Black riders, Tome 2 - Girl Crush
66 - Pops
66
Pops
— La numéro trois dans le coin, à droite, annoncé-je.
Je me penche sur le billard et vérifie l’alignement entre la queue, la boule blanche et la rouge. Je fais plusieurs allers-retours, bloque ma respiration et frappe d’un geste sec.
Je me redresse et observe le roulement de la boule sur le tapis. Elle se dirige jusqu’à l’endroit voulu, c’est-à-dire au fond de la poche, au coin, à droite.
— L’enfoiré ! Il a réussi son coup, siffle Spider.
— Frangin, t’es dans la merde, t’aurais jamais dû parier contre Pops, enchérit Splinter.
— La partie n’est pas finie, les gars, marmonne Jace, le regard rivé au jeu.
— Dans tes rêves…
Je suis interrompu par une voix féminine qui, pas plus tard qu’hier, hurlait mon prénom parce que je lui faisais vivre l’orgasme du siècle. Il semblerait que ce soir elle décide de le crier pour me balancer toutes sortes de noms d’oiseaux.
Elle jette un objet sur le billard. Mon cerveau met quelques secondes à analyser ce que c’est. Un micro.
Je lance un coup d’œil incendiaire à Sandman, il m’avait juré qu’elle ne les trouverait pas. Ce con a le bon sens d’afficher un air désolé. Le pire dans l’histoire est que j’avais trouvé une autre solution pour ne pas avoir recours à ces enregistrements.
— Tu m’expliques ?
— Je pense que c’est inutile, tu as fait le lien, lui dis-je calmement.
— Ton plan consistait à me séduire pour mieux me planter un couteau dans le dos ?
— Dans mon bureau, ordonné-je les dents serrées.
Au lieu de m’obéir, Keira ancre ses deux pieds fermement au sol, croise ses bras devant elle et me rétorque sèchement, une lueur rebelle dans le regard :
— Je préfère rester ici.
— T’es sûre de toi, Princesse ? la défié-je. Tu tiens vraiment à ce qu’on déballe tout devant mes frères ? ajouté-je en balayant l’ensemble de la pièce d’un vaste mouvement du bras pour lui montrer qu’elle a des spectateurs.
— Ça te mettrait mal à l’aise qu’ils apprennent que tu es une véritable ordure ? réplique-t-elle sournoisement.
Non ! Mais toi tu risques d’y voir un problème !
— Ils sont déjà au courant, je n’ai aucun secret pour eux. Je proposais le bureau pour toi. Si tu veux qu’on détaille tout devant eux, je n’y vois pas d’inconvénient.
— Comment as-tu pu me faire ça ? finit-elle par me demander.
— Et toi, poupée ? Tu as lancé les hostilités la première, je n’ai fait que me défendre.
— Quelles hostilités ? Je n’ai fait que mon travail.
— Ton travail ? lui lancé-je, ironique. Je suis au courant pour le dossier que tu as refilé à ton supérieur à mon sujet. Tu as eu la main lourde pour me qualifier, ma jolie. D’autant que, si mes souvenirs sont bons, la veille, on était tombés d’accord pour faire une trêve et pour bosser de concert pour le bien de Logan.
Keira me fixe, interdite. Avant qu’elle ait le temps de reprendre ses esprits, j’assène une dernière flèche :
— Dis-moi, la souris. Ce dossier, tu l’as écrit avant de te pointer chez moi ce soir-là ou après ton départ ? Je t’ai laissé plusieurs chances. Chaque fois tu me jugeais, même quand tu couchais avec moi, tu me balançais que j’étais pas assez bien pour Logan.
— Comment es-tu au courant ? C’est un dossier confidentiel.
— Bienvenue dans mon monde, poupée ! lui lancé-je, sardonique.
Elle pointe un index accusateur dans ma direction.
— J’ignore comment tu t’es débrouillé pour obtenir ces informations. Par contre, le fait que tu les aies eues me prouve que je ne me suis pas trompée en remplissant le dossier. Tu es un homme sans aucune morale.
— En effet, quand on cherche à me baiser, ma morale disparaît. T’as voulu jouer avec moi, t’as perdu.
— T’es qu’un salaud, me crache-t-elle.
— Tu ne m’apprends rien.
Elle relève le menton en signe de défi et réplique :
— En tout cas, jamais tu n’auras ma signature sur le dossier d’adoption.
— Sur ce point tu te trompes.
— Comment penses-tu m’y obliger ?
Seigneur, comment en sommes-nous arrivés là ? Je vais la briser ! Je dois faire appel à toute ma volonté pour me rappeler que je le fais pour Logan et que son bonheur doit passer avant tout. Keira est une adulte, elle s’en remettra. Et moi… Eh bien, j’essaierai d’y survivre.
— Jusqu’à quel point tiens-tu à ta carrière ? lui demandé-je.
Face à son air confus, je lui ordonne :
— Viens dans mon bureau.
— Pourquoi ? répond-elle.
— Parce que je ne suis pas certain que tu apprécieras d’avoir mes frangins pour témoins quand tu découvriras le dossier que moi aussi j’ai constitué.
— Quel dossier ?
— Un qui va t’énerver, grommelé-je en me dirigeant vers mon bureau.
J’entre dans la pièce, Keira sur mes pas. Je me dirige vers le mur du fond tout en faisant signe :
— Assieds-toi où tu veux.
— Je préfère rester debout.
Je compose le code du coffre dans lequel j’ai rangé le dossier. Je voulais être sûr que les frangins ne tombent pas dessus, car j’aurais été obligé de leur mettre une bonne raclée s’ils avaient vu les photos.
J’ouvre la porte et attrape l’enveloppe marron. J’inspire profondément avant de me retourner. Keira se tient au milieu de la pièce, elle me semble si fragile que j’ai envie de l’enlacer. J’ai envie de lui demander d’oublier toutes ces conneries et qu’on efface tous les deux nos ardoises pour repartir de zéro. Mais la connaissant, elle refusera sans prendre le temps de la réflexion.
Je franchis la distance qui nous sépare et plaque l’enveloppe contre son torse.
— C’est cadeau, j’en ai un autre exemplaire… plus détaillé.
Keira ouvre l’enveloppe les mains tremblantes. Quand elle découvre le premier cliché, ses épaules s’affaissent. Au suivant, un gémissement sort de ses lèvres. Pour le troisième, un sanglot lui bloque la gorge. Quand elle atteint le quatrième, elle lève son visage vers le mien et ses prunelles s’illuminent de rage.
— Espèce d’ordure ! me hurle-t-elle à la face.
Ses poings me martèlent le torse et je la laisse faire.
Je suis une ordure. Sur ce point, je ne peux qu’être d’accord avec elle.
Quand la colère laisse place au désespoir, elle s’affale sur le canapé. Sa voix n’est qu’un filet d’air, je suis obligé de tendre l’oreille pour la comprendre.
— Pourquoi tu as fait ça ? Je croyais que nous deux c’était réel.
Je tire une chaise vers elle, pas sûr qu’elle apprécierait le fait qu’on partage tous les deux le canapé.
— J’avais pas prévu que ça tournerait de cette façon entre nous.
Keira se met à rire sans joie.
— Ne me sors pas ton baratin. Tel que je te connais, tu avais tout planifié depuis le départ.
Je décide d’être honnête.
— Disons que j’avais couvert mes arrières. Mais je ne pensais pas utiliser ça un jour. Écoute, Keira, ce n’est pas personnel…
— Bien sûr que si. Dès l’instant où toi et moi avons couché ensemble, ça l’est devenu, me coupe-t-elle.
Une fois de plus, elle a raison.
— Donc, si je comprends bien, c’est ta façon de procéder pour régler un problème. Tu élabores un plan diabolique et tant pis pour les dommages collatéraux.
Je soupire.
— Écoute, j’avoue qu’au début j’ai voulu me servir de toi pour le bien de Logan. J’ai fait en sorte que tu arrêtes de me casser les couilles. La suite, je ne l’ai pas vue venir.
— Qu’est-ce que tu comptes faire de ces photos ?
Ma réponse ne va pas lui plaire. Elle n’a pas encore saisi l’ampleur du merdier qui lui pend au nez, quand elle va le découvrir, elle n’en sera que plus anéantie.
— Tout dépend de toi, finis-je par lui dire calmement.
Keira reste silencieuse et semble en pleine réflexion.
— En gros, c’est ma signature contre les photos ?
Je m’avance sur le rebord de ma chaise et me penche vers elle à la recherche de son regard.
— Oui. Mais même si tu refuses de signer, je peux utiliser ces photos auprès de ton supérieur. Il voudra étouffer l’affaire et fera ce qu’on demande. Notre avocat est sur le coup depuis longtemps, il n’attend qu’une chose, que je lui refile le dossier. Dès l’instant où il le recevra, j’aurai dans l’heure qui suit les documents qui officialisent l’adoption de Logan en ma faveur.
— Donc, tu m’as baisée dans tous les sens du terme.
— Keira, reprends-je, tu signes le document et je détruis toutes les photos. Ta carrière ne sera pas entachée et personne ne connaîtra l’existence de ces clichés, tu as ma parole.
— Mais ta parole ne vaut que dalle ! Tu auras le dossier signé de ma part demain. Pas la peine d’utiliser ton dossier.
— Dès que j’ai les papiers en main, je te remets les photos.
— Inutile. Rien ne me garantit que tu n’as pas d’autres exemplaires.
— Je te jure…
— Ne jure rien. Je ne te fais pas confiance.
Elle sort son téléphone de son sac et me le tend.
— Je suppose que tu as mis un truc dedans pour me surveiller ?
Elle secoue la tête en découvrant ma grimace.
— C’est ce que je pensais.
Elle traverse la pièce et jette son téléphone sur mon bureau. Sans un mot, elle ouvre la porte et sort.
Le conte pour enfant de Beverly se rappelle à mon bon souvenir. L’histoire est terminée : le chat vient de bouffer la souris.
OceanofPDF.com