Campus drivers Tome 4 - Love Machine
56 - Rafael
56
Rafael
Avec Juliet, rien ne se passe jamais comme je l’imagine. En me pointant ici, je m’étais préparé à batailler, à la trouver encore bouleversée et furieuse. Mais j’ai tendance à oublier à quel point elle fonce quand elle n’a pas peur. Comme avec ses patins à roulettes.
— Est-ce que tu vas descendre ou je dois te supplier ?
Je meurs d’envie de la serrer dans mes bras et de l’embrasser. Je me suis rejoué une centaine de fois ce baiser avorté, et maintenant qu’elle semble prête à me tendre la main, il me tarde de reprendre là où nous nous sommes arrêtés.
— J’avoue que je laisse le temps à ma mère de se rendre compte que ta voiture est garée sur sa pelouse. Elle va sortir de la maison et se jeter sur toi. Tu savais qu’elle pratiquait le rugby quand elle était à la fac ?
— Ton père me couvre.
— Et tu lui fais confiance ? elle éclate de rire. Je donne dix minutes à ma mère pour le griller. C’est le pire allié que tu pouvais choisir.
— C’était lui ou Warren.
— Ah !
— J’ai promis que ça ne durerait que quelques minutes, donc si tu pouvais ramener tes fesses, maintenant que tu es folle de moi.
— Je trouve cette promesse ambitieuse. Comment tu pouvais prévoir que tu ne devrais pas me chanter la sérénade toute la nuit ?
— J’en savais rien mais j’ai accordé ma confiance au buñuelo. Divina dit qu’il ne ment jamais.
Elle cligne des yeux avant de les plisser.
— J’le savais ! elle s’écrie en me pointant du doigt.
La seconde d’après, elle disparaît dans sa chambre. Je scrute le balcon, jusqu’à ce que j’entende des pas approcher. Je me tends en imaginant Mme Monroe prête à bondir sur moi, mais c’est Juliet.
— Pourquoi t’as fait semblant, ce soir-là ? elle balance sans me laisser le temps de descendre du toit.
— Je voulais pas que ça te mette mal à l’aise et, dans le fond, même si c’était un simple beignet, je crois que j’avais déjà la trouille de ce que ça signifiait.
Elle croise les bras sur sa poitrine en tordant la bouche.
— Je me doutais que tu avais pioché le pimenté et j’ai cru que tu ne voulais surtout pas me donner plus que de l’amitié. Je suis retournée sur la Love Machine en grande partie à cause de ça, alors je suis bien contente que ces rencards t’aient rendu dingue.
— Complètement dingue, je murmure en prenant conscience que, dès son premier rendez-vous, mon comportement n’avait rien de normal.
Je m’accroupis au bord du toit, m’aide de mon bras et atterris mollement sur le gazon.
— Sérieusement ? je tique alors en étudiant ses pieds, fièrement glissés dans ses Crocs.
— J’te signale que toi aussi, t’as un pied en plastique, alors ne la ramène pas trop.
— Ce n’est pas du plastique.
— C’est pareil.
— Puisqu’on en parle, est-ce que tu flippes de remonter en voiture avec moi à cause de ça ?
J’ai cette crainte sur le cœur, je retiens donc mon souffle en attendant sa réponse.
— Cette nuit où Owen a vrillé, je me suis sentie prisonnière de l’habitacle, et toutes mes angoisses ont convergé vers ce réceptacle, cette voiture, dont je n’étais jamais vraiment sortie. Ma peur ne s’effacera pas entièrement, mais j’ai compris ce qui la nourrissait. Alors non, je ne flippe pas, j’ai confiance en toi.
Je me sens subitement timide, apeuré par les sentiments que me fait découvrir Juliet. Alors, j’enfonce les mains dans mes poches en gonflant mes joues.
— Qu’est-ce que tu as ? elle m’interroge en penchant la tête.
— Je ne m’attendais pas à ce que tu aies autant réfléchi en deux jours. J’avais prévu une longue discussion pour te convaincre de sortir avec moi.
— Hum… dommage. J’avais prévu le coup en réfléchissant avant, histoire d’aller droit au but et t’embrasser sans perdre de temps.
— Je te trouve bien sûre de toi, je reprends ses mots. Comment tu pouvais prévoir qu’on s’embrasserait si vite ?
— On a déjà eu cinq rencards, elle réplique comme si c’était évident. Ça me semblait assez logique de reprendre là où tu t’étais arrêté avant-hier, mais si tu veux encore parler… je t’écoute, elle soupire. Enfin, je vais surtout loucher sur ta bouche en train de remuer, mais tu n’y verras que du feu, puisque les skateurs ne sont pas connus pour être vifs d’esprit, elle conclut avec un sourire espiègle.
Quelle petite garce de patineuse.
En un pas, je me dresse devant elle. Je la surplombe, mais c’est elle qui me fait ployer avec ses prunelles captivantes. Je comble l’espace entre nos visages centimètre par centimètre jusqu’à couvrir sa bouche avec mes lèvres et l’embrasse doucement, comme si c’était ma première fois. Ma langue vient se poser à l’entrée de sa bouche, traçant cette fine ligne qui me sépare encore du point de non-retour. À la seconde où le bout de sa langue rencontre la mienne, je perds toute retenue. Un grondement sourd monte dans ma gorge, un désir palpable aussi, et lorsque Juliet s’accroche plus fort à mes épaules et se moule à mon corps, je la plaque contre ma caisse sans interrompre notre baiser. Celui-ci n’a pas le goût des précédents. Il est entier, sincère, et j’en souhaite un million d’autres aussi intenses.
— Pour l’amour de la nature, tirez-vous de ma pelouse !
Une voix qui appartient sans aucun doute à la mère de Crocsy surgit de je ne sais où. Pas maintenant !
C’est Juliet qui trouve la force de nous arrêter. À bout de souffle, on échange un regard torride qui m’électrise. Est-ce que c’est trop tôt pour envisager de se réconcilier sur l’oreiller ?
— Désolé, mon pote, s’égosille Russel depuis la maison. J’ai fait de mon mieux, mais le flair de cette femme est surnaturel !
— Papa, t’es bidon ! ajoute Warren au-dessus de nos têtes. Ça devenait enfin intéressant !
— Oh ! mon Dieu ! Allons-nous-en, marmonne Juliet.
Elle contourne ma voiture et s’assied à sa place.
— Merci quand même, m’sieur ! je crie en ouvrant ma portière.
— C’est moi qui te remercie !
Au moment où je m’installe à côté de Crocsy, mon Alfa Romeo redevient enfin ce havre de paix qu’elle était avant que Juliet ne déboule dans ma vie, mais qui ne peut plus l’être sans elle depuis.
— Où on va ? je lui demande en tirant sur mon short devenu très serré sous ma ceinture.
— Là où tu m’as embrassée. On n’a pas fini ce qu’on avait commencé. Sauf si tu souhaites encore parler…
Droit au but, j’adore ça.
— J’ai l’air d’avoir envie de parler ? je rétorque en pointant la bosse qui déforme mon entrejambe.
Le sourire mutin que je reçois en retour me fait passer la troisième, mais je ne prends pas la direction à laquelle elle pense.
— Où est-ce qu’on va ? elle percute rapidement.
— Chez moi. Il est pas question que je te désape dans un sous-bois obscur.
— Et il est pas question que tu me désapes avec tes tantes à côté.
— Elles sont parties tout le week-end à Wellington pour un tournoi de poker.
— Je plains leurs adversaires.
— Je confirme.
Je tends ma paume vers Juliet pour qu’elle y dépose la sienne avant de ramener nos mains liées sur ma cuisse. Je ne la lâche pas de tout le trajet, et nous retrouvons nos discussions animées comme si rien n’avait changé. À un sentiment près.
Je ne comprends pas pourquoi j’ai mis autant de temps à percevoir le naturel de cette situation. À vrai dire, je n’avais pas non plus vu que Juliet craquait pour moi.
— T’es quand même forte, Crocsy. À aucun moment je me suis rendu compte que tu fantasmais sur moi.
— C’est parce qu’il te manque un truc qui commence par un « j ».
— Quel rapport avec ma jambe ?
— La jugeote, imbécile.
Je me gare devant chez moi, saute de la voiture et reprends sa main. Je l’entraîne jusqu’à ma chambre, referme la porte derrière moi, allume mon enceinte et lance une playlist au pif. Je pivote alors vers Juliet, elle me tourne le dos, occupée à observer la pièce. Je ressens encore cette drôle de timidité quand je me poste derrière elle et enserre sa taille.
— À quoi tu penses ? je chuchote.
— À ça.
Elle fait volte-face, s’accroche à mon cou et m’embrasse d’une manière si sauvage que ma timidité est déjà de l’histoire ancienne. J’empoigne ses fesses et m’approprie chaque parcelle de sa bouche et de son cou.
J’aimerais prendre le temps de faire courir mes lèvres partout sur son corps, mais nos hanches qui se percutent sans douceur témoignent que, elle comme moi, nous avons envie de griller les préliminaires ce soir. Je la veux tout de suite, enivré par le désir d’explorer ses profondeurs.
La façon dont elle bouge pour se frotter contre mon érection est une torture pour mon impatience. Je la guide vers mon lit. Dès que ses jambes rencontrent mon matelas, j’arrête de l’embrasser pour la regarder. C’est haletante qu’elle s’y allonge. Il a l’air soudain beaucoup trop petit pour tout ce que j’ai envie de lui faire.
— T’es sûre de toi ? je murmure en la bouffant du regard.
— Oh ! que oui, elle confirme en retirant son tee-shirt.
Son soutien-gorge framboise pourrait faire sauter le bouton de mon short.
— Si t’es un mauvais coup, je risque de t’aimer un peu moins, elle poursuit en le dégrafant. Alors autant en avoir le cœur net tout de suite. Je te rassure, mes attentes sont assez basses avec un foutu skateur, alors ne te mets pas la pression.
Je n’avais pas anticipé ce type de préambule, et mon rire fuse dans la pièce. Mais c’est Crocsy l’imprévisible qui est à demi allongée sur mon pieu, à quoi d’autre je m’attendais ? C’est exactement comme ça que je l’aime.
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