le prospect a à me dire :
— T’emballe pas, Prés’… Je ne pensais pas à la revendre pour notre compte ! Je me disais qu’on pourrait leur tendre un piège et glisser l’info auprès des flics via nos contacts. Ils se feraient serrer avec la came et on serait tranquilles.
Je le lâche puis retourne à ma place. Je préfère ne pas utiliser les flics. Les Eagles pourraient eux aussi recourir à cette solution en retour, j’ai pas envie de voir des condés faire une descente chez nous.
— Je sais, mais avec la souris qui me colle au train, c’est prendre trop de risques pour Logan. Ça me fait chier de l’admettre, mais je dois jouer profil bas avec elle et montrer patte blanche pour un temps. Comme tu l’as souligné, on ne sait pas ce qu’ils font. On ne sait même pas où taper si on doit bouger.
— On pourrait accentuer notre surveillance, même sur les petites frappes. On va utiliser les hangarounds, je suis certain qu’ils vont aller toquer à la porte d’un des Eagles. On repère le type qui est en contact avec eux et on le fait danser pour qu’il nous refile des infos. Cet Eagles est le relai entre l’intérieur du club, donc les décisionnaires, et la chair à canon.
— C’est pas con. Les gars, vous en pensez quoi de l’idée de Splinter ?
— C’est une putain de bonne idée, s’exclame Sandman.
Spider acquiesce.
— Ouais, je trouve aussi, on s’encroûtait. Un peu d’action va être bon pour le moral des troupes.
— C’est entendu. Dès que vous avez l’info, on serre le type, et ça sera à toi de jouer pour le faire parler, Splinter.
— Prés’, une dernière chose, ajoute Jace.
Je me frotte l’arête du nez tout en soufflant de lassitude.
— Quoi encore ?
— Il va falloir qu’on mette un plan en place pour qu’on puisse partir dans le Montana sans que les Fed viennent nous coller au train.
— Jace a raison. Si on veut pouvoir serrer Tiger, on doit avoir les coudées franches, reprend Spider.
Je les interromps et m’adresse à Mercury :
— J’avais demandé des cachetons contre la douleur et de la glace.
— J’y vais de suite.
Alors que le prospect quitte la pièce, je reprends :
— Je sais. J’y ai réfléchi sans toutefois trouver une idée qui tienne la route. Il faut qu’on parvienne à créer une sorte de diversion pour les conduire à un endroit alors que nous serons à l’opposé.
— C’est pas con, une réunion pourrait être la solution. On pourrait s’extraire incognito avec un peu d’aide, et alors qu’on est dans le Montana, les Fed nous croiraient toujours à ce rendez-vous.
— On pourrait créer une fausse rencontre avec un autre club ! ajoute Sandman.
Je secoue la tête en signe de négation.
— Non, je ne veux pas braquer les projecteurs des Fed sur nos alliés. Ils risquent d’être emmerdés avant l’heure et de ne pas pouvoir venir en soutien le moment venu.
— On pourrait profiter du run des Silver Lakes, propose Spider. Tout le monde y est présent, même les ennemis. Les Fed vont être sur les dents avec tout le monde. On s’y pointe histoire de montrer notre présence et on en part sans que personne ne voie rien.
— Encore faut-il que Tiger morde à l’hameçon à ce moment précis, rétorque Splinter.
— Et le Fed que l’on rince ? On ne peut pas l’utiliser pour qu’il file un mauvais tuyau ? questionne Jace.
— Et courir le risque d’orienter les soupçons de ses collègues sur lui ? lui dis-je. Non, on a besoin de lui aussi, on ne peut pas se permettre de le perdre maintenant, il doit rester dans l’ombre pour le moment. On ne peut pas perdre nos oreilles chez les fédéraux.
— J’arrive à sec niveau idées, soupire Jace.
— Pourtant il va falloir qu’on en trouve une et vite, les informé-je. On peut être appelés du jour au lendemain. On ne peut pas se permettre de jouer aux amateurs.
Sandman, qui se balance sur sa chaise, enchaîne :
— On pourrait organiser une sortie camping avec les régulières et les gosses et, vous trois, vous filez en douce. Si les Fed voient que les hommes partent avec leur famille, ils vont juste placer un ou deux gars pas plus pour nous surveiller. Ça sera simple de les repérer et de leur fausser compagnie. Et c’est vite organisé si on reste entre nous, les régulières ne poseront pas de questions. Elles savent à quoi s’en tenir et cette réunion de famille ne fait courir aucun risque aux gosses.
— L’idée se tient. À défaut de trouver mieux, on va utiliser cette solution, lui réponds-je, tout en observant sa chaise osciller dangereusement.
— Spider, avant qu’on parte, tu passeras nos bécanes et nos téléphones au peigne fin pour être sûr qu’on n’ait pas de traceur sur nous. D’ailleurs, avec Splinter, on en a besoin de nouveaux.
— Ça marche.
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