Campus drivers Tome 4 - Love Machine

C. S. Quill · Chapitre 14 sur 63

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Campus drivers Tome 4 - Love Machine

13 - Rafael

13

 

 

Rafael

 

Aujourd’hui, le réveil est compliqué. Une tasse de café dans une main, je passe une paume sur mon visage en serrant fort les paupières. Je suis du genre à sauter dans un jean à la dernière minute, mais ce matin, nous sommes tous en visio pour le point hebdomadaire entre Campus Drivers. Sur l’écran d’ordinateur que nous partageons avec Luke, les quatre boss et notre team floridienne échangent sur la manière dont s’est déroulée la semaine dernière.

— Dernier point à l’ordre du jour : les retombées du partenariat avec la Love Machine, annonce Adam.

Merde, j’espérais y échapper, mais c’est mal le connaître.

— La Loose Machine, ouais… je marmonne.

— Désolé de te contredire, Raf, mais cette collaboration porte déjà ses fruits. On enregistre un pic d’inscri…

— Est-ce que c’est encore toi qui m’as piqué mon soutien-gorge ? crie soudain une voix dans les enceintes.

Facile de reconnaître le timbre de Carrie. Sur l’écran de Donovan, nous le voyons se retourner calmement vers sa copine hors champ, à coup sûr pour la prévenir que nous sommes tous connectés en direct.

— Lequel ?

Apparemment, non.

— Le bleu qui s’ouvre devant.

— Négatif, madame Wolinski. J’ai le violet. Celui avec des petits nœuds sur les tétons.

Pourquoi Lane, Amy, Lewis et Adam ne semblent absolument pas interloqués par cet échange lunaire ? Donovan porte les soutifs de sa nana ?

— Ne rentre pas dans le bureau ! il hurle tout à coup en plaquant sa paume sur la caméra.

— Pourquoi ?

— Je suis en visioconférence avec les baby drivers, exhibitionniste !

— Quoi ? Et c’est maintenant que tu me le dis ? Espèce de petit ami en carton ! Fin du game, le totem me revient, et t’es pas près d’en revoir la couleur.

— C’est quoi, ce totem ? questionne Luke en oubliant que tout le monde nous entend.

— Entre les Wolinski, c’est la bataille perpétuelle pour déterminer qui est le meilleur du couple, nous éclaire Lane. Celui qui gagne la manche remporte le totem.

— Est-ce que je peux avoir une vie privée ? crie Carrie dont la tête apparaît en gros plan sur nos écrans.

Je l’imagine sans mal avoir enfilé un peignoir puis donné un coup de pied dans le siège à roulettes de son mec pour prendre sa place devant la caméra.

— Recule, démon ! siffle Lewis en formant une croix avec ses doigts.

— Pourquoi Don te pique tes soutifs ? se risque Dallas.

— Pourquoi tes parents t’ont appelé Dallas ? elle réplique.

— Attention à ta réponse, c’est un piège, murmure Amy.

— Pour faire de ma vie un enfer ?

— Voilà !

— Ça me porte bonheur pendant les matchs ! explique le concerné en essayant de partager l’écran avec sa copine.

— Si l’équipe de base-ball entend parler de ça, je suis bon pour jouer en sous-vêtements jusqu’à ma mort… se lamente Luke.

— Je sens que ça va m’échapper, je ricane.

— Salut, les filles ! lance la nana d’Adam qui apparaît à son tour derrière lui.

— Oh ! Amelia, j’adore ta nouvelle coupe de cheveux ! la flatte Carrie en repoussant Don sans discrétion.

— Merci ! Au fait, c’est bon, je nous ai réservé le chalet pour le week-end prochain. Trop hâte de ce week-end entre filles !

Je louche sur l’heure, m’affale sur mon siège et compte les trous de punaise sur le mur de gauche. À ce rythme, on est partis pour quarante-cinq minutes de papotage.

— Je veux une chambre solo, balance Amy en croquant dans un donut. C’est non négociable.

— Personne n’a oublié, se marre Amelia. Où est Lois ? elle interroge ensuite Lane.

— Elle dort encore. Elle s’est couchée tard hier. Hope et Prudence ont découvert la magie des réseaux sociaux, et Lois leur a montré comment créer des vidéos… J’angoisse du résultat.

— Tu me donneras le nom de leur compte ? Elles me vendent du rêve, ces deux-là ! s’emballe Andy.

On a rencontré ces deux vieilles femmes lors de notre meeting d’initiation avant de les revoir à Thanksgiving. J’avoue qu’elles valent le détour. Je ne sais plus laquelle m’a pincé la fesse.

— Trêve de bavardage, on se remet au boulot, reprend Adam en plaquant sa main sur la joue de sa nana pour l’éloigner.

— Ouais, y’en a qui bossent sérieusement, ici ! braille Lewis. C’est une honte ! Allez-vous-en, les bonnes femmes, laissez les bonshommes travailler.

— Amy, règle-lui son compte, déclarent Carrie et Amelia à l’unisson avant de disparaître.

— J’en étais aux retombées du partenariat avec la Love Machine, réamorce Adam. Je peux déjà vous dire que ça fonctionne hyper bien. Nos chiffres sont en nette progression, et la réputation de l’appli prend du galon. Vous jouez le jeu à fond, même toi, Raf.

— Ai-je seulement le choix ? je grince.

— C’est vrai que les courses sont plus nombreuses, valide Dallas. Quand ma mère me répétait que l’amour était une richesse, j’la prenais pas au sérieux, mais elle avait raison.

— D’ailleurs, à ce propos, j’vais devoir vous abandonner, j’annonce en reposant mon café pour choper ma veste sur le dossier de ma chaise. J’ai une course qui m’attend. Une nouvelle cliente. Les affaires fleurissent, effectivement.

— C’est grâce à la Love Machine ! argue Donovan.

— Rien à voir, c’est mon talent, je le contredis en vissant ma casquette sur ma tête. Parce que cette étudiante a précisément demandé que ce soit moi qui me charge de la transporter. Rafael Torres et personne d’autre.

— Joignons nos prières pour que ce soit une cannibale amoureuse de la cuisine cubaine.

— Merci, Hitman. Je lui souhaiterai bon appétit de ta part.

Je lâche un au revoir collectif et quitte ma chambre.

Sur le parking, je claque un baiser sur le capot de mon Alfa Romeo, saute derrière mon volant et me réveille en lançant le meilleur album de Linkin Park.

Les basses tambourinent à fond alors que je parcours les trois kilomètres me séparant du lieu de rendez-vous. Concentré sur la circulation et la musique, je ne prête pas attention au quartier.

Lorsque le GPS m’indique que j’arrive dans cent mètres, je longe le trottoir, mets le point mort et tourne la tête vers la maison en question pour découvrir… une fille accrochée au rebord de sa fenêtre, les jambes dans le vide. Durant deux secondes, je m’inquiète qu’elle soit en mauvaise posture, mais je me rends très vite compte qu’elle est en pleine exfiltration.

— Sans déconner, j’aurai tout vu…

Ma cliente serait-elle en train de s’échapper avant que son coup d’un soir ne se réveille ? C’est excitant, il se passe des choses folles dans ma vie de chauffeur depuis la rentrée !

Je rigole tout seul tandis qu’elle tend sa jambe pour atteindre la branche d’un arbre à proximité. Elle est drôlement agile.

Je me penche davantage pour m’offrir une meilleure vue et serre les fesses quand elle pose un deuxième pied sur la branche puis tangue pour trouver un équilibre. Elle se déplace ensuite sur celle du dessous, et j’applaudis dans ma caisse dès qu’elle atterrit sur le gazon, saine et sauve. Mais au bout de trois claps, le temps qu’il lui a fallu pour s’approcher un peu plus, mes mains se figent.

— C’est une blague ?

Je me frotte le visage, persuadé d’être victime d’une hallucination. Non, y’a aucun doute. @Springroll n’est autre que Juliet.

Je l’avais sortie de ma tête depuis notre course thérapeutique il y a deux jours et je n’aurais jamais cru qu’elle s’inscrive sur l’appli pour une réservation. Je serais flatté si elle n’était pas collée au mur de chez elle, le longeant en pas chassés.

Mais qu’est-ce qu’elle fout ? Je sais que c’est sa maison, je la reconnais maintenant que je suis attentif, puisque je l’ai suivie de loin quand elle a refusé que je la ramène à bon port.

Elle s’accroupit pour passer sous une fenêtre. Encore un peu et elle va me rejoindre en rampant. Elle part en courant vers la route avant de freiner des quatre fers dès qu’elle repère ma voiture non loin de son portail. Je suis certain qu’elle articule un « bordel », ce qui est étonnant vu que je suis exactement là où elle a souhaité que je sois, et pile à l’heure, en prime. Elle se précipite vers ma vitre passager, s’y agrippe et baisse son visage pour que nos regards se rencontrent lorsque je fais descendre celle-ci.

— Salut, Ju…

— Putain, mais qu’est-ce que tu fiches ici ? elle chuchote sur un ton furieux.

OK…

— Tu as commandé un chauffeur, et je suis là, ponctuel et souriant… je réponds lentement.

— J’ai mis un commentaire sur l’appli pour que tu me récupères cent mètres plus loin ! Pars !

— Hein ? T’es bourrée ou quoi ?

— Pars avant qu’on te voie ici ! elle continue en jetant des coups d’œil vers sa baraque. Eh merde, elle jure au moment où la porte d’entrée s’ouvre.

— Qu’est-ce que tu fabriques dehors, Juice ?

Le gars qui se tient dans l’encadrement porte un tee-shirt Retour vers le futur, un caleçon gris et des chaussettes de tennis. Si c’est lui qu’elle a essayé de semer par la fenêtre, je valide à deux cents pour cent.

— T’es passée par la cheminée ou quoi ? J’t’ai pas vue sortir.

— Warreeen, elle lance d’une voix plus aiguë. Rafael, dégage de là et va m’attendre au prochain croisement, elle ajoute dans un murmure flippant.

— C’est qui dans la voiture ? enquête le fameux Warren en approchant.

— Personne ! Un touriste qui vient de…

— Cuba, je lui souffle en entrant dans son délire.

— Cuba ! Il parle très peu notre langue. Il s’est perdu, mais j’ai réussi à lui donner des indications pour qu’il S’EN AILLE, elle insiste en m’envoyant une grimace par la vitre. Ciao l’amigo, hasta la vista la macarena, elle rajoute en remuant la main.

La mienne se pose devant ma bouche pour contenir un fou rire. Pourquoi tous les événements prennent-ils forcément une tournure impossible avec elle ?

— Tu pars déjà à la fac ? il s’étonne, tout en me dévisageant avec suspicion.

— J’ai promis à Tory un petit-déjeuner ensemble ce matin. Je suis super en retard !

— Hum hum, il lâche en me lorgnant encore.

J’ai très envie de prolonger cette mise en scène ubuesque mais je décide de privilégier la satisfaction client.

— Gracias, señorita. Adiós.

Juliet ne m’adresse pas un mot d’au revoir. Je reprends la route, tourne à la première à droite et me stationne à nouveau, devant un parc pour enfants. Je guette mon rétroviseur, dans lequel elle apparaît après de longues minutes d’attente. Au croisement, elle surveille ses arrières, emprunte la perpendiculaire où je patiente et pique un sprint. Elle ouvre ma portière à la volée et se jette à l’intérieur.

— Fonce !

Je m’exécute pendant qu’elle boucle sa ceinture. Au bout de trois secondes à peine, elle me frappe l’épaule du revers de la main.

— Ralentis ! C’était une façon de parler !

Je freine illico. L’aiguille de mon compteur redescend trop bas pour un véritable chauffeur. Je choisis de stationner en double file le temps d’éclaircir ses attentes.

— Donc quand tu dis « fonce », c’est seulement une façon de parler ?

— T’as déjà oublié à qui tu as affaire ?

— Oh que non ! Comment le pourrais-je ? Je tiens à t’informer que chacune de nos rencontres me rapproche un peu plus d’une cellule capitonnée.

— Sauf qu’à partir de maintenant, je vais te payer pour ça. Tu seras donc riche et…

— Bouclé à double tour dans une petite chambre blanche. Quand tu dis « à partir de maintenant », c’est aussi une façon de parler ?

— Pas cette fois, non.

— Merde, c’est compliqué de te suivre, Crocsy. Sois plus précise.

— J’ai longuement cogité dans mon lit…

— Tu penses à moi dans ton pieu ? Je suis honoré.

— Je pense à moi ! elle me détrompe vite. La conclusion, c’est que je dois poursuivre ce travail pour surmonter ma peur.

— C’est ce que je t’ai dit avant-hier. Ça me fait plaisir que tu appliques mes conseils comme si j’étais ton guide.

Elle m’adresse un regard noir qui me fait sourire.

— OK, plus sérieusement, tu comptes réserver des courses régulières pour reprendre confiance ?

— Oui, le matin ou le soir.

— Et tu ne veux que moi ? j’ajoute en jouant des sourcils.

— Je ne veux personne d’autre que toi au courant ! elle corrige. C’est déjà assez difficile de me livrer, hors de question que ton équipe au complet en ait vent.

Son profil à la fois affirmé et fragile est attendrissant. En intégrant les Campus Drivers, je n’aurais jamais cru devenir une espèce de psy automobile. Situation assez hilarante quand on me connaît. En tout cas, Lewis avait raison le jour où j’ai signé mon contrat et qu’il m’a dit : « Mec, je me dois de te mettre en garde : tu viens de foutre le doigt dans un engrenage qui va t’aspirer tout entier. »

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