Campus drivers Tome 4 - Love Machine

C. S. Quill · Chapitre 50 sur 63

Pages du PDF

Campus drivers Tome 4 - Love Machine

49 - Juliet

49

 

Juliet

 

Je jette un coup d’œil vers Owen tandis qu’il conduit. J’ouvre la bouche, la referme aussitôt et reporte mon regard sur la route. J’ai mal au ventre, sans que ça n’ait rien à voir avec les virages ou ce que j’ai avalé ce soir. C’est ce que je m’apprête à faire qui me tord les boyaux. Je repousse ce moment depuis des jours, pour ne pas dire des semaines. Pourtant, je ne peux plus continuer à jouer cette comédie. Ça va faire mal sur le coup, mais il n’y a jamais de bon moment pour ces choses-là. Il faut que je le dise à Owen.

J’ai subi cette soirée d’un bout à l’autre, un ultime effort pour ne pas la lui gâcher ni l’afficher devant ses amis. Maintenant que nous sommes sur le chemin du retour, il est temps que je le fasse.

— Qu’est-ce que t’as, ce soir ? il râle en me lançant un regard agacé. T’as tiré une de ces tronches chez Murray. T’aurais pu faire un effort, je l’avais plus revu depuis un bail. J’étais content de lui présenter ma nana, et tu m’as foutu la honte à te la jouer coincée.

Évidemment, il n’y a que lui qui soit important et l’image qu’il renvoie. Il faut que ça s’arrête.

— J’étais fatiguée.

Allez, dis-lui !

— Tu mens, y’a autre chose. J’te connais par cœur, Juliet, tu me la fais pas.

Me connaître par cœur… Je l’ai cru pendant longtemps, mais je me dis de plus en plus que j’ai été exactement celle qu’il voulait que je sois. Celle dont il avait besoin. Il m’a tout de suite aimée si fort, j’étais presque reconnaissante et, de fil en aiguille, satisfaite de lui donner ce qu’il lui fallait. Sauf que je me reconnais de moins en moins. Et les rares moments où je tente de m’émanciper de ce personnage, Owen ne le supporte pas. Je me sens étrangère à moi-même, alors que lui ne connaît que cette fille-là. Par cœur, ouais…

— Y’a autre chose, tu as raison.

Je pose mes paumes sur mes cuisses et prends une grande inspiration. C’est maintenant ou jamais.

— J’ai beaucoup réfléchi ces dernières semaines et je… je pense qu’il est préférable qu’on se sépare.

Je me suis répété cette phrase une centaine de fois, dans ma chambre, dans le bus, dans la salle de bains, mais en cet instant, elle sonne terriblement mal. Si le soulagement de la livrer enfin est perceptible, l’angoisse de ce qu’elle va générer chez Owen prend toute la place dans mon esprit. J’en ai les mains glacées et le souffle fou.

Il reste muet quelques secondes. Du coin de l’œil, je vois les muscles de sa mâchoire tressaillir.

— Tu te fous de moi ?

— Non.

— Tu cherches quoi, ce soir ? À me faire chier ?

— Pas du tout, je…

— T’as quelqu’un d’autre ? il m’interrompt d’une voix sèche.

— Mais non !

— Si c’est quelqu’un que je connais, c’est un homme mort !

— Arrête, c’est pas du tout de ça dont il s’agit.

— Alors pourquoi tu veux me larguer tout d’un coup ?

— Parce qu’entre nous, ça ne fonctionne pas.

— Mais qu’est-ce que tu racontes ? Bien sûr que si. On est pareils, tous les deux. Tu me comprends, tu me complètes, tu me canalises.

C’est précisément ça, le problème. Il se repose sur moi pour tout. Et le pire, c’est que j’ai créé cette dynamique malgré moi. Ce besoin qu’il a de moi, cette tendance à vouloir combler toutes ses failles… C’est à cause de moi, et je compte bien travailler là-dessus pour ne plus reproduire cette erreur. Mais pas avec lui. Notre histoire est dans une impasse.

— Justement, Owen ! C’est pas sain, notre façon d’être. Je ne peux pas être une béquille perpétuellement.

— T’es ma meuf, Juliet.

— Owen, c’est terminé.

Sa colère monte d’un cran, et sa conduite devient plus brusque.

— Calme-toi, je souffle.

— Me dis pas de me calmer, Juliet ! il beugle en enfonçant la pédale d’accélérateur.

Ma bouche s’assèche, et je m’agrippe à ma ceinture de sécurité.

— Qui t’a mis cette idée dans le crâne ?

Je ne réponds pas, entièrement focalisée sur le pare-brise derrière lequel le paysage nocturne défile de plus en plus vite.

— Je t’ai posé une question ! il tonne. C’est ce type avec qui tu parlais à la bibliothèque la semaine dernière ?

— Il me demandait s’il pouvait m’emprunter mon manuel de sciences, je murmure sans oser quitter la route des yeux. Arrête de voir le mal partout.

C’est toujours forcément la faute de quelqu’un, d’après lui. Jamais la sienne.

— Alors qui ?

— Personne. C’est ma décision.

— On n’arrête pas d’aimer les gens du jour au lendemain !

Il coupe les virages les uns après les autres, accélère et décélère sans raison.

— S’il te plaît, ralentis.

— Tu ne peux pas me quitter, il articule d’une voix sombre.

— Tu roules trop vite.

— Tu ne peux pas me quitter. J’ai besoin de toi.

Son ton est sans appel, comme s’il s’agissait d’une vérité absolue.

— Je ne vais pas me volatiliser, Owen. On sera toujours amis…

— Non !

Son beuglement couplé aux coups de poing qu’il assène au volant me tire un couinement craintif. Je savais qu’il ne prendrait pas bien cette annonce mais je ne pensais pas que ça le mettrait dans un tel état de nerfs.

— Ralentis, Owen.

Je transpire et j’ai du mal à respirer. La route pour rentrer chez moi ne m’a jamais semblé si longue, et le ravin que nous longeons est beaucoup trop proche.

Je me sens prise au piège dans cette voiture, et ma peur ne passe pas inaperçue. Je soupçonne même Owen de se venger en se déportant de manière chaotique. Il coupe un énième virage, et je pousse un cri quand une voiture arrive en face.

— Fais gaffe ! je gémis en enfonçant mes ongles dans le siège.

L’autre conducteur nous frôle de peu en klaxonnant. Une sueur froide se forme dans ma nuque.

— Arrête de faire ça ! Tu vas finir par nous tuer !

Son profil pensif me donne la chair de poule.

— Owen ?

— Si tu m’abandonnes, Juliet, autant crever.

— Ne dis pas n’importe quoi !

— Tu ne peux pas me quitter, Juliet. Toi et moi, on est faits pour être ensemble et tu le sais.

— Ralentis, Owen.

— Toi et moi, c’est pour toujours.

— S’il te plaît, va moins vite.

— À la vie à la mort, Juliet.

Il m’adresse un regard sombre, appuie à nouveau sur la pédale d’accélérateur et, lorsque le compteur affiche un nombre terrifiant, il braque à gauche d’un coup sec.

— Owen, non !

La seconde qui suit, l’asphalte se dérobe sous les roues, et une adrénaline néfaste se diffuse dans mes veines. Mon hurlement reste emprisonné dans ma gorge quand la voiture vole durant un moment qui me semble infini. Et lorsque le premier impact survient, mes muscles sont trop tétanisés pour que ma bouche émette le moindre son. Pourtant, j’entends mes cris désespérés dans ma tête, jusqu’à ce que plus aucun ne me parvienne.

OceanofPDF.com