Black riders, Tome 2 - Girl Crush
67 - Brandon
67
Brandon
— Hors de question ! m’écrié-je en roulant des yeux affolés.
— Brandon, tu m’as dit que tu n’as jamais essayé. Je t’offre l’occasion de le faire.
Beverly croise les bras devant elle, l’air buté.
— C’est vrai, je n’ai jamais essayé, mais je n’ai jamais dit que je voulais le faire ! Je n’ai pas besoin d’essayer pour savoir que je vais détester, souligné-je.
— Comment peux-tu détester quelque chose que tu n’as jamais fait ?
— Pas besoin de le faire pour le savoir. Je vais être ridicule !
Elle pointe l’objet de mes accusations du doigt et affirme :
— Non, si tu n’enfiles pas ce truc, c’est toi qui vas être ridicule.
— Tu m’en veux à ce point ?
— J’avoue ne pas t’avoir tout à fait pardonné. Par contre, si tu enfiles ce déguisement, je pourrais envisager de réexaminer ma position.
— Tu me demandes l’impossible.
Beverly attrape le déguisement d’Iron Man, s’approche lentement de moi et le plaque contre mon torse.
— Laisse-moi te guider sur les pas de ta nouvelle vie.
Pour fêter le retour du véritable moi, Beverly et Hayley ont décidé d’organiser une soirée à l’appart. Sur l’instant, j’ai trouvé l’idée sympa, sauf que j’ignorais que ce serait une soirée déguisée, ce qui rend subitement cette idée moins géniale.
Après ma conversation avec Beverly, nous avons décidé de prendre le temps de nous connaître. J’essaie de l’apprivoiser pour lui prouver que je suis en train de changer. Mes emmerdes sont remisées au placard, je vais de l’avant. Certains jours, j’ai envie de me laisser tenter par des moyens faciles de tout oublier, mais je tiens le coup. Si j’y parviens, c’est aussi parce que Hayley m’a pardonné, et ce facilement. Son pardon immédiat est le reflet de notre réelle amitié. Elle va être différente puisque nous avons dorénavant chacun notre vie, mais le lien qui s’est créé entre nous dès notre première rencontre ne disparaîtra jamais. J’en ai pris conscience lors de notre séance commune chez la psy.
La reprise des séances était une des conditions de Pops pour mon retour à la vie. Il veille au grain pour que je tienne parole. Je suis toujours sous la surveillance constante d’un prospect, je m’y suis fait, car j’ai conscience d’avoir abusé de la confiance de tout mon entourage, à moi de prendre mon mal en patience pour qu’il me l’octroie à nouveau.
Une main tapotant mon torse me ramène au présent et à cette histoire de déguisement ridicule. Beverly me fixe intensément et me fait passer le message qu’elle ne changera pas d’avis. Vaincu, je prends le costume et lui lance, amer :
— Tu as de drôles de manières de te venger.
— Je ne me venge pas, Brandon, je cherche le moyen que tu apprennes à te connaître.
— Je n’ai pas besoin de me ridiculiser pour ça, insisté-je, boudeur.
— N’oublie pas que moi aussi je serai déguisée.
Mon intérêt se réveille d’un coup.
— Par pitié, dis-moi que tu as abandonné l’idée de la lapine qui fait le tapin !
— En effet… me confirme-t-elle.
— T’es en quoi, dans ce cas ?
— Tu le sauras tout à l’heure.
J’ouvre la bouche pour obtenir des indices quand Dannyboy entre dans la chambre, furieux :
— Beverly, t’es sous acide ou quoi ? Hors de question que je porte cette merde !
J’explose de rire à la vue du prospect et de son déguisement. Quand il dit « merde », c’est au sens propre du terme. Son costume est la représentation fidèle de l’émoticon sur Messenger, la fameuse petite crotte qui monte en spirale.
— Qu’est-ce qui ne va pas ? demande-t-elle innocemment.
J’admire Beverly, elle reste stoïque face à un Dannyboy qui s’agite dans tous les sens. Pas de doute, cette nana tient de son père question sang-froid.
Dannyboy ouvre de grands yeux et fixe Beverly comme si elle venait de dire que le père Noël existe réellement, qu’il s’est fait la malle avec Elvis et qu’ils forniquent comme des lapins sur une île déserte. Il secoue la tête et cherche du soutien auprès de moi.
— Mec, tu sais que je t’apprécie, t’es un chouette type qui est passé par pas mal de galères, mais là, tu avoueras que ce déguisement est une raison valable pour renier toute amitié !
Je me mordille la lèvre pour ne pas exploser de rire. Je devine immédiatement l’identité de la personne qui a choisi le costume.
— Bev, ôte-moi d’un doute… lui demandé-je.
— Oui ?
— C’est Jace qui a choisi le déguisement de Dannyboy ?
— Oui. Il veut aussi que je prenne une photo.
— Je me doutais qu’il se vengerait un jour !
— Ce type est un homme mort ! jure Danny. Au diable mon écusson, mais je vais le faire souffrir d’une mort lente et douloureuse.
— Tu devrais savoir qu’il a la dent dure ! Tu l’as détrôné de sa première place à GTA, il fallait t’attendre à un coup bas de sa part, l’informe Beverly.
— Sauf que là, c’est vraiment petit, même venant de lui.
June choisit cet instant pour entrer dans ma chambre, il semblerait que tous aient décidé d’y élire domicile. Elle vient de rentrer de ses cours et n’avait pas encore découvert le costume de son mec. Sa réaction ne se fait pas attendre.
— Putain de bordel de merde !
June le fixe la bouche grande ouverte. C’est la première fois que je la vois incapable de prononcer le moindre mot. Elle finit par secouer la tête et se ressaisir. Contre toute attente, elle explose de rire. Pliée en deux, elle en a les larmes aux yeux.
— Oh la vache, il est trop fort ce Jace !
Je ne suis pas étonné par sa rapidité de déduction.
— Je suis sûre qu’il a pensé à tous les trucs que je vais pouvoir dire pendant la soirée. « Hors de question que j’embrasse une merde ». Ou, encore mieux, imaginez un mec qui vient me voir pendant la soirée et me demande si j’ai quelqu’un dans ma vie, moi je réponds, « Oui, tu vois la merde là-bas, c’est mon mec ». Vous avez saisi ou vous voulez que je poursuive ? J’en ai plein d’autres encore.
— Ça va aller, June, je pense que tout le monde a saisi le concept. Merci pour ton soutien, marmonne Danny.
— Allez viens, ma petite crotte. On va finir de se préparer.
Pauvre Danny, vivement pour lui qu’il ait son écusson, d’ici là, il va continuer à morfler.
Je me tourne vers Beverly.
— Merci de ne pas avoir choisi l’autre costume.
— Tu noteras que je suis clémente.
— Ouais…
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