Black riders, Tome 2 - Girl Crush
49 - Brandon
49
Brandon
Les paroles de Beverly me poursuivent jusque dans ma chambre. Je claque la porte derrière moi et m’y adosse, les épaules affaissées, les yeux rivés au sol sans vraiment le voir. Sa question ne cesse de tourner en boucle dans mon esprit. Quelle est mon échappatoire, hormis les médocs ?
Sous le coup d’une impulsion, je me détache de la porte et me précipite vers mon armoire. Beverly a tort, je ne suis pas un camé. Les gélules que je prends ne sont que pour un temps. Je ne les ingurgite que pour les examens, j’arrêterai quand mes maux de tête auront disparu. Ce n’est pas non plus comme si je prenais des drogues dures…
J’enfile un pull et glisse dans mon pantalon. J’ai besoin de sortir, je ne supporte plus ces murs qui m’entourent, j’ai l’impression d’être pris au piège.
Quand je traverse le salon, je suis soulagé de voir que Beverly a quitté les lieux. Tant mieux, je n’étais pas prêt pour affronter un énième regard lourd de reproches.
Une fois dehors, j’inspire profondément l’air frais de la nuit. Sans but, je marche dans les rues et m’efforce de mettre mon cerveau en veille.
Une voiture longe le trottoir et la portière s’ouvre, un homme en sort.
— Bonsoir, Brandon.
Je jette un coup d’œil tout autour de moi pour m’assurer qu’aucun témoin n’assiste à cette rencontre.
— Qu’est-ce que vous faites ici ?
— Monte, nous avons besoin de parler.
— Rien n’a changé depuis hier, je n’ai toujours rien à dire.
— Dans ce cas, tu nous laisseras parler car, contrairement à toi, nous avons beaucoup de choses à dire.
Je soupire, vaincu par avance. Je monte à l’arrière du véhicule qui démarre à peine la porte fermée.
Les deux hommes restent silencieux, le conducteur me lance de temps en temps des regards à travers le rétroviseur intérieur.
La voiture ralentit et se gare le long du trottoir. Je ne reconnais pas le quartier, curieux, je les interroge.
— On est où ? Pourquoi m’avoir emmené ici ?
— Du calme, Brandon. Ce quartier est loin du secteur des Black Riders. On pourra discuter tranquillement. Suis-nous.
Les deux hommes descendent de la voiture, je leur obéis. Nous nous dirigeons dans un diner, le genre ouvert non-stop et qui propose tous les jours et à n’importe quelle heure la même formule repas.
De la musique des années quatre-vingt nous accueille lorsque nous poussons la porte. À peine sommes-nous assis qu’une femme au regard fatigué nous rejoint pour prendre notre commande. Les deux hommes prennent des cafés, de mon côté je refuse. Mon estomac est si noué que j’ai peur de lui faire ingurgiter quoi que ce soit.
L’homme le plus bavard pose une enveloppe sur la table.
— Ouvre-la, me dit-il en la faisant glisser dans ma direction.
Je fais ce qu’il demande, mes mains tremblent d’appréhension. Quand je déverse le contenu sur la table, mon cœur cesse de battre. Mon regard est rivé sur les photos.
Finalement, je reporte mon attention sur ces deux types :
— Pourquoi faites-vous ça ?
— Pour te rappeler dans quel état tu étais à l’hôpital.
— Je n’ai pas besoin de voir les photos pour m’en souvenir.
Je reporte mon attention sur les clichés. Tous me représentent à l’hôpital, le visage défiguré. Incapable de supporter leur vue plus longtemps, je les retourne. L’homme reprend la parole :
— Brandon, nous avons été patients jusqu’à présent. Nous savons que les choses évoluent chez les Black Riders, il est impossible que tu n’aies rien vu.
— Je vous assure que je ne sais rien.
— Je te rappelle que c’est toi qui es venu nous voir.
— Je vous ai contactés à la suite de vos visites à l’hôpital, je vous signale. Ne cherchez pas à arranger l’histoire à votre avantage.
— En effet, nous sommes venus les premiers. Sauf qu’à New York, c’est toi qui nous as demandés.
— Je l’ai fait sur un coup de tête, et j’étais shooté aux antidouleurs.
— Quoi qu’il en soit, ce soir-là, tu as pris une décision.
— Une décision que je regrette maintenant…
— Brandon, il n’est pas bon de nous avoir pour ennemis. Si tu reviens sur ta parole, nous considérerons que tu en es un.
— Je ne suis pas certain que votre façon de procéder soit légale.
— Nos supérieurs ne sont pas regardants quant à nos méthodes, pour eux, ce qui compte, c’est le résultat. Nous ne les avons jamais déçus.
Les paroles de cet homme me font me plaquer contre le dossier de la banquette sur laquelle je suis assis. Je réalise à cet instant que je suis coincé.
L’homme reçoit un message sur son portable, il affiche un sourire satisfait qui me glace de l’intérieur. Lorsqu’il oriente son portable pour que je puisse voir le message qu’il vient de recevoir, je sais que je suis foutu.
— Ce serait dommage que Pops reçoive cette photo, tu ne penses pas ?
Je reste scotché à l’écran, mon esprit a du mal à se concentrer. La seule chose qui semble retenir son attention est cette photo de moi avec ces deux hommes, en train de discuter dans ce diner. Quelqu’un doit être planqué à l’extérieur.
— Vous m’avez piégé, murmuré-je.
— Tu t’es piégé tout seul en ne nous donnant pas les informations que nous voulions.
— Ils vont me tuer s’ils voient cette photo.
— Alors tu sais ce qu’il te reste à faire. Donne-nous les informations que nous voulons. On te donne deux jours, Brandon. Pas un de plus.
D’un même mouvement, ils se lèvent et quittent le restaurant, me laissant seul avec mes idées noires.
L’épée de Damoclès qui était au-dessus de ma tête depuis plusieurs mois est en train de se détacher et menace de me fendre le crâne. L’amitié de Beverly et Hayley ne pourra pas me protéger contre Pops et son club. Je suis fini.
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