Black riders, Tome 2 - Girl Crush
6 - Pops
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Pops
Jace vient de rentrer de l’aéroport. Avant qu’il s’engouffre dans la salle pour qu’on puisse commencer la réunion, je l’interpelle :
— Ça s’est bien passé à l’aéroport ?
— On a récupéré Brandon et je l’ai déposé à l’appart avec Hayley.
— T’as été filé ?
— Ouais, mais j’ai géré. J’ai laissé le Fed me suivre comme si je ne l’avais pas vu.
— Ok. Et le gamin ?
Jace hausse les épaules, d’un air désinvolte.
— Je dirais qu’il a encore des séquelles.
— Donnons-lui du temps. C’est un gosse qui a du plomb dans la cervelle, il va s’en sortir.
— Je l’espère. Hayley se fait assez de soucis comme ça, je ne veux pas qu’elle s’inquiète plus que de raison.
Jace a toujours été protecteur envers Hayley, mais depuis qu’elle est devenue sa régulière, il l’est encore plus.
— Une merde à la fois. C’est l’heure de la messe.
Avec tout ce qui nous tombe sur la tête, cette réunion va durer des plombes. Quand Hayley et Brandon se sont fait kidnapper par les Hell’s Eagles qui avaient rallié le beau-père de celle-ci, on a dû réagir au plus vite pour assurer leur survie. La solution la plus rapide qui s’offrait à nous était de faire jouer nos relations parmi les flics véreux. C’était un coup de poker, en plus du risque de perdre les gamins, on aurait pu se retrouver au trou. On a eu de la chance, on est parvenus à passer à travers les mailles du filet, mais les fédéraux ne sont pas si cons et cette histoire a braqué les projecteurs sur notre club. Si on a réussi à les contenir jusqu’à présent, ils sentent bien qu’il y a du lourd à déterrer sur cette affaire. Résultat, ils nous talonnent de près. On va devoir jouer serré, si on veut limiter les dommages collatéraux quand l’heure de notre vengeance aura sonné contre les Eagles. Dans cette partie de cache-cache, des frères pourraient tomber.
Avec un soupir, je me recule sur ma chaise et survole l’assemblée du regard avant d’ouvrir la séance.
— Ok, les gars. À l’ordre du jour, on a un paquet de trucs à voir. On va commencer par Tiger et sa relation avec les Hell’s Eagles.
Ce club regroupe un vivier de cafards. Ils mangent à tous les râteliers : prostitution, blanchiment d’argent, trafic de drogue et d’armes… En comparaison, les Black Riders sont des enfants de chœur.
Notre rivalité remonte à loin, mais nous faisons actuellement face à une situation inédite. Tiger, le président de notre chapitre du Montana, a voulu se la jouer solo et a essayé de nous doubler en nous piquant du fric. Notre mise au point ne lui a pas plu, et au lieu de faire profil bas, il s’est allié aux Hell’s Eagles. La situation a bien failli tourner en sa faveur quand un des Eagles a fait la connaissance du beau-père d’Hayley en prison. De fil en aiguille, ils ont compris qu’ils détenaient un moyen de pression sur nous et se sont alliés pour nous tomber dessus. Putain de destinée !
L’heure de la vengeance a sonné pour nous. La première étape de notre plan est de retrouver Tiger et d’en faire un exemple auprès de nos alliés qui seraient tentés de retourner leur veste. On doit montrer qu’on ne nous baise pas sans conséquence.
— On en est où avec Tiger ? Des infos sur sa planque ? demandé-je aux gars.
— Pas pour l’instant, réplique Splinter. Ce type est un véritable fantôme.
Il a raison, depuis qu’on a commencé les recherches, aucune de nos pistes ne nous a conduits jusqu’à lui. Tant qu’on ignore où il se trouve, on ne peut pas avancer. On est sur le fil du rasoir et on n’a pas intérêt à se planter.
— Pas pour longtemps. Il est comme tous les rats, il va finir par sortir de son trou un jour ou l’autre, ajoute Sandman.
— Il faudrait mettre un peu d’eau dans le navire pour qu’il mette le nez dehors. Ça simplifierait les choses, ricane Jace.
— Ouais, sauf que le timing ne joue pas en notre faveur. Nos autres chapitres sont pressés d’en découdre et tout le monde nous mate au microscope.
— Pax a raison, on manque de temps, j’admets.
Pax est l’un des premiers nomades à avoir rappliqué quand les bruits ont circulé qu’on était en conflit avec les Eagles. Ce type a toujours aimé son indépendance, il nous est fidèle et je suis bien content de l’avoir près de nous en ce moment.
— Des idées sur qui pourrait nous rencarder ? relancé-je.
— J’enquête sur son entourage. Les frangins du Montana ont placé son ex sous surveillance. Il a un gosse et il y tient comme à la prunelle de ses yeux, m’informe Splinter.
— On pourrait utiliser le petit comme appât. Un jour ou l’autre, il sera tenté d’aller le voir, enchaîne Sandman.
Malgré ma réticence, cette piste pourrait nous être utile.
— Ça ne me plaît pas de mettre le môme dans l’équation, il n’y est pour rien si son père est un abruti fini. Et ça n’a jamais fait partie de notre politique de nous attaquer aux gamins.
Pax secoue la tête et prend la parole.
— Sans nous en prendre au gamin, on fait en sorte qu’ils disparaissent discrètement avec sa mère le temps de monter un plan. Il ne l’a jamais caché, il tient à son gosse. Les Eagles doivent être au courant, eux aussi. Son ex est encore sous notre protection, mais le risque est grand pour qu’ils l’utilisent afin de maintenir Tiger sous leur joug. Il faut qu’on garde ça en tête. Et de leur côté, ça ne leur causera aucun remords de s’attaquer à des innocents, ils l’ont prouvé plus d’une fois.
— Développe. Tu penses à quoi ?
— On éloigne le petit et sa mère et on leur demande de ne contacter personne. On peut placer quelqu’un de chez nous pour les surveiller et les protéger. Une fois qu’ils sont en sécurité, on fait courir le bruit que le gosse est à l’hosto.
Spider siffle entre ses dents.
— Il va sentir qu’il y a anguille sous roche.
— C’est là où il faut miser sur son instinct paternel et espérer que celui-ci est plus développé que son instinct de survie, rétorque Pax.
Ce piège est trop gros, mais au point où on en est, c’est toujours mieux que rien.
— On a des contacts parmi les toubibs de la ville ?
— Je vais demander à Cook, mais je pense que oui, intervient Splinter.
Je finis par acquiescer et Pax détaille son idée :
— On fait en sorte que le doc ébruite que le gosse est hospitalisé. Pour la raison, il prend ce qu’il veut : appendicite, accident de voiture ou une autre connerie du genre. On s’arrange pour que le tuyau tombe dans l’oreille d’un de nos indics qui auraient tendance à jouer sur tous les fronts. C’est bien connu, entre eux, ils déblatèrent comme des commères. À un moment donné, l’histoire va bien finir par remonter jusqu’à Tiger. Quand il se pointe à l’hosto, ou dans la ville, on s’organise pour le choper. Ensuite, on fait ce qu’on a à faire avec lui.
C’est pas con. C’est quitte ou double, mais ça pourrait marcher.
Je balaie l’assemblée du regard et informe mes frères :
— On va le tenter. Splinter et Jace, vous viendrez avec moi au Montana.
— On dit quoi à son ex ? L’école a repris, pas sûr qu’elle accepte que le gosse manque les cours, me questionne Jace.
— On sait parfaitement se montrer convaincants et, si on lui explique qu’elle pourrait être en danger, elle va faire ce qu’on lui demande. Au pire, on n’aura qu’à forcer un peu la dose pour l’inquiéter suffisamment.
— Ok. Tu veux qu’on parte quand ?
— Tenez-moi au courant quand vous êtes prêts, on décollera dans la foulée.
— Ça marche.
— Bien, on passe au point suivant : les Eagles. Ça bouge, de leur côté ?
C’est au tour de Spider d’intervenir dans la conversation, je lui avais demandé de les surveiller de près.
— Pour l’instant, c’est calme. Ils font profil bas. En même temps, ils ont pris du plomb dans l’aile, dans l’histoire. La centrale de L.A. est remplie de ces salopards. Certains frangins de chez nous vont être obligés de former des alliances. Ça va être chaud pour eux pendant un certain temps. Bref, les Eagles avaient une longueur d’avance sur nous, mais ils l’ont bouffée, maintenant on est sur un pied d’égalité. Soyons vigilants. Ils doivent eux aussi être en train de vérifier où en sont leurs alliances. Dans pas longtemps, ils vont battre la campagne pour rallier des gars à leur cause.
Spider cale ses avant-bras sur le rebord de la table et rive son regard au mien.
— Le timing est idéal pour contre-attaquer. Si on n’y va pas rapidement, ils auront repris du poil de la bête.
Je secoue la tête en signe de dénégation. J’ai parfaitement conscience que mes hommes sont plus que prêts à en découdre, mais ce n’est pas encore le moment.
— Ils sont trop éparpillés. Si on organise une descente maintenant, on n’aura que la chair à canon et pas les gros poissons. On les garde à l’œil et on en profite pour récolter un maximum d’infos. Quand on aura une idée d’où se cachent les têtes pensantes, on reverra notre copie.
— C’est toi qui décides, Prés’.
— T’as qui en soutien pour la surveillance ? demandé-je à Spider.
— Moi, avec un prospect, intervient Sig.
— Il est fiable ? Il a les tripes ?
— Oui, c’est Mercury, et il n’est jamais seul. Quand j’ai à faire, Sig me remplace, Spider me répond.
— Ok. Il faudrait en trouver un supplémentaire, si on veut éviter que sa tronche soit repérée rapidement.
Sig secoue la tête en soupirant.
— Le souci est qu’en types fiables, on n’a que lui et Dannyboy. Les autres gars sont doués, mais ils sont trop récents dans le club. Ils n’ont pas encore été testés.
J’acquiesce. Il a raison.
— Vois dans les différents chapitres et demande-leur si on peut en prendre de chez eux. De nouveaux visages seront les bienvenus.
— Ok.
— Je pense qu’on a fait le tour sur les Eagles. Vous avez des trucs à ajouter ?
— Non, c’est bon pour moi.
— Alors dernier point de la réunion aujourd’hui.
— Encore ? Putain, la liste s’allonge ! s’exclame Sandman.
— Ouais, celui-ci nous est tombé sur la tronche il y a tout juste deux heures. On va avoir des emmerdes supplémentaires et il va falloir que chacun d’entre nous se tienne à carreau.
— C’est quoi ?
— Logan.
— Merde, il a un problème à l’école ? demande Jace, inquiet.
— Non, ce n’est pas ça. Garcia, le mec des services sociaux qu’on a rincé pour avoir notre tranquillité, a été muté dans un autre service, sa remplaçante a débarqué ce matin.
— Oh ! Le con ! Il était censé nous prévenir au moindre changement.
— Apparemment, il n’a pas compris les règles. D’ailleurs on va se charger de les lui rappeler. Il ne peut pas prendre notre fric et se garder des infos comme celle-là.
— On ne peut pas lui refiler une enveloppe à la nouvelle ?
Je secoue la tête et soupire tout en lui répondant :
— Ça aurait été trop beau, cette garce n’est pas le style à manger de ce pain-là.
— Je confirme, j’étais présent. La nana a eu les couilles de menacer Pops de lui retirer la garde du petit, et devant les frangins, affirme Pax.
— Putain !
— Rencardez-vous sur elle. Utilisez Garcia pour les infos, ça lui permettra de rattraper son coup s’il ne souhaite pas plus d’emmerdes avec nous. Effrayez-le un peu, ça ne lui fera pas de mal et ça nous évitera de futures mauvaises surprises. Je veux connaître le pedigree total de cette nana. Trouvez son point faible, on doit se débarrasser d’elle rapidement.
Splinter se porte volontaire.
— Je m’en charge.
— Parfait ! Par contre, pas un mot au gamin ni à ma fille, je ne souhaite pas les inquiéter. Je pense qu’on a fait le tour pour aujourd’hui.
Alors que je prononce ces dernières paroles, Jace m’interpelle.
— Pops, je voudrais aborder un autre point.
À la lueur rageuse qui illumine son regard, je devine ce qu’il veut me dire. Malgré tout je le questionne :
— Lequel ?
— Garrett. N’oublie pas : je veux le voir crever.
— Je n’ai pas oublié, fils. Je t’ai fait une promesse, je la tiendrai. Ses jours sont déjà comptés.
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