Campus drivers Tome 4 - Love Machine
58 - Rafael
58
Rafael
Avec son short porté sur un collant déchiré, un débardeur à fines bretelles et une bande noire sur chaque pommette, Juliet est aussi impressionnante que canon. J’ai envie de l’entraîner dans les vestiaires pour lui faire un tas de choses, mais pas question de quitter mon rôle de skateur trahi. J’ai beau être complètement fou d’elle, il m’en faut plus aujourd’hui pour tolérer cet affront. Du moins, en apparence.
— J’arrive pas à croire que tu me fasses un tel coup, je soupire en clipsant les lanières de son casque argenté sous son menton.
Nos visages sont tout proches, je vois ses lèvres roses s’étirer et le bout de sa langue les humecter. Cette vision m’hypnotise, ma bouche se dirige spontanément vers la sienne. J’adore l’embrasser, elle…
— Rha ! je grogne en me reculant. N’essaie pas de m’amadouer !
— Je n’ai rien fait, elle se défend d’une voix innocente.
Je lui décoche un regard désabusé, elle joue des sourcils.
— Intégrer l’équipe de roller derby de Georgia, je souffle en secouant la tête. L’amour fait vraiment tout accepter, j’te jure.
Je savais que ma cousine nourrissait l’idée que Juliet rejoigne sa bande à roulettes, je l’avais compris dès le soir où je suis tombé sur Juliet au skatepark en sa compagnie. Mais je ne pensais pas que Crocsy accepterait. Enfin, pas aussi vite.
Au fond de moi, ça me plaît, parce que ça signifie qu’elle s’ouvre davantage aux autres. Mais j’adore prétendre l’inverse. Pas question de sonner la trêve officielle entre le skate et le roller, c’est bien trop distrayant.
— Je suis d’accord avec toi ! elle acquiesce vivement. Regarde-toi, un skateur matheux, elle énonce en me désignant du menton. Aucun doute, c’est moi la plus mordue de nous deux pour avoir accepté une telle entorse à mon code d’honneur.
— Je suis le plus mordu.
— Non, c’est moi.
— C’est moi, j’insiste.
Nous nous défions du regard lorsque Donovan et Carrie apparaissent à nos côtés. Don a joué un match contre l’équipe de Lewis hier, et sa copine et lui sont restés à Miami pour le week-end.
— Vous faites un concours du meilleur partenaire ? s’enquiert mon boss en se frottant les mains. J’peux te coacher, Torres, je suis un as dans ce domaine.
— Mais bien sûr ! ricane Carrie. T’as pas touché le totem depuis douze jours, au cas où tu l’aurais oublié. Vous en avez un, vous aussi ? elle nous demande.
— Comment ça, un totem ? s’étonne Crocsy.
Bon sang, ces deux-là sont impossibles.
— Allez-vous en, j’ordonne en les repoussant. Pas question que vos bizarreries de Wolinski déteignent sur nous.
— Vilain Rafifou ! pleurniche Don en faisant trembler son menton.
Ma mâchoire se décroche, je me tourne vers ma copine en la fusillant du regard.
— Quel est ton problème avec le mot « Raf » ? je m’exclame. Mes potes m’ont toujours appelé Raf, et les voilà qui se mettent tout à coup à utiliser ce surnom horrible que ton esprit a créé pour me rendre dingue.
Elle se contente d’une moue de prédatrice qui ne pourrait pas mieux coller avec son accoutrement de rollergirl badass.
De nouveau en tête à tête avec elle, je vérifie deux fois qu’elle a correctement enfilé toutes ses protections. Elle s’apprête à disputer sa première rencontre, et je ne suis pas serein.
— J’ai déjà vu Georgia affronter ces filles, je grogne en désignant le groupe adverse de l’autre côté de la piste. Ce sont des brutes.
Je tapote l’étoile collée sur son casque, indiquant son rôle de jammer, et grimace. C’est elle qui est chargée de marquer des points, elle est donc la cible des quatre blockers adverses qui vont tout faire pour l’empêcher de les dépasser.
Si elles touchent à un seul de ses cheveux…
— Tu t’inquiètes pour moi ? murmure Juliet en posant ses paumes sur ma poitrine. C’est trop mignon.
Je saisis son menton entre deux doigts et relève un peu son visage.
— Si l’une d’elles te blesse, je mettrai Amy sur le c…
Son index se presse contre ma bouche pour me faire taire.
— Relax, je les laisserai pas me choper. Tu sais combien je peux être insaisissable quand je veux.
Oh ! oui ! Cela dit, depuis qu’on sort ensemble elle et moi, Juliet poursuit son évolution. Accepter l’offre de Georgia est d’ailleurs l’un de ses nombreux progrès, vu ses craintes. Intégrer une équipe, c’est accepter de compter les uns sur les autres. Je suis bien placé pour le savoir, moi aussi. Comme pour attester mes pensées, Luke, Andy et Dallas poussent les portes du gymnase et contournent la piste.
— Quelle femme ! s’écrie Dallas en détaillant Juliet. T’es presque aussi impressionnante que Hitman.
— T’es prête à mordre des bras et tirer des cheveux ? lui demande Andy.
— C’est interdit, rigole Crocsy. Mais y’a moyen que je fracture une ou deux paires de genoux, elle plaisante.
— C’est ton premier match, contente-toi de patiner, je marmonne.
— Rafifou est stressé ? susurre Dallas en ébouriffant mes cheveux.
Je frappe son bras.
— Si vous persistez à m’appeler comme ça, je redeviens associable, j’vous préviens.
Ils se barrent en se marrant et s’installent dans les gradins, à côté d’Amy et Lewis, déjà assis à côté des Wolinski.
Je jette un coup d’œil soucieux à la ronde en expirant.
— Approche, chuchote Juliet en tirant sur mon tee-shirt.
Elle dépose plusieurs baisers sur mes joues, mon nez puis ma bouche.
— Je me vengerai, je prononce contre ses lèvres. À Tampa, tu me revaudras ça.
Cette mention provoque la réaction attendue, Crocsy recule d’un pas. Je n’ai plus abordé ce sujet depuis un bail, pas même après que nous nous soyons mis ensemble. J’ai préféré user de ce temps pour lui prouver de cent façons différentes qu’elle n’avait aucune raison de s’inquiéter de ce « nous » divinement bon. Mais la compétition a lieu dans une semaine, et j’ai autant envie qu’elle vienne qu’au premier jour. Maintenant que mes sentiments sont limpides, je sais pourquoi ça me tenait tant à cœur il y a déjà des semaines.
— Je me demandais quand tu remettrais ça sur le tapis, elle réplique en posant un poing sur sa hanche.
— Il nous reste encore le dernier épisode à tourner là-bas. Ne crois pas y échapper.
— J’ai déjà rendu mon devoir, elle argue avec insolence.
— Et tu vas certainement obtenir la meilleure note, vu la réaction de ton prof.
Son sourire victorieux me fait fondre. Je glisse mes doigts autour de ses flancs et la ramène vers moi.
— Grâce à moi, je frime en pinçant sa peau.
Elle passe ses bras autour de ma nuque, colle sa poitrine à mon torse et joue avec mes cheveux.
— Ça valait le coup de supporter ces longues heures à te regarder rider, c’est vrai. Et je suis devenue l’élève préférée de M. Radcliffe.
— Grâce à moi, je répète en me pressant contre elle.
Bon sang, je meurs d’envie de l’entraîner n’importe où et de lui retirer ses fringues.
— Tout ça pour dire que j’ai pas besoin de t’accompagner là-bas… elle articule d’une voix chantante.
— Moi non plus, j’ai pas besoin que tu viennes, Crocsy. Mais j’en ai très envie.
Une étincelle brille dans ses prunelles, juste avant que sa langue virevolte dans ma bouche. Mes mains migrent mystérieusement sur ses fesses.
— Un peu de tenue ! crie Georgia en roulant jusqu’à nous. Allez, Ju ! On y va !
Elle attrape le bras de ma nana et l’entraîne à sa suite.
Je cligne des yeux, les lèvres encore humides de cet assaut. Attends, mais Juliet ne m’a même pas répondu !
— Hey ! je la hèle. Arrête d’user de tes charmes pour me faire perdre le fil !
Elle tourne sur elle-même, m’envoie un baiser puis fonce jusqu’à sa nouvelle meute aux casques multicolores.
Je marche vers mes amis et m’assieds entre Dal et Lewis.
— Alors, Torres, ça fait quoi d’être un CDGPA ? m’envoie Conley en feignant d’être désolé.
— Un quoi ?
— Un Campus Driver Gouverné Par l’Amour, m’éclaire Don.
— Oh ! C’est plutôt cool.
Très cool.
— Maintenant, passons à la question à mille dollars… Qui sera le prochain ? s’enquiert Lewis en se penchant pour regarder mes acolytes.
Ses yeux perçants scannent lentement chacun de mes trois meilleurs amis.
— Pourquoi, c’est contagieux ? rétorque Andy.
— Absolument, confirme Lewis. Chez nous, ça a commencé par Lane, et avant qu’on ait eu le temps de dire « fuyons ! », on y est tous passés les uns après les autres. Une véritable hécatombe, une pandémie, un apo…
Amy crochète le cou de son mec et le bloque sous son bras.
— Un apogée d’amour, il croasse.
— Je mise sur Luke, intervient Don en plissant le nez.
— Je suis le chanceux de la bande, il contre, sûr de lui. Je ne tomberai pas dans ce piège, choisis un autre candidat.
— Cette naïveté, glousse Carrie. Je mise aussi sur toi, stupide chauffeur, juste pour avoir l’occasion de piétiner les cendres de ton arrogance quand ton tour viendra.
— Tu vas me porter la poisse ! siffle Luke. Vous êtes tous très mignons à vous bécoter ou vous…
Il lorgne la tête de Lewis toujours coincée sous la prise de Firebird avant de cligner des yeux.
— Bref, j’ai déjà le base-ball dans ma vie, ma voiture et une flopée de Post-it, il précise en m’adressant un clin d’œil reconnaissant. J’ai tout ce qu’il me faut pour être heureux.
— Je suis le seul à avoir une impression de déjà-vu ? lance Don à Conley.
Les coups de sifflet qui retentissent en contrebas mettent fin à cette conversation, notre attention converge vers la piste.
Les deux groupes de cinq joueuses entrent en jeu et mon ventre se serre. Je pose mes coudes sur mes cuisses et cale mon menton entre mes paumes. Crocsy cogne son poing contre celui de ses coéquipières, elles poussent un cri de guerrières et s’élancent toutes. Foutue Georgia.
Les jams 1 s’enchaînent, et je me détends en voyant que ma copine fend la piste en esquivant les joueuses adverses avec une agilité incroyable. Elle accumule les points, j’entends d’ici les supporters de l’autre équipe râler et pester.
— Elle est née avec des patins aux pieds ? hallucine Luke.
Je hoche la tête avec fierté et lui envoie des encouragements véhéments.
J’ai assisté à un paquet de matchs de Georgia, mais jamais avec autant
d’intérêt. Soudain, alors que Juliet a un tour d’avance sur le pack 2, l’une des blockers se propulse dans sa direction comme un buffle en colère. Je me redresse aussitôt et manque de débouler sur le parquet en voyant Crocsy à deux doigts de se faire satelliser. Heureusement, ma copine encaisse le choc sans être projetée au sol, et je retombe assis, le souffle court.
— Putain, je déteste ce jeu, je grince en me frottant le visage.
— Moi, j’adore, déclare Amy, très attentive au spectacle. J’vais demander à Juliet de m’initier.
— Une véritable boucherie, chuchote Dallas.
— Vas-y, Juliet ! Fais bouffer tes roulettes à cette dinde ! Lamine-la ! Enfonce tes dents dans sa carotide !
Mes potes et moi nous retournons comme un seul homme vers celle qui vient de brailler. J’aurais parié sur Amy, mais c’est Carrie qui est à l’origine de cet encouragement extrême. Je sais que Mme Wolinski n’a pas sa langue dans sa poche mais je ne l’imaginais pas être une supportrice aussi acharnée. Donovan remarque nos mines surprises, il pince les lèvres et hausse les épaules.
— C’est ma meuf, il lance sur un ton habitué. Et encore, je trouve qu’elle est sage, aujourd’hui. Vous auriez dû la voir quand j’ai joué contre
les Timberwolves 3, j’ai cru qu’elle allait débouler sur le terrain. Elle n’a plus le droit d’avoir une place au premier rang.
Je ramène mes yeux sur Juliet, à présent assise sur le banc pour profiter d’une courte pause. Sa bouteille d’eau à la main, elle nous contemple avec un air heureux sur le visage. Elle regarde ensuite ses pieds, se perdant quelques instants dans ses pensées, puis observe ses copines à côté d’elle avant de river ses prunelles aux miennes. J’ai beau me tenir à plusieurs mètres, je décrypte ce qu’elle ressent et hoche la tête pour lui montrer que j’ai compris. Elle se sent bien parmi nous.
Ses iris encore épinglés à moi, ses lèvres bougent sans émettre le moindre son. Mon cœur cogne contre ma poitrine. Est-ce que j’ai correctement lu sur ses lèvres ?
— Qu’est-ce qu’elle a dit ? j’interroge Dallas, qui regarde dans la même direction.
— Qui ?
— Crocsy !
— Aucune idée. Je matais ce petit canon là-bas, désolé.
— J’ai lu « baisse les yeux, connard », propose Amy à sa place.
— Moi, j’ai compris « je t’épilerai les burnes », s’en mêle Carrie.
Lewis passe son bras sur mes épaules avec un air satisfait sur la tronche.
— Amy et Carrie ont leur façon bien à elles de dévoiler leurs sentiments, donc ignore la forme, mais le fond est bon.
Je t’aime, Rafael. Voilà ce qu’a articulé Juliet, et une énergie puissante se diffuse dans tout mon corps. Je saute sur mes pieds au moment où les deux équipes s’apprêtent à relancer un jam.
— Elle est amoureuse d’un skateur ! je hurle alors en la pointant du doigt.
Tout le monde suit mon doigt jusqu’à Juliet, dont la bouche est grande ouverte.
— Et il l’aime aussi ! je crie encore plus fort.
1. Manches en roller derby.
2. Groupe de blockers.
3. Équipe de basket de Minneapolis.
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