Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 32 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

32 - Pops

32

 

Pops

 

Après ma petite mise au point avec les Canadiens, je suis directement retourné au club. Ce que me propose Cook pour patienter le temps que Tiger se montre me met en joie et me rappelle le bon vieux temps. Le prospect Arturo va fêter sa première année chez nous. Il a fait ses preuves et a montré qu’il méritait d’avoir son premier patch. Il n’est évidemment pas encore au courant de la décision de ses frangins.

Nous sommes tous regroupés dans la salle de réunion et mettons les derniers éléments en place pour procéder à son intronisation au sein des Black Riders. Pour nous, accueillir un nouveau membre est un des grands moments dans la vie du club. Ça va faire du bien au moral de tous les hommes.

D’une oreille distraite, j’écoute les idées qu’émettent les autres membres. Elles me ramènent au jour où j’ai intégré les Black Riders.

*

* *

C’est la première fois que je vois les frangins aussi stressés. Bud, le président du club, est sur les dents et beugle plus que d’habitude après tout le monde. D’ailleurs, la plupart des membres désertent les lieux dès qu’ils l’entendent approcher.

Aujourd’hui est un grand jour pour notre unité. Le président national a décidé de faire un saut par chez nous.

Je me grille un clope à l’extérieur tout en surveillant les bécanes, quand Bud m’apostrophe :

— Petit, si tu veux ton patch, tu vas chercher le Prés’ à l’aéroport. S’il est satisfait de toi, on te le coud à ton retour. 

Sa grande paluche me tombe sur l’épaule et son regard sombre se plante dans le mien quand il ajoute :

— Ne me déçois pas.

La mission est simple, mais je sais que si je fais un pas de travers, le type est capable de repartir comme il est venu. Il l’a déjà fait dans un autre chapitre, je ne vois pas en quoi le nôtre échapperait à la règle.

Je saisis au vol les clefs du van que me lance Bud et file direct à l’aéroport.

Sous la pression, je ne calcule même pas que je pars avec deux heures d’avance.

C’est en arrivant dans l’aérogare que je m’en rends compte. L’attente est mon point faible. Durant ce laps de temps, je fais plusieurs allers-retours pour vérifier les horaires d’avion, le numéro de porte et la zone de débarquement. Je ne veux pas foirer ma mission parce que je me serais trompé de lieu. Ces cent vingt minutes me mettent sous pression, j’ai l’impression de me transformer en cocotte-minute.

Quand le temps imparti est écoulé et que la descente des voyageurs s’amorce, je suis sur le point d’imploser. Mon angoisse atteint son paroxysme lorsque le dernier passager passe près de moi et qu’il n’y a toujours aucune trace du président national. À cet instant précis, je sais que je suis foutu. Depuis presque un an j’exécute, sans rechigner, toutes les corvées que les gars du club me demandent. Tout ça avec pour objectif d’intégrer les Black Riders. C’est à peine si j’effleure mon rêve du bout des doigts que le destin décide de me le retirer.

Mon téléphone sonne. Je ferme les yeux et adresse une prière muette à ma bonne étoile avant de décrocher.

— T’es sur le chemin du retour, gamin ?

— Je…

L’hésitation dans ma voix le met immédiatement sur la piste que quelque chose cloche car il me coupe immédiatement.

— Tu quoi ?

L’angoisse me noue la gorge et les mots ne parviennent que difficilement à sortir. Je me déteste pour cette faiblesse.

— Il n’était pas dans l’avion.

Le silence de l’autre côté de la ligne me donne l’effet d’une condamnation à mort. Je bloque ma respiration et attends la décision de Bud.

— Petit, je ne sais pas comment t’as merdé. Mais tu l’as fait en beauté. Ramène-toi au chapitre. 

La conversation s’arrête là. Bud a raccroché sans me laisser la moindre chance d’expliquer la situation.

Je range mon téléphone, mon esprit carbure. Je suis à la limite de quitter l’État pour aller me terrer quelque part où les Black Riders ne sont pas installés.

Après de nombreuses hésitations à tourner la situation dans tous les sens, je décide de rejoindre les gars du club. Qui sait, peut-être que Bud me laissera en placer une avant que je ne réceptionne son poing dans la figure. C’est un président très sanguin, il a pour habitude d’envoyer des coups avant de parler.

J’arrive au club et gare le van à son endroit habituel. En voyant le comité d’accueil qui m’attend, mon instinct de survie me hurle de prendre la fuite. Pas un officier du club ne manque à l’appel, tous se tiennent en demi-cercle devant les portes du club. Quant aux autres membres, ils restent en retrait et observent la scène.

Je m’oblige à quitter le refuge de l’habitacle. À peine suis-je arrivé à leur hauteur que le prés’ fait un pas dans ma direction. Son regard froid me sonde quelques secondes puis, sans un mot, il me balance son poing dans la gueule. Sans que je comprenne ce qui m’arrive, tous me tombent dessus et me passent à tabac. La douleur est telle que je m’affale, le goût métallique du sang m’emplit la bouche, j’entends le bruit de mes côtes craquer sous leurs coups. Je perds complètement la notion du temps, c’est à peine si je réalise qu’à un moment les coups ont cessé de pleuvoir.

Deux grandes mains me soulèvent, je me retiens de les supplier d’arrêter. Mon corps ne supportera pas un coup supplémentaire. Je chancelle et ne parviens pas à garder l’équilibre. J’ai l’impression d’assister à la scène sans réellement la vivre, mon esprit est embrouillé, mon visage est si amoché que j’ai du mal à ouvrir les paupières et à voir ce qui se passe autour de moi. C’est alors que la voix du prés’ s’élève, ses paroles me perturbent et je me dis que ma tête a très certainement reçu trop de chocs car je ne comprends plus rien et encore moins pourquoi il m’appelle « frère ». Seuls les membres d’un club sont appelés ainsi.

« Bienvenue dans la famille, frère. »

Incrédule, je les regarde un à un. Ces fumiers sourient. Bud tend la main, paume ouverte vers le ciel. Un bout de feutrine s’y trouve. Mon premier patch.

— Ne me déçois pas et sois fier de tes couleurs, mon garçon.

Je comprends à cet instant que cette mission était mon rite de passage et que les frangins ont déjà voté pour que j’intègre leur rang. Il n’a jamais été question que le président national vienne.

*

* *

Jace m’interpelle et me fait revenir au présent.

— T’en penses quoi, Prés’ ?

— J’en pense que vous êtes des tarés, mais que c’est bon pour moi.

— On lance ça ce soir, dans ce cas. Pops, je te laisse gérer, me dit Cook.

— Pourquoi j’ai l’impression que tu utilises ce gamin pour des fins personnelles ? lui demandé-je.

— J’ai pas honte de le dire, cette nana je l’ai dans la peau, sauf qu’elle m’a bien fait comprendre que je ne l’intéresse pas.

— Tu penses qu’en la faisant kidnapper, elle va tomber à tes pieds ? je lui fais remarquer, incrédule.

— J’ai utilisé toutes les méthodes avec elle, rien n’a fonctionné. La manière douce ne marche pas, alors je vais passer à la manière forte.

— Tu vas droit dans le mur, frère.

— Peut-être, mais quand tu la verras, tu comprendras pourquoi je ne veux pas lâcher l’affaire. Je te jure, depuis que je la connais, je suis incapable de me faire une autre fille. La nuit, je n’ai que ma main pour me tenir compagnie.

L’excitation gagne la plupart des frangins. Le bizutage d’un nouveau membre a toujours été un grand moment dans la vie du club. On gagne un frère et lui une famille.

Avant qu’on se décide à lancer le plan, je veux m’assurer que Cook a conscience des conséquences de notre plan :

— Tu la veux vraiment pour régulière, cette nana ?

— Je ne sais plus quoi faire pour l’attirer vers moi.

— C’est pas trop tard pour reculer. Tu sais que tu ne choisis pas la meilleure des manières pour t’attirer ses bonnes grâces, insisté-je.

— Je sais.

— Un resto, une balade au clair de lune, c’est peut-être vieux jeu, mais cette technique a fait ses preuves, t’es au courant ?

— Merde, Pops ne me prends pas pour un con. J’ai déjà tout essayé avec elle.

— Et tu persistes à croire qu’elle voudra de toi après ça ?

Aucun de mes arguments ne semble l’ébranler.

— Mon sixième sens me dit qu’elle me veut, elle n’a pas encore trouvé les bons mots pour l’exprimer, c’est tout.

Je ne dis rien et le fixe intensément, je parie qu’il ne m’a pas tout déballé. Il pousse un soupir et ajoute d’un ton las :

— Si tu veux tout savoir, elle n’aime pas les affaires du club.

Je hausse un sourcil.

— Le souci, c’est que pour être ta régulière, elle doit respecter le club, sans ça, on ne pourra pas compter sur elle. Elle a quoi contre le club ?

— C’est juste que certains frangins n’ont pas été cool avec elle et qu’elle me met dans le même panier qu’eux.

Les paroles de Cook entraînent mon esprit sur un chemin que je n’avais pas envisagé jusqu’à présent. Une partie de moi regrette que l’assistante sociale voie le club comme une menace, et non pour ce qu’il est réellement.

Je m’ébroue mentalement pour me remettre les idées en place. D’où me vient cette pensée à la con ? J’en ai rien à faire de cette minette, tout ce qu’elle désire est de me retirer la garde de Logan.

Je reviens à ma conversation.

— Comme tu voudras, on te la ramène et je te laisse la gérer par la suite, lui dis-je en me levant et en lui tapant sur l’épaule.

Je quitte la salle de réunion et prends la direction du bar où se tient Arturo, qui est en train de boire une bière et parle de motos avec un des frangins. Je fais un signe à la nana derrière le comptoir pour qu’elle me serve. D’un mouvement expert du poignet, elle verse le liquide ambré de la bouteille vers mon verre. Elle le fait glisser vers moi, je l’attrape et avale une grande gorgée avant de reposer mon breuvage face à moi.

C’est ce moment que choisit Arturo pour m’interpeller :

— Qu’est-ce que t’en penses, Pops ?

— De quoi ? lui demandé-je en me tournant vers lui.

— Max n’est pas d’accord avec moi, alors que dans cette salle, c’est moi le spécialiste pour réparer les bécanes. Selon lui, pour faire une vidange, il faut le faire le moteur à froid, moi je suis pas d’accord, je le fais toujours à chaud, ça permet d’évacuer toutes les merdes qui se sont incrustées.

— J’avoue que je n’y ai pas pensé. L’idée n’est pas con.

À ma réponse, le petit me fixe incrédule, c’est limite si ses yeux ne lui sortent pas des orbites. Il semblerait que ma réponse ne lui convienne pas.

— Putain, les gars, je refuse d’entendre ça. Vous êtes de vrais bikers ou des amateurs ?

— Vas-y doucement, fiston, lâché-je calmement. Je suis Prés’, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué.

— Désolé, Pops, s’excuse-t-il, contrit.

— Ça ira pour cette fois.

— Au fait, j’ai regardé le moteur de ta bécane, tout roule. J’ai vérifié vite fait le reste, et j’en ai profité pour faire la vidange de la fourche hydraulique, tu auras une meilleure tenue de route.

— Il fallait déjà que je la fasse ? Je pensais avoir encore un peu de temps.

— C’était pas une urgence, sauf qu’avec les kilomètres que tu vas avaler pour rentrer, il aurait fallu le faire à ton arrivée. Je t’ai épargné le boulot.

— Merci, j’apprécie le geste.

— Pas de soucis, ça me détend d’entretenir les motos.

Parfaitement synchronisé, Jace débarque près de moi, le visage fermé.

— Prés’, on a les infos qu’on voulait, on peut y aller.

Ce mec pourrait être comédien.

— Tiger vient de débarquer ? nous demande Arturo.

Je jette un coup d’œil rapide à Jace et réponds au gamin :

— On soupçonne une nana du coin. D’après certaines infos, il semblerait qu’elle rencarde Tiger sur ce qui se passe en ville.

— On va faire quoi ?

Le petit marche à fond dans notre connerie. C’est presque trop facile.

— On va aller la récupérer pour voir ce qu’elle sait exactement et ce qu’elle a balancé. (Je me tourne alors vers Jace.) Dis à Splinter de nous rejoindre, on décolle de suite.

Jace opine et lance le signal de départ. De mon côté, je considère le gosse pendant quelques secondes, tout dans son expression me supplie de l’embarquer avec nous. Ça tombe bien, c’est lui le roi de la fête.

— Allez gamin, je t’embarque avec moi.

— C’est vrai ?

— Ouais, c’est pour te récompenser des initiatives que t’as prises sur ma moto.

Nous quittons la grande salle sous le regard des autres frangins. Certains sont moins doués que d’autres pour masquer leur sourire. Heureusement, Arturo est tellement excité par la virée qu’il ne capte rien.

*

* *

Great Falls a tout du stéréotype de la ville américaine et son diner n’échappe pas à la règle. La nana a implanté son resto dans un bâtiment qui doit dater des années soixante. Pour le nom, elle n’a pas fait preuve de beaucoup d’imagination : Missouri River Diner. Son resto longe le Missouri, pourquoi aller s’emmerder à trouver un autre nom ?

D’où nous sommes postés, on voit l’intérieur du bouclard. Là non plus, pas de surprise concernant la déco, apparemment cette femme a un goût prononcé pour les années soixante ou pour les clichés : les meubles sont en formica, les chaises en similicuir et le sol est recouvert de carreaux rouges et blancs.

— On procède comment, Prés?

Je reporte mon attention sur Arturo. Son excitation a laissé place à une certaine appréhension. Un bon point pour lui, ce n’est pas une tête brûlée.

— On va la laisser fermer boutique. Il ne reste plus qu’un seul client. Quand elle ira à sa caisse, la lumière sera éteinte et on pourra aller la cueillir comme une fleur. Splinter est au volant du van, il approchera quand il nous verra bouger, quant à Jace, il va s’occuper de faire coulisser la porte latérale pour nous faciliter le travail et embarquer la fille. Ton boulot à toi consiste à la faire entrer dans la voiture et le mien à couvrir tes arrières et à m’arranger qu’il n’y ait pas de témoin.

— Ça semble facile.

— Ça devrait l’être, elle ne s’y attend pas et elle n’est pas de notre monde, donc elle n’est pas parée pour se protéger dans une situation pareille.

*

* *

Trente minutes plus tard, alors que nous sommes à l’arrière du van avec Arturo, à chialer sans discontinuer, je regrette mes paroles. Cette nana était parée et, surtout, elle était armée d’un spray au poivre. J’aurai deux mots à dire à Cook dès mon retour.

— Prés’, ne te touche pas les yeux, ça va empirer.

Cet abruti de Splinter se marre.

— Comment ça peut empirer ? Je vis l’insoutenable, connard !

— Oh putain, je vais me pisser dessus, s’exclame Jace, hilare.

Apparemment le petit cirque que nous leur avons joué à nos dépens doit être hilarant parce que Splinter sourit de toutes ses dents. C’est ultra flippant.

J’observe comme je peux à travers ma vue brouillée la nana allongée à l’arrière. Elle s’agite dans tous les sens, si elle continue, elle va finir par se faire mal. Toutefois, vu les coups qu’elle m’a balancés, ce serait un juste retour des choses. Le rancunier qui sommeille en moi espère secrètement qu’elle se blesse un peu avec les liens et qu’elle ait la trouille de sa vie.

Dès qu’on arrive, je refile cette furie à Cook, et pour la suite, il se démerdera. Tant pis pour lui si, au passage, il perd ses bijoux de famille.

Je grimace en entendant les gémissements du petit. Elle ne l’a pas loupé, j’espère pour lui que ses petits nageurs sont sains et saufs. Cette fille a un sacré coup de genou.

Quand nous arrivons au club, je sors de la voiture à la recherche d’air frais dans l’espoir d’apaiser le feu de mes yeux. Cook nous rejoint immédiatement. Je pointe un doigt menaçant vers lui :

— Toi, j’ai deux mots à te dire.

— Ça s’est mal passé ?

— Tout à l’heure, t’as dit que certains frangins l’avaient un peu trop asticotée, c’était quoi le truc ?

— Merde, j’ai oublié de te dire qu’elle ne se baladait plus sans sa bombe.

— En effet, c’est une info que j’aurais retenue avec le plus grand intérêt, lui balancé-je, sarcastique. Ta nana est dans le coffre. Vu les coups que je me suis pris, t’as intérêt à faire en sorte qu’elle soit une bonne régulière.

— Ce n’est pas une taupe, la fille ?

Je me retourne vers Arturo. Je l’avais presque oublié.

Je lui file une claque dans le dos.

— Bienvenue dans la famille, frère.

— Je ne comprends pas.

— Cette fille était ton rite d’initiation, tu viens de gagner ton premier patch. Suis-moi, on va boire un coup, on l’a bien mérité.

J’entraîne le gosse à ma suite en laissant Cook se dépêtrer avec la fille derrière nous. Le con, il lui a retiré son bâillon. On l’avait mis pour une bonne raison.

— Pops, t’es sûr qu’elle ne court aucun risque, la nana ? me lance Arturo, inquiet, en regardant par-dessus son épaule.

— Sûr et certain.

— C’est qu’elle braille vachement, insiste-t-il.

— C’est l’émotion, Cook est en train de lui déclarer sa flamme.

Mes propos ne semblent pas le rassurer, car il me relance :

— On devrait peut-être aller jeter un coup d’œil.

— Elle ne risque rien avec Cook, il veut en faire sa régulière. Il ne va pas la maltraiter, il a plus envie de la bichonner. On a fait ce qu’il y avait à faire pour que leur histoire commence, à lui de se démerder pour la conclure par un « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

— Si tu veux mon avis, intervient Jace, ça va se terminer par un « ils vécurent heureux et adoptèrent beaucoup d’enfants car elle lui avait coupé les couilles ».

Pas faux, cette chute est plus probable !

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