Black riders, Tome 2 - Girl Crush
24 - Pops
24
Pops
— T’es allé faire un tour à l’appart, hier ? demandé-je à Jace, tout en faisant coulisser une des rampes derrière la remorque.
— Non, j’ai remplacé Spider pour surveiller les Eagles. Pourquoi ?
Je l’observe alors qu’il est en train d’en placer une de son côté. Tout en vérifiant qu’elles sont bien fixées, je lui réponds :
— Pour savoir comment se sont passées les retrouvailles entre Beverly et Brandon.
— Dis-toi que si tu n’as pas vu une Bev larmoyante débarquer avec ses copines pour vider ta réserve de tequila, c’est que ça s’est bien passé.
— T’as pas tort !
Je grimpe dans la remorque et attrape les cordes pour les détacher, quand il m’informe :
— Si ça peut te rassurer, je l’ai vu avant-hier, quand je suis retourné auprès d’Hayley après notre réunion. Il semblait aller mieux qu’à l’aéroport.
Je lui lance un coup d’œil par-dessus mon épaule.
— Explique-toi.
— Son regard était un peu moins hanté, je dirais. Mais je ne me suis pas appesanti sur son cas, j’étais plus pressé d’emmener Hayley dans la chambre que de surveiller les états d’âme de Brandon.
— Arrête d’étaler ton bonheur avec elle, c’est à gerber. Viens me filer un coup de main.
Jace se marre et me rejoint.
— Place-toi de l’autre côté et défais le nœud, lancé-je.
— J’espère pour lui qu’il ira dans le sens de Bev, reprend-il. Sinon il n’est pas sorti d’affaire. Ta fille, quand elle a une idée en tête, elle est pire que toi. J’ai presque pitié de lui.
— Tu ne l’aimes toujours pas ? constaté-je tout en enroulant la corde autour de mon coude.
Jace hausse les épaules d’un air nonchalant. Il glisse ses mains dans les poches.
— Je le respecte, il a protégé Hayley. Après, si je lui rendais la vie trop facile, ça ne serait plus amusant. J’aime bien le faire chier, ajoute-t-il avec un rictus.
Je secoue la tête, désabusé par son comportement.
— T’es vraiment un gosse, parfois…
— En parlant de gosse, t’es sûr que Logan ne se doute de rien ? me questionne-t-il en désignant le quad dans la remorque.
En début d’après-midi, j’ai appelé Jace pour qu’il vienne me filer un coup de main. Le gosse me bassine depuis des semaines pour en avoir un. Je profite de son anniversaire pour lui faire plaisir. J’ai eu un mal fou à le dégoter. Je voulais un modèle bien particulier. On a dû faire deux cents bornes aller-retour pour aller le chercher. Mais quand je vois le petit bijou devant moi, je me dis que ça en valait la peine.
— Non, je lui ai dit que tant que je n’avais pas son premier relevé de notes, il n’aurait rien.
Jace me fixe les yeux ronds puis éclate de rire.
— Fais gaffe, Pops, tu te comportes comme un père chez les civils ! T’es vraiment sérieux, tu lui as filé l’excuse des notes en guise de carotte ?
Je grimace.
— C’est tout ce que j’ai trouvé à dire sur le moment, grommelé-je.
Ce petit con ne peut s’empêcher de se foutre de moi. Je ne dis rien, car si j’avais été à sa place, j’en aurais fait autant.
— Aide-moi plutôt à le descendre au lieu de te marrer. On va le ranger dans le hangar.
— Il ne va pas le trouver ?
— Non, il a interdiction d’y aller, et puis je le ferme à clef et la garde toujours sur moi.
Nous poussons l’engin jusqu’au bâtiment. Je déverrouille la porte et nous nous engouffrons à l’intérieur.
— T’as conscience que tu le gâtes trop ?
— Il a suffisamment morflé comme ça. Je lui laisse un peu de liberté pour qu’il se trouve, ensuite je tirerai sur la laisse.
— C’est comme ça que tu as fait pour moi ?
— Non, avec toi, j’ai dû tirer dessus tout de suite. Tout ce que j’espère, c’est qu’un jour tu aies des gosses qui t’en fassent baver autant que tu m’en as fait voir. Ça serait un juste retour des choses.
— Enfoiré comme tu l’es, tu leur fileras même quelques tuyaux, je me trompe ?
— Je suis déjà en train de préparer une liste.
— Hayley va te tuer.
— Impossible, elle m’adore.
— Je ne sais pas comment tu fais d’ailleurs.
— Comment je fais quoi ?
— Pour que les femmes t’adorent.
— Elles ne tombent pas toutes dans le panneau, malheureusement.
— Tu penses à quelqu’un en particulier ?
— Ma souris.
Jace hausse un sourcil ironique. Eh merde !
— C’est ta souris, maintenant ?
— Arrête, tu sais parfaitement ce que je veux dire. Je lui ai refilé ce surnom sur un coup de tête à notre première rencontre, il ne veut rien dire. Tu l’as bien vue, elle est minuscule, et avec le tailleur gris qu’elle portait, c’est le premier truc qui m’est venu à l’esprit. Ne va pas chercher plus loin.
— Si tu es convaincu de ce que tu dis…
Je préfère changer de sujet.
— Prends une bâche sur l’établi, on va le camoufler avec.
Jace me rejoint quelques secondes plus tard avec ce que je lui ai demandé, il m’aide à recouvrir le quad, quand il ajoute :
— Pour le gosse, je pensais lui offrir un cuir avec nos couleurs. Je cherche un nom de route, t’as une idée ?
Ma réponse ne se fait pas attendre :
— Maverick.
— Tu le perçois comme ça ?
— Il en prend la direction en tout cas.
— Ok. Je ferai inscrire ce nom. On a fini ?
— Ouais, on a mérité une bière.
— J’ai cru que tu n’allais jamais le proposer.
*
* *
Après avoir fait un crochet par la cuisine pour nous servir, nous sommes installés sous le porche pour profiter des derniers rayons de soleil de la journée.
— On a du nouveau pour Tiger ? demandé-je, avec un ton dégoûté.
— Toujours rien.
— C’est trop long, je n’aime pas rester inactif comme ça. Je deviens fou.
Jace, comme tous mes frangins, connaît mon talon d’Achille, il n’est pas étonné de mes propos. Ce qui ne l’empêche pas de venir me titiller sur le sujet que je cherche à éviter ces derniers temps.
— Ta souris te donne matière à t’occuper, pourtant.
— Vous ne me lâcherez pas, avec elle ? lui demandé-je en lui glissant un regard en coin.
Il pointe le goulot de sa bière dans ma direction.
— Tu m’as bien emmerdé avec Hayley. C’est un juste retour des choses.
— Bordel !
— Comme tu dis.
Jace se penche vers moi tout en calant ses avant-bras sur les genoux.
— Pops, me dit-il d’une voix grave.
Je laisse ma bouteille en suspens et le fixe.
— Je pense que le moment est venu pour toi… de prendre une régulière !
Il termine sa phrase dans une explosion de rire.
À cet instant précis, j’envisage très sérieusement de lui faire ravaler son rire. L’appel de Splinter sur mon portable le sauve d’une mise à mort très douloureuse.
— Le doc a reçu un coup de fil d’un mec. Il n’a pas dit qui il était, mais il voulait des renseignements sur le gamin : soit c’est son paternel, soit c’est un des Eagles. Je mise plus sur le premier, m’annonce-t-il.
— Parfait. Préviens tout le monde que demain c’est jour de sortie.
— Ça marche. Je préviens Jace ?
— Pas besoin, il est avec moi.
— Dans ce cas, dis-lui que c’est à lui d’informer les mômes pour la journée de demain.
— Je lui transmets l’info. Veille à ce que tout soit parfaitement cadré.
— Je gère.
— Bien. À demain.
Je me retourne vers Jace et l’informe :
— On a une touche.
— C’est ce que j’ai cru comprendre.
— Tiens-toi prêt pour demain matin et préviens les gosses que le club s’est décidé à faire une sortie.
— C’est le signal pour moi de filer rejoindre Hayley, dit-il en se levant. Je vais encore devoir passer des heures à la rassurer et j’ai plutôt intérêt à trouver une excuse pour justifier mon absence avant d’arriver à la colocation.
— Dis-lui tout simplement « affaire de club ». Elle n’a pas besoin d’en savoir plus.
Jace esquisse un sourire narquois et me rétorque :
— On voit que ça fait longtemps que t’as pas été maqué. Mais mon instinct me souffle que ça pourrait vite changer…
— Dégage de là avant que je te foute mon poing dans la gueule !
*
* *
J’attends que le moteur de Jace ne se fasse plus entendre pour appeler ma fille. On a établi un accord tous les deux : quand je pars pour m’occuper des affaires du club, je l’appelle pour la tenir au courant. Ce coup de fil tombe bien, il va me permettre de tester la température concernant ses retrouvailles. Elle me dira probablement que ce ne sont pas mes affaires, mais je m’en fous, mon rôle de père est d’aller fouiner.
Les sonneries défilent. Je m’attends à basculer sur la messagerie lorsque ma fille finit par décrocher, la voix essoufflée.
— T’es allée courir ? lui balancé-je comme un con.
Des chuchotements se font entendre de l’autre côté de la ligne. Quand je reconnais les intonations d’une voix masculine, je ferme les yeux et me traite d’abruti fini.
— Non, non, je fais des allers-retours avec des courses.
— Tu n’es pas seule ?
— Je suis avec Brandon.
Si sa voix ne s’était pas faite hésitante, j’aurais pu ne rien remarquer. Sauf que le type méfiant que je suis le note immédiatement. Je serre la mâchoire à m’en faire grincer les dents. Une scène que je ne veux pas imaginer défile immédiatement sous mes yeux. Au prix d’un grand effort, je bloque immédiatement les images. Il y a des trucs dans la vie qu’un père ne souhaite pas savoir.
— J’en déduis que tout est réglé entre vous.
— D’une certaine manière.
Sa réponse évasive pique ma curiosité, je m’attendais à un oui ou un non, mais pas un truc balancé dans le vague comme ça. J’ai l’impression qu’elle n’a pas eu ce qu’elle souhaitait réellement. Même si je suis convaincu qu’elle ne va pas me répondre honnêtement, je ne peux m’empêcher de la questionner un peu plus :
— Tout va comme tu veux ?
— Oui, oui. Écoute papa, il faut que j’y aille, on est un peu occupés.
Je ferme les yeux et tente de me rappeler pourquoi je ne peux pas prendre entre quatre yeux ce petit con qui cherche à se faire ma fille.
Avant que cette dernière se décide à couper la communication, je la relance.
— Je vais quitter le coin pour quelques jours. Avant notre départ, on organise une virée avec le club. J’aimerais que tu sois là et, tant qu’à faire, amène ton Brandon.
J’ai besoin de voir par moi-même dans quel merdier ma gosse s’est fourrée. Mon radar me signale qu’il y a un truc qui cloche.
— Euh… T’es sûr de toi ?
Bien sûr que non ! Mais je suis bien obligé d’en passer par là.
— Ouais, marmonné-je. On se voit demain.
— Ça marche.
Merde, pourquoi je lui ai dit d’amener son mec ? Je me foutrais des baffes, parfois.
OceanofPDF.com