Campus drivers Tome 4 - Love Machine

C. S. Quill · Chapitre 36 sur 63

Pages du PDF

Campus drivers Tome 4 - Love Machine

35 - Juliet

35

 

 

Juliet

 

Je passe par toutes les émotions ce soir. Balancer un coup de marteau dans le ventre de mon jumeau ne suffit pas à calmer mon pouls, mais au moins, je retrouve mes fonctions motrices. J’ai failli faire une crise cardiaque à cause de cet abruti. Warren dans toute sa splendeur ! Qui bondit comme un diable au beau milieu de la route avec un énorme marteau en plastique ? Il aurait pu être renversé ou obliger Rafael à envoyer sa voiture dans le décor.

Je me doutais que mon frère finirait par me griller, mais pas en agissant de cette façon inconsciente. Je devrais pourtant connaître son mode de fonctionnement, après vingt ans à me le coltiner. Jamais dans la demi-mesure. Dire que mon père voudrait que je le remercie pour ce partenaire de choc !

— Tu m’as fait mal, il gémit en se massant l’estomac.

— Bien fait pour toi.

Alors qu’il tend une paume vers moi pour que je l’aide à se relever, je lui mets le vent de sa vie et repars vers la voiture de Rafael. Je me rassieds à ma place, pose ce foutu marteau entre mes cuisses et tire d’un coup sec sur ma ceinture en respirant fort par le nez.

— Bon… entame mon chauffeur en se frottant les mains. Fin de ta double vie. Au moins, t’auras plus à escalader ton balcon pour sortir de chez toi.

— Tais-toi et démarre avant qu’il ne monte à bord.

Trop tard. Le bruit de la portière arrière qui s’ouvre est suivi d’un couinement du revêtement en cuir quand Warren se glisse dessus.

— Descends, j’ordonne sans me retourner. Tout de suite.

— J’ai des difficultés à me mouvoir depuis que tu m’as frappé. J’ai la rate fragile, la nuit est noire et inquiétante. Tu ne laisserais pas ton petit frère tout seul dans l’obscurité, qui plus est blessé ?

— Tiens donc, c’est moi l’aînée, tout à coup ?

— Quand j’ai besoin d’aide, oui. C’est le b.a.-ba.

— Y’a un bouton d’éjection dans ta bagnole ? j’interpelle Rafael.

— Nope. Par contre, sans vouloir m’immiscer dans vos histoires, je suis en plein milieu de la route, je vais devoir redémarrer.

Je le regarde comme s’il m’avait planté un couteau dans le dos.

— Très bien, ramène-nous à la maison. On est presque arrivés, de toute façon. Sache que je te déteste, aujourd’hui. Et ne te plains pas quand tu te rendras compte du fléau à qui tu permets de profiter d’une course ce soir, même de courte durée.

— C’est celui qui dit qui est, fanfaronne Warren.

J’adresse une œillade plutôt claire au Campus Driver lorsqu’il éclate de rire. Il referme la bouche aussi sec et remet les gaz.

— Tu ne prononces pas un mot et tu paieras cette course, je balance à mon frère.

Installé à l’arrière, une main sur chacun des sièges avant, je perçois son souffle crispant près de mon oreille. Cette soirée dégénère petit à petit. Quelle leçon suis-je censée en tirer ?

— Alors… entame mon frère en faisant claquer sa langue. C’est quoi, ce délire ?

— Warr…

— Ttt-Ttt ! Je m’adresse au conducteur, pas à toi, sale petite traîtresse. Je me suis excusé de t’avoir effrayée, mais ça n’annule pas le reste. Et

rends-moi Mjöllnir 1, il ajoute en m’arrachant son stupide marteau en plastique des mains.

— OK, je vais tout te raconter, soupire Rafael. Voilà, la vérité, c’est que ta sœur et moi, on vit une idylle secrète passionnée et…

Non, mais…

J’attrape la première chose qui me passe sous la main et lui balance en pleine figure. En l’occurrence, ce cœur en fourrure rouge qu’il aime tant. Il cille, introduit son index dans la boucle et l’expose devant Warren sans quitter la route des yeux.

— Tu es témoin de tout cet amour qu’elle m’envoie, mec. Ce n’est pas moi qui l’invente.

— J’te crois, tu es tout à fait son genre. Ce petit côté bad boy bien élevé.

Oh ! Mon Dieu !

— Ça suffit, Warren.

— Ah oui ? minaude Rafael. Ta sœur semble si peu réceptive à mon charme que je m’étais fait une raison, mais tu penses que j’ai mes chances ?

— C’est certain !

— Arrêtez ça !

— La longueur des cheveux, je suis étonné, par contre. Mais c’est sûrement le changement de température entre Portland et Miami qui influe sur ses goûts.

— Ferme ta grande bouche, Warren !

— Je peux les raccourcir un peu, si c’est que ça.

— Ferme-la, toi aussi !

— Tu dois être un sacré séducteur pour la convaincre de monter en voiture avec toi.

Je bous sur mon siège, coincée avec les deux pires spécimens de la planète.

— Ce fut un chemin long et tortueux, soupire Rafael.

— Dernier avertissement, vous avez intérêt à vous taire tous les deux ou je ne réponds plus de rien ! j’explose sans crier gare. Tu sais quoi, Warren ? Fous-moi la paix ! Si j’ai envie de monter dans une voiture et me faire conduire à travers Miami telle une reine dans son carrosse, tu n’as rien à dire !

Je ferme les yeux, respire profondément tout en frappant mon front de ma paume plusieurs fois avant de reprendre plus calmement.

— Rafael est un Campus Driver, il m’aide à gérer mon angoisse en voiture.

Mon soudain changement d’humeur pousse les deux autres passagers à arquer un sourcil.

— Elle est incapable de s’énerver après moi plus de douze secondes, ricane Warren.

— C’était quand même douze très longues secondes, ironise Rafael.

— J’ai formaté mon cerveau pour qu’il la mette en mute.

— Sérieux ? Apprends-moi, ça m’intéresse grave !

— Non, mais ça va ? J’vous dérange pas ? je fulmine. Si vous continuez, j’en prends un pour taper sur l’autre.

— Tu vois, mec, là, j’ai rien entendu de ce qu’elle vient de dire, par exemple.

Mon frère n’a pas le temps de reculer avant que je l’atteigne. Ma main frappe sa tempe aussi fort que possible.

— Hey ! Pourquoi t’es aussi violente, aujourd’hui ? T’as faim ou quoi ?

La démence me guette si je reste une minute de plus dans cette voiture infernale. Heureusement, nous venons de tourner dans ma rue.

— Libérée, je grogne en détachant ma ceinture.

J’attrape mon sac sans douceur, ouvre la portière d’un mouvement brusque, et me tire sans un au revoir. Objectif : me ruer dans ma chambre et m’y enfermer jusqu’à demain matin.

— Bonne soirée, Crocsy !

Oh ! Non…

— Crocsy ? j’entends Warren s’étonner. Hum, intéressant…

De mieux en mieux. Maintenant qu’il sait que Rafael m’a filé un surnom, il ne me lâchera pas.

Je pousse la porte d’entrée et m’élance dans l’escalier. Sauve qui peut.

— Crocsy, hein ? répète mon jumeau depuis le bas des marches.

Je m’enferme à double tour dans ma chambre et enfile mes écouteurs avant de m’allonger sur mon lit. Tant pis pour l’hygiène, je prendrai ma douche demain. Pas question de croiser un seul membre de ma famille ce soir.

Je reste cloîtrée jusqu’à ce que j’ouvre les yeux, à 7 heures d’après ce qu’indique mon réveil. Je n’ai pas assez dormi mais je me sens sale. Vu l’heure, c’est le meilleur créneau pour accéder à la salle de bains sans risque.

Je colle mon oreille à la porte pour m’assurer que la voie est libre, tire tout doucement sur la poignée et fonce jusqu’à la salle de bains.

— Étape 1 : validée, je chuchote en me déshabillant.

Fraîchement douchée, ayant enfilé un pyjama propre, je prends les mêmes précautions avant de traverser le couloir à toute vitesse.

Gagné ! Je pousse la porte de ma chambre et…

Eh merde !

— Pitié ! J’étais prête psychologiquement et physiquement à replonger dans mon lit. Allez-vous-en.

Assis sur mon matelas, Warren, Dana et Sonny me scrutent de manière flippante. Nos deux aînés sont rarement à la maison, encore moins si tôt. Quelle drôle de coïncidence ! Je suis sûre que Warren s’est forcément empressé de tout leur révéler.

Installés dans une position identique, ils ressemblent à un trio de tueurs à gages. J’aurais mieux fait de rester sale.

— Il vous a fallu combien de temps pour préméditer cette attaque groupée ? je soupire en prétextant le besoin immédiat de ranger mon étagère.

Je déplace chaque petit bibelot de quelques centimètres pour me donner contenance.

— Ce n’est pas toi qui poses les questions, déclare Sonny en utilisant un accent inconnu.

Il tend son doigt vers ma chaise de bureau, qu’ils ont positionné face à eux, avec une lampe orientée dessus. Le clan Monroe dans toute sa splendeur. La dernière fois qu’un tel scénario s’est produit, c’était Dana qui en était la cible. Et c’est nettement plus drôle quand ça arrive aux autres.

— Je suis innocente, je plaide en m’asseyant.

Inutile de me barrer, c’est dans nos gènes d’être bornés. Je suis même stupéfaite qu’ils aient attendu toute la nuit pour me tirer les vers du nez.

C’est Dana qui lance les hostilités.

— Tu te doutes du sujet qui nous réunit ce matin, n’est-ce pas ?

— Un cadeau commun pour l’anniversaire de mariage des parents ?

— Regardez-la, elle noie le poisson… chuchote Warren en me pointant avec sa baguette de Harry Potter.

Parfait, après Thor, il va endosser le rôle d’un agent du ministère de la Magie en plein interrogatoire d’un Mangemort. C’est le seul du quatuor à varier les mises en scène. Achevez-moi.

Je pose mes paumes à plat sur les accoudoirs et gonfle ma poitrine d’air.

— Depuis quand tu remontes en voiture ? demande Sonny en exhibant un carnet et un stylo.

— Depuis votre dernier guet-apens début janvier, où vous m’avez poussée à m’inscrire à la Love Machine.

— Mais je croyais que ça avait foiré, s’étonne ma sœur.

— La Love Machine, oui, puisque j’ai paniqué, comme on pouvait tous s’y attendre. Donc j’ai décidé de me concentrer sur ma peur en voiture et j’ai convenu d’un arrangement avec l’un des chauffeurs du campus…

— Il la surnomme Crocsy, me coupe Warren. Note-le dans le compte rendu, Sonny.

— Crocsssy ? susurre Dana en jouant des sourcils. Il te plaît ?

— Arrête tout de suite de te faire des films. Il m’appelle comme ça parce que je suis allée à la fac avec mes Crocs une fois, et qu’il ne s’en est jamais remis.

— Tu as fait quoi ? elle s’écrie. Comment est-ce qu’on peut partager les mêmes ancêtres, Juice ?

— On s’éloigne du sujet, tranche Sonny. Reprenons au deal que tu as passé avec ce Rafael Torres, étudiant en deuxième année de mathématiques.

— Comment tu connais son nom et son cursus ?

— J’ai mes sources, il affirme avec un sourire.

— Vous êtes de grands malades.

— D’ailleurs, est-ce que tu sais pourquoi il porte une prothèse ?

— Non. J’te signale que c’est très déplacé de demander ça et je ne vois pas ce que ça peut foutre à qui que ce soit.

On a passé pas mal de temps ensemble avec Raf, et j’ai vu sa tête quand quelqu’un lui pose cette question. Ça le gonfle. Je suis sincère en disant que ça ne se fait pas, c’est à lui d’en parler s’il en a envie.

— Elle le protège… murmure Warren.

— Pas du tout. Et je ne plaisante pas là-dessus. Je suis OK pour vous expliquer ce qui me concerne, et ça s’arrête là.

Mon ton est ferme. Je n’aime pas que ma fratrie se comporte de cette façon, vis-à-vis de Rafael ou de n’importe qui. Les gens ont droit à leur intimité. J’exècre ce genre de curiosité stérile.

— Juliet a raison, approuve Dana. Revenons-en à nos moutons. Pourquoi tu nous as rien dit ?

— Parce que rien ne m’y oblige ! je hausse le ton. C’est ma vie, et ce sont mes problèmes ! C’est important pour moi de m’en occuper sans avoir de comptes à vous rendre.

Durant de longues secondes, un silence pesant s’instaure entre nous. J’y suis allée fort.

— T’es dure ! se vexe Warren en fouettant l’air avec sa baguette. On est ta famille, on veille les uns sur les autres et, par-dessus tout, on a toujours été là pour toi quand ça n’allait pas ! Les parents et moi, on a déménagé pour toi quand Owen…

Je déglutis en le fixant droit dans les yeux.

— …est décédé, termine Sonny à sa place. Faut arrêter de ne pas le dire à voix haute.

Pourtant, le taire m’est devenu primordial pour éviter d’imploser.

— Quand vous avez eu cet accident de voiture et que ton petit ami est mort, on s’est beaucoup inquiétés pour toi, Juliet. Et, soyons honnêtes, c’était encore le cas jusqu’à aujourd’hui, parce que tu n’allais pas mieux. Tu as perdu celui dont tu étais amoureuse. Ce n’est pas rien.

 

1. Marteau de Thor dans la mythologie nordique.

OceanofPDF.com