Campus drivers Tome 4 - Love Machine
32 - Juliet
32
Juliet
— Crocsyyy !
Je sursaute en entendant ce surnom émaner d’une autre bouche que celle de Rafael. Il est où, d’ailleurs ? C’est Lewis qui vient de crier comme un animal en courant vers nous, accompagné d’un mec que je ne connais pas. Plus on est de fous, plus on rit, hein ?
— Comment ça va, Crocsyyy ? il en remet une couche en me cognant l’épaule comme un vieux pote.
— Je vois que tu as une nouvelle proie, pointe Lois. T’es insupportable à nous héler comme ça.
— Te tracasse pas, Loiiisss ! Tu seras toujours la première dans mon cœur.
Il fond sur elle pour l’étreindre, mais elle doit avoir l’habitude car elle esquive son attaque en un claquement de doigts, et le basketteur se retrouve à câliner Lane qui était derrière elle.
— Dégage, Conley.
— Personne ne me rend l’amour que je lui donne, se lamente ce dernier. C’est une honte.
Il tend son cou pour chercher quelque chose dans la pièce.
— Quelqu’un a vu Hitman ?
— Amy est dehors avec les amies de Georgia, lui répond Amelia. Elle leur montre comment briser des crânes, je crois.
— Ah… Je plains les Baby Drivers, alors…
Ses yeux reviennent sur moi, et le coin de ses lèvres se relève.
— Tu fais connaissance avec tes futures meilleures copines ?
— Euh…
— Moi, c’est Adam, me sauve celui avec qui il est arrivé. Ravi de te rencontrer.
La douceur de sa voix et de son sourire déclenche le mien en retour.
Quelqu’un se faufile dans mon dos, je reconnais Rafael sans avoir besoin de me retourner. Pas trop tôt, lâcheur ! Sa présence agit comme un décontractant naturel, mon corps se détend aussitôt.
— J’ai entendu Conley hurler ton surnom, il rigole. Je suis venu te prêter main-forte quand j’ai vu dans quoi tu t’étais fourrée.
— C’est trop gentil à toi de te souvenir que tu m’as traînée ici, je murmure juste pour lui.
— Elle s’appelle Juliet, révèle alors Lewis à ses associés comme si c’était un mot magique ancestral. C’est une amie de Raf et de son Alfa Romeo.
En entendant cette information, ils échangent un regard impossible à traduire.
— Merde, lâche Lane dans un souffle étonné. Ici aussi ?
— Ouais, mon pote ! s’émerveille son acolyte en hochant la tête.
— Tu sais de quoi ils parlent ? je chuchote à l’attention de Rafael.
— Ils ont trop de délires bizarres, ignore-les.
Des voix plus fortes que les autres résonnent depuis l’entrée et trois nouvelles personnes se joignent à notre ronde. Tout ce monde, c’est suffocant.
— Te revoilà ! me lance en guise d’introduction l’un des chauffeurs de FIU dont le prénom m’échappe.
— Ce tee-shirt est affreux, Luke, commente Carrie en touchant ses lunettes.
— Merci, j’ai enfilé le plus vilain pour honorer la naissance de Lewis, comme tu me l’avais ordonné.
— Ma nana te donne des ordres à toi aussi ?
— Oh ! Oui, Don.
— La copine de Raf est de retour ! crie un autre en le poussant pour se caler contre mon épaule. Comment vas-tu, petit trophée perdu ? Je t’ai manqué ?
— Je ne me souviens même plus de ton prénom, je réponds en souriant.
— Dallas !
— Je suis heureuse de voir que la nouvelle génération de Campus Drivers n’est pas adulée par tout le monde, s’émerveille Carrie en me couvant d’un regard joyeux.
— C’est parce qu’elle n’est jamais montée dans ma Cadillac. Dès qu’elle s’y sera installée, elle sera folle de moi.
— Ouais, Dal, compte là-dessus, raille Rafael.
— Pourquoi tu veux pas la prêter ? On est comme une grande famille !
— Désolé, je la comble à moi tout seul, j’y peux rien.
Je cherche la meilleure répartie, mais Carrie me prend de vitesse.
— Je me demande encore comment les Campus Drivers toutes générations peuvent partager autant de caractéristiques en commun, elle déplore. C’est surnaturel, cette prédisposition à l’arrogance. C’est une tare, non ?
— Maintenant qu’on est tous là, c’est l’heure de s’affronter dans une partie de mimes ! hurle alors Lewis.
Des quoi ?
— Oh ! Pitié… gémit Amelia.
— Allez, venez ! C’est mon anniversaire, je suis le roi du monde, continue le responsable des chauffeurs de Miami en s’éloignant vers la baie vitrée.
— C’est aussi le tien, Adam. Pourquoi tu l’autorises à nous faire ça ? soupire Becca.
— Il est en manque depuis qu’on vit tous aux quatre coins du pays. J’peux pas lui refuser ça aujourd’hui.
Toute la troupe le suit à l’extérieur et s’installe dans plusieurs canapés de jardin. De mon côté, je n’ai pas bougé, c’est Rafael qui m’attrape par les épaules pour me pousser vers eux.
— J’te déteste, Ra.
— Je t’aime aussi, Crocsy.
Mon corps s’immobilise soudain, et celui de Rafael cogne dedans.
— J’vois que ton système est encore en mode défensif dès qu’on te témoigne de la sympathie.
De la sympathie, oui. Quoi d’autre ?
Je me remets en marche, sors à mon tour et m’assieds sur une chaise en plastique. Rafael s’approprie immédiatement celle à côté.
— Qui veut commencer ? se réjouit Lewis.
Certainement pas moi.
— Juliet et moi ! annonce Rafael en se penchant pour piocher un papier sur la petite table.
— Je suis nulle à ce jeu, choisis quelqu’un d’autre.
— T’inquiète, t’as rien à faire, je m’occupe de tout.
— Dans la version de Lewis, on suit pas la règle habituelle, explique Lois en riant. Raf va se servir de toi pour nous faire deviner ce qui est écrit sur son papier. Le premier qui trouve a gagné.
— Je suis le meilleur, se vante Lewis.
— Tant que t’es un peu souple, tout ira bien, me rassure Becca.
Ils se fichent de moi ?
— Elle a une bonne condition physique, confirme Rafael.
— Ah oui ? tique Dallas en arquant un sourcil. Comment tu le sais ?
— Je l’ai vue faire des trucs que t’imagines même pas, mec.
— En patins à roulettes ! je précise en frappant cet abruti de futur prof de math. Montre-moi ce que tu dois mimer, que cette épreuve se termine vite !
— Non ! C’est plus drôle quand t’en sais rien toi non plus, m’indique Donovan.
— T’avais ingéré quoi quand t’as inventé cette saloperie ? j’envoie à son concepteur.
— Je suis Lewis Conley, il se contente de répondre.
D’où sortent ces gens ?
Alors que je cherche un soutien parmi les filles, Carrie lève son verre vers moi en signe d’encouragement.
— Courage, Juliet, je compatis. J’ai vécu une scène presque similaire y’a un an et demi.
— Et c’était quoi, le truc que t’as dû mimer malgré toi ?
— Une planche à repasser.
Je fronce les sourcils en essayant de visualiser, mais c’est trop effrayant.
Je suis encore en train d’y songer quand deux paumes se posent sur mes flancs et me font reculer de plusieurs pas. Mon dos bute contre une chemise à l’odeur familière, et ma respiration s’arrête instantanément. Tout le monde m’observe, à l’affût du mime à venir, et je camoufle tant bien que mal les sensations que Rafael provoque en moi. La chaleur me monte au visage, je mords l’intérieur de mes joues en suivant des yeux ces mains qui remontent vers mes épaules, redescendent le long de mes bras puis repartent sur mes hanches.
— Je peux savoir ce que tu fais ? je le questionne en me balançant d’un pied sur l’autre.
— Je réfléchis à la meilleure position.
Bonté divine.
Il quitte mon dos et se dresse maintenant face à moi. Je croise ses iris concentrés et ne parviens plus à m’en détacher, tandis qu’il recommence à me toucher un peu partout. Rien de déplacé, pourtant, des nœuds se forment aux trois endroits stratégiques de mon anatomie. Est-ce que Tory a ensorcelé la robe que je porte ? Ça expliquerait cette soudaine attirance que je ressens pour ce foutu skateur.
— Dis donc, Raf, t’en profiterais pas pour la peloter ? envoie Andy. Je te trouve drôlement lent.
Le visage de mon chauffeur particulier remplit tout mon champ de vision. Il est impassible, à l’exception de ses lèvres qui esquissent un sourire presque impossible à discerner.
— Tu sais que je ne me déconcentre jamais quand je veux gagner, il répond en captant mon regard.
Il le maintient. Ma bouche s’ouvre pour relâcher l’air que je retiens depuis trop longtemps, et lorsque ses prunelles se posent sur mes lèvres, c’est à mon tour de regarder les siennes. Et de paniquer.
— Bon, c’est trop long. Montre-moi ce que t’as tiré ! je conclus en sautant en arrière.
Je chope le papier qu’il a délaissé sur sa chaise et m’y reprends à deux fois pour vérifier que j’ai correctement lu. Comment est-ce qu’il est censé…
— Pas moyen que tu fasses mine de m’enfoncer du pain de mie je ne sais où ! je me récrie sans pouvoir me retenir.
— Un grille-pain ! braille aussitôt Lewis.
Rafael frappe sa cuisse avec sa paume en fermant les yeux.
— Bravo, Crocsy.
— Ça ne compte pas ! contre Adam.
— C’est pas du jeu ! renchérit Donovan.
— J’avoue qu’un grille-pain, c’était chaud à mimer, commente Lois.
— J’ai plein d’idées, moi, susurre Lane.
Je profite du fait qu’elle toise son mec en ricanant, attirant tous les regards sur eux, pour mettre de la distance entre Rafael et moi. Je déteste ce jeu.
— Ah oui ? Désolée, mais après avoir lu la dernière scène que t’as écrite, j’émets de sérieux doutes sur tes capacités de démonstration, ricane Lois.
— Ce coup de poignard ! il frémit.
— Une scène de quoi ? je demande en me tournant complètement vers elle.
Dans cette position, Rafael, qui m’a rejointe pour s’asseoir à nouveau à côté de moi, est hors de ma vue.
— Il est plongé dans l’écriture d’un scénario, elle commence à m’expliquer.
— Ah oui ? Pour quel genre de film ?
— Du porno, elle lâche d’une voix tranquille.
Hein ?
— Il y a des scénaristes pour ça ? je m’étonne.
— Dans les dents, Laney ! elle jubile avec un air de peste.
— Vous n’y connaissez rien, il contre.
— Tu parles, j’en connais plus que ce que je voudrais, depuis tout ce temps… elle raille.
— Et moi donc ! s’exclame Becca. Mon mec est son co-auteur. D’ailleurs, où est Carter ?
— Là-bas, la renseigne Amelia. Avec Amy, regarde. Elle l’utilise comme cobaye pour montrer aux copines de Georgia où frapper si on veut faire vraiment mal.
— Oh ! J’adore tellement Amy, constate Amelia.
— Bref, il bosse un scénar, et l’une des scènes est incompréhensible, reprend Lois. Mais cette tête de pioche persiste à se voiler la face.
— Une scène de quoi ? demande Luke.
— À ton avis ? C’est pas comme si les acteurs faisaient autre chose que se tripoter.
— C’est faux ! s’immisce Andy. Y’a forcément une mise en situation avant.
— Comme quoi ? Une panne de machine à laver ? ricane Becca.
— Merci, mec, heureusement que t’es là pour relever le niveau, soupire Lane en levant les yeux au ciel.
— Lane, y’a qu’une seule chose qui se relève dans tes films… commente Carrie avant de jeter trois M&M’s dans sa bouche. Et c’est pas le niveau.
Si je mets de côté ce principe de mimes absolument horrifique, leurs bavardages improbables sont les plus divertissants auxquels j’ai pu assister.
C’était pas si terrible de venir, tout compte fait. Même si voir Andy se servir de Dallas pour nous faire deviner une balade à vélo va certainement me coûter quelques séances de psychothérapie.
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