Black riders, Tome 2 - Girl Crush

C.j. Ronnie · Chapitre 54 sur 76

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Black riders, Tome 2 - Girl Crush

54 - Pops

54

 

Pops

 

Sur les conseils de Splinter, je laisse un peu de temps au gamin pour reprendre pied.

— Je vais partir avec Beverly dans quelques jours. Tu pourras le gérer ? demandé-je à mon frangin.

— Je vais le faire un peu bricoler, ça l’occupera.

Il attrape une guitare qui prenait la poussière dans un coin de la pièce et me rejoint.

— Quelle merde cette situation. Tu penses qu’il est prêt à remonter la pente ?

Il joue quelques notes, le son discordant me fait grimacer.

— J’en sais rien. Il a eu un déclic, ici ça devrait aller. Ce qui m’inquiète le plus, c’est son retour dans son quotidien. Il peut rechuter sous le coup de la tentation. On doit être sûrs avant de le relâcher dans la nature que sa tête est claire. Et c’est là que tu vas entrer en scène.

— Explique-toi.

Il joue un mi aigu pour vérifier si, cette fois-ci, la corde est bien accordée pui m’annonce sur un ton de l’évidence :

— Ce gosse en veut au club, Prés’.

— Comment tu peux le savoir ?

Il me lance un rapide coup d’oeil avant de reporter son attention sur une mécanique pour régler le si.

— C’est écrit dans ses yeux.

— Qu’est-ce qu’il a bien pu s’ancrer comme idée à la con ?

— Un truc simple : si notre club n’avait pas existé, les Eagles ne se seraient pas amusés avec lui.

— On y est pour rien, c’est ce salaud de Garrett qui a tout manigancé. Les Eagles n’ont été que ses marionnettes.

— Va lui expliquer, il te croira peut-être.

— Je me répète, mais quelle merde cette histoire.

Je me lève et me dirige vers la sortie pour rejoindre Brandon et avoir cette fameuse conversation.

Je retrouve le gosse assis au pied d’un arbre, les épaules affaissées et la tête dans les mains. Je m’approche de lui et lui donne un léger coup de pied dans la chaussure pour le faire réagir.

Il lève son visage vers le mien et toutes sortes d’émotions le traversent. J’ai mal pour lui.

— Hayley a raison : toucher le fond nous fait voir la réalité en face, me dit-il.

— C’est une manière d’aborder le problème. Ta tête, elle va comment ?

— Je suis pas au mieux de ma forme.

— Je me doute. Allez, lève-toi, Davy Crockett veut qu’on coupe du bois.

— Davy Crockett ?

— Splinter.

Le gosse se marre.

— Sa baraque me faisait plus penser à la petite maison dans la prairie.

J’esquisse un sourire et lui rétorque :

— Un conseil, fiston, si tu tiens à la vie, ne dis jamais à Splinter qu’il te fait penser à Charles Ingalls. J’ai beau être son président, je ne serai pas suffisamment fort pour l’empêcher de t’étriper.

— Ok, noté.

Je me dirige vers l’appentis pour aller chercher du matos, Brandon me suit.

Quand nous entrons, je lui demande :

— T’as déjà utilisé une tronçonneuse ?

— Je vis à New York.

— J’ai ma réponse. Dans ce cas, je coupe et tu entasses les bûches.

— On va vraiment se la jouer bûcherons ?

Il me fixe avec des yeux ronds.

— Dis-toi que ce boulot va te permettre de rembourser le gîte et le couvert.

Le gosse affiche une mine contrite.

— Je ne vous ai pas encore remercié.

— Attends encore un peu avant de le faire, d’ici là tu risques de me détester. T’es en sursis, j’ai toujours envie de te foutre mon poing dans la gueule ou une balle au milieu du front. J’oublie pas que ton attitude a mis la vie de ma fille en péril. Et crois-moi, je suis très rancunier.

Nous passons une bonne partie de l’après-midi à couper du bois sans parler. J’ignore la quantité qui a été débitée, mais les muscles de mes bras m’annoncent que ça suffit. Même après avoir coupé le moteur de la tronçonneuse, j’ai encore des vibrations dans les bras.

— Pause, annoncé-je.

Brandon est au bord de l’épuisement, je pense l’avoir suffisamment crevé pour faciliter le déballage des griefs qu’il a à mon encontre. Il s’assoit lourdement sur une souche et s’essuie le front du revers de la main. Les ampoules et les écorchures sur ses doigts me font regretter de ne pas avoir pensé à lui refiler des gants. Bah, ça lui forge le caractère.

Je lui tends une des bouteilles d’eau.

— Tout va bien, petit ?

— Ça va.

— Ok.

Le gosse semble mal à l’aise en ma présence. Depuis son retour, il l’a toujours été.

— Tu sembles nerveux, si tu veux me dire un truc, c’est le moment, déclaré-je avant d’avaler une grande gorgée de flotte.

J’ai la nuque raide et le dos en compote, je vais morfler demain. Ce qui me console, c’est que Brandon n’est pas au mieux de sa forme.

— Je n’ai rien à vous dire, me répond-il finalement.

J’accueille sa réponse d’un froncement de sourcils. Je m’adosse contre un tas de bûches, tout en jouant avec l’étiquette de la bouteille. J’arrête mon mouvement quand je me rends compte que le gamin fait la même chose. Je souffle, excédé.

— Petit, on va arrêter de tourner autour du pot tous les deux et on va causer entre adultes.

Brandon me fixe, apeuré. Ses yeux ronds m’observent, il s’attend au pire.

— Je suis au courant.

Quand je prononce cette phrase, il semble au bord de l’apoplexie. Je fronce encore plus les sourcils pour chercher à comprendre la raison de sa frayeur. Ne trouvant pas de réponse, je poursuis.

— Je suis au courant que tu nous en veux pour ton enlèvement, lui expliqué-je.

Au soulagement qui se lit sur son visage, mon signal d’alerte se déclenche : le gosse nous cache quelque chose. Je laisse tomber pour l’instant et me glisse dans un coin de la mémoire de mettre Brandon sous surveillance quand on reviendra à la civilisation. Je décide de poursuivre :

— Ma question est la suivante : pourquoi ?

— Pourquoi ? me répète-il, incrédule.

On y est.

J’acquiesce en affichant un calme olympien.

Brandon se métamorphose, il ne cherche plus à dissimuler ses sentiments.

— Pourquoi ? éructe-t-il.

Son regard se fait lointain. J’ai l’impression de l’avoir perdu, mais quand il rive à nouveau ses yeux aux miens, je déduis qu’il assemblait ses idées.

— Si vous et votre putain de club n’existiez pas, tout cela ne me serait pas arrivé, me déclare-t-il froidement.

Splinter avait raison.

Je ne suis pas certain de la stratégie à adopter. Le gosse est si remonté que, quoi que je dise, la situation se retournera contre nous. Autant le faire parler et qu’il vide son sac, je contre-attaquerai ensuite.

— Explique-toi, lui demandé-je.

Mon attitude nonchalante le met en rogne. Sans prendre la peine de réfléchir, il déverse toute sa hargne. Et il y en a un paquet.

— Je vous hais, vous et votre trafic. En mettant les pieds ici, tout ce que je voulais, c’était mettre Hayley à l’abri, mais il a fallu qu’on croise votre chemin. Sans vous, on aurait pu vivre normalement. Sans vous, je n’aurais pas été tabassé. Sans vous, jamais je n’en aurais voulu à Hayley de m’avoir mis dans cette situation. Sans vous, je n’aurais pas fini camé. Sans vous…

— … Sans nous il n’y aurait pas l’arme atomique, le coupé-je excédé par toutes les conneries qu’il débite.

— Ma situation vous amuse ?

— Non. Elle me les brise.

Il s’apprête à l’ouvrir de nouveau. D’un geste impérieux de la main, je l’en empêche. J’étrécis le regard et lui assène d’une voix froide et calme :

— Maintenant c’est ton tour de m’écouter. Est-ce que tu penses sincèrement que cet enfant de salaud ne vous aurait pas retrouvés ? Croyais-tu réellement qu’il allait vous laisser tranquilles ? (Je marque une pause et ajoute :) Réfléchis à ces questions, quand tu auras trouvé une réponse sensée, tu viendras me retrouver et ensuite on pourra causer d’homme à homme. Chiale un bon coup sur ton sort, si ça te fait du bien. Par contre, je te préviens, si tu dois le faire, ça sera la dernière fois, il est temps de grandir et d’arrêter d’accuser le monde entier. Ce qui s’est passé est horrible, je regrette que toi et Hayley ayez vécu cette situation, mais on ne peut pas changer les choses qui se sont produites. Alors tu as le choix : soit tu décides de déposer les armes, de pardonner — surtout de te pardonner —, soit tu continues à alimenter cette colère qui est en toi. Si tu choisis cette dernière option, dis-toi que ça va te détruire ainsi que toutes les personnes que tu aimes. À toi de savoir ce que tu veux dans la vie.

Je me détache de mon mur de bois et quitte les lieux, laissant Brandon réfléchir.

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