Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 61 sur 76

Pages du PDF

Black riders, Tome 2 - Girl Crush

61 - Brandon

61

Brandon

 

Un des lieux que je préfère à L.A. est ma crique secrète. En réalité, elle n’a rien de secret, en la cherchant, tout le monde peut la trouver, mais c’est mon refuge.

Après ma réconciliation avec Hayley, j’ai élaboré un plan pour tenter de reconquérir Beverly. Nerveusement, je l’attends sur le parking placé en haut de la corniche. Elle a un peu de retard, mais elle m’a dit qu’elle viendrait, je lui fais confiance. Cet endroit est lourd de signification pour moi. Je veux le partager avec elle comme on partage un jardin secret.

Trop nerveux pour rester en place, je décide de sortir de la voiture et focalise mon attention sur le paysage. L’océan est une force invincible qui me fascine. Il me laisse entrevoir toutes les possibilités qui peuvent s’offrir à moi, et aussi la liberté. Il me fait éprouver ce sentiment de renouveau, comme si les vagues avaient le pouvoir d’effacer le passé pour reconstruire un nouveau présent.

— Salut.

La voix de Beverly me fait sursauter. Je fais volte-face et me retrouve figé à la vue de cette fille que j’ai fait souffrir comme un abruti.

— Tu es venue.

— Je te l’ai promis.

Le silence s’éternise entre nous et l’atmosphère devient pesante.

— C’est un chouette endroit, finit-elle par lâcher.

— Oui, c’est mon préféré. Je l’ai découvert par hasard un jour alors que je me baladais. T’es d’accord pour qu’on rejoigne la plage et qu’on fasse un tour ?

— Pourquoi pas.

Pour atteindre le sable, on doit escalader quelques rochers. Je propose mon aide à Beverly sur les passages les plus difficiles et, chose extraordinaire, elle accepte de me saisir la main pour trouver l’équilibre. Mais elle la relâche sitôt que ses pieds entrent en contact avec le sable.

Sans prononcer de paroles, nous marchons paisiblement le long des vagues. Je ramasse quelques coquillages, histoire de m’occuper les mains.

Beverly est la première à briser le silence.

— Pourquoi tu m’as demandé de venir, Brandon ?

J’inspire profondément pour lui répondre :

— Pour m’excuser… J’ai été un parfait crétin. Je ne sais même pas comment tu as accepté de venir me retrouver ici…

— Comment tu te sens ? Papa m’a dit que tu allais mieux, me demande-t-elle comme pour changer de sujet.

— Je vais mieux. Tout n’est pas encore réglé, mais je vais mieux.

— C’est une bonne chose.

— On s’assoit ?

— Si tu veux.

Je me mets à jouer avec les grains de sable, puisant du courage au fond de moi. Beverly a le droit de tout connaître, si je veux qu’elle me pardonne un jour, il faut qu’elle comprenne pourquoi j’ai agi ainsi.

— Je te dois la vérité.

— À propos de quoi ?

— De tout ce qui est arrivé.

N’osant pas la regarder dans les yeux, je concentre mon attention sur le ressac des vagues.

— Tu penses qu’il s’est passé quelque chose à New York et tu n’as pas tort, mais pour tout t’avouer, je commençais à dérailler avant de partir. C’est pour cette raison que j’ai voulu rentrer.

— Je croyais que mon aide était suffisante…

— Je…

J’expire tout l’air contenu dans mes poumons avant de me lancer.

— Je pensais que m’isoler allait me permettre de me retrouver. Mais il s’est produit un événement qui a au contraire attisé mes idées noires.

— Quel événement ?

— Les fédéraux sont venus me voir.

Beverly se crispe à mes côtés.

— Ils sont venus à plusieurs reprises et ont essayé de me convaincre que ce qui nous est arrivé était la faute de ton père et de son club. Ils voulaient que je laisse traîner mes oreilles pour leur refiler des infos pour les faire tomber. Au début, je les ai envoyés balader.

Je pousse un soupir résigné et lève la tête vers le ciel.

— Et puis un jour, j’ai craqué. Je me suis retrouvé à l’hôpital à New York. Ce soir-là je les ai contactés pour leur dire que j’acceptais de les aider.

Je sens la brûlure de ses iris sur mon profil, mais je suis incapable de la regarder.

— Sur le coup, je pensais que c’était la bonne décision à prendre. Je pensais qu’Hayley et toi étiez en danger à leur contact. Rien ne nous mettait à l’abri d’un futur règlement de comptes. Je ne voulais pas que vous soyez des dommages collatéraux comme je l’ai été…

— C’est pour ça que tu es resté silencieux tout l’été ?

— Oui. Je savais qu’à mon retour je ne pourrais pas continuer avec toi. Je me disais qu’en maintenant la frontière entre nous ma trahison te ferait moins souffrir si tu venais à l’apprendre.

— Sauf que c’est faux, c’est douloureux.

Je ferme les yeux. J’aimerais tant pouvoir la prendre dans mes bras, la supplier de me pardonner. Ou avoir le pouvoir de revenir en arrière et de prendre des décisions différentes.

— Je comprendrais si tu ne veux plus me voir…

— Est-ce que tu les as trahis ?

Je tourne mon visage vers le sien.

— Non.

— Pourquoi ?

— Je ne dois pas être un si bon traître… lui dis-je, amer. C’était au-dessus de mes forces, j’ai été tenté à plusieurs reprises, mais je me suis défilé chaque fois. Peut-être qu’au fond une part de moi savait que ton père ne méritait pas ça.

Beverly joue avec les grains de sable autour d’elle d’un air distrait.

— Tes révélations sont dures à encaisser, finit-elle par reprendre.

— Je suis désolé.

Elle hoche la tête, perdue dans ses pensées. De mon côté j’attends sa décision, je n’ai plus rien à dire.

— Tu es certain de ne plus en vouloir à mon père ou à son club ? Qui me dit qu’au prochain accrochage tu ne vas pas encore retourner ta veste ? Son club t’a sauvé la vie, je ne parviens pas à comprendre comment tu as pu les tenir responsables de ces horreurs.

— Ils étaient la cible parfaite pour ma rancune. C’était facile de se dire que c’était parce que ce sont des bikers que Garrett s’est rapproché des Eagles pour fomenter sa vengeance. Et pour répondre à ta question, ton père m’a sauvé la vie à deux reprises, même quand j’étais au plus mal je ne l’ai pas trahi et je ne le ferai jamais.

— Comment peux-tu en être sûr ?

— Parce que si je venais à le faire, je te perdrais définitivement et ça c’est hors de question. Bev, je t’ai dans la peau depuis le premier jour, quand tu as débarqué dans ta chambre l’année dernière.

Beverly enfouit ses mains dans le sable et le laisse ensuite s’égrener peu à peu. J’aimerais tant savoir ce qui se passe dans sa tête…

Durant ma retraite forcée, j’ai pris conscience de quelque chose d’essentiel : je ne me suis jamais intéressé à Beverly comme elle le mérite. Je ne sais rien d’elle. À cet instant, je décide que, si elle accepte de me pardonner un jour, je concentrerai toute mon attention sur elle, pour connaître chacun de ses rêves, de ses secrets et de ses regrets.

Finalement, elle se lève et frotte les grains de sable accrochés à ses vêtements.

D’une voix faible, elle scelle mon destin :

— Ça fait beaucoup de choses à encaisser. Je ne te ferme pas la porte, mais j’ai besoin d’accuser le choc. Je ne peux pas effacer ce que tu viens de m’apprendre du revers de la main. Je suis désolée Brandon.

Elle prend une profonde inspiration et ajoute :

— Je ne vais pas te dénoncer à mon père, mais j’espère que toi tu le feras. Ne me le fais pas regretter.

Sans me laisser le temps de la retenir, elle fait demi-tour et s’éloigne.

À nouveau seul, je reporte mon attention sur le ressac des vagues et laisse mon esprit vagabonder. Quelque part au plus profond de moi, je savais que Beverly réagirait de cette manière. Sa réaction est logique, j’étais prêt à trahir son père. Mon témoignage aurait pu le placer derrière les barreaux, lui, mais aussi tous les hommes qu’elle considère comme sa famille. Le fait qu’elle ne m’ait pas claqué la porte au nez me laisse espérer qu’un jour elle saura trouver la force de me pardonner. À moi de l’y aider, et pour cela, je dois passer cet appel que je repousse depuis mon retour. Dannyboy m’a fait confiance et a décidé de ne pas me suivre le temps de mes retrouvailles avec Beverly. Qui sait quand une autre occasion de me retrouver seul se représentera…

Je compose le numéro et mon correspondant décroche quasi instantanément. Je ne lui laisse pas le temps de parler :

— Ne comptez plus sur moi. Je me rétracte.

— Tu as conscience des conséquences ?

— Oui. Ne cherchez plus à me contacter, je ne reviendrai pas sur ma décision.

— Tu risques de le regretter, Brandon.

Je préfère ne pas relever leur menace et raccroche. La prochaine étape de mon mea culpa est d’aller voir Pops et de tout lui avouer. J’espère ne pas avoir épuisé son stock de clémence…

OceanofPDF.com