Campus drivers Tome 4 - Love Machine

C. S. Quill · Chapitre 3 sur 63

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Campus drivers Tome 4 - Love Machine

2 - Rafael

2

 

 

Rafael

 

Une fois à l’intérieur du café où l’on a rendez-vous, je repère facilement les Campus Drivers première génération. Installés dans des fauteuils en cuir, Lane, Donovan, Lewis et Adam sont en pleine conversation animée. J’entends d’ici leurs éclats de voix mêlés à leurs rires. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas changé d’avis à leur sujet : ils sont ultra sympas. Même après avoir partagé le repas de Thanksgiving avec leurs étranges petites amies.

— Ben alors, on s’est pas réveillés ? nous tacle Dallas en filant un coup de coude à Andy.

Ils ont dû prendre un autre itinéraire et rouler carrément plus vite, car ils sont arrivés avant nous. Un point vient de s’ajouter à leur compteur dans notre pseudo-compétition amicale. J’aurais dû les laisser dormir !

— Désolé pour le retard, lance Luke en rejoignant leur table. Rafael nous a ralentis avec sa jambe de bois. C’est déloyal, ça vous retire un demi-point à tous les deux.

— Tu rêves ! refuse Andy.

— Mec, quand on s’appelle Anderson Anderson, on évite de la ramener… Tu devrais être disqualifié d’office rien que pour ça, alors accepte ce que l’on te donne.

— Va te faire foutre, Luke, il crache avant d’éclater de rire.

— Ce qu’ils sont mignons, mes louveteaux, déclare Lewis en battant des cils. J’ai eu du flair ! Ça sent bon la SuperTeam, tu trouves pas, Laney ?

— Pour l’instant, c’est ma team qui est sur la première marche du podium, fanfaronne Donovan.

— Ça durera pas, Wolinski !

— Vous mettez vos campus en concurrence ? s’indigne Dallas. C’est une honte !

— Bien placé ! Tel père, tel fils, sourit fièrement notre mentor, dont c’est la phrase fétiche.

Je serre les quatre mains qui se tendent tour à tour dans ma direction. Je ne connais nos boss que depuis septembre, mais ils mettent à l’aise facilement. Ou presque.

Lewis retient ma main et me scrute de manière désapprobatrice.

— Retire cette casquette, jeune insolent ! T’as passé toute ta vie à Miami, sois fier de tes racines, merde !

J’affiche un rictus satisfait et la fais glisser en arrière. Objectif atteint !

— Vous buvez quoi, les gars ? entame Adam.

— Café, je réponds en même temps que mes équipiers et Donovan.

— Lewis ?

— J’attends ma copine pour commander.

— Mais qui êtes-vous, Monsieur Conley ? raille Don. On te laisse tout seul à Miami et voilà que tu te transformes en véritable gentleman ? Quand j’vais dire ça à Carrie…

— Raconte pas n’importe quoi, je suis juste parti sans ma carte bleue. C’est encore moi le patron, je suis la muse d’Amy, son roi, son…

— …punching-ball, si tu la fermes pas très vite, résonne la voix de cette dernière derrière nous.

Elle tire une chaise à côté de lui et se laisse tomber dessus. Luke esquisse un sourire dans sa direction, auquel elle répond par un doigt d’honneur. Amy a une vision bien à elle de l’esprit d’équipe.

— Et toi, Lane, tu bois quoi ? répète Adam.

— Un smoothie.

Ses potes échangent un regard consterné. Ils ont une complicité de malade. Quand je les vois interagir, ça me donnerait presque envie.

— Laney, au nom de nous tous, je suis obligé d’intervenir, déclare Lewis en prenant un air grave. On voit ce qui se passe, mec…

— Quoi ?

— Regardez-le, poursuit Lewis. Il est dans le déni ! Pire, sa narine tremble, et il est agressif.

Il se penche vers lui et pose une main sur son épaule avant de continuer :

— Lois t’a rendu accro aux smoothies, mais tu peux encore t’en sortir. On sera là pour te soutenir, mon frère.

— Adam, commande-lui un café au lait, enchaîne Donovan. Ça me semble adapté pour entamer un sevrage.

— Tu peux arrêter de vouloir foutre du lait partout, toi ? le rabroue alors Lewis en changeant de cible. C’est de pis en pis. J’le savais, on aurait jamais dû se séparer, tous les quatre. C’est une honte.

— Tout roule de mon côté, le rassure Adam.

— Ah oui ? Est-ce qu’on peut parler de cette petite barbe ridicule que tu essaies désespérément de laisser pousser ?

— Amelia adore.

Lewis se tourne vers nous, sa langue claque contre son palais.

— Soyez prudents, les jeunes. Regardez ce que mes meilleurs potes sont devenus et souvenez-vous de ne pas céder aux sirènes de l’amour.

— Plaît-il ? articule Amy en plissant les yeux.

— Nous, c’est pas pareil, Hitman, il la rassure en tapotant son genou. Je suis doté d’une intelligence supranormale et j’ai des anticorps capables d’empêcher les effets secondaires.

— Voyez-vous ça, pouffe Adam.

— Je vais sérieusement me pencher sur la question de tous vous rapatrier à Miami ! clame Lewis

— Pourquoi pas à New York ? contre Donovan.

— Parce que j’ai marqué plus de points que toi sur le début de la saison. De ce fait, je suis meilleur que toi. En conclusion, c’est moi qui décide de ton futur.

— Excusez-moi, les interrompt tout à coup Amy. C’est très émouvant, vos retrouvailles, ça m’avait presque manqué, mais est-ce qu’on peut en venir au sujet principal ? Il y a trop de gens qui respirent autour de moi dans ce café, ça met mon self-control à l’épreuve.

Au même instant, le serveur se pointe à côté d’elle et la dévisage avec appréhension.

— Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ? il demande poliment à l’assemblée.

— Que vous fassiez évacuer la salle, réplique Amy.

— Elle prendra un café, précise son mec. Un grand, corsé, il ajoute.

Adam n’ayant pas eu le temps d’aller passer commande, on répète tous ce qu’on veut.

Dès que nos boissons arrivent, Adam frotte ses mains en nous couvant d’un regard enjoué. C’est le moins bizarre de tous, mais j’ai tout à coup un mauvais pressentiment.

— Si on vous a tous réunis ce matin, c’est pour vous annoncer une bonne nouvelle. Depuis le lancement de l’appli à FIU, le concept prend bien chez les étudiants. C’est très encourageant pour la suite.

Mais ?

— Histoire de maximiser les chances de nous faire connaître, on a réfléchi à quelques idées. Après avoir sondé le campus, on a reçu une proposition de partenariat géniale !

Je lorgne Amy, qui tire une tronche de trois mètres de long. Elle est forcément au courant, et ça ne me dit rien qui vaille. Cela dit, à bien y penser, je devrais être rassuré par son attitude. La seule chose qui pourrait la faire sourire serait une collaboration avec le diable, pour collecter l’âme des étudiants.

— Pourquoi tu me regardes ? elle me balance en arquant un sourcil.

— Je tâche de déterminer ce qui nous pend au nez.

— J’aime pas qu’on me scrute. Si tu continues, la seule chose qui va pendre, c’est ton œil à mon rétro.

Cette fille dégouline de douceur.

— Si tu fais ça, mon œil continuera à te scruter…

— Firebird, sois mignonne avec tes petits copains Floridiens.

Elle se tourne vers son mec et affiche un sourire plus flippant que rassurant. Lewis se racle la gorge et me lâche un coup d’œil faussement compatissant.

— T’inquiète pas, Rafael, elle ajoute alors. Tu vas beaucoup aimer cette annonce.

— Est-ce qu’on peut mettre un terme à ce suspense insoutenable ? intervient Dallas.

— Des étudiants qui ont lancé une appli l’an dernier nous ont contactés pour croiser nos activités, reprend Adam. Leur concept n’est pas particulièrement original mais il cartonne.

— C’est quelle appli ? je m’enquiers en buvant une gorgée de café.

— La Looove Machine, scande Donovan sur un ton théâtral.

Je manque de m’étouffer, et le grand blanc qui suit me rassure. Je ne suis pas le seul à attendre la chute de la blague. La Love Machine ? J’en ai entendu parler et… c’est non. Un putain d’énorme non !

— D’ailleurs, Carrie a dit que ça ferait un super titre de bouquin, ajoute Don en hochant la tête.

— C’est quoi ? demande mon coloc.

— Un site de rencontre, l’éclaire Adam. Il propose des rendez-vous entre les étudiants du campus à partir de leurs profils. Leur algorithme est assez dingue, ils ont un taux de réussite hallucinant.

— Pardon, mais je ne vois pas le rapport avec nous, je maugrée.

— Ils vont conseiller que les premières rencontres se déroulent dans vos voitures. Vous prendrez en charge les couples, les conduirez jusqu’au restaurant ou au ciné, par exemple, et vous reviendrez les chercher à la fin du rencard pour les remmener chacun chez eux. Ou chez l’un d’eux… Ça offre à la fois un cadre original et rassurant pour faire connaissance.

C’est cauchemardesque.

— Dis, Adam, chuchote Lewis sans discrétion en faisant mine de feuilleter ses notes imaginaires, c’était pas le moment où tout le monde devait lâcher un « waouh » ?

— Waouh, s’écrie alors Donovan en envoyant un regard appuyé à son associé.

Des applaudissements s’ensuivent, émanant de Lane.

— Allez, les juniors, c’est à vous de balancer votre engouement ! nous informe Adam.

— J’vous avais dit que ça ferait un flop, ricane Amy.

— Pourquoi tu les laisses nous faire ça ? je grogne à son attention. Chapeauter des rencards, sans déconner !

— Moi, du moment que je roule et qu’on me paie, ça me va, elle rétorque en haussant les épaules. Et j’espère secrètement pouvoir briser quelques crânes si les mecs ont les mains baladeuses.

— De quelle tribu inconnue tu viens, exactement ? je lui demande en levant un sourcil.

— Ces courses vous rapporteront plus d’argent, précise Donovan sans la laisser répondre. Vous allez devenir de vrais chevaliers et répandre de la romance à travers le campus.

— Euh…

— T’inquiète, Raf, Wolinski baigne dans les romances, on finit par s’y faire, m’assure Lane.

— Imaginez toutes les belles histoires que vous verrez éclore sous vos yeux, renchérit Don.

— J’aurais dû commander un alcool fort pour affronter ça, je souffle en tirant mes cheveux en arrière. Il existe un courrier type de démission ?

— Qu’est-ce qui te déplaît dans l’idée ? cherche à comprendre Lane.

— Avec tout le respect que je te dois, j’trouve ça ridicule. Les sites de rencontre, déjà, j’adhère pas. Et c’était pas le deal de départ en signant chez les Campus Drivers. Où sont les nanas célibataires à séduire ?

Même si c’est un atout indéniable, ce n’est clairement pas pour les filles que je suis devenu chauffeur. Mais c’est le meilleur argument que j’ai trouvé.

— Je suis tellement fier de toi, s’émerveille Lewis en joignant les mains sous son menton. On dirait moi a…

Le projectile qu’il se prend au milieu du front l’empêche de poursuivre. Amy a un don unique pour viser.

— Hey ! il se rebiffe. J’allais dire : « Avant de rencontrer cette incroyable femme qu’est Amy Hitman ! »

— Mais bien sûr, elle rétorque.

— J’te dédierai pas ma prochaine victoire, si tu es aussi vilaine.

— Fais attention à ce que tu dis, Conley. J’ai fait la connaissance d’une fille sur le campus qui peut te lancer un sort si j’lui demande.

— J’crois pas en ces trucs-là.

— Ah oui ? elle souffle avec un air machiavélique.

Adam se racle la gorge et reprend les rênes de la discussion.

— Rassure-toi, Raf, t’auras encore plein d’occasions de draguer tes clientes. Les créneaux réservés à la Love Machine ne représenteront pas plus d’un quart de tes courses.

— J’adorerais être à votre place, marmonne Lewis. Je crève de jalousie.

— Ah oui ? Quand je repense à nos débuts à la fac, j’ai du mal à t’imaginer jouer les chauffeurs pour des couples potentiels, se marre Lane.

— C’est toi qui dis ça ? J’te rappelle que t’as passé des semaines à surnommer Lois « Cœur Brisé » pour la faire enrager.

— Y’a qu’Adam qui aurait kiffé ça, réfléchit Don en souriant.

— Pas étonnant que ce soit son idée, approuve Lane.

— En gros, vous nous demandez de faire un truc que vous n’auriez jamais accepté ? je résume en arquant un sourcil.

— Tout à fait ! valide Don.

— Génial. Donc j’ai le droit de refuser ?

— Nous sommes vos maîtres ultimes, Raf. Et Adam a le feeling, donc… dans la Love Machine, tu seras.

— J’vous déteste.

— Madame Wolinski disait pareil au début, et maintenant elle m’adule.

— Elle lui épile les couilles, aussi, ricane Lane.

— Pardon ? je m’étouffe.

— Ferme-la, Laney ! Sinon, je leur montre la nouvelle déco de ton appart, rétorque Don.

Je me tourne vers mes acolytes, pensifs, pour refouler les images qui essaient d’agresser mon esprit innocent.

— Vous réagissez pas ? Me dites pas que ça vous va…

— Ma mère a rencontré mon beau-père sur un site comme ça, répond Andy. C’est un type génial, j’suis pas contre l’idée.

— Il t’a adopté alors que son nom de famille est identique à ton prénom. Ton blase, c’est Anderson Anderson à cause d’un site de rencontre ! La preuve que ça craint.

— Moi, j’aime bien le côté safe, ajoute Dallas. Je vais me sentir comme un garde du corps protégeant les demoiselles en détresse.

— Tu devras peut-être protéger un mec, argue Don. Quand Lewis et Firebird se sont rencontrés, je t’assure que c’est lui qui était en danger.

— Il l’est encore, confirme la concernée sans une once d’ironie. Mais je vous déconseille de vous interposer.

— J’ai une batte de base-ball, contre Luke.

— Sa sœur aussi, le prévient Lewis en lui faisant signe de battre en retraite. Crois-moi, je me suis déjà retrouvé face à Raven et sa batte lustrée. Tu ne souhaites pas vivre ça.

— J’ai préparé un mail explicatif que je vous enverrai après notre entrevue, reprend Adam avec son professionnalisme implacable. Ça va être une expérience enrichissante, faites-moi confiance.

— Ça commence quand ? je demande pour savoir combien de temps j’ai pour me faire à l’idée, ou les pousser à renoncer.

— La Love Machine communique ce soir à 18 heures pour une mise en service lundi prochain. À la moindre question de votre côté, vous pouvez me téléphoner.

— Ou voir avec papa Conley, complète Lewis. D’ailleurs, j’ai un petit cadeau pour vous.

Il sort une pochette en kraft de sous la table et la pose devant lui.

— C’est un accessoire obligatoire dont vous devrez vous munir à chacune des courses de la Love Machine. Je les ai choisis moi-même pour qu’ils vous apportent bonheur et amour.

OK, je pensais que le pire était derrière moi mais j’avais tort. La façon dont brillent ses yeux est un signe annonciateur d’apocalypse. Il plonge sa main dans le sachet et, au ralenti, il en extrait…

— D’où sort cette connerie ? éructe Amy en basculant dangereusement sur sa chaise sous l’effet du choc. Il a jamais été question de ça.

— J’ai oublié de mentionner ce détail ? il fait mine de s’étonner.

— Compte pas sur moi, elle le toise.

— J’y suis pour rien, c’est une demande de nos partenaires. Mais regarde celui que j’ai choisi pour toi. Il est en faux poils de raton laveur, tu penseras à moi chaque jour en le voyant pendre à ton rétroviseur.

Elle pince sa bouche, et il me semble la voir sourire légèrement. C’est quoi leur délire avec les ratons laveurs ?

— C’est mort, j’assène en fusillant l’assemblée du regard.

Et plus particulièrement Lane, qui essaie de cacher son fou rire derrière sa main.

— Je n’accrocherai pas ce cœur en fourrure à mon rétro ! Luke, s’te plaît, c’est le moment d’intervenir !

Il se penche vers Lewis, plisse le front et observe les cœurs avec attention.

— Je prends le vert.

— Et moi le jaune, balance Dallas.

— Orange ! crie Andy comme s’il misait sa vie.

Traîtres.

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