Black riders, Tome 2 - Girl Crush
17 - Brandon
17
Brandon
Durant mon séjour à New York, je me suis tourmenté pour savoir comment faire passer le message à Beverly qu’entre elle et moi il n’y aurait rien de plus que de l’amitié. Mais le fait qu’elle ait pris les devants sans que je l’aie vue venir me donne envie de la harceler pour la ramener dans le creux de mes bras.
Comme si le destin avait senti mon désarroi, l’écran de mon téléphone s’illumine.
** Inconnu : N’oublie pas notre accord, nous attendons de tes nouvelles. **
Ce message m’apporte un éclair de lucidité. Je suis un abruti, j’ai déjà tout bousillé. D’un jour à l’autre elle découvrira ce que j’ai fait et me détestera. Il vaut mieux pour moi que je me fasse à l’idée de l’avoir perdue définitivement dès à présent.
Après ce retour brutal à la réalité, je décide de me plonger dans mes bouquins pour me remettre dans le bain en douceur.
*
* *
Je suis tellement absorbé dans mes révisions que je n’entends pas la porte de ma chambre s’ouvrir. C’est seulement lorsqu’une main se place sur mon épaule que je bondis de ma chaise et empoigne la personne qui vient de surgir derrière moi.
Sous le coup de l’adrénaline des points noirs dansent devant mes yeux, les mauvais souvenirs sont à la lisière de mon esprit et ne demandent qu’à revenir.
Au prix d’un grand effort, je tente de les chasser. La voix inquiète de Beverly me sort de la brume.
— Brandon, lâche-moi. Tu me fais mal.
Mon esprit décide alors de revenir au présent. Avec horreur, je visualise la scène : une de mes mains encercle la gorge de Beverly et la seconde est refermée en un poing, prête à agir.
Je relâche Beverly d’un mouvement brusque. Sous l’impulsion, elle vacille et effectue un pas en arrière pour retrouver son équilibre.
— Merde ! Ne recommence plus jamais ça, Bev ! Nom de Dieu, t’as vu ce qui a failli arriver ? m’écrié-je, paniqué à l’idée que j’aurais pu lui faire mal.
— Je suis désolée.
— Tu es… Bordel, t’as pas à t’excuser, c’est moi ! Quand je pense… quand je pense à ce que j’aurais pu te faire…
— Tu ne m’aurais pas fait de mal, me lance-t-elle d’un ton calme.
— Tu veux rire, t’as bien vu la scène…
— Brandon, je sais me défendre, me coupe-t-elle.
— Alors pourquoi t’as rien fait ?
— Parce que ce n’était pas toi. J’attendais que tu reviennes.
— Et si je n’étais pas revenu ?
— Dans ce cas, je t’aurais envoyé au tapis.
— Ton humour est pourri, Bev. T’aurais rien pu faire.
Je balaie du regard l’ensemble de son corps. Elle doit faire grand max cinquante-cinq kilos.
Mes paroles semblent l’avoir piquée au vif puisque, sur un ton de défi, elle me lance :
— On parie ?
— On parie quoi ?
— Que je te fous le cul par terre quand je veux.
— Bev, sois sérieuse cinq minutes. Je suis bien plus lourd que toi, tu ne peux pas me faire mordre la poussière…
— Bien sûr que si.
— Écoute, je t’ai vexée et j’en suis désolé, mais sois réaliste tout de même.
— Très bien, puisque tu veux une démonstration, on va reprendre. Assieds-toi sur ta chaise comme tu l’étais.
— Bev…
— Fais-le.
— Tu l’auras voulu.
Je lui tourne le dos et m’installe sur mon siège. Je cale mes avant-bras sur le bord de mon bureau et attends de sentir sa main se poser sur mon épaule. Le temps semble suspendu. Je devais être vraiment absorbé dans mes révisions pour ne pas avoir senti sa présence dans la chambre tout à l’heure. Parce que maintenant que je lui tourne le dos, je perçois de multiples indices : sa respiration, la fragrance de son parfum, le bruit de son pas. Tous mes sens sont en alerte, plus pour répondre à un besoin de me rapprocher d’elle que pour parer sa future attaque.
Enfin, le contact arrive. Sa main se fait légère sur mon épaule, puis la pression se fait un peu plus insistante. Je lui laisse une dernière chance avant de me retourner et de l’empoigner comme je l’ai fait :
— Tu es sûre de toi, Bev ?
— De quoi as-tu peur, Brandon ? De me faire mal ou de te ridiculiser ?
Elle l’aura voulu !
J’ai l’impression qu’elle vient d’éperonner un cheval et que je pars au galop. D’un mouvement rapide, je me retourne et l’agrippe à la gorge, comme je l’ai fait quelques instants plus tôt. Sauf que la suite ne se déroule pas comme la première fois. Je ne sais pas comment elle s’y prend, mais avant de me rendre compte de ce qui m’arrive, je suis retourné, le bras coincé derrière mon dos et une pression derrière mes genoux m’oblige à m’affaisser. Il semblerait que je l’aie vraiment foutue en rogne parce qu’elle poursuit mon humiliation histoire que je retienne bien la leçon. Son genou se plaque contre mes omoplates et je me retrouve face contre terre. Son souffle est contre mon oreille et elle me murmure :
— Comment est la vue d’en bas ?
La peste.
— Tu peux me relâcher.
— Tu en es certain ? Je peux te faire une autre démonstration, si tu veux.
Tout ce que je peux dire, c’est que je suis content de ne pas avoir de témoin pour cette scène.
Comme pour me punir un peu plus de mon insolence, la porte de ma chambre s’ouvre et les deux dernières personnes que je voulais voir entrer pénètrent à l’intérieur, les yeux ronds. Dannyboy et June.
— Merde, les retrouvailles sont plus violentes que ce à quoi je m’attendais, s’exclame June.
— Tout va bien, Brandon ? Tu veux un coup de main, me demande le prospect, ironique.
Qu’il aille se faire foutre, ce petit con !
Beverly relâche la pression derrière mon dos et me tend la main pour m’aider à me relever. Je lui envoie un regard torve. Ce coup-là je ne suis pas près de l’oublier.
— Où tu as appris ça ?
— Splinter. C’est lui qui m’a tout appris, me répond-elle.
— On peut vous laisser seuls tous les deux ? questionne June.
— Oui, ne vous en faites pas, répond Beverly tout en gardant ses prunelles rivées aux miennes. Je lui démontrais l’intérêt de suivre les entraînements de Splinter.
— C’est une bonne idée, tu devrais te joindre à nous ! affirme June.
— Quoi ? Toi aussi tu sais faire ça ? m’étonné-je.
— Hé oui ! Je n’en suis pas au niveau de Beverly, mais je me débrouille.
— Splinter est une pointure. Je parie qu’il a du sang de ninja, ajoute Dannyboy.
— Je vais y réfléchir, les coupé-je.
Les entendre encenser un mec qui fait froid dans le dos me hérisse. Il y a un truc chez lui qui donne l’impression d’être une proie, cette sensation est renforcée par son regard sombre et vide d’humanité. Je dirais que cet homme est létal.
— Bon, vous êtes sûrs tous les deux, on peut vous laisser ?
— Oui, rétorqué-je sèchement.
— Bev, tu promets de ne pas abîmer sa petite gueule ? insiste Dannyboy.
Sa réflexion me fait grincer des dents. S’il ne se barre pas de suite, c’est moi qui vais arranger sa tête.
Beverly doit sentir mon énervement, car elle s’empresse de lui répondre et de faire sortir les deux tourtereaux.
Elle referme la porte derrière eux et me considère quelques instants, silencieuse. Ça me gonfle d’être passé sans cesse à la loupe. Et ce qui m’énerve le plus, c’est que Beverly le fasse, car en mon for intérieur je suis persuadé qu’elle seule est capable de fissurer mon armure et de me percer à jour.
Hayley pourrait avoir ce pouvoir, sauf que pour l’instant elle garde encore l’image du protecteur que j’ai été pour elle. Ce qui l’empêche de voir la noirceur de celui que je suis à présent.
Je ramasse la chaise du bureau qui s’est renversée lors de notre petite démonstration et demande à Beverly :
— Tu voulais quelque chose ?
Elle se détache de la porte et reprend ses esprits :
— Oui, je voulais te demander si tu voulais regarder un film, ce soir.
— Quel genre ?
— Je me disais qu’on pourrait regarder la dernière saison de Walking Dead ?
— Oh pitié ! Pas tes histoires de zombies. Elle est pourrie ta série. L’histoire n’avance pas, mis à part le fait qu’il déglingue chaque fois des morts-vivants. Sérieux, je me demande comment cette série a tenu le coup pendant neuf saisons.
— T’as un film en tête ?
Je réfléchis quelques secondes puis un titre me vient à l’esprit :
— Fallout.
— Fallout ?
— Ouais, le dernier Mission impossible, je voulais aller le voir à New York et ça ne s’est pas fait.
— Si c’est vraiment ce film qui te tente, pourquoi pas ?
— Ma belle, je me suis tapé huit saisons de Walking Dead allongé sur un lit d’hôpital. Tu peux souffrir pendant cent vingt minutes, tu ne crois pas ? Et puis, il y a Tom Cruise.
— Tom Cruise pourrait être mon père. J’aurais du mal à fantasmer dessus.
— Henry Cavill y est aussi.
— C’est déjà un meilleur argument.
— Bah tu vois, finalement on trouve un arrangement !
— On le regarde où ?
— Dans le salon, je veux tester ce grand écran de malade.
— C’est bien une réflexion de mec, ça.
— Tu t’attendais à quoi ?
— Question rhétorique.
Au cours de la soirée, Dannyboy et June nous rejoignent. Le prospect est un type avec qui il est facile de s’entendre. Cette constatation me pousse à me demander si tous les bikers sont à mettre dans le même panier. Je chasse aussitôt cette idée, si on a des atomes crochus, c’est parce que nous avons quasi le même âge, c’est tout. Et puis Dannyboy n’appartient pas encore aux Black Riders. Lui aussi est une de leurs victimes, il n’y a qu’à voir toutes les basses besognes qu’il fait pour ces mecs dans l’espoir d’intégrer le club.
*
* *
Cette soirée m’aura appris une chose sur moi : je peux passer une soirée en présence de Beverly sans avoir envie de lui sauter dessus en permanence. Cette idée ne m’a effleuré l’esprit qu’une dizaine de fois sur cent vingt minutes de film, je trouve que je m’en suis pas trop mal sorti.
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