Campus drivers Tome 4 - Love Machine
50 - Rafael
50
Rafael
La Terre vient de s’arrêter de tourner. Tout est figé autour de moi, y compris Juliet, qui me regarde avec de grands yeux écarquillés, ses mains devant la bouche. Face à moi, c’est enfin la Juliet que j’espérais découvrir, mais je n’avais jamais entendu quelqu’un hurler comme elle l’a fait.
— T’as dit quoi ?
J’ai parfaitement discerné sa dernière phrase mais je n’arrive pas à y mettre de sens. Le désespoir qu’elle a insufflé dans son cri et dans ses mots agit comme un mazout collant qui s’insinue dans mes poumons.
— Ju…
— Va-t’en, elle souffle, au bord des larmes.
— Jamais de la vie.
— Félicitations, tu viens de m’arracher ce que tu tenais tant à savoir. Alors maintenant, dégage !
Je balbutie un non en avançant vers elle. Mon mouvement lui fait l’effet d’un détonateur, son choc se transforme en rage incontrôlable à mon égard.
— Quoi, ça te suffit toujours pas ? Tu veux aussi les détails ? elle crie en me repoussant de ses paumes. Tu veux savoir précisément ce qu’il s’est passé dans cette bagnole, Rafael ? Que mon petit ami conduisait et qu’il n’a pas supporté que je lui dise que je voulais rompre ? Qu’il a estimé avoir davantage besoin de moi que de vivre et qu’il a envoyé la voiture dans un ravin ? C’est bon, comme ça ? Ta curiosité est rassasiée ? Oh ! Attends, est-ce que je dois en profiter pour m’excuser d’avoir eu peur de remonter en voiture après ça ? D’avoir fait tout mon possible pour ne pas reproduire ce que j’ai provoqué ? Je suis désolée, elle crache en appuyant sur chaque mot. Je suis vraiment désolée d’être terrifiée à l’idée qu’une personne puisse avoir besoin de moi.
Sa poitrine se soulève à un rythme indécent, la mienne est inerte, écartelée par ce qu’elle vient de révéler. Cet aveu est trop lourd à encaisser pour que je puisse organiser mes pensées, mais je veux la serrer contre moi, lui dire que je suis désolé d’avoir réagi de cette manière, que j’en savais rien, que j’ai pas réfléchi parce que je ne m’attendais pas à tomber amoureux d’elle.
Je tends mes bras dans sa direction, mais elle saute en arrière.
— Mes prétextes et moi te souhaitons une bonne soirée, elle conclut sur un timbre éraillé.
Elle fait volte-face vers sa maison, devant laquelle j’aperçois ses parents, sa sœur et ses frères en même temps qu’elle. Debout sous le porche, formant une ligne impénétrable, ils la dévisagent, livides. Nos éclats de voix ont dû les alerter, et je n’ai pas besoin de me demander s’ils ont assisté à ce déballage. Leurs traits décomposés parlent d’eux-mêmes.
— Juice ? articule Warren, sous le choc.
Je comprends soudain qu’eux non plus n’étaient pas au courant. Leur comportement ne laisse pas de place au doute.
— Non… Pas ça… elle suffoque en serrant ses bras autour de son ventre.
Juliet se met à trembler, à tanguer. Je me rue sur elle, et lorsque mes doigts se referment autour de son coude, elle le tire d’un coup sec.
— Casse-toi ! elle explose en s’éloignant de moi.
Le gémissement qui lui échappe ensuite me plonge dans un puits de tourments. Je piétine sur place en enfouissant mes paumes dans mes cheveux, désorienté.
— Juliet, rentre à la maison, ordonne son père sur un timbre contenu.
— J’arrive, elle lui répond sans émotion. Allez m’attendre dans le salon, j’en ai pour une minute.
Le clan Monroe m’observe, avant de quitter le porche. J’aurais aimé les rencontrer dans un autre contexte. Y’a plein de choses que j’aurais aimé faire autrement.
— Juliet, je suis dé…
— J’te le pardonnerai jamais, elle murmure d’une voix blanche.
Il y a quelques minutes, je pensais que la sortir de ma vie serait la solution pour me défaire de l’impasse dans laquelle elle nous maintenait, mais à présent que je la sens m’échapper, je prends conscience que j’étais à côté de la plaque. Je n’ai pas envie de la perdre.
— Crocsy, s’il te plaît.
— Ne m’appelle pas comme ça. Cette Crocsy n’existe pas. Je pensais avoir enfin réussi à me défaire de mes erreurs, mais tout ça…
Elle remue ses mains devant elle avant de les refermer en deux poings crispés.
— Tout ça, c’était que du vent.
Je l’ai cru aussi, mais…
— Ne dis pas ça, je tiens à toi.
— Bien sûr. Maintenant que tu as obtenu ce que tu voulais, j’imagine que tu te sens mieux. Moi aussi, je tenais à toi. T’avais réussi à réveiller quelque chose en moi. Tu as cru que me percer à jour modifierait ma façon de me comporter avec toi et tu avais raison, Rafael. Ça change tout.
Elle remonte son allée, gravit la première marche du perron et m’envoie un ultime regard.
— Tu avais raison, c’est terminé.
Je retrouve l’usage de mes jambes en la voyant passer la porte, mais quand je l’atteins pour la retenir, Warren se matérialise sur le paillasson. Je ne l’ai vu que deux fois, mais son air espiègle a disparu. Il est dévasté.
— Laisse-moi entrer, je t’en prie.
— Rentre chez toi, Rafael.
— On peut pas finir cette conversation comme ça.
— C’est pas le moment. On vient de découvrir que le mec de ma sœur a voulu la tuer et qu’elle nous a caché ça tout ce temps. Je me retiens à l’encadrement pour ne pas tout retourner dans la baraque et j’ose même pas imaginer l’état de mes parents. On a besoin de gérer ça en famille. Juliet a besoin de gérer ça en famille.
Je me mords les joues à en saigner pour m’empêcher de forcer le passage. J’ai l’impression que tout va s’arrêter si je m’en vais, mais Warren a raison, je n’ai pas ma place ici. Pire, j’ai détruit celle que j’étais parvenu à me créer auprès de Juliet à cause d’un caprice de mioche frustré.
— Dis-lui que je suis désolé, je souffle.
Il hoche la tête et commence à refermer la porte avant de s’immobiliser.
— Merci d’avoir fait sauter son verrou. Si tu parles encore à ma sœur sur ce ton, je t’explose la tronche, mais merci.
Sa reconnaissance me blesse les oreilles. Ce n’est pas de cette manière que j’aurais dû agir.
Dès qu’il a refermé la porte, je tombe assis sur une marche et me cache le visage dans les mains. J’avais fini par me persuader que cet accident de voiture n’était qu’une façade, jamais je n’aurais pu imaginer quelque chose d’aussi grave. Je me sens soudain sale. Un énorme connard égoïste.
Quand on s’est embrassés, qu’elle a gémi contre cet arbre, mes sentiments ont explosé dans ma poitrine, et la déflagration a brouillé ma raison. Comprendre que je ne pourrais jamais me contenter de ce qu’elle était prête à me donner m’a rendu terriblement vulnérable, et j’ai déraillé. Je lui ai balancé sans filtre ce que j’avais sur le cœur. J’étais en colère de l’avoir si proche de moi et qu’elle reste inaccessible. Je n’avais jamais ressenti un truc pareil pour personne et j’ai perdu le contrôle.
J’aimerais appuyer sur pause, faire un retour en arrière et modifier mes mots, mais c’est trop tard.
Écrasé par le sentiment d’être un étranger sur cette marche, je remonte en voiture et roule sans réfléchir, focalisé sur les images qui se succèdent dans ma tête.
Ce n’était pas un accident. Je ne parviens même pas à concevoir une seconde qu’une tragédie pareille se soit produite et j’ai envie de vomir. Une tonne de choses deviennent pourtant plus claires concernant Juliet, mais la délivrance que j’espérais en mettant la lumière sur ses ombres est absente.
Je lorgne le siège vide à côté de moi, et l’absence vrombit davantage dans ma poitrine. En reportant mes yeux devant, je constate que mon Alfa Romeo s’est déplacée seule jusque chez moi. Sans sa Juliet.
Comme souvent, la porte d’entrée de Divina est ouverte. Je la franchis sans un bruit et pénètre dans la grande salle à manger. Je m’attends à y trouver quelques-unes de mes tantes, trop occupées à jouer aux cartes pour se soucier de moi. Certainement pas les Campus Drivers au complet en train de boire une bière et déguster les papas rellenas de Veronica. Même Lewis est assis au bout de la table, Amy sur ses genoux. Mon premier réflexe est de me tendre, mais dans la seconde, un étrange soulagement me gagne. Ils ont leur place ici, au même titre que les autres membres de ma famille.
Dallas s’apprête à mordre dans son plat, il se fige en se raclant la gorge.
— Oups, pris en flag… il articule la bouche pleine.
— Je rêve ou vous bouffez chez moi dans mon dos ? je lance en croisant les bras.
— Aucun de nous n’a de course, et Andy avait la dalle, il se justifie.
— Hey ! C’est toi qui as voulu venir ! rétorque celui-ci.
Je prends une chaise et me laisse tomber dessus. Andy me tend une assiette, mais je la refuse d’un geste de la main.
— Tu dis non à une papa rellena ? s’inquiète Luke.
Lorsque je croise son regard, il décrypte immédiatement que quelque chose ne va pas. À vrai dire, tout le monde s’en rend compte, et je n’ai pas la force de faire comme si tout allait bien.
— Comment s’est passé le rencard de Juliet ? m’envoie Lewis de but en blanc.
— Très bien, répond Dallas à ma place. J’ai été charmant d’un bout à l’autre.
— Tu me prends pour un abruti ? J’ai compris ce que Torres a trafiqué en voyant la tronche qu’il tire. Je parie qu’on va encore recevoir un message de la Love Machine.
— T’inquiète pas, boss, j’ai ramené Martin chez lui en un seul morceau, le rassure Luke.
Lewis nous mate l’un après l’autre en secouant la tête. Franchement, je me fiche des conséquences de mes manigances du jour, j’en ai de plus lourdes sur le cœur.
— Vous êtes solidaires, j’aime ça ! s’exclame tout à coup notre boss en tapant dans ses mains. Je vais être obligé de vous balancer aux autres, histoire d’ajouter des points à notre compétition intercampus, mais sachez que je vous pardonne rien que pour ça. Maintenant, je te repose la question, Raf. Comment s’est passé le rencard avec Juliet ?
— Je l’ai saboté.
Mon aveu les surprend tous, parce que je ne suis pas si enclin à répondre d’habitude. Mais ce soir, je me sens trop perdu pour me taire.
— Il a crevé son pneu, déclare Luke sur un timbre accusateur.
— Tu as quoi ? ils se révoltent tous d’une même voix.
— C’était pas nécessaire de leur révéler ça, Lucky…
— Pardon, mais c’était trop dur à porter seul.
— C’est une honte ! me réprimande Conley.
— Elle comptait embrasser ce Martin de mes deux, j’ai réagi à chaud.
Une fois de plus. Ça s’est passé il y a tout juste une heure, pourtant j’ai l’impression qu’il s’est écoulé un siècle depuis. Bon sang, cette soirée n’a été qu’une succession de conneries. La narine de Tory n’est finalement pas si mauvaise : ça a dépoté, mais pas de la façon dont je l’avais interprété.
— Ouais, enfin, de là à faire du mal à ta bagnole… reprend Lewis.
— T’aurais pas crevé ton pneu pour moi ? lui demande sa copine.
— Jamais de la vie ! Je t’aime, Firebird, mais y’a des limites à ce qu’on peut faire par amour.
Cette phrase me provoque une montée de culpabilité.
— Tu supportes pas qu’on pose un doigt sur ta carrosserie, tu l’aurais pas fait non plus, il continue.
— Mes pneus, nan. Des yeux, par contre… elle ajoute en remuant ses longs ongles bordeaux.
— Elle y réfléchit sérieusement, commente Dallas.
— Je suis sûr qu’elle l’a déjà fait, chuchote Andy.
— C’est pour camoufler le sang de ses victimes qu’elle les peint de cette couleur, renchérit Luke.
Amy mordille l’un de ses ongles en arborant son regard hitmanesque.
— Bref ! Comment ça s’est déroulé ensuite, Raf ? reprend Lewis.
— Pourquoi tu dis ça comme si tu connaissais la réponse ?
— Parce que ta figure ressemble à s’y méprendre à celle de Lane quand il a merdé avec Lois, puis de Don quand Carrie lui a mis un râteau.
— Parce que la tienne ressemblait pas à ça quand t’as failli me perdre ? lance Amy en quittant les cuisses de son mec.
— Il a merdé ou tu lui as mis un râteau ? s’enquiert Luke.
— Les deux, elle rétorque.
— Tu lui as brisé un os ?
— Eh, oh ! s’immisce Lewis. On s’éloigne du sujet, là !
Toute la tablée se remet à me dévisager. Je partage rarement ce que je ressens, et encore moins depuis mon accident, mais c’est exactement ce que j’ai reproché à Juliet. J’ai besoin d’eux, et ce sentiment est bien moins terrible que ce à quoi je m’attendais.
— On s’est embrassés, et ensuite…
— Tu t’es rendu compte que t’étais à fond sur elle. Oui, ça, on le sait déjà, me coupe Dallas.
— Comment ça, tu le sais déjà ?
— C’est un flair de Campus Driver, m’indique Lewis. Cherche pas, c’est notre destin à tous. À tous… il répète en remuant ses mains vers chacun d’entre nous. Vous êtes foutus, les juniors, vos acolytes auront toujours une longueur d’avance sur vous. Toujours, il répète en remuant à nouveau ses mains.
— Arrêtez de l’interrompre ! s’agace Luke. Rafael nous ouvre son cœur de pierre ! Je suis le seul à me rendre compte de ce miracle ?
— Tu crois qu’il répondrait à la question mystère sur sa lancée ? chuchote Andy.
— Tu le ferais ? me demande Luke.
— Continue, Torres, m’encourage Dallas.
D’une seule traite, je leur raconte pourquoi et comment j’ai pété un plomb. En mettant des mots sur ce qu’il s’est passé, la honte m’étouffe. Comment j’ai pu la traiter comme ça ?
— Je voulais qu’elle me parle. J’voulais qu’elle fasse ce pas vers moi, et ses résistances m’ont rendu infect. Je m’attendais pas à réagir si mal.
— Je t’avoue que je suis surpris aussi, confie Luke. T’es le gars le plus réservé que je connaisse. Il faut être sacrément accroché pour grappiller ton amitié, alors c’est bizarre que cette facette de Juliet t’ait fait vriller.
— Ouais, maintenant que je me retrouve face à la version féminine de moi-même, je me rends compte combien c’est frustrant et épuisant.
Et combien toutes les personnes assises autour de la table sont géniales. Aucun des chauffeurs ne m’a jamais acculé pour obtenir quoi que ce soit de moi. Ils se sont toujours montrés compréhensifs et patients. Je suis difficile à apprivoiser, difficile à enrôler, mais force est de constater que ces Campus Drivers sont les meilleurs amis que peut avoir un idiot comme moi. Je ne sais pas si Lewis devine ce que je viens de comprendre, mais il acquiesce en souriant.
— Je me suis planté en voiture, c’est à cause de ça qu’on m’a amputé.
Silence dans l’assistance. Très long silence. J’ai fini par assumer cette erreur qui m’a coûté cher mais, en intégrant cette équipe de chauffeurs, je mentirais en disant que je n’ai pas craint qu’ils me jugent.
— Quoi, c’est tout ? lance alors Dallas en clignant des yeux.
— Comment ça, c’est tout ? Je viens de répondre à la question que vous me posez trois fois par semaine depuis six mois et ça te suffit pas ?
— Si, mais on avait élaboré des scénarios nettement plus incroyables ! se plaint Andy.
— Vous me devez tous vingt dollars, fanfaronne Luke en tambourinant sur la table. J’ai gagné ! Je vous avais dit que sa conduite de mémé était l’indice ultime !
Je tombe des nues face à leurs réactions.
— Vous avez parié sur moi ?
— Ouais, il confirme avec un haussement d’épaules. Enfin, juste avec Dal et Andy. Hitman est trop mauvaise joueuse, on n’a pas voulu risquer nos vies.
— J’avais pas besoin de jouer avec vous, je le sais depuis que Rafael a signé son contrat, elle lâche tout naturellement.
— Quoi ? j’hallucine en même temps que tout le monde.
— Attends, t’as mené ton enquête sur mes poulains ? s’effare son copain.
— Une vieille habitude.
— Qu’est-ce que tu sais d’autre ? s’inquiète Dallas.
Alors qu’elle mime une fermeture Éclair sur son rouge à lèvres, je la dévisage avec un mélange de stupeur et de respect. Elle aurait pu le raconter à n’importe qui, ou ne serait-ce qu’à Lewis, mais elle n’a rien dit. OK, c’est carrément malaisant d’avoir fait des recherches sur nous, mais à bien y réfléchir, je crois que c’est sa façon à elle de veiller sur nous. Si je lui dis ça, elle va me tordre le cou.
— Pourquoi tu fais tant de mystères autour de ça, Raf ? s’étonne Andy.
— Au début, j’étais en colère contre moi d’avoir été si con et j’avais honte. Ensuite, j’en ai eu marre que les gens me posent systématiquement cette question. Puis c’est devenu un jeu d’inventer une nouvelle version chaque fois. En ce qui vous concerne, c’est un peu différent. J’avais beaucoup de choses à me prouver en entrant chez les Campus Drivers et j’appréhendais votre jugement, j’ajoute en rivant mon regard à celui de mon boss.
— Non coupable ! il braille en abattant son poing sur la table.
La secousse fait tomber sa bouteille de bière vide par terre. Alertée par le bruit, la tête de Divina apparaît à l’entrée de la pièce.
— 1 ¿Qué pasa?
— Tout va bien, tata, la tranquillise Dallas comme si elle l’avait vu grandir.
Elle plisse les yeux et avance vers moi. Oh ! pitié…
— ¿Qué has hecho, Rafael?
— Rien.
— Qu’est-ce que tu as fait ? elle répète en attrapant mon menton entre son pouce et son index.
Elle m’inspecte sous tous les angles jusqu’à ce que sa langue claque contre son palais.
— ¡Oh! demonios, tu t’es disputé avec Juliet !
— Elle est flippante, toussote Lewis.
Il n’a pas idée.
— T’as pas intérêt à la laisser filer, elle m’ordonne en me mettant une petite tape.
Je pousse un soupir las.
— Les âmes sœurs se retrouvent toujours, elle argue d’une voix convaincue.
— Recommence pas avec ça, c’est vraiment pas le moment.
— Je sais que tu as menti, ce soir-là, elle m’accuse en pointant son doigt sur moi. J’ai eu un pressentiment alors j’ai mangé chacun des buñuelos qui restaient sur le plateau, et aucun n’était pimenté ! J’ai eu mal au ventre pendant des heures à cause de toi, sale petit mentiroso.
— C’est quoi, un buñuelo ? demande Amy.
Pendant que Divina lui explique cette pseudo-tradition, Lewis me scrute.
— Tu vas faire quoi ? il m’interroge.
— J’en sais rien. Je suis allé trop loin, elle…
Je tais ce qu’elle m’a hurlé au visage, cette partie-là lui appartient.
— Elle a dit qu’elle ressentait des choses pour moi, elle aussi. Mais j’ai tout bousillé et j’ai aucune idée de ce que je dois faire pour arranger la situation. Si tant est que ça soit possible.
— Bouge pas, je connais une experte dans ces trucs-là.
Il attrape son téléphone, le lève devant lui et lance un appel en visio. Qu’est-ce qu’il fout ?
— Pourquoi tu m’appelles, Conley ?
Je fronce les sourcils en reconnaissant la voix de Carrie.
— J’ai pas le droit de passer un coup de fil à ma Colombienne préférée ?
— Je parviens parfaitement à m’en passer, elle chantonne.
— J’ai besoin de tes lumières sur un dossier.
— Tu veux que je t’aide à remplir un formulaire pour quitter le pays ?
— Non, je suis avec Raf, et il faut que tu l’aides à se rabibocher avec Juliet.
— Laisse-moi deviner, encore un chauffeur trop idiot pour assumer ses sentiments correctement ?
— C’est pas un peu l’hôpital qui se fout de la charité ? se marre Lewis.
Je ne sais pas à quoi il fait référence, mais ça a le don d’énerver Carrie. Elle lui raccroche au nez.
— Ah ! Madame Wolinski… il rigole en relançant un appel. C’est la pire d’entre elles, mais je l’adore, c’est plus fort que moi.
— T’es sûr que c’est une bonne idée ? je grommelle.
— Avec elle, jamais, il réplique juste avant qu’elle ne décroche. Encore un chauffeur trop idiot pour assumer ses sentiments correctement, il lui confirme en hochant la tête.
— J’ai assumé mes sentiments ! je me récrie. C’est elle qui…
— Passe-le-moi, tranche la copine de Don.
Lewis me balance son portable. L’écran affiche en gros plan une tête blonde à lunettes.
— Écoute-moi attentivement, Torres. Toi et tes petits clones chauffeurs, j’vous connais par cœur, alors tu vas faire exactement ce que je te dis.
— Tu veux pas d’abord savoir ce qu’il s’est passé ?
— Si, mais c’était pour que tu saisisses qui est le patron dans notre famille.
Notre famille, oui… Mais qui ne sera complète que lorsque Juliet sera assise à notre table.
1. Qu’est-ce qu’il se passe ?
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