Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 46 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

46 - Pops

46

 

Pops

 

Sandman est en retard à notre réunion du jour. En attendant son arrivée, Jace ne cesse de me poser des questions sur mon avancée concernant le cas de Logan.

— T’en es où de ta souris ?

— L’idée fait son chemin, lui réponds-je, évasif.

— Elle reste insensible à ton charme ?

— Je dirais que ses défenses se fissurent.

— Tu veux des conseils ?

Je fronce les sourcils, sa mine un peu trop réjouie m’agace.

— Toi, le type qui vient chialer chez moi dès qu’il a une merde avec sa copine, tu me proposes un coup de main ?

— Je demande parce que je vois qu’elle te plaît, me répond-il innocemment.

— Elle me plaît autant que j’ai envie de l’étrangler, grogné-je. Cette femme a deux personnalités : elle peut aussi bien se transformer en furie qu’en banquise. Mais c’est surtout un sacré problème pour Logan.

— T’as un plan B ?

— Ouais, j’ai vu l’avocat pour ça.

— Qu’est-ce qu’il en dit ?

— Vu le dossier qu’elle a refilé à son supérieur, il nous faut des preuves pour la coincer.

— Ça ne semble pas te réjouir.

Je soupire et me passe une main lasse sur le visage. Jace est encore au-dessous de la vérité.

— T’as raison, ça ne me rend pas fou de joie. Je vais mettre à terre par K.-O. une femme qui fait son job.

Jace étudie mes paroles, son cerveau semble avoir assemblé les éléments.

— Merde, ne me dis pas que tu vas faire ce que je pense.

— Je vois que tu as compris la situation.

— Tu sais que, si tu fais ça, tu fous toutes tes chances en l’air avec elle…

Je le coupe.

— J’en ai parfaitement conscience, crois-moi.

Cette pensée me déprime. Pour me faire penser à autre chose, je change de sujet :

— Vous avez des nouvelles de Great Falls ?

— Les Canadiens ont suivi ton conseil, ils restent de leur côté de la frontière, m’informe Splinter.

— Leur obéissance n’est qu’une façade, ajoute Jace.

Sandman entre enfin dans la pièce et prend place autour de la table.

— Désolé pour le retard.

Je hoche la tête dans sa direction, puis je reprends :

— D’après nos informations, les Eagles vont réceptionner de la dope, ce soir.

— On connaît les livreurs ? m’interroge Jace.

— Les Mexicains, je suppose.

— Intercepter la livraison nous permettrait de fermer une de leurs sources de revenus, et par conséquent de réduire leur possibilité de créer de nouvelles alliances, en déduit Splinter.

— T’as tout saisi. D’où l’importance de réussir !

— On met qui sur le coup ? intervient Sandman.

— Dannyboy, toi, Splinter, Jace et moi.

— Dannyboy ? Tu le places souvent dans les missions en ce moment, Prés’.

— Il a fait ses preuves, j’ai confiance en lui. Si je ne lui ai pas encore donné le patch du club, c’est pour qu’il retienne la leçon de ne jamais faire confiance à quiconque dans notre monde. Mais au fond, il le mérite, et depuis pas mal de temps.

— T’as raison, admet Jace.

— Ravi de te l’entendre dire, fils. Surtout que son erreur concernait ta régulière.

— Il a payé sa dette depuis longtemps. Je le titille juste pour le plaisir d’emmerder quelqu’un.

— Quand décideras-tu de grandir ?

— Probablement jamais.

— C’est ce que je craignais.

— Tu envisages de lancer son intronisation quand, Prés’ ?

— J’hésite encore. Soit avant la grande bataille, soit juste après. On verra. Pour l’instant, on a d’autres priorités.

*

* *

— Merde !

L’exclamation de Dannyboy réveille tout le monde dans la camionnette.

— Qu’est-ce qui t’arrive ? lui demandé-je.

— Ce type sur le trottoir, me dit-il en pointant un mec de l’index.

Je tourne le visage vers l’endroit qu’il fixe avec attention. La scène qui se déroule sous mes yeux ne m’indique pas de danger particulier. Je vois juste un étudiant qui taille la bavette à un dealer, probablement pour recharger le stock.

— Eh bien quoi ?

— Je l’ai déjà vu.

Sa remarque éveille instantanément mon attention.

— Où ?

— Sur le campus. Il traîne avec Brandon de temps en temps. Je le sais puisque j’y passe la plupart de mon temps pour surveiller les filles.

— T’es sûr de toi ?

— Plus que sûr, oui, je lui ai même parlé, une fois. J’avais perdu Beverly de vue.

— T’as perdu ma gosse de vue ? lui retourné-je d’un ton hargneux.

— Juste cinq minutes, Prés’, peste-t-il en levant les yeux au ciel.

— Brandon est au courant qu’il trafique avec les Eagles ? reprend Sandman.

— J’en sais rien.

Splinter pose la question que tous ceux qui sont présents dans la fourgonnette se posent :

— Tu penses que les Eagles tentent de nous infiltrer via Beverly et la bande, Prés’ ?

— Je l’ignore. Mais c’est louche toute cette histoire. Si c’est le cas, le hasard nous en veut.

— C’est peut-être juste un type qui vient voir son fournisseur sans savoir tout ce qui se passe autour de lui.

— En tout cas, c’est la première fois que je le vois avec les Eagles, souligne Dannyboy.

— Tu connais son nom ?

— Je crois qu’il s’appelle Luke. Son nom de famille, je sais pas.

Je me tourne vers Jace.

— Tu l’as déjà vu ?

— Non.

— Tous les deux, renseignez-vous auprès de vos nanas. Et soyez discrets, il faut les tenir le plus loin possible de nos histoires.

J’observe le mec entrer dans le bar, il semble indifférent aux bikers qui sont placés à l’extérieur et n’en salue aucun. D’ailleurs ces derniers ne s’en préoccupent pas non plus. Au moins, ce n’est pas une sorte de hangaround qui ferait des missions occasionnelles chez eux pour intégrer leurs rangs. Cependant, je reste sur mes gardes, avec les Eagles, rien ne se fait par hasard.

— Jace, on va renforcer la protection autour de l’appart et des gosses.

— Tu penses qu’ils peuvent être en danger ?

— Tant qu’on ne sait rien sur ce mec et sur l’étendue de ses relations avec les Eagles, on assure nos arrières.

— On leur dit quoi ? me demande Jace.

— Tu vas traîner un peu plus avec eux. Pareil pour toi, Dannyboy. Vous ne les lâchez pas d’une semelle. Vous les suivez partout : à l’appart, dans leurs soirées, à la fac…

— Hayley va se douter d’un truc si je me mets à la coller tout le temps, précise Jace.

— C’est ton affaire, tu te démerdes pour trouver une excuse ou tu lui dis de ne pas chercher à comprendre. Point.

Tout le temps de ma conversation, mes yeux restent rivés sur l’entrée du bar. Ce lieu est un des favoris des Eagles, ils ont pour habitude de traiter pas mal de trafic à l’intérieur.

Le mec en sort dix minutes plus tard. J’ai l’impression qu’il ne s’agit que d’un simple revendeur, mais je ne prendrai aucun risque tout de même.

Jace fixe lui aussi le jeune qui lance sa planche de skate sur le trottoir et file dans la nuit. Songeur, il me pose une question à laquelle j’étais également en train de penser :

— Tu penses que Brandon touche à cette merde ?

— Je commence à avoir des soupçons.

Dannyboy intervient dans notre conversation et ses propos confirment nos doutes :

— En tout cas, je le vois de plus en plus prendre des médocs. C’est limite devenu un geste machinal, comme s’il s’enfilait des pastilles à la menthe. Soit il se came déjà, soit il en prend dangereusement la voie, si vous voulez mon avis.

— Et il a des sautes d’humeur… poursuit Jace.

— Hayley t’en a touché un mot ?

— Non, elle l’a placé sur un piédestal. Je ne peux lui faire aucune remarque sur lui sans qu’elle le prenne mal et le défende. Par contre, une fois, elle m’a fait une réflexion… Sur le coup, je n’y ai pas trop prêté attention, j’étais un peu énervé.

— Énervé par quoi ? lui demande Spider.

— C’est le jour où cet abruti de Dannyboy m’a viré de la première place au classement GTA. Mec, ce n’est qu’une question de temps pour que je reprenne la première place, conclut-il en se tournant vers lui.

— Jace, on peut revenir au sujet principal ? questionné-je, agacé par leurs gamineries.

— Ouais, pardon, Prés’. Donc, pour en revenir à Brandon, ce jour-là, Hayley m’a dit que Brandon devrait ralentir la cadence au niveau révisions, car il avait les yeux explosés et qu’il allait se détruire la vue s’il ne faisait pas plus gaffe.

Sandman secoue la tête et déclare :

— Vu tous les éléments qu’on commence à avoir en main, s’il avait les yeux rouges, ce n’est pas à force de se détruire la vue sur ses bouquins.

— Il faudrait que tu en touches deux mots à Hayley, tous les deux sont hyper proches, il pourrait lui confier des trucs.

— Elle va encore croire que je cherche des noises à son Brandon. Mes relations ne sont pas forcément au beau fixe avec lui.

— Danny, tu t’entends comment avec lui ? demandé-je en me retournant vers le petit.

— Ça roule, il est cool. Un peu sur la réserve, mais il n’y a pas de problème, on discute.

— Dans ce cas, rapproche-toi un peu plus de lui et observe-le.

Il ne manquait plus que ça ! Comme si j’avais le temps de devoir gérer le mec de ma fille qui se came.

— On se concentre, les gars. Le mulet vient de sortir.

— C’est lequel ? demande Jace.

— Celui avec la crête rouge et bleu.

Il a une nana pendue au bras.

— Ces salopards entraînent les filles dans leur trafic !

— Des tarés, ces mecs.

— On le file, ils démarrent.

Tout le temps du trajet, nous restons silencieux tout en suivant la voiture du Eagles à distance.

Après trente minutes de route, le gars s’engouffre dans un quartier résidentiel. J’ignorais que ce secteur était lui aussi pourri par cette saloperie de dope. La voiture s’arrête devant un pavillon, nous poursuivons notre route et tournons dans une autre rue.

Dès que nous ne sommes plus en visuel, Jace et Splinter sautent du véhicule et rebroussent chemin à travers les jardins. De mon côté, je descends avec Danny. Nous nous faufilons entre les voitures pour avoir une vue d’ensemble de la façade principale. Sandman reste au volant pour le cas où il nous faudrait décoller rapidement.

Une fois posté, j’informe les frangins :

— On est en place avec Danny, le type est resté au volant. C’est la fille qui s’est barrée dans la maison.

— Le salaud, il prend aucun risque. Si les flics déboulent, c’est elle qui ramasse.

Ces mecs n’ont pas volé leur réputation de cafards.

Je laisse parler les frangins et informe Danny.

— Reste où tu es. Je vais approcher, j’aimerais voir ce qui se passe à l’intérieur.

Au moment où je découvre ce qui se trâme dedans, la voix de Jace s’élève dans l’émetteur placé dans mon oreille.

— Pops, il y a un invité surprise.

— Je viens de voir, oui.

Shiver. Enfoiré de Canadien !

— On fait quoi ?

— Sandman, appelle le club et dis aux gars de venir en renfort. Qu’ils le fassent discrètement, surtout, et avec une voiture. On va se diviser : une équipe va surveiller Shiver et l’autre prendra le Eagles avec la nana en chasse.

— Tu ne veux pas qu’on intervienne ? m’interroge Danny.

— Non, petit. Si on le fait, les Mexicains vont aussi nous tomber dessus. Je ne veux pas les avoir sur le dos.

— Si Shiver est avec eux, on les a peut-être déjà sur le dos, me fait remarquer Sandman.

— Je ne pense pas. D’après les bruits qui courent, ce sont juste des partenaires d’affaires, il n’y a pas d’alliance.

— C’est déjà ça, intervient Jace.

— La nana tape la discute avec lui. Elle ne semble pas l’apprécier des masses, commente Splinter.

— Si elle a de la jugeote elle devrait se barrer en courant, ce type est un grand malade, affirmé-je.

— Les choses intéressantes commencent, un des Mexicains vient de refiler un sac à la minette, m’informe Jace.

Depuis mon poste d’observation, je vois la fille se tourner vers la porte d’entrée.

— Elle va se mettre en mouvement dans pas longtemps.

Je n’ai pas beaucoup de temps pour élaborer un nouveau plan. Je n’aime pas ça, chaque découverte sur nos adversaires nous révèle de sales surprises. J’ai un mauvais pressentiment et je ne parviens pas à le chasser de mon esprit. Je m’efforce de ne pas y penser et donne les nouvelles instructions :

— Je retourne à la camionnette. Danny, tu restes en place et tu surveilles la façade de la maison en attendant l’arrivée des frangins. Splinter, tu restes en position pour avoir une vue sur l’arrière. Jace, tu me rejoins à la voiture. On va filer le Eagles et on récupère la marchandise. Splinter, vous collez au train de Shiver dès qu’il se met en mouvement. Je veux savoir où cet enfant de salaud se cache.

— Attends, Prés’, m’interpelle Splinter.

— Quoi ?

— Shiver vient de glisser un truc dans la main de la fille. C’est un bout de papier, je crois, elle l’a fourré dans son soutif.

— Compris. Je récupère ça aussi.

*

* *

Nous suivons le Eagles et la fille à distance. Dans la camionnette le silence règne, nous avons conscience que les règles du jeu viennent de changer : les Canadiens sont entrés sur notre territoire alors que nous les pensions encore chez eux.

— Prés’, comment on va faire, maintenant que les Canadiens se sont invités à notre sauterie de ce soir ? me demande Sandman.

— Il va nous falloir agir plus rapidement que prévu, souligne Jace.

— Je sais. Ralentis, Sandman, j’ai l’impression qu’on est arrivé à destination.

— On va procéder comment ? T’as conscience qu’on ne peut pas laisser de témoins, sur ce coup.

Jace a raison, si on veut garder notre longueur d’avance et si le message transmis par Shiver nous apporte ce qu’on cherche à savoir, on ne pourra pas laisser de témoins derrière nous. J’inspire et lui confirme ses soupçons.

— On va faire ce qu’on a à faire pour sauver notre club et nos frères.

Le silence se rétablit dans l’habitacle. La voiture que nous suivons depuis vingt bonnes minutes s’arrête devant un immeuble délabré. Sandman se range un peu plus loin.

Depuis notre position, nous avons un bon visuel sur les occupants de la voiture. Nous restons en place et attendons qu’ils se décident à sortir.

— Quand tu dis « On va faire ce qu’on a à faire », tu inclus la fille ?

J’observe Sandman et effectue un bref hochement de tête pour le lui confirmer, puis j’ajoute :

— Si on y est contraints, oui. Tout dépendra de son degré d’implication dans les affaires des Eagles.

— Cette affaire pue de plus en plus, si tu veux mon avis.

Je suis d’accord avec lui. Le pire, dans toute cette histoire, c’est que je finis par ne plus me rappeler comment elle a commencé, tant il y a de rebondissements.

— J’ai l’impression qu’il y a de l’eau dans le gaz entre les amoureux.

Ce que nous dit Jace nous interpelle et nous reportons notre attention sur ce qui se déroule entre le mec et la fille.

Si elle décide de se barrer maintenant, sans le savoir, la minette sauvera sa peau.

— J’espère qu’elle aura la bonne idée de refiler le papier au Eagles avant de se faire la malle, marmonne Sandman.

— Si elle se casse, qui s’occupe de qui ? Il faut quand même s’assurer qu’elle lui a donné le papier.

— Jace, tu gères la fille. Avec Sandman, on prend le mec.

Mon frangin acquiesce et pointe les ex-tourtereaux du doigt :

— J’ai de la chance, elle se barre à pied.

— On se tient prêts.

Le Eagles sort à son tour de la voiture, il invective une dernière fois la nana qui lui répond par un doigt d’honneur sans se retourner.

Avant que nous ne quittions nous aussi notre refuge, je me tourne vers Jace :

— Je ne pense pas qu’elle ait le papier sur elle, autrement il ne la laisserait pas partir. Mais je préfère en être certain. Effraie-la pour qu’elle crache tout ce qu’elle sait, mais ne va pas plus loin. On va retirer nos couleurs, on est trop facilement repérables avec nos cuirs. Le premier d’entre nous qui a terminé se met au volant pour qu’on soit prêts à décoller au moindre souci.

Dès que le Eagles entre dans l’immeuble, nous sortons de notre véhicule. Jace trottine en direction de la fille et, de notre côté, nous nous engouffrons dans le bâtiment en faisant de notre mieux pour ne pas nous faire repérer.

La chance est de notre côté, l’ascenseur est en panne. Nous nous faufilons dans la cage d’escalier et gravissons les marches deux à deux pour rattraper notre cible. Ce con sifflote, il nous facilite la tâche.

Au deuxième étage, on finit par le rattraper. Nous ralentissons notre cadence et faisons en sorte de ne pas indiquer notre présence. Nous attendons qu’il entre dans son appartement et surgissons pour le pousser à l’intérieur. Sandman ferme la porte derrière nous et, de mon côté, je jette le Eagles qui n’a rien vu venir face contre terre et lui colle le canon de mon flingue contre la nuque.

*

* *

L’homme n’a pas mis longtemps à nous donner les informations que nous souhaitions obtenir.

Ce que nous venons d’apprendre nous rend moroses. Les Canadiens ont bien scellé un accord avec les Eagles, ce n’est plus qu’une question de temps pour que leur machine de guerre se mette en route contre nous.

La seule chose de positive dans cette histoire est que nous avons

intercepté le message de Shiver. Sauf qu’il est codé en alphabet runique 1 , avec un mélange d’autres caractères que nous ne connaissons pas. L’info enfermée dans ce message a une durée de vie très courte. Nos ennemis vont rapidement se douter que nous sommes derrière cette affaire. Pas de doute, les jours à venir s’annoncent funestes.

 

1. Certains clubs, notamment les Hell’s Angels, ont eu recours à l’alphabet runique pour coder

leurs messages concernant les trafics de drogue.

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