Campus drivers Tome 4 - Love Machine

C. S. Quill · Chapitre 9 sur 63

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Campus drivers Tome 4 - Love Machine

8 - Rafael

8

 

 

Rafael

 

Après cette première soirée de rendez-vous mémorable, une discussion avec les membres de mon équipe est plus que nécessaire. Je dois les ramener à la raison avant que la mienne ne se fasse la malle ! Si nous faisons front tous ensemble, nous aurons une chance de convaincre Adam et les autres.

— Eh ! Fais attention ! me coupe une voix stridente.

J’émerge de mes idées rebelles et enfonce ma semelle dans l’asphalte pour immobiliser mon skate. Je cligne des yeux face à une étudiante aux poings serrés sur les hanches et à la bouche pincée. Merde, j’ai roulé au milieu du campus, si profondément absorbé dans mes pensées que j’en ai oublié l’existence d’autres êtres humains.

— Déso…

— T’as failli me couper en deux avec ta planche !

— Exc…

— Au cas où tu l’aurais pas remarqué, y’a des centaines de personnes autour de toi ! Qui aimeraient sûrement vivre encore plusieurs décennies.

Derrière les lunettes de soleil de mon interlocutrice, je devine son regard meurtrier. Elle est furieuse pour pas grand-chose, je ne l’ai même pas touchée. Et j’allais m’excuser, si elle ne m’avait pas coupé la parole deux fois.

— Rela…

— Une Krooked, en plus ! elle siffle en matant mon bolide.

Trois fois !

— Écrasée par une Krooked, elle insiste avec dédain.

Je comptais l’envoyer bouler, mais le fait qu’elle s’y connaisse en marque de skate lui sauve la mise in extremis. Disons plutôt qu’elle est en sursis tant qu’elle n’insulte plus mon petit bijou à roulettes.

— J’peux savoir en quoi c’est gênant de se faire rouler dessus par une Krooked ?

Je reproduis son ton en y ajoutant une couche de moquerie.

— C’est ordinaire, elle argue sans se démonter.

Blasphème ! Fin de la période de probation, pas moyen de la laisser proférer de tels mots sans contre-attaquer.

— En fait, je suis heureux de ne pas t’avoir ne serait-ce qu’effleurée. Renverser quelqu’un qui porte des Crocs, c’est… une honte, comme dirait mon boss.

Elle baisse les yeux vers ses pieds et jure dans sa barbe. Apparemment, elle vient seulement de remarquer quelles chaussures elle porte, ce qui me fait ricaner intérieurement. Elle bouge sa tête de droite à gauche. Hésite-t-elle à se tirer vite fait ? Si tant est qu’on puisse courir avec des godasses pareilles. Au bout du compte, elle braque ses verres opaques sur mon visage.

— Pour ta gouverne, non pas que j’aie besoin de me justifier, j’avais la tête ailleurs en sortant de chez moi ce matin.

— Comme moi y’a deux minutes. On dirait qu’on vient de se trouver un point commun.

— J’ai pas failli tuer quelqu’un avec mes Crocs !

— Hum… Ces pompes sont un fléau mortel, ne fais pas mine de le sous-estimer.

Malgré ses lunettes de soleil, je suis certain qu’elle a levé les yeux au ciel. Quelque chose de familier m’interpelle chez cette nana. Je suis tenté de lui demander si son numéro figure sur l’un de mes Post-it mais je risquerais de l’énerver encore plus.

— Tu skates, toi aussi ? je me surprends à lui demander.

Sa réponse se résume à une grimace outrée, comme si je l’avais insultée. C’est regrettable, j’ai presque cru avoir rencontré la future femme de ma vie. Quel dommage ! Reconnaître la marque de ma board n’est pas suffisant pour déchaîner une tempête d’amour.

— Regarde où tu roules, la prochaine fois, elle assène en reculant d’un pas.

— Parce qu’il y aura une prochaine fois ?

Après une ixième grimace, elle me tourne le dos et se faufile entre les étudiants. Cette nuque me dit quelque chose, mais je n’ai pas le temps de me pencher sur la question, mon téléphone vibre dans ma poche.

— Oh ! ¡mierda!

L’écran m’informe des deux nouvelles amourettes motorisées que je vais devoir me coltiner ce soir. Je préférerais porter des Crocs jusqu’à la fin de mes études que de subir ça à nouveau.

Je remonte sur ma planche et fonce jusqu’au terrain de base-ball pour fomenter l’annihilation de la Love Machine.

Nous nous retrouvons souvent dans les gradins pour discuter, tout en matant Luke s’entraîner. Aujourd’hui ne déroge pas à la règle, je grimpe jusqu’à la dernière rangée où Amy, Dallas et Andy sont déjà installés. Le terrain est encore vide de joueurs lorsque je me laisse tomber sur un siège. Je dois trouver la meilleure façon d’entamer mon plaidoyer pour les rallier à ma cause.

— Ça va, Torres ? T’es bien silencieux.

Je fais glisser ma casquette à l’envers et prends un ton solennel.

— Dallas, notre univers est impitoyable.

J’espère voir apparaître une étincelle dans ses prunelles, mais elles restent impassibles. Sa seule réaction se résume à son sourcil droit qui se lève.

— OK, je vois. T’es à ce niveau, aujourd’hui… Hitman, merci de frapper Rafael pour opérer un reset de son humour bidon.

— La violence ne résout rien, elle affirme en relevant le menton.

Étonnés, nous la détaillons tous comme un seul homme.

— Pa… Pardon ? bégaie Dallas.

— J’voulais juste voir ce que ça donnait de m’entendre dire ça.

— Conclusion ?

En guise de réponse, la paume d’Amy cogne contre mon front.

— Je suis rassuré, soupire mon pote.

— Moi aussi, je grince.

— C’est encore la Love Machine qui te mine le moral ? m’interroge Andy.

— Quoi d’autre ?

— Avec toi, tout est possible, Monsieur le Râleur invétéré.

— J’ai des arguments ! je me défends.

— Vraiment ? Alors attendons que Luke soit là pour que tu nous les dévoiles. Il serait dévasté de louper ça. Je me rappelle encore notre débat sur les meilleures pizzas du coin.

Je m’enfonce dans mon siège en croisant les bras sur ma poitrine. Les négociations vont être ardues, mais je ne lâcherai pas le morceau. Je suis un

Torres, 1 ¡Carajo! Ma tante Lucia m’a appris à fumer le cigare, et Juana m’a transmis la capacité d’être têtu comme une mule.

En contrebas, le terrain se remplit. J’aperçois mon coloc, sa balle à la main. Je n’aime pas particulièrement le base-ball, mais il y a quelques détails divertissants avec lesquels je peux emmerder Luke. Par exemple, ce qu’il est en train de faire maintenant.

Assise à ma gauche, Amy se penche en avant. Elle relève ses lunettes de soleil et fronce les sourcils en suivant Luke des yeux. D’ordinaire, elle arrive toujours en milieu d’entraînement, elle découvre donc ce spectacle hilarant pour les non-initiés.

— Qu’est-ce qu’il fout ?

— Il court.

— J’ai des yeux, je l’avais compris, abruti. Ce que je ne capte pas, c’est pourquoi il vient de tourner trois fois autour de la base en tirant la langue, avant de repartir dans le sens inverse en tapant sur son casque.

— Ah ! Ça… C’est un délire de joueur de base-ball. Ces gars-là sont superstitieux jusqu’à la moelle.

— Il ressemble à un animal idiot.

— Ne lui dis pas en face. Il est le seul de son équipe à prendre ces superstitions à la légère, et c’est très grave dans ce milieu. Ça le rend dingue, il s’y colle uniquement pour ne pas se faire tabasser dans les vestiaires.

— J’ai subitement très envie d’intégrer son équipe.

— L’objectif initial étant de frapper dans une balle, on est d’accord ?

— Un truc rond recouvert de peau, ouais.

Sa faculté à conserver un ton égal quand elle prononce des trucs pareils est angoissante.

— L’université de Columbus doit regretter ton absence.

— C’est peut-être moi qui la regrette un peu.

Je lorgne son visage impassible, surpris par ses mots.

— Serais-tu en train de m’ouvrir ton cœur, Hitman ?

— Là-bas, les Campus Drivers avaient de la classe, elle rétorque sans ciller.

— Ils avaient surtout des petites amies, lance Andy. Lewis m’a dit que tes copines te manquaient !

— Il parle beaucoup trop. Taisez-vous, maintenant. Je me concentre sur Luke en espérant qu’il se sente épié et se torde une cheville.

Durant les cinquante minutes de l’entraînement, nous bavardons de futilités, tout en foutant la honte à Luke en l’acclamant chaque fois qu’il foire son lancer. Aujourd’hui est un jour sans pour lui, je nourris l’espoir que la Love Machine soit la cause de ses loupés. Ce serait alors beaucoup plus facile de le rallier à ma cause.

Lorsque Luke nous rejoint enfin dans les gradins, il tend son poing vers le mien puis pivote vers notre coéquipière.

— Salut, Amy.

— Tu ressembles à un animal idiot, elle largue sans ciller.

Elle n’en fait qu’à sa tête.

— Euh… merci. C’est ton bonjour le moins violent depuis qu’on se côtoie. Ça me rend tout chose, cette évolution dans notre relation.

— Encore quelques mois et elle nous gratifiera d’un sourire, assure Andy.

Il écope d’une œillade hitmanesque éloquente. Ça n’arrivera pas.

— OK, juste un coin de lèvre qui se soulève légèrement, il corrige.

— Comme ça ? elle demande en relevant l’angle de sa bouche.

Cette fois, c’est elle qui ressemble à un animal. Féroce et imprévisible.

— Je m’incline, tu es une cause perdue.

— Je respecte la bravoure immense de Conley, intervient Dallas. L’amour rend courageux.

— Il rend plutôt conrageux, je cingle. Est-ce qu’on peut rouvrir le dossier Love Machine, maintenant que nous sommes au complet ?

— J’ai délibérément découché hier soir pour échapper à ça, se moque Luke.

— T’aurais pu prévenir, je t’ai attendu une bonne partie de la nuit ! T’as même pas répondu à mes appels.

— J’avais coupé mon téléphone pour échapper à ça aussi.

— Tu joues avec le feu, camarade. N’oublie pas que ma tante Divina n’a besoin que d’une photo de ta tronche pour faire abattre sur toi une pluie de mauvaises ondes.

— Ta tentative d’intimidation ne fonctionnera pas, je suis insensible à ces histoires à dormir debout.

— Allez, Raf, raconte-nous tes déboires ! lance Andy en s’immisçant dans la conversation.

— Vous d’abord.

Mes bases en communication m’ont appris à laisser les autres avancer leurs arguments pour mieux pouvoir les contrer.

— Mon premier client, c’était Ross Carlson, se lance Dallas.

— Le 2 running back des Panthers ?

— Oui ! Et vous devinerez jamais avec qui il avait rendez-vous.

— Ta mère ? je raille.

Son doigt d’honneur se dresse sous mon nez.

— Craig Hastings ! il poursuit.

— Le mec bizarre qui a toujours une pomme à la bouche ? s’étonne Amy.

— Celui-là même.

— Merde, j’ai du mal à les imaginer ensemble, constate Andy.

— Carrément, j’en profite pour intervenir. On peut donc tous estimer que la Love Machine est une vaste plaisanterie. Fin de l’histoire. C’est le moment d’appeler Adam pour mettre un terme à cette collaboration bancale.

— Laisse-moi terminer avant de t’emballer, contre Dallas. Ils ont plus de points communs que ce que vous supposez. Croyez-moi, il y avait un truc qui passait bien entre eux. Quant à mon second rencard, vous ne devinerez jamais qui c’était, il répète en jouant des sourcils.

— Ta mère ?

— C’était encore Ross Carlson.

— Le même gars a le droit de cumuler ?

— Ouais, il a rentabilisé sa soirée au cas où, histoire de doubler ses chances.

— C’est un génie ! constate Luke.

— Ça me peine pour Craig, je rétorque. Tous ces points communs que tu as évoqués n’auront pas permis une conclusion heureuse…

— Et ce matin, en arrivant sur le campus, vous devinerez jamais qui j’ai aperçu.

— Qu’il arrête avec ses devinettes, marmonne Hitman en passant sa langue sur ses dents.

— Ross et Craig ! En train de prendre un petit-déjeuner.

— Ils mangeaient des pommes ? demande Andy très sérieusement.

— Ils se bouffaient la bouche, ouais ! s’exclame Dallas. Tu vois, Raf, la Love Machine fait déjà des ravages.

Sans que je puisse répliquer, les trois autres narrent à tour de rôle leurs virées nocturnes.

— Donc si je résume, j’ai récolté les pires rencards, je déclare en soufflant, dépité.

— Pourquoi tu dis ça ? s’enquiert Luke.

— La première course, j’ai carrément sorti mon eau bénite pour me protéger de Clarissa-Maléfica-Qui-Parle-Aux-Lamantins. Je me suis retenu de lui pulvériser le visage pour qu’elle arrête de sonder mon âme avec ses yeux immenses. La seconde, le gars devait préparer son coup depuis sa naissance, et la nana a pratiquement sauté de la voiture en marche pour vomir.

— Tu déconnes ? s’étouffe Dallas.

— Il en rajoute, commente Amy.

— Pas du tout, je suis très sérieux !

— Tu fais un blocage sur la Love Machine, me sermonne Luke. Ça reste des courses, Raf, avec les mêmes clients que d’habitude.

Je scrute leurs visages et n’y lis ni compassion ni opportunité de renverser le pouvoir.

— Très bien ! Puisque vous la jouez comme ça, fini les repas avec la familia ! Adiós les papas rellenas.

— Hey ! Je suis de tout cœur avec toi, moi ! s’angoisse Dallas. Me fous pas dans le même coffre que ces ingrats.

— Je me tire ! j’assène sur un timbre vexé en me mettant debout.

Les rires d’enfoirés de ces satanés chauffeurs me suivent alors que je m’éloigne. En retraversant le campus vers ma voiture, je leur souhaite les pires rencards de l’univers.

 

1. Bordel !

2. Poste offensif au football américain.

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