Campus drivers Tome 4 - Love Machine
59 - Rafael
59
Rafael
Les mouvements de Juliet me tirent du sommeil, beaucoup trop tôt à mon goût. Pourquoi est-ce qu’elle remue comme un ver ? Elle m’a tenu éveillé un long moment cette nuit, elle abuse ! Mes muscles ont besoin de repos, surtout après la journée harassante que j’ai dans les jambes.
— Crocsy, dors…
Hier, j’ai enfin participé à cette compétition de skate tant attendue, et si je n’ai obtenu que la seconde place, l’odeur de la victoire flotte quand même autour de moi. Primo, j’ai rentré des figures hyper cool devant les meilleurs skateurs du pays ; deuzio, j’ai attiré l’attention d’un sponsor absolument dingue et, le meilleur pour la fin, je suis allongé à côté de Juliet. À Tampa, victoire ! Saucissonné dans le drap serait plus exact. J’aurais dû prendre au sérieux les avertissements de Sonny.
Je voudrais ouvrir mon bras pour la ramener contre moi, mais il est bloqué. Comment est-ce qu’elle se débrouille pour entortiller le tissu autour de nous ? Je n’ai même pas senti son piège se resserrer autour de moi. Dans tous les sens du terme, d’ailleurs.
— Pour l’amour de mon corps, arrête de bouger, Juliet.
— J’ai faim. Si je ne me lève pas, Dallas va bouffer toute la tarte aux pommes.
— C’est un traumatisme, chez toi.
On est encore à Tampa jusqu’à demain matin, et si jusqu’au bout elle m’a laissé dans le doute de sa présence — comme une rollergirl têtue —, elle est venue, avec ses patins et sa perche, pour filmer le dernier volet du reportage. Et elle n’est pas venue seule. Mes potes sont là aussi, certainement en train de dormir tranquillement dans les autres chambres de la maison que nous avons louée pour le week-end.
Ils m’ont encouragé comme si j’étais leur champion. Parfois avec un peu trop d’engouement, mais à quoi d’autre je pouvais m’attendre en leur proposant de m’accompagner ? Rien d’autre, c’est pile pour ça que j’ai eu envie qu’ils viennent.
Depuis que j’ai compris que j’avais intégré la meilleure team, mes résistances se sont franchement ramollies. Celles de Crocsy suivent doucement le même chemin. Elle a encore ces phases où ses pensées la happent mais elle ne les tait plus autant qu’avant.
Je la sens encore se débattre avec le drap puis parvenir enfin à sortir du lit. Grâce à la lumière qui filtre légèrement à travers les stores, je la devine se déplacer à tâtons dans la chambre. J’adore cette culotte.
Elle a presque atteint la salle de bains lorsque ses orteils butent dans un truc dur qui roule sous son pied et lui fait perdre l’équilibre. Elle atterrit lourdement sur les fesses et jure en espagnol. Si je lui donne des cours très particuliers depuis un mois, sur ce point, c’est Georgia qui a vraiment une très mauvaise influence sur ma copine.
— T’es tombée ? je lui demande d’une voix encore ensommeillée.
Je l’ai vue en direct mais j’aime la taquiner de bon matin. Je le faisais déjà quand je passais la chercher clandestinement chez elle, mais c’est mille fois meilleur quand elle est en sous-vêtements.
— Non, je fais des roulades au sol pour me réveiller ! Évidemment que je me suis cassé la figure !
Je la discerne tâter l’arme du crime. Oups !
— Non, mais je rêve ! Même à distance, tu arrives à me faire des croche-pattes ! elle siffle en brandissant ma prothèse.
J’étouffe mon rire dans l’oreiller, mais il ne passe malheureusement pas inaperçu.
— Et en plus, tu te fiches de moi !
Sans avertissement, elle se remet debout et allume la lumière.
— Crocsy, mes yeux, je grommelle en les cachant derrière ma main.
Je l’entends tirer le tabouret et je discerne sa silhouette floue grimper dessus.
— Qu’est-ce que tu fous ? je gronde en me frottant les paupières pour m’habituer à la luminosité.
L’espace d’une seconde, je crois rêver.
— Attends, mais ça se fait pas ! je me révolte tout à coup en comprenant qu’elle a balancé ma prothèse tout en haut de l’armoire.
— Ça t’apprendra à la laisser traîner partout. Estime-toi heureux, j’aurais pu la jeter par la fenêtre comme tu l’as fait avec mes Crocs. La seule raison qui m’a retenue, c’est le risque de tuer un passant innocent.
— Je suis persuadé que tes Crocs ont tué celui qui les a trouvées…
Elle m’envoie un sourire derrière le majeur qu’elle dresse devant elle.
— Comment je suis censé réussir à la récupérer ?
— Il paraît que l’amour donne des ailes, elle me tacle avant de disparaître dans la salle de bains.
Au moment où elle en ressort, enroulée dans une serviette humide, toute trace de ma fatigue s’envole.
— Ramène-toi, je souffle en tapotant le matelas. Je vais te présenter mes plus plates excuses.
— Je préférerais qu’elles soient saillantes ou rentrantes.
— Tu commences à bien maîtriser le vocabulaire des angles, pour une allergique aux mathématiques.
— Quand c’est utile, ça s’imprime nettement mieux dans mon esprit.
— Viens par là, que je m’imprime plutôt ailleurs. Enfin, si tu pouvais d’abord m’aider à m’extirper de ce drap maléfique.
— Négatif. Je ne prends pas le risque de voir cette tarte aux pommes m’échapper.
Elle commence à rejoindre la porte de la chambre mais se fige dans l’encadrement. Elle rebrousse chemin, remonte sur le tabouret en soufflant, et la seconde qui suit, je reçois une prothèse tibiale dans le ventre.
— Ben alors, tu culpabilises ?
Elle me tire la langue et sort de la chambre.
Après m’être douché, j’arrive dans la pièce à vivre en même temps que mes potes. Juliet, en tête à tête avec Felix, lève le nez de son thé et nous jauge. J’avoue que ça fait du bruit dans l’escalier.
— Ça se passe toujours comme ça ? elle s’enquiert. Vous vous déplacez toujours en groupe ?
— Maintenant que Rafifou a admis qu’on était ses meilleurs potos, on est une bande ! revendique Luke.
Elle n’avait pas besoin de leur balancer ce surnom de merde !
— Une meute, ouais… elle corrige.
— On fera tout ensemble, dorénavant ! renchérit Andy. Tu peux m’appeler tonton !
— Va te faire voir… le tacle ma copine.
— On a encore du taf avec Hitman, reprend Dallas. Mais bientôt, elle acceptera de venir en week-end avec nous.
Je lui ai proposé de se joindre à nous, mais elle m’a toisé en arquant un sourcil avant d’éclater d’un rire flippant. Apparemment, poser son cul royal sur les mêmes chiottes que nous lui pose un véritable problème.
Je me sers une tasse de café, m’assieds à côté de Juliet et pose mon bras sur ses épaules.
— Y’a plus de tarte ? demande Dallas.
Le coup d’œil que m’envoie Crocsy me tire un rire. Elle rapproche son assiette d’elle en matant Dal de travers.
— Vous avez eu de l’eau chaude, vous ? grommelle Luke en ouvrant le placard au-dessus de l’évier.
On dirait qu’il s’est levé du mauvais pied.
— T’es de mauvaise humeur, Lucky ? je ricane.
— Mon matelas est à chier, il râle en se frottant le dos.
Il remplit son mug de café et tire une chaise.
— Vous savez si…
La succession d’actions qui s’enchaînent alors me coupe la parole, et ma tasse s’immobilise avant d’atteindre mes lèvres. J’échange un regard ahuri avec mes potes.
— Dites-moi que ce n’est pas ce que je pense ? articule Andy en clignant des yeux.
Non, ce n’est pas possible. Pas Luke !
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