Campus drivers Tome 4 - Love Machine

C. S. Quill · Chapitre 23 sur 63

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Campus drivers Tome 4 - Love Machine

22 - Juliet

22

 

 

Juliet

 

Les iris d’Amy ressemblent à deux canons de revolvers braqués sur son mec. Je comprends mieux la mise en garde de Rafael le jour où il m’a parlé d’elle.

— Tu me la joues à l’envers, Conley ? Pour commencer, J’ai hâte que tu mordes la poussière. La suite de ma vengeance arrivera plus tard.

— Arrête, chérie. Tu vas effrayer notre invitée.

Il m’envoie un clin d’œil avant de se présenter.

— Lewis Conley, champion de NBA et créateur des Campus Drivers, il récite en prenant une voix de monarque.

— Moi, c’est Amy Hitman, embraie sa copine. Et n’écoute pas ce frimeur. Il va bientôt quitter ce monde, de toute façon. Ignore aussi Dallas, tant que tu y es.

— Tu louperais quelque chose ! se vante ce dernier en me souriant.

— Salut, je m’appelle Anderson, mais Andy suffira, se présente un autre en me tendant sa main.

Mes bras sont bloqués par ceux de Rafael. Je force donc pour me libérer.

— Je suis Juliet, je réponds, sans réussir à me défaire de sa prise.

— Juliet ? tique Lewis sans raison. Juliet comme… Juliet ? T’as entendu, Firebird ? Elle a dit Juliet.

— Si tu prononces son prénom une cinquième fois, je t’arrache la langue, réplique celle-ci.

Elle partage mes pensées ! Il nous détaille en remuant la bouche et reprend.

— Je croyais que c’était une tradition réservée à l’Ohio, mais…

— Oh ! hoquette sa petite amie en ayant l’air de comprendre où il veut en venir.

Ils échangent un regard indéchiffrable, comme s’ils communiquaient par télépathie. Lewis hoche la tête en jouant des sourcils.

— Moi, c’est Luke, ajoute le dernier de la bande après s’être raclé la gorge. Est-ce que tout va bien ?

— Tu demandes ça parce que je suis retenue contre ma volonté ?

— Attends, je vais te sortir de là, annonce Amy en faisant craquer sa nuque. J’ai de la frustration à libérer.

Rafael recule et se résout enfin à me libérer.

— Qu’est-ce que vous faites là, tous les deux ? questionne Dallas.

— Elle a promis de monter dans l’une de ces autos-tamponneuses, je veille juste à ce qu’elle respecte ses engagements, leur explique Raf.

— J’ai rien promis du tout ! je le contredis.

Mon poing cogne son abdomen, sans grandes conséquences.

— C’est la première fois que je te vois. Vous vous connaissez depuis longtemps avec Raf ? s’intéresse Andy.

— Non, c’est récent. Mais j’ai souvent l’impression que ça fait une éternité.

— C’est trop mignon !

— J’dis ça parce que je n’en peux déjà plus, je le corrige avec un sourire narquois.

Il lance une œillade amusée à Rafael, qui me cogne doucement l’épaule.

— Bon, on se la fait, cette session d’auto-tamponneuse ? intervient Amy. Je meurs d’envie de foncer dans des êtres humains, à défaut de leur tirer dessus.

— On compte qui emboutit le plus de fois la caisse de l’autre, s’enhardit Dallas. Let’s go pour la battle de Campus Drivers !

— Nickel, ça me disqualifie direct ! je saute sur l’opportunité.

J’amorce une exfiltration en m’éloignant, mais Dallas attrape le bas de mon pull et me tire en arrière.

— Pas du tout, il réplique en secouant la tête. Tu participes aussi. T’es la nana de mon pote, c’est comme si t’étais des nôtres. Même si tu vas perdre. C’est la beauté du jeu.

— Je ne suis pas sa nana, je réfute.

— Ah bon ? Tu portes son pull et t’étais lovée contre lui. Au temps pour moi si j’ai mal interprété.

— Je n’étais pas lovée. Et j’ai son pull parce que cet idiot a renversé mon café au lait sur moi tout à l’heure ! je me défends en rougissant.

Je m’apprête à le relever pour prouver mes dires, mais la main de Rafael tape sur mon bras.

— C’est bon, ils te croient.

— J’ai toujours un doute, moi, susurre Luke.

— Et tu finiras ta vie avec, siffle mon chauffeur attitré.

— Si vous n’êtes pas ensemble, rebondit Dallas, c’est encore mieux ! Tu seras donc le trophée du vainqueur !

— Je te demande pardon ?

Rafael et moi avons parlé en même temps, avec une intonation identique. Outrée.

— Celui qui remporte la partie t’invite à dîner, il poursuit sans gêne. J’espère que tu aimes la cuisine congolaise, c’est mon péché mignon. Tu pourras même goûter dans mon assiette. Je te tendrai ma fourchette avec classe et générosité.

Dans quel monde j’ai atterri ?

— C’est moi ou Dallas croit qu’il va gagner ? Rafael interpelle ses amis.

— Je t’emmènerai manger français, me promet alors Andy en entrant dans le jeu.

— J’ai une table réservée en permanence à mon nom chez un Japonais, se vante Luke. Parce que je suis un champion de base-ball adulé.

Non, mais j’hallucine ! Ils se prennent pour qui à penser pouvoir me gager ?

— Bordel, mais fermez-la, grogne Rafael en se frottant le visage.

— Fais-moi confiance, me rassure Amy, ils n’ont aucune chance de gagner contre moi, surtout maintenant qu’ils m’ont énervée. Tu échapperas à cette bande de trouducs.

— Je compte sur toi, je me surprends à lui répondre.

Lewis se penche à son oreille pour lui chuchoter quelque chose qui la fait grimacer, mais la voix tonitruante de Dallas capte mon attention.

— Je déclare les Hunger Games 1 officiellement ouverts ! il scande si fort que tout le monde nous observe.

En moins de temps qu’il n’en faut pour regretter cette décision, je me retrouve seule au volant d’une auto-tamponneuse rose. Les amplis crachent une musique assourdissante et les lumières multicolores zèbrent l’arène. Non, mais qu’est-ce que je fiche ici ? C’est sûr qu’ils vont ne faire qu’une bouchée de moi.

— J’assure tes arrières, me lance Raf.

Dans une voiturette jaune, une main sur le volant en totale détente, on dirait qu’il a fait ça toute sa vie. Logique, c’est un Campus Driver, imbécile.

— Méfie-toi de Dallas, ce mec est une petite garce sournoise, il précise.

— Je t’ai entendu, connard ! braille le concerné.

L’alarme signalant la mise en route de l’attraction perce mes tympans. Je stocke le plus d’air possible dans ma bouche quand les véhicules s’élancent.

— Missile en approche ! hurle Dallas en fonçant droit sur moi.

Alors que je suis encore immobile, ma semelle enfonce la pédale dans un réflexe de survie.

— Braque à gauche ! me crie Rafael en me frôlant à fond.

Je m’exécute et le perds de vue, mais je perçois le fracas qu’il a provoqué et son rire satisfait.

Mon cœur commence à s’habituer à l’atmosphère ambiante. Mes mains sont encore raides, moites et douloureuses, mais ma nuque a gagné en souplesse. La chance est de mon côté, je réussis à esquiver toutes les attaques, largement épaulée par Amy et Rafael.

— Attention, Crocsy !

Ne sachant pas où se situe mon protecteur, je pile d’un coup sec et me prépare à une collision. Dieu merci, mon freinage me sort de la trajectoire d’un Luke décidé à attenter à ma vie. Le karma se charge de lui, il se prend une bombe jaune en plein sur le côté. Occupée à me satisfaire de cette image, je ne vois pas arriver Andy. Le choc arrière expulse presque mon cœur de ma poitrine.

— Ça va ? s’inquiète Rafael en roulant jusqu’à moi.

Non, mais je me convaincs du contraire.

— Oui, oui, je réponds, essoufflée.

— Nickel, tu gères. J’y retourne, j’ai une victoire à remporter.

Il agrippe le volant à deux mains et repart sur le champ de bataille.

J’aperçois soudain une ouverture sur ma droite, une voie royale vers Andy. C’est ma chance de repousser mes limites et de me venger. Sans cogiter inutilement, je serre les dents et accélère. Quelques centièmes de secondes avant le choc, il tourne la tête dans ma direction et écarquille les yeux.

— Vengeance ! je hurle comme une démente.

À partir de là, je grappille des points en prenant les chauffeurs en traître. À l’exception de Rafael, qui mérite ma clémence, même si ça me démange de lui foncer dessus.

Lorsque le gong sonne la fin de l’affrontement général, je suis la première étonnée de mon état d’esprit. J’ai le cœur qui bat beaucoup trop vite, je meurs de chaud sous le pull trois fois trop grand de Rafael, mais je me sens bien.

Mes pieds ayant retrouvé le sol et mon cerveau un semblant de lucidité, je me demande subitement qui a gagné. Ils ont tous eu l’air très sérieux avec cette histoire d’invitation à dîner. Je supplie le destin que ce soit Amy. Ou Rafael. Avec lui, aucun risque que le gain arrive sur le tapis.

— Qui est le vainqueur ? je lui chuchote.

Il recule comme si je l’avais mordu.

— Comment oses-tu poser la question ? T’as pas vu ma performance ?

— Désolée, quand je stresse, je louche.

— Raf, t’étais chaud aujourd’hui ! le félicite Lewis. T’as de la concurrence, Hitman. C’est pas trop dur de ne plus être la pilote de la bande ?

— Je vais bouffer tes reins, Conley.

Un hoquet surpris m’échappe. Lewis me lance une moue habituée.

— T’inquiète pas pour moi, Juliet, la colère lui donne toujours des pulsions cannibales, mais j’aime qu’elle mange mon corps.

— Tant mieux… je réponds en retroussant le nez.

— On se fait une revanche ! ordonne Dallas. J’étais pas échauffé.

Pendant qu’ils débattent des résultats et des tactiques houleuses de certains, j’observe la façon dont ils se comportent les uns avec les autres. Ils forment une belle bande. Soudée. J’ai l’impression d’avoir marché sur une mine de solitude tout à coup. J’ai été comme eux à une époque avant de prendre un virage à quatre-vingt-dix degrés. À quel moment ai-je suivi la mauvaise direction ?

Oppressée, je m’écarte légèrement du groupe, et mon regard se pose sur la petite voiture rose que je conduisais il y a quelques minutes. Elle est maintenant occupée par une fille de mon âge qui rit aux éclats. Cette espèce d’euphorie que je ressentais prend une autre tournure, quand j’y réfléchis. Tu te réjouis d’être parvenue à faire un tour d’auto-tamponneuse sans perdre tes moyens ? Je me rends compte du ridicule de ce que j’ai pris pour un pas en avant. Je me déteste d’être devenue aussi pathétique.

Je sens une boule de sanglots remonter dans ma gorge et me contiens de toutes mes forces pour lui barrer le passage. Fondre en larmes devant Rafael et ses amis est inconcevable, alors je bloque ma respiration et plaque un sourire crispé sur mes lèvres pour les empêcher de trembler. J’ai besoin de rentrer chez moi.

Je profite d’un coup d’œil de mon chauffeur pour lui faire signe que j’aimerais partir. Il hoche la tête.

— Je dois ramener mon trophée chez elle, on se voit plus tard.

— Bye, Juliet. On se revoit bientôt pour ma revanche, me lance Dallas. Je voulais t’en mettre plein la vue, je suis pas près de digérer cette défaite, mais je me rattraperai.

— Il pense encore pouvoir gagner, se moque Rafael. Allez, on trace, Crocsy.

Je traverse le parc comme si j’étais poursuivie par un ours et m’assieds enfin sur le siège dans sa voiture, à bout de souffle. Intérieurement, je tourne sur le même disque négatif.

— Alors, comment t’as trouvé mon exercice du jour ? me questionne Rafael sur un ton naïf et enjoué.

— Cool, je souffle en déglutissant.

Je dois le remercier, c’est la moindre des choses, mais ma mâchoire est figée pour contenir ce qui pousse dans ma poitrine. Je suis au bord de l’implosion, pour une attraction de rien du tout.

— Cache ta…

Un tout petit sanglot nerveux m’échappe, Rafael s’interrompt aussitôt. Eh merde.

— Tu pleures ?

— Non, j’ai le hoquet.

Le devinant qui me scrute, je contracte mes abdos, comme si ça pouvait bloquer quoi que ce soit. Évidemment, ça ne fonctionne pas. La larme qui roule sur ma joue brise ma façade.

— Merde, Juliet, pourquoi tu pleures ?

Il change de file précipitamment et se gare sur le parking d’un vieux bâtiment en travaux. Après avoir coupé le moteur, il se tourne complètement vers moi.

— Je t’ai fait peur en conduisant ?

— Pas du tout ! je m’agace. J’veux juste rentrer chez moi, s’te plaît.

— Qu’est-ce qui se passe ? il insiste sans relancer le moteur.

— J’me sens pas très bien, c’est tout.

Ma voix est altérée par une tempête d’émotions. J’étouffe, et il persiste à ne pas redémarrer, alors je détache ma ceinture et sors de la voiture sans crier gare. Je fais les cent pas pour essayer de me calmer, mais le répit ne vient pas. Tant pis pour l’image que je renvoie à Rafael. Après tout, il connaît la surface de mes faiblesses.

Deux mains m’attrapent par les épaules pour m’obliger à ne plus bouger. J’enfonce mon menton dans mon cou pour échapper à l’inspection du chauffeur.

— Hey, où est le problème ? il chuchote en me maintenant. Regarde-moi.

Je garde la tête baissée et les yeux fermés.

— Juliet, regarde-moi !

— Toi, regarde-moi ! j’explose soudain. Tu m’embarques dans un parc d’attractions comme une gamine de six ans, et je me félicite d’avoir fait un tour d’auto-tamponneuse ! C’est tellement stupide ! Je suis ridicule !

— Mais tu t’es amusée, il argue sans se démonter.

— Ça me dégoûte, je regrette d’avoir commencé cette fausse thérapie de merde. Ça ne fait que me jeter en pleine figure à quel point je suis nulle à chier. On arrête tout, je n’en peux plus, j’articule en fondant en larmes.

 

1. Référence aux jeux imaginés par Suzanne Collins dans sa série de romans Hunger Games.

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