Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 20 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

20 - Pops

20

Pops

 

— Le petit veut te parler.

Pourquoi ne suis-je pas étonné ?

Je pousse un soupir exaspéré. Le moment est vraiment mal choisi, Splinter a besoin de moi. Il va falloir que je discute sérieusement avec Logan pour qu’il comprenne une fois pour toutes que je ne vais pas l’abandonner. En attendant que Charlène arrive pour s’occuper de lui ce soir, j’ai passé plus d’une heure à le tranquilliser, en lui expliquant que je faisais une simple sortie avec les frangins. Mon erreur est de lui avoir dit qu’il pouvait m’appeler quand il le voulait, j’étais loin de penser qu’il prendrait mes mots au pied de la lettre.

Je jette un coup d’œil en direction de Splinter, lui montre mon téléphone et pars à la recherche d’un endroit tranquille pour causer avec le môme, tout en me promettant de faire vite. Ce soir, je dois être totalement présent pour mon frangin. Aujourd’hui est une date merdique pour lui et il doit évacuer la pression plus que quiconque.

Depuis qu’il est entré dans le club, chaque année nous nous retrouvons à cette même soirée pour les mêmes raisons. Ce type est une machine de guerre qui emmagasine sa rage jusqu’à ce qu’elle explose. Pour éviter qu’il ne se mette à tout détruire sur son passage à un moment non souhaité, nous avons eu l’idée de ces combats. Le temps d’une soirée, il regarde ses fantômes en face.

Ici, tous les coups sont permis, Splinter n’est pas contraint de se retenir, comme il le fait avec nous lors de nos entraînements. Ici, les spectateurs réclament de la douleur et du sang, mon frère leur offre ce qu’ils demandent.

Jace nous accompagne pour la première fois, même s’il ignore les véritables raisons de ce combat. Sa présence n’était pas prévue au programme, mais mon altercation avec les trois abrutis a modifié les plans. Finalement mes côtes ne sont pas cassées comme je le craignais ce qui n’empêche qu’elles me font souffrir le martyre et je ne me sentais pas en état pour m’occuper seul de Splinter pour l’après-match. Ce n’est un secret pour personne, Jace sera mon successeur le jour où je déciderai de me retirer des affaires. En tant que futur président, il doit connaître tous les secrets des membres du club. C’est l’occasion de lui faire tâter du terrain. Bien sûr, les frangins sont au courant que Splinter participe à des combats illégaux. Ils parient même tous sur lui, c’est du fric facilement gagné, ce mec ne perd aucune confrontation. D’où je suis, j’ai une vue sur mes gars. Jace contrôle la situation et bande les mains de Splinter.

— File-le-moi, finis-je par dire à Charlène.

— Pops, j’entends sa voix dans le combiné.

— Qu’est-ce qui se passe, gamin ?

— Tu es vraiment sûr que tu seras à la maison demain matin pour m’emmener à l’école ?

Je réprime un soupir excédé. Je lui ai fait cette promesse un nombre de fois incalculable… Les tremblements dans sa voix m’empêchent de répliquer sèchement, cela serait contre-productif.

— Logan, tu m’as déjà posé cette question avant que je parte…

— Je sais.

— Qu’est-ce que je t’ai répondu ?

— Que tu seras là et à l’heure.

— Bien. Alors puisque tu connais la réponse, pourquoi tu me poses encore cette question ?

— C’est que…

— Quoi ?

— J’ai fait un cauchemar et tu étais dedans. Il t’arrivait quelque chose.

— Il ne m’arrivera rien, bonhomme.

— Tu me le promets ?

— Oui.

Tout en répondant au petit, je reporte mon attention sur le combat en cours. Un des types dans la cage est cloué au sol. L’arbitre effectue le décompte. Jace me fait remarquer d’un signe que l’affrontement est terminé et que c’est bientôt au tour de Splinter.

— Écoute, gamin, je dois filer. Retourne te coucher et ne t’inquiète pas pour moi, je vais bien et je ne risque rien. On se reparle demain matin au petit déj.

— D’accord. Bonne nuit, Pops.

— Bonne nuit, fiston.

Je raccroche rapidement et rejoins les frangins. Des types emmènent le perdant sur une civière pendant que d’autres nettoient une partie du sang qui recouvre le sol.

— Tout va bien ? me demande Jace quand je reviens.

— Logan, réponds-je, laconique.

— Encore une de ses angoisses ?

— Ouais.

Je n’ai pas besoin d’en dire plus, tous connaissent les peurs du gosse. Seul le temps parviendra à le rassurer.

Le souvenir de l’assistante sociale traverse mon esprit. Il va falloir que je règle cette histoire avant que cette bonne femme devienne un véritable problème.

Comme si Splinter avait lu dans mes pensées, il me questionne :

— T’as conscience que ta souris est une épine dans le pied et que tu vas avoir du mal à l’en déloger ?

Je grimace à l’évocation de son surnom. Et surtout au fait qu’il insiste pour dire que c’est ma souris. Le connaissant, je sais qu’il me tend un piège avec ce blase. Je préfère ne pas relever :

— On abordera le sujet en temps et en heure. En attendant, on s’occupe de toi. T’es prêt ?

— Je gère.

Je hoche la tête et lui fais mes dernières recommandations tout en vérifiant que ses mains soient bandées correctement avant qu’il pénètre dans la cage. Jace a fait du bon boulot. Splinter se lève et, alors qu’il se dirige vers le ring au signal de l’arbitre, je ne peux m’empêcher de lui rappeler :

— Fais au mieux. Au moindre signal de ta part, je suis prêt.

Nous échangeons lui et moi un long regard puis, sans plus se préoccuper de nous, il entre dans la cage. Plus aucune émotion ne traverse ses rétines. C’est comme s’il avait coupé tout moyen de communication avec le monde extérieur. Il est seul avec ses fantômes.

Jace devine immédiatement le changement qui s’est opéré en son frangin. Tout en rivant son attention sur Splinter, il me demande :

— C’est quoi le truc avec lui ?

J’aurais dû me douter qu’il ne serait pas dupe. Ce n’est pas à moi de dire quoi que ce soit sur mon frangin. Je lui ai fait une promesse à lui aussi.

— Il t’en causera le moment venu. Tout ce que tu dois savoir, c’est qu’on est là pour lui et uniquement pour lui. Pour le reste, pas besoin de t’en préoccuper…

— C’est toi qui vois.

Le combat commence et met fin à cette conversation.

Je ne suis pas étonné du déroulement du match. Splinter se laisse frapper, il encaisse les coups sans y répondre. Jace, qui est à côté de moi, regarde la scène sans rien comprendre.

Quand Splinter se prend un uppercut en plein dans le menton, sa tête se renverse en arrière sous le choc. Alors que son adversaire laisse une ouverture, il ne saisit pas l’occasion pour reprendre le dessus.

— Merde ! Il aurait pu l’avoir et le coincer !

Il se tourne vers moi et son regard se fait interrogateur. Comme je ne lui réponds pas, il insiste :

— Il va perdre, Prés’. Il n’est pas dans son état normal. Il n’a jamais perdu aucun match.

— Je sais.

Splinter est à nouveau acculé contre les grilles. Le type l’a bloqué et fait pleuvoir des coups contre ses côtes sans qu’il tente quoi que ce soit pour se dégager de son emprise.

— On dirait qu’il ne demande qu’à se recevoir des coups ! Pourquoi il ne réagit pas ? Le type fait plein d’erreurs, Splinter pourrait avoir le dessus sans aucun problème.

— Laisse-le gérer. Quand il sera prêt, il contre-attaquera. Il en a besoin.

— Comment peut-on avoir besoin de se faire casser la gueule ? me demande-t-il, incrédule.

Je hausse les épaules et continue à observer le match. Splinter se prend encore plusieurs coups. Cet enfoiré sourit même.

D’une voix inquiète, Jace poursuit son interrogatoire :

— Prés’, on devrait intervenir. C’est clair qu’il n’est pas dans son état normal, ce soir.

Muet, je guette le moindre changement dans l’attitude de Splinter. Avec le temps, j’ai appris à décrypter chacune de ses réactions. Mon instinct me souffle que le déclic va survenir dans pas longtemps.

Jace devient de plus en plus nerveux. Je finis par lui répondre pour le rassurer :

— Ne t’en fais pas pour lui, il gère à sa manière.

— Ouais… Eh bien il ferait mieux de se magner parce qu’encore quelques coups et il va finir tout droit au tapis, si tu veux mon avis.

— Ça ne va pas arriver.

— Si tu le dis, souffle-t-il, dubitatif.

Au même instant, Splinter modifie son comportement. Une rage sourde déferle en lui. On pourrait presque la voir courir le long de sa peau. C’est le moment où le cours du combat bascule. Jace s’en rend compte lui aussi et je l’entends expirer de soulagement.

— Il était temps, marmonne-t-il.

L’autre type ne comprend pas ce qui lui arrive. Il avait pris trop confiance en lui et croyait la victoire à portée de main. Mais Splinter se met à faire pleuvoir les coups. Son adversaire est déstabilisé, il ne sait plus où donner de la tête. La seule chose dont il est encore capable est de se protéger. Splinter, quant à lui, impitoyable, poursuit ses enchaînements. Cet enfoiré a repris de la vigueur, comme si, pendant plus de vingt minutes, il ne s’était pris aucun coup sur la tronche. C’est une force de la nature. Jamais je ne voudrais me retrouver en travers de sa route.

Au moment où Splinter assène le coup fatal à son adversaire, Jace jure entre ses dents :

— Nom de Dieu !

Je me tourne vers lui pour lui dire qu’il n’avait aucune raison de s’inquiéter quand je me rends compte qu’en fait il ne regarde pas dans la direction de la cage, mais vers la foule de spectateurs.

Ma curiosité piquée, je reporte mon attention sur ce qu’il fixe depuis plusieurs secondes. Quand je vois enfin la personne qu’il observe, je me mets à jurer à mon tour.

— Merde ! Qu’est-ce qu’elle fout là ?

— J’allais justement te poser la question.

La cloche retentit pour annoncer la fin du combat. C’est à peine si j’y prête attention, avant de m’engouffrer dans la foule, je lâche par-dessus mon épaule à l’intention de Jace :

— Occupe-toi de Splinter et soigne ses blessures.

D’un pas rageur, je traverse la foule et joue des coudes pour faire déguerpir les personnes qui me bloquent le passage et ralentissent mon avancée. Quand j’arrive enfin à la hauteur de la personne qui m’intéresse, je balance d’une voix hargneuse :

— Qu’est-ce que tu fous là ?

Je suis furieux. Contre elle, mais aussi contre moi. Elle m’a filé sans que je m’en rende compte et je l’ai sous-estimée, au risque d’en payer le prix. Elle n’a rien à faire ici, elle n’y est pas en sécurité.

Bordel ! Ma rage redouble quand je prends conscience que cette dernière raison est ce qui me reste le plus en travers de la gorge. Pourquoi ai-je besoin de la protéger ? S’il lui arrivait un truc ce soir, mes ennuis appartiendraient au passé.

Sans attendre un geste de sa part, je l’attrape par le bras et l’entraîne à ma suite. Je ne me soucie pas de son cri de douleur parce que je la serre trop. Elle doit comprendre dans quel guêpier elle vient de se fourrer. Je traverse la foule en sens inverse tout en affermissant ma prise pour être sûr qu’elle ne m’échappe pas.

Elle trottine derrière moi pour suivre la cadence de mes pas, je ne cherche pas à ralentir. Je scanne la salle pour déterminer où se trouve la sortie la plus proche. Quand je la repère, je m’engage dans cette direction.

Dès que nous nous retrouvons sur le parking, je la plaque contre le mur du bâtiment. Sa tête se cogne contre celui-ci et un gémissement de douleur sort de sa bouche. Merde, j’y suis allé un peu fort.

Je réprime les mots d’excuse qui veulent franchir mes lèvres, à la place je colle mes deux mains de part et d’autre de son visage pour empêcher toute tentative de fuite de sa part.

Nous nous fixons pendant quelques secondes silencieusement. Elle s’efforce de me tenir tête durant notre combat muet. Elle abdique la première et détourne le regard. Ses yeux balaient ce qui l’entoure à la recherche d’une solution pour s’en sortir.

Finalement, ma rage vient à bout de moi quand je détaille un peu plus sa tenue. Mon cerveau imprime de simples mots : jean moulant, débardeur, grosse poitrine, et des putains de talons ! Quelle idiote ! Elle aurait tout aussi bien fait de se balader au milieu de la foule avec une pancarte « bonne à baiser » !

Incapable de me contenir plus longtemps, je lui hurle dessus :

— T’es complètement stupide, ma parole ! Qu’est-ce que tu fous ici ?

Elle croise les bras devant elle en signe de protection mais ne répond pas. Désespérément, ses yeux fouillent les environs à la recherche d’une aide. Au lieu de la rassurer sur le fait qu’elle ne risque rien avec moi, j’enfonce le clou.

— Tu ne peux aller nulle part, tant que je ne l’aurai pas décidé. Maintenant tu vas répondre à ma question. Qu’est-ce que tu fous là ?

— Je…

Je dois vraiment lui foutre la trouille car, même si on est dans un parking faiblement éclairé, je vois son visage devenir de plus en plus livide. Cependant, je reste impitoyable. Je déteste être berné et cette nana avec ses airs de ne pas y toucher a su le faire avec brio.

D’une main, j’attrape son menton pour l’obliger à fixer son attention sur moi. Le moment est venu de m’affronter, chérie. Un éclat de terreur brille dans son regard, je souris, satisfait.

— Je te le demande une dernière fois : qu’est-ce que tu fous là ?

— Je…

— Tu quoi ?

— Je vous ai suivi.

— Je l’avais deviné tout seul. Pourquoi ?

— Je voulais savoir où vous alliez.

— Pourquoi ?

— Je voulais confirmer mes soupçons.

— Tes soupçons ?

— Vous n’êtes pas fiable pour vous occuper de Logan.

— Tu ne me connais pas.

À cet instant, je décèle un changement en elle. Elle semble reprendre confiance. Je suis presque admiratif. D’un mouvement de la main, elle chasse la mienne toujours posée sur son visage comme si c’était un vulgaire insecte. J’esquisse un sourire à sa tentative de rébellion. Cette nana n’a pas froid aux yeux et ça me plaît.

— Votre présence à elle seule dans cet endroit me prouve que j’ai raison.

— Tu y es aussi, Princesse. Qui me dit que tu es là uniquement pour moi ? Tu fais peut-être partie de ces filles qui fantasment sur les mecs qui se foutent sur la gueule. C’est ça le truc qui fait fondre la glace autour de toi ?

Elle me fusille du regard et j’ai envie d’éteindre la lueur combative qui y brille. J’approche mon visage près du sien et lui murmure à l’oreille :

— Dis-moi, la souris, quand tu as vu ces types dans la cage, tu étais prête à écarter les jambes au moindre signe de l’un d’entre eux ?

Sous le sens de mes paroles, sa respiration se bloque. Je sais que je joue avec le feu. Cette femme a le pouvoir de transformer ma vie en enfer, mais quand je note que mes paroles lui font de l’effet, je poursuis :

— Si je glisse ma main dans ta culotte, est-ce que tu seras chaude et moite comme je le pense ?

— Je suis ici uniquement parce que vous y êtes !

Elle pose ses mains contre mon torse et tente tant bien que mal de me repousser. Je ris doucement et recule d’un pas, tout en faisant courir un de mes doigts le long de sa clavicule.

— Je pourrais presque croire que tu as un faible pour moi.

Ses pommettes se colorent légèrement, j’enchaîne :

— Je pourrais prévenir tes supérieurs pour leur dire que tu me harcèles et m’espionnes en dehors de tes horaires de boulot.

— Je ne fais que mon travail.

Je penche la tête sur le côté et plisse des paupières.

— Je ne pense pas. Dis-moi, poupée, que veut dire cet excès de zèle ? C’est pour une promotion ou pour te retrouver dans mon lit ?

— La sécurité des enfants qui sont sous ma protection est ma priorité, me balance-t-elle, d’une voix acide.

— Au détriment de ta propre sécurité ? lui rétorqué-je, peu convaincu.

— Il ne m’est rien arrivé.

— Pas encore. Tu as l’intention de me suivre partout et tout le temps ?

— En effet, et il faudra vous y faire.

La lueur de défi dans son regard me perturbe. Il semblerait que, quoi que je lui dise, je ne lui fasse pas peur.

Je la considère pendant quelques secondes puis décide de changer de tactique pour la déstabiliser.

— Je vais te faire gagner du temps. Demain soir, je compte aller chez une nana que j’ai l’habitude de me taper. Tu veux son adresse tout de suite ou je te laisse me filer ?

— Cessez ce petit jeu, me répond-elle les dents serrées.

— Tu l’as commencé, la souris.

— Contrairement à vous, je ne joue pas.

— Pour en revenir à demain soir, inutile de te pointer sauf si t’as des penchants pour le voyeurisme. La plupart du temps, cette fille aime que je la baise dans la cuisine. Pour info, c’est la fenêtre de derrière, le jardin n’est pas clôturé, tu pourras y accéder sans problème. Je crois qu’elle y a installé une balancelle, tu pourras profiter du spectacle en étant assise confortablement.

— Vous n’êtes qu’un porc.

— Ne joue pas aux vierges effarouchées, je suis sûr que ça te plaira. Dis-moi que tu y seras.

— Pourquoi ?

Je m’approche d’un pas, en verrouillant son attention sur la mienne, puis baisse ma voix d’un ton.

— Parce qu’au moment où je baiserai cette fille, je m’imaginerai que c’est toi sur la table de cette cuisine, les jambes écartées, prête à me recevoir. Quand j’enfouirai mes doigts dans sa chatte pour lui faire atteindre l’orgasme, je me dirai que ses gémissements sont les tiens. Et surtout, quand je commencerai à la pilonner, je penserai que la chatte qui enserre ma queue si étroitement est la tienne.

— Vous êtes abject !

— Peut-être… Mais je suis sûr que demain, à cette même heure, que tu sois ou non présente derrière cette fenêtre, tu penseras à moi et tu t’imagineras comment je pourrais te prendre. Tu rêveras de moi, de ma queue, et pourquoi pas, de ma langue sur ton sexe.

Malgré toutes ses dénégations, je vois à la rougeur de sa peau et à sa respiration haletante que mes propos ont eu l’effet escompté sur elle. Je ricane, mais je cesse rapidement quand je réalise que mes paroles ont aussi eu de l’effet sur moi. Je suis en train de me taper une barre d’acier rien qu’en imaginant la scène.

Je prends une profonde inspiration pour refouler mes envies puis revêts mon masque glacial et lui assène :

— Méfie-toi, avec moi, tu ne vas pas pouvoir jouer dans la même cour que d’habitude. Dans mon monde, c’est moi qui tiens les rênes. Ce n’est pas parce que tu es une bonne femme que je te laisserai faire ce que tu veux. Ceux qui cherchent les emmerdes me trouvent.

— Je n’ai pas peur de vous. Dans cette affaire, c’est moi qui suis en position de force, vous avez tout à perdre. D’ailleurs, ce soir, j’ai obtenu ce que je voulais savoir. Et je vous en remercie, vous m’avez été d’un grand service, je ne pensais pas que vous me faciliteriez la tâche à ce point. J’en suis presque déçue.

— À savoir ?

— Vous m’avez apporté la preuve sur un plateau que vous ne faites pas passer les intérêts de Logan en priorité. Vous l’avez laissé chez vous pour faire quoi ? Pour assister à un combat illégal. Bravo pour votre maturité. Vous êtes quelqu’un de dangereux pour un petit garçon. Votre mode de vie peut avoir de graves conséquences sur la vie ultérieure de Logan. Dès demain matin, je lancerai la procédure pour qu’on vous retire sa garde temporaire.

— Tu n’as aucune preuve, ma jolie.

— Bien au contraire. Regardez autour de vous, j’ai des témoins à la pelle pour le prouver.

J’observe les personnes qui nous entourent et qui se dirigent vers leur véhicule avant d’éclater de rire.

— Poupée, la plupart de ces types appartiennent à un club comme le mien, et les autres sont en conditionnelle. T’es peut-être bien roulée mais pour rien au monde ils ne mettront leur liberté en balance. Tu trouveras avec un peu de chance quelques mecs clean, mais ne t’attends pas à ce qu’ils avouent aux flics avoir parié sur des combats illégaux. Tu viens de tirer une balle à blanc. Tu ne peux rien contre moi et ça te fout en rogne.

Sans lui laisser le temps de trouver une repartie adéquate, j’attrape son sac et fouille à l’intérieur. Dès que son portable entre en contact avec mes doigts, je le saisis et l’agite sous son nez.

— Je te l’emprunte le temps de m’assurer que tu n’as pris aucune photo ni envoyé aucun message.

Sur ces entrefaites, Jace et Splinter débarquent sur le parking.

— Tout va bien, Prés’ ?

— Je maîtrise la situation. T’es venue comment ? terminé-je à l’attention de la souris.

— En taxi. J’avais peur que vous reconnaissiez mon véhicule si je vous suivais avec.

La petite maline.

— Jace, Splinter, partez tous les deux, on se rejoint au club. Je raccompagne mademoiselle Andersen.

— T’es sûr ?

— Oui. Je veux être certain qu’elle rentre chez elle et qu’il ne lui arrive rien. Ça pourrait nous retomber dessus, ce que je préfère éviter.

— C’est uniquement pour cette raison ? me relance Splinter, railleur.

— Va foutre de la glace sur ta tronche et ne m’emmerde pas !

Cet abruti se marre et fait signe à Jace de le suivre. Avant qu’ils ne s’en aillent tous les deux, j’ajoute :

— Tiens, avant de partir, prends ça.

Je lui lance le portable de l’assistante sociale. Il le saisit au vol et m’interroge du regard.

— C’est son téléphone, assure-toi qu’elle n’a prévenu personne de ce qui s’est passé ici ce soir.

Je lui lance un regard lourd de sens, pas besoin de lui faire de grands discours, il connaît le job. Sans plus se préoccuper de nous, il se dirige tout droit vers la voiture. Ce type est une force de la nature. À le voir marcher sans problème, jamais on ne pourrait croire qu’il vient de s’en prendre plein la tronche.

De mon côté, je suis venu en bécane, donc le seul moyen qu’il me reste pour ramener la souris à bon port, c’est ma moto. Eh merde ! Comme si j’avais besoin de la sentir assise derrière moi après les propos que je lui ai tenus…

— Suis-moi, lui assené-je.

— Non.

Je me tourne vers elle et la fixe. Ce n’est vraiment pas le moment de me tenir tête.

— T’as pas le choix, la souris. Tu n’as aucun véhicule et ton portable est dans les mains de Splinter.

— Je ne partirai pas avec vous.

— Je ne vais rien de faire, si c’est ce qui te fait peur.

— Je n’ai pas peur. Je refuse tout simplement que vous me raccompagniez. Je trouverai un autre moyen pour rentrer chez moi.

— Et comment ? lui demandé-je, exaspéré.

— Je vais marcher et trouver une cabine téléphonique pour appeler un taxi.

C’est la plus grosse connerie qu’il m’ait été donné d’entendre depuis pas mal de temps. Pour le lui faire comprendre, je balaie du regard ce qui nous entoure. Elle en fait de même et grimace quand elle prend enfin conscience qu’elle se trouve sur un parking mal éclairé, entouré de bâtiments plus ou moins délabrés.

— Écoute, je suis claqué. Je n’ai pas envie de partir en guerre contre toi ce soir. Tu viens avec moi. Point barre !

Je l’attrape par le bras pour couper court à d’éventuelles protestations de sa part. Elle a déjà pas mal puisé dans mon stock de patience et je suis à deux doigts de l’envoyer par-dessus mon épaule pour la conduire jusqu’à ma bécane.

Fichue soirée !

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