Campus drivers Tome 4 - Love Machine

C. S. Quill · Chapitre 21 sur 63

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Campus drivers Tome 4 - Love Machine

20 - Rafael

20

 

 

Rafael

 

Il s’est écoulé dix jours depuis que nous avons calé un semblant de plan d’attaque avec Juliet à la bibliothèque. Et cette nouvelle semaine est d’un ennui mortel. Tout comme le cours auquel j’assiste en ce moment même.

On est mercredi. La dernière fois que j’ai vu Juliet, c’était vendredi. Et après plusieurs jours sans la conduire, mes trajets classiques me paraissent insipides. Je ne pensais pas dire ça au départ, mais les courses avec elle sont les plus divertissantes. Pourtant, pas plus tard que tout à l’heure, je me suis fait draguer par une jolie cliente de dernière année qui m’a laissé son numéro. Bien sûr que je vais la rappeler, mais c’est devenu presque ennuyant en comparaison d’une Juliet imprévisible. Quand je pars la chercher, je me demande toujours ce qu’il va se passer.

En conclusion, je suis maso. Alors, je profite d’une pause entre deux cours pour lui envoyer un SMS.

RAFAEL : Toujours pas de résa ce matin, j’espère que tu n’as

pas jeté l’éponge. Ou pire, jeté ton dévolu en douce sur mes

coéquipiers. Les pauvres, ils n’ont pas les épaules pour te gérer.

Elle me répond immédiatement.

JULIET : T’es dépendant ou quoi ?

RAFAEL : Je suis seulement pragmatique (et vénal). Tu m’avais

promis des courses tous les jours, je comptais sur ton argent

pour m’offrir une prothèse qui parle.

JULIET : Mon frère me guette, je l’ai vu prendre des notes dans

son petit cahier de commérages. Il me scrutait chaque fois. Il

doit commencer à se douter de quelque chose.

RAFAEL : Un truc de jumeau ?

JULIET : Nan, j’ai toujours eu l’intime conviction que la NASA

avait installé une puce dans son cerveau. J’espère que les ondes

du Wi-Fi la feront cramer.

Quand elle fait preuve de cette légèreté, j’ai du mal à comprendre l’ampleur de son blocage automobile. Pourtant, la virée à Tampa semble encore loin d’être gagnée.

RAFAEL : Pourquoi tu lui racontes toujours pas ?

JULIET : J’attends encore un peu, je connais la bête. Il va

vouloir monter dans ta voiture matin, midi et soir. Il sera

comme une sangsue collée à tes fesses, qui aspirera ton âme.

RAFAEL : Ça doublerait mon bénéfice. Je devrais tout lui

balancer !

JULIET : L’appât du gain, c’est moche. Mais je suis de bonne

humeur aujourd’hui, alors je passerai outre.

RAFAEL : Comment ça se fait ?

JULIET : Y’a pas de raison à la bonne humeur ! Seulement à la

mauvaise.

RAFAEL : Hum… C’est louche.

JULIET : Tu n’es pas réceptif, je vais choisir un autre chauffeur

pour aujourd’hui.

RAFAEL : Ce sont mes amis, je les préviendrai de se fournir en

petits sacs à vomi.

JULIET : Chien de la casse.

Je m’apprête à lui envoyer un GIF, mais le temps de sélectionner le plus adapté, je reçois une demande de réservation de sa part sur l’application, avec un départ à midi pour la ramener chez elle. Pas trop tôt !

RAFAEL : Attends-moi à côté des terrains de tennis, je suis garé

au P10.

Elle ne me répond pas, elle a dû retourner en cours, elle aussi.

À l’heure du déjeuner, je quitte la salle et file en direction du parking où mon Alfa Romeo est garée. À mi-chemin, je tombe sur Luke et me sens contraint de m’arrêter. Son front est couvert de noir, son pull aussi, et il a l’air excédé.

— T’as ramoné une cheminée ou quoi ? j’envoie pour l’achever.

— C’est pas le moment, il grogne.

— ¿Qué pasa?

— C’est Tory, elle a décidé de faire de ma vie un enfer depuis hier.

La copine de Crocsy ?

— Tu connais Tory, toi aussi ? je m’étonne. Quelle imprudence !

— Qui ça ? J’te parle de ma bagnole. Suis un peu !

Ah ! oui, Tory, le petit nom donné par Luke à sa Ford Torino. Au temps pour moi.

— T’as besoin que je jette un coup d’œil ?

— J’me suis débrouillé. Lewis m’a conseillé par téléphone, et c’est rentré dans l’ordre. Je trace me changer et j’enchaîne avec ma course suivante.

— OK, pas de souci. À toute, vieux.

Je reprends mon chemin en m’activant, j’ai déjà presque dix minutes de retard. Juliet va finir par croire que je le fais exprès.

Une fois au point de rendez-vous, je tourne sur moi-même pour la localiser et la repère sur le trottoir d’en face, assise sur un banc, avec son bonnet et ses lunettes de soleil. Concentrée sur le cahier qu’elle tient entre ses mains, elle ne me voit pas arriver. J’accélère, prends de l’élan et me jette sur le banc pour que mes fesses me fassent glisser jusqu’à elle.

— Salut, Juliet ! je lance en rebondissant contre son épaule.

Mauvais timing, je n’avais pas vu qu’elle était en train de boire et d’écrire en même temps. Elle sursaute, et la secousse fait déraper son stylo sur la page, tirant un long trait noir sur ses notes. Pire, elle renverse la moitié de son gobelet sur son sweat beige, qui s’auréole immédiatement de marron foncé.

— Merde, désolé !

Ses yeux écarquillés me balancent des éclairs plus vite que ses lèvres n’arrivent à formuler la moindre phrase.

— Non, tu, mais… Je ne… Mais… Mais…

Elle ferme les paupières et prend une profonde inspiration pour se canaliser.

— Toi aussi, tu m’as manqué, je déclare avec un grand sourire en m’éloignant de quelques centimètres, au cas où.

— Mon pull est foutu, elle marmonne en tamponnant une serviette dessus.

— J’en ai un autre dans la voiture, prends le mien.

Je me débarrasse de mon sweat et le lui tends. Elle pose ses affaires à côté d’elle et retire le sien en se dandinant sur place. Je mords dans ma lèvre en découvrant son tee-shirt blanc, sali lui aussi par son café.

— Génial ! elle râle en s’en rendant compte. On dirait que j’ai eu une montée de lait.

— De café au lait, je précise. Je peux prendre une photo pour mon boss Donovan ? Le lait, ça le passionne.

— Tu voudrais envoyer une photo de mes seins à ton boss ?

— À aucun moment j’ai parlé de ta poitrine. Tu cherches à me faire passer un message, Crocsy ?

Ses prunelles assassines me transpercent.

— Je vais marcher sur ta gorge.

Je bute sur ses mots avant d’éclater de rire.

— Tu faisais quoi ? j’essaie de changer de sujet tandis qu’elle enfile mon pull.

— Hormis t’attendre depuis douze minutes ?

— Je te sens impatiente, c’est mignon.

Elle prend son stylo comme une arme et mime un coup de poignard vers mon cœur.

— Où s’est envolée la bonne humeur dont tu t’es vantée dans ton texto ? C’est de la publicité mensongère, tu m’as tendu un piège. J’aurais refusé la course, si j’avais su.

— Apparemment, elle s’évapore à ton contact, elle rétorque en battant des cils. Allons-y. Je meurs de faim et j’ai caché une part de tarte aux pommes dans ma chambre. Je l’entends d’ici susurrer mon prénom d’une voix sucrée.

Elle quitte le banc sans attendre et part devant.

— Je suis garé là-bas ! je crie en désignant la direction opposée.

Elle change de trajectoire, et nous atteignons ma voiture sans nouvelle embûche. Le cliquetis de sa ceinture et le ronronnement du moteur ne suffisent pas à couvrir le gargouillis de son estomac.

— Manger, elle articule en réponse à mon regard amusé.

— Avant ça, pour récompenser ton attente de douze minutes, j’ai une surprise pour toi.

L’idée vient de s’imposer à moi, et elle me plaît beaucoup.

Je quitte mon stationnement et m’engage dans le trafic.

— Est-ce que ça se mange ?

— Non.

— Dommage, j’ai faim, et rien d’autre ne m’intéresse. Ramène-moi chez moi comme prévu.

— Tu es merveilleusement agréable aujourd’hui. Une raison particulière à tant de sympathie ?

— Tout allait bien ce matin, mais cette dernière heure de cours était nulle, mon prof d’expression écrite fait beaucoup trop de bruit quand il boit, la fille qui était assise à côté de moi s’est mouchée et…

— T’es énervée parce qu’un être humain s’est mouché ?

— Oui, ça me dégoûte.

— Mais t’aurais voulu qu’elle fasse quoi ? je me marre. Qu’elle passe cinquante-cinq minutes à renifler ?

— Non. Que son nez se bouche et qu’elle s’étouffe.

— C’est plutôt radical.

— Oh ! Et un abruti m’a fait renverser mon café au lait sur moi pour clôturer cette matinée. Ça te semble suffisant comme arguments ?

— Oui.

— Merci de ta compréhension.

— Mais la surprise tient toujours, alors cesse de me mater de travers et regarde la route, qui n’est pas celle pour rentrer chez toi. Ta tarte aux pommes attendra le goûter.

Elle tourne la tête d’un côté puis de l’autre et tente de résoudre l’énigme de notre destination.

— Je suis flatté, tu ne te rebelles même pas. Je craignais que ta disparition de ces derniers jours te fasse régresser, mais j’peux clairement t’emmener n’importe où, maintenant. J’applaudis ta progression. Bientôt Tampaaa !

À cette mention, elle tord sa bouche et plisse le front. En presque quatre semaines de thérapie automobile, c’est la première fois qu’elle n’est pas scotchée au pare-brise avec la nécessité de connaître la durée de l’expédition. Un sourire discret étire d’ailleurs ses lèvres, comme si elle se faisait la même réflexion.

— Je t’ai vu sourire, je frime en pianotant sur mon volant.

— C’était une grimace. J’ai subi un spasme de l’utérus, on dirait que mes règles vont arriver avec deux jours d’avance.

— Menteuse. Une menteuse écœurante, par-dessus le marché. Je t’interdis de me confier des trucs pareils, putain !

— Quand est-ce que tu vas me dire où tu m’emmènes ?

— Dès que j’aurai exorcisé les images que tu viens de faire naître dans mon esprit.

Tandis que je me lance dans une litanie de prières inventées de toutes pièces, elle continue à observer les alentours.

Nous longeons le bord de mer quand je daigne enfin reprendre la parole.

— Allez, j’te file un mini indice. On va légèrement modifier l’exercice, histoire de casser la routine de nos rencontres clandestines.

— C’est-à-dire ?

— Tu me fais confiance ?

— Bien sûr que non, elle rétorque sans gêne. Le dernier changement dans la feuille de route m’a obligée à te regarder skater pendant trois quarts d’heure.

— T’as dit que le bagel était délicieux.

— Pourquoi tu parles de nourriture alors que je viens de te dire que je crevais la dalle ?

— Ronge ton frein, Crocsy, y’a largement de quoi te caler là où je t’emmène.

— Je déteste ne pas savoir où je vais, elle souffle sur un ton moins serein.

Bon, ses réflexes reviennent déjà.

— T’inquiète, au prochain croisement, on est arrivés.

J’emprunte la voie qui tourne à gauche et, face à nous, se dresse à présent un énorme parc d’attractions.

— Oui, oui, c’est bien là, je l’informe en lisant la surprise sur son profil.

— Quel est le lien avec notre arrangement ?

— Tu vas voir…

Je stationne mon Alfa Romeo et nous commençons par commander deux hamburgers au premier snack que nous croisons. La faim influe clairement sur le tempérament de Juliet qui n’est déjà pas commode en temps normal.

— Tu te sens mieux ? je raille alors qu’elle avale sa dernière frite. Le démon en toi est nourri ?

— Un mini donut et il sera calmé.

Je me laisse tenter moi aussi, avant de lancer enfin mon plan.

— Debout, Crocsy, l’heure est venue.

Elle reste assise, méfiante.

— Je ne saisis pas ce qui se passe, elle m’explique en jouant avec la manche trop longue de mon pull. Qu’est-ce qu’on fait là, hors de ta voiture ?

Du Juliet tout craché, malgré le peu de recul que j’ai sur elle. Heureusement que je ne suis pas susceptible.

— Zen ! Ne va rien imaginer, l’asociale ! On ne sort pas du cadre de ta désensibilisation, c’est promis.

— OK…

— On va y aller mollo, viens par ici.

Sans réfléchir, je passe un bras sur ses épaules pour la guider. En retour, elle me fiche un coup de coude dans les côtes. Le message est clair. Je me décale en rigolant. C’est agréable de nouer une pseudo-relation sans ambiguïté, dans laquelle personne n’attend rien de l’autre.

Tandis qu’on déambule entre les nombreux visiteurs, son regard flâne sur les stands.

— Je n’ai pas remis les pieds dans un parc d’attractions depuis des années, elle commente. J’avais oublié l’atmosphère qui s’en dégage. Ces gens qui se marrent, crient leur joie ou leur frustration en mangeant des cochonneries aux couleurs inquiétantes.

— Et voilà, on y est, je chuchote à son oreille, impatient d’être témoin de sa réaction.

Elle quitte des yeux le type qui essaie de battre un record de tractions pour les poser sur…

— Tu rigoles ? elle répond en levant la tête vers moi.

— Pas encore, mais je sens que ça ne va pas tarder.

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