Campus drivers Tome 4 - Love Machine

C. S. Quill · Chapitre 28 sur 63

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Campus drivers Tome 4 - Love Machine

27 - Rafael

27

 

 

Rafael

 

Après une journée épuisante à noter des petits « x » et « y » un peu partout sur mes cahiers et un faux plan de Crocsy, je viens de redéposer les deux derniers étudiants de ma soirée de travaux amoureux forcés pour la Love Machine. Je roule à présent vers un quartier de Miami que je connais bien. J’y vais régulièrement pour skater avec Felix, et enquiquiner ma cousine et ses copines. C’est le plan de ce soir.

À quatre bornes de l’arrivée, la sonnerie de mon téléphone retentit. C’est Lane.

— Salut, mec, je lance en décrochant.

— T’es en service ?

— Je viens de finir, c’est Amy et Dallas qui se tapent la nocturne ce soir. Tout va bien ?

— Ouais ! Je t’appelle pour savoir si tu serais dispo le 27 février à 18 h 30 pour récupérer Lois à l’aéroport. Tu te souviens qu’on profite du Spring Break pour tous se rejoindre à Miami fêter l’anniversaire d’Adam et Lewis ?

— Bien sûr, je te rappelle que ça se passe chez moi.

— Ouais, j’suis con. T’es certain que tes tantes sont toujours partantes ?

— Mec, elles sont amoureuses de vous, elles n’attendent que ça. Mais je capte pas cette histoire d’aéroport. Vous deviez pas venir en bagnole ?

— Si, mais Lois a pas envie de se taper le trajet en voiture. Madame veut prendre l’avion avec sa copine Becca.

— C’est un motif de représailles chez les Campus Drivers, ça, non ?

— J’te le fais pas dire ! Je trouverai une façon de me venger. Du coup, c’est une surprise pour Lewis ; et ma copine veut pas non plus prévenir Amy.

— Hitman aime les surprises ?

— À mon avis, non ! il se marre. Perso, j’arriverai le 28 avec Carter, son chien, Jeff et ma Camaro, dans le respect des traditions.

Ça fera une sacrée concentration de chauffeurs au mètre carré.

— C’est bon pour moi.

— Je peux prendre un taxi ! je reconnais la voix de sa nana crier derrière.

— J’ai bien entendu ? j’articule. Un taxi ? Un ta-xi ?

— J’ai renversé un smoothie sur son pouf en laine violette, explique Lane comme si ça représentait une excuse valable. Double bourde dont je paie les conséquences. Tu montes déjà dans un avion, Lois ! Tu ne prendras pas en plus un putain de taxi ! il crie à son tour tandis qu’elle insiste. Ce n’était qu’un misérable jus de fruits sur un pouf, ça ne mérite pas autant de haine !

— J’irai la chercher, mon pote, compte sur moi.

— Merci. Quoi de neuf de ton côté ? Ça roule avec la Love Machine ?

— Ça hante mon esprit jour et nuit, mais j’avoue que ça paie foutrement bien.

— Je compatis, Raf. J’aimerais pas être à ta place ! J’dois raccrocher, Hope et Prudence viennent d’arriver.

— Passe-leur le bonjour. Bye, Lane.

J’arrive aux abords du Lot 11 en même temps que Felix.

— T’es prêt à affronter ces petites emmerdeuses à roulettes ? il lance en claquant ses paumes l’une contre l’autre.

— J’suis chaud.

En poussant la grille de l’entrée ma planche sous le bras, j’aperçois ma cousine Georgia avec sa meute de copines.

— ¡Holà, chicas! braille Felix.

Je connais chacune d’entre elles depuis un moment, sans compter que Georgia les invite à tous nos repas du mercredi. Pas plus tard qu’hier, elles nous emmerdaient, les gars et moi. La suprématie féminine chez les Torres, ce fléau.

Penelope est la première à me remarquer, elle m’adresse un large sourire en secouant la main. Elle me court après depuis un bail. Même si elle sait qu’il ne se passera jamais rien entre nous, elle n’a pas l’air de m’en tenir rigueur. Derrière elle, Elie, Sam et Chloé me saluent à leur tour.

Une fille avec un casque noir est assise un peu en retrait. Je ne la vois que de dos, mais ça doit être une nouvelle recrue parce qu’elle ne m’évoque rien.

— J’te préviens, tu sais pas ce qui t’attend, m’accueille Georgia avec amour.

— Tu dis ça chaque fois.

— Vous ferez pas le poids, ce soir. On a une invitée spéciale.

Elle se tourne vers l’inconnue et la hèle avec un air de prédateur.

— Juliet, approche !

Je relève le nez et souris en entendant ce prénom. Crocsy me poursuit même quand elle n’est pas là. La fameuse invitée se met debout, pivote vers moi et…

— Ju… Juliet ? je bafouille en clignant des yeux.

Perchée sur des patins, elle remonte le zip de son sweat et fourre ses mains dans sa poche ventrale. Qu’est-ce qu’elle fiche au milieu de cette bande… sur des patins ? Je ne sais pas ce qui me sidère le plus entre ces deux éléments.

— Surprise, elle croasse en arborant un rictus tendu.

Je ferme un œil après l’autre pour vérifier que ma vision ne se modifie pas. Non, c’est bien Juliet, visiblement tout aussi surprise que je sois là. Bordel, je la prends en flagrant délit à se fourvoyer avec l’ennemi !

— Hey ! Mais t’es la fille du skatepark ! la reconnaît Felix.

— Tu cherches à creuser davantage le fossé qui te sépare du skate et donc de moi en chaussant ces choses ? je l’attaque illico.

— Tu connais Juliet ? s’étonne Georgia.

— On est dans la même fac, je lui réponds. Et toi ?

— Je l’ai croisée un soir et je lui ai gentiment proposé de se joindre à nous.

Soudain, je relie Crocsy avec la brigade multicolore menée par ma racoleuse de cousine. Oh ! Malheur !

— Putain, Georgia ! Me dis pas que t’as recommencé à vouloir initier au patin de pauvres filles inconscientes ?

— Tu parles de Juliet, là ? elle rigole.

— Tu parles de moi, là ? se révolte la concernée.

— De qui d’autre ?

— Va mourir !

— Je connais trop bien cette énergumène de Georgia, je rétorque, insensible à leurs regards noirs. Elle cherche à agrandir sa meute de louves sanguinaires. C’est un putain de gourou à roulettes. Ne la laisse pas t’ensorceler, Crocsy.

— Un surnom ? gazouille ma cousine en coinçant l’une de ses tresses entre son nez et sa lèvre supérieure. Tu t’es cogné dans une rampe, Raf ?

Juliet lui adresse un regard perplexe, surprise que nous nous connaissions si bien.

— Raf est mon cousin, l’éclaire Georgia d’une voix résignée.

— Ton cousin, évidemment…

— On doit subir sa famille, pas le choix. Je ne savais pas que c’était un pote à toi. Tu es au courant qu’il pratique le skate ? elle souffle avec dégoût.

— Ouais… et les maths, aussi. Je m’efforce d’être tolérante. Les amis sur mesure n’existent pas, et j’ai la flemme de m’en refaire un autre, alors tant pis.

Elle me désigne comme son ami en public. Quelle évolution, si on exclut son ton dédaigneux !

— Voilà, Georgia t’influence déjà ! Sa mère est une bruja, c’est dans son ADN.

— Une quoi ?

— Une sorcière, traduit Felix.

— Oh ! J’ai l’habitude, mon amie Tory en est une aussi.

— J’adore cette nana, souligne ma cousine. C’est notre copine à nous aussi maintenant, Raf, désolée.

Elle remue ses doigts avec arrogance dans une invitation à lâcher l’affaire. J’adresse une œillade perplexe à Juliet en articulant un « copine » moqueur. Connaissant Crocsy de mieux en mieux, ma cousine s’est emballée.

— J’ai décroché la pole position à la sueur de mon front, j’oppose. Et parce que je suis ton ami, je vais te sortir de là, t’aider à retirer ces rollers et te raccompagner en lieu sûr, je lance à Juliet après avoir posé ma planche au sol en lui tendant la main.

Elle tend la sienne, s’arrête avant d’atteindre ma paume, la retourne et dresse son majeur.

— Et si tu allais te faire voir, Ra ? elle chantonne en faisant danser son doigt.

— Ouhhh ! souffle Felix, mi-choqué, mi-hilare.

— Traîtresse ! T’es montée sur mon skate ! Je nourrissais l’espoir de ta rédemption et j’te retrouve à essayer le patin à roulettes. Quel affront !

— « Essayer » ? chuchote Sam.

— Il vient de dire « essayer » ? renchérit Chloé.

Sans raison apparente, le gang entier éclate de rire. Juliet, quant à elle, me dévisage avec du défi plein les yeux. Elle envoie un message télépathique à ses nouvelles copines avant de revenir sur moi.

— Je peaufine mes théories et repousse mes limites, elle déclare en haussant les épaules.

— Ce sont plus des limites, là, je raille. Remets tes chaussures, j’ai pas envie de te conduire aux urgences. Tu vas étaler du sang sur mes sièges, et c’est un cauchemar à nettoyer. Georgia et son escouade diabolique sont trop dangereuses pour toi. Elles me font presque aussi peur qu’Amy Hitman, c’est dire !

— Juliet est pas mauvaise, argue Penelope en donnant un coup de coude à Betty. Pour une débutante, elle ajoute en insistant sur ce mot.

Un nouveau rire collectif résonne autour de moi. Je suis en minorité mais je n’abandonnerai pas Juliet dans leurs filets.

— Montre à Raf ce que je t’ai « appris », l’encourage ma cousine en mimant des guillemets.

— D’accord !

— T’es sûre de toi, Crocsy ? Elle t’a donné combien de leçons ?

— C’est la première, ce soir.

Oh ! Seigneur !

— Elle a du potentiel, me lance Sam. Allez, Juliet, montre-lui, on trépigne !

Elles se comportent toutes très bizarrement. Ce sont des filles accueillantes, mais pour une première rencontre, je les trouve très à l’aise avec elle. OK, Crocsy est attachante quand on dépasse son drôle de caractère, et c’est bien, ça signifie qu’elle s’ouvre davantage. C’est improbable aussi, vu son blocage avec les gens… Je ressens une pointe de fierté en me disant que c’est un peu grâce à moi si elle évolue, ainsi qu’un léger pincement dans la poitrine à l’idée de la partager avec ma cousine.

Ce groupe est le meilleur sur lequel elle pouvait tomber. Mais sans patins ! Je les connais, de fil en aiguille, elles vont l’enrôler dans leur championnat de roller derby, et Juliet va se casser chaque os les uns après les autres.

— Bon, c’est parti, elle murmure en vérifiant que son casque est assez serré.

Elle me lorgne, consciente que j’oscille entre la crainte qu’elle se brise les deux jambes et l’envie de rire. Dans le fond, je crains seulement qu’elle se fasse mal, et ça me perturbe assez pour ne pas insister davantage. Tandis qu’elle remue les jambes d’avant en arrière en levant les bras à la perpendiculaire, je parie mentalement pour une chute sur le cul.

— Arrête tes conneries, je m’entends marmonner, sur le qui-vive.

Elle est plus flippée de se faire un ami que de se briser la colonne vertébrale. Cette fille va me rendre fou.

— T’as peut-être raison, j’suis plus si certaine que ce soit une bonne idée, elle se tracasse en déglutissant. C’est pas très stable, ces trucs.

— Parfait, on s’en va ! Je connais une centaine d’autres choses à tester pour dépasser tes limites sans outrepasser celles de la mort.

— Attends, j’essaie seulement de faire quelques pas. Juste pour la gloire.

— OK, mais donne-moi la main, tu m’angoisses, je souffle.

Elle jette un coup d’œil par-dessus son épaule, vers le bowl déserté qui plonge sur plusieurs mètres. Il ne manquerait plus qu’elle parte en arrière sans pouvoir s’en empêcher. Elle patine maladroitement, balance ses bras dans tous les sens en prononçant des « oh ! » et des « ah ! » à chaque mouvement. Bon sang, c’est mal barré !

Je me tourne vers Georgia et lui adresse un regard noir.

— T’es une prédatrice, je lui assène.

— Dis, Felix, tu l’as déjà vu aussi protecteur ? elle me cherche en jouant avec l’une de ses nattes.

Mon cousin ouvre la bouche puis se fige en nous scrutant tour à tour.

— Pas question de participer à ça, se défausse mon seul allié. Je vais skater tout là-bas, dans un autre État. Oubliez-moi.

— Il allait être d’accord avec moi, elle décrète.

— Un matin, tu vas te réveiller avec toutes tes tresses coupées à ras.

Ma menace ne l’atteint pas, elle dresse son majeur dans ma direction en mimant un baiser avant d’ouvrir sa bouche en grand.

— Oh ! Non, Juliet ! Prends garde à toi ! Tu es trop proche du bord !

Son ton surjoué devrait me mettre la puce à l’oreille, mais je n’y prête pas attention. Inquiet, je fais volte-face, et mes yeux s’écarquillent de frayeur. Juliet part à reculons, se rapprochant de plus en plus du rebord du bowl.

— Juliet, freine, tu vas…

La fin de ma phrase reste bloquée dans ma gorge lorsque ses patins s’inclinent et qu’elle dévale la paroi sans me quitter des yeux. Mon cœur cogne un coup fort dans ma poitrine, et un rideau noir me rend aveugle quelques secondes.

— Bordel de merde ! je beugle en sautant en avant.

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