Campus drivers Tome 4 - Love Machine

C. S. Quill · Chapitre 16 sur 63

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Campus drivers Tome 4 - Love Machine

15 - Rafael

15

 

Rafael

 

Quel con ! Une part de moi a envie de suivre Juliet pour la convaincre de remonter dans ma caisse, quand une autre comprend à sa démarche raide et rapide qu’elle a besoin d’être seule. À sa place, je détesterais qu’on me coure après, alors je ne quitte pas mon siège.

Non, mais quel abruti j’ai été ! J’ai parlé trop vite, en sous-estimant cette peur panique qui me dépasse. Elle a pété un câble à cause de moi, et si je n’accorde pas une grande importance aux inconnus, la fragilité de Juliet suite à son accident de voiture joue sur ma corde sensible. D’un côté, j’ai du mal à concevoir qu’elle puisse se mettre dans un état pareil quand on sait qu’il y a plusieurs millions d’accidents chaque année dans le pays. De l’autre, je n’ai aucun mal à imaginer les dégâts qu’ils peuvent causer et combien ça peut être difficile à surmonter. Oh ! oui, je le sais. Résultat des courses : je me sens merdeux de l’avoir mise dans cet état de panique. J’pouvais pas la fermer et me contenter de rouler ? C’est ce que je suis censé faire : conduire les étudiants de FIU en toute sécurité, les mettre à l’aise lorsqu’ils me confient cette responsabilité. Ce loupé monumental résonne comme un faux pas dans la mission que je me suis donnée en intégrant les Campus Drivers.

*

* *

Ce matin, je ne reçois aucune réservation de course de la part de Juliet. Tout comme hier. OK, elle n’a jamais évoqué un quelconque planning précis, mais vu les circonstances, ça m’aurait réconforté qu’elle me contacte. Malgré deux heures à bouffer de la rampe et des modules en tout genre avant-hier soir, impossible de me débarrasser de ce putain de malaise. Je déteste ça !

Il est maintenant 19 heures, autant dire qu’elle est déjà rentrée chez elle. Je n’ai aucun moyen de la joindre, et en même temps, ce n’est pas mon rôle de revenir vers elle. Je sais trop bien ce que ça fait de vouloir la paix dans des moments de faiblesse. Perso, j’enverrais chier quiconque essaierait de m’approcher.

— Tu t’entraînes pour un concours d’apnée ?

La voix de Luke me tire de mes pensées. Accompagné de Dallas et Andy, il remonte le petit chemin qui mène à la maison de ma tante Divina. C’est mercredi soir, notre rendez-vous hebdomadaire dans ma famille. J’ai été obligé d’imposer un jour fixe, sinon ils s’incrusteraient tous les soirs et moi avec. Chez nous, les repas sont atypiques. Tous les Torres vivent dans cette rue et sont souvent les uns chez les autres. Ça fait donc du monde autour de la table. Même si je les aime, mes sept tantes et leur armée de filles sont déjà suffisamment envahissantes. Alors, partager tous mes dîners avec elles, c’est mort.

— On t’observe depuis une plombe, et tu as poussé dix-huit longs soupirs, il poursuit en s’arrêtant sur la marche que j’occupe. T’as un souci ?

— Non.

— Pourquoi tu poses la question, Luke ? demande Dallas. On sait tous que Rafael raconte jamais rien sur lui.

Son ton n’est pas réprobateur, juste factuel. Il a compris que c’était dans ma personnalité et il fait avec, comme le reste de la bande. Ils me prennent comme je suis.

— Un jour, il finira par se livrer corps et âme ! scande mon coloc en levant les bras vers le ciel. D’ici là, je vouerai mon existence à lui poser cette question. Et une autre aussi. Vous voyez de quoi je parle ?

De ma jambe. Qui fait toujours naître la même interrogation. Je donne des versions différentes à tout le monde, mais s’ils connaissaient la vérité, ils seraient déçus. Juliet n’a pas repéré ma prothèse, et s’il y en a bien une qui ne doit pas savoir ce qu’il m’est arrivé, c’est elle. De toute façon, elle ne va sûrement plus réapparaître. Fait chier, je l’avais sortie de ma tête pendant deux minutes.

— Je me prépare juste psychologiquement à entrer en territoire cannibale, j’élude. Toutes les Torres pètent la forme, j’espère que vous êtes prêts.

— C’est le point culminant de ma semaine, mec ! sourit Andy. Les Anderson comptent à peine cinq membres, je kiffe venir ici !

— Fais comme chez toi, je l’invite d’un hochement de tête. J’te préviens, ma cousine Georgia a rameuté toute sa team, tu sais ce que ça implique.

— Que nous allons nous faire émasculer, il rétorque, habitué.

Lui et les autres ne se font pas prier pour entrer. J’entends d’ici les voix puissantes de mes tantes les accueillir avec chaleur. Même si j’aime râler, j’apprécie aussi ces moments avec des amis que je n’aurais pas cru adopter si vite et à qui j’apprends à faire confiance. Il reste encore un morceau de ma vie qu’ils ne connaissent pas, mais ça ne nous empêche pas de prendre du bon temps ensemble.

Une Dodge passe dans la rue, puis c’est au tour d’Amy et Lewis de me rejoindre sur le perron. Quand il ne joue pas avec les Heats, mon mentor se joint à nous, pour le plus grand plaisir de mes deux cousins fans de basket.

— Bonsoir, Grand Maître Incontesté, je l’accueille avec une révérence exagérée.

Il pivote vers sa copine et me pointe du doigt.

— Voilà, Hitman ! C’est ce que tu dois reproduire tous les soirs quand l’être incroyable que je suis rentre à la maison.

— Compte là-dessus.

— Tu n’as jamais fait ça quand t’étais ma stagiaire. Pourquoi tu ne me donnes pas ce que je mérite ? C’est une honte !

— Oh ! Mais je vais te donner ce que tu mérites, pas de problème.

Il saute en arrière par précaution, Amy n’a pas bougé d’un pouce.

— Alors quoi ? il s’étonne. Rien ? Pas de clé de bras ? Tu te sens pas bien ce soir ?

— J’ai pas dit à quel moment ça arriverait, elle articule avant de rentrer.

Il la suit des yeux et porte une main à son cœur.

— Ah ! L’amour rime avec vivre dangereusement pour toujours !

Il tend ensuite son poing vers moi, avant de quasiment coller son nez au mien sans prévenir.

— C’est quoi, cette sale tronche, Torres ? T’as la prothèse de travers ?

— Une grosse journée, rien de plus.

Il me renifle avant de foutre ses pouces sous mes yeux pour scruter mes globes oculaires. Inutile de le repousser sinon il ne lâchera pas le morceau.

— Toi, y’a une course qui t’est restée en travers ou je ne suis pas un expert en Campus Drivers, il m’analyse sans détour.

Derrière ses airs de clown, le gars est observateur.

— C’est pas impossible.

— Raconte à tonton Conley.

— C’est bon, t’inquiète.

— Raconte, il répète en plissant les yeux. Ne m’oblige pas à doubler tes courses avec la Love Machine pour délier ta langue.

— Va te faire foutre !

— D’accord.

Il tire son portable de sa poche arrière et pianote en fredonnant. Il l’approche ensuite de sa bouche pour enregistrer un mémo vocal.

— Salut les gars, juste pour vous prévenir, je suis avec Raf et…

Je lui arrache l’appareil des mains. Le morceau de vocal étant déjà parti dans sa conversation avec les autres boss, j’enregistre la suite à sa place en envoyant des éclairs mentaux à Lewis.

— …et je vous passe le bonsoir. Bye.

Je jette son téléphone dans sa direction, et il le rattrape au vol comme le basketteur professionnel qu’il est.

— Mec, c’est le bonsoir le plus antipathique que j’ai jamais entendu. Et je sors avec Amy Hitman, je sais de quoi je parle ! Allez, je t’écoute, mon enfant. Livre-moi tes confessions les plus outrageuses, il récite en se frottant les mains.

Ce type n’est pas net, mais il a de l’expérience en tant que chauffeur et il s’est toujours montré disponible pour nous malgré son agenda de dingue. Juliet m’a fait promettre de tenir ma langue, mais il a peut-être déjà eu affaire à ce genre de problématique. Et puis il n’étudie pas sur le campus, aucune chance qu’il la croise.

— N’en parle pas aux autres, je débute en hochant la tête vers mon équipe qui discute dans le salon. Tu te rappelles pendant la visio de lundi, je vous ai dit qu’une nouvelle cliente m’avait booké.

Attentif, il acquiesce.

— Il se trouve qu’elle flippe grave en voiture et qu’elle m’a plus ou moins demandé de l’aider à combattre sa phobie.

— D’une façon conventionnelle ou sexuelle ?

— Hein ?

— Oublie. Vu ta figure de saint Chasteté, j’ai ma réponse.

— C’est la première fois qu’on me sort un truc pareil.

— Continue.

— Avant-hier, elle a paniqué à cause de moi et a fini le trajet à pied.

— À cause de toi ?

Je lui raconte vite fait ce qu’il a besoin de savoir.

— Ça me prend la tête, je poursuis en soupirant. J’arrête pas d’y penser. J’devrais m’en foutre, non ? Après tout, je ne suis pas censé gérer ce genre de délire. Je suis un Campus Driver, je conduis, et c’est tout.

— Celui qui croit qu’un Campus Driver ne fait que conduire les étudiants à travers le campus finira avec une couille plus molle que l’autre.

— Hum… OK. Mais encore ?

— J’te dis pas de te prendre pour son psy, y’a des limites à respecter. Mais si tu peux redonner un minimum confiance à cette fille en la faisant monter dans ta voiture, alors, franchement, t’auras réussi l’expérience. C’est aussi ça être un driver.

Je m’imprègne de ce qu’il me dit tout en me rendant compte de la portée de mon activité.

— D’ailleurs, ça implique également la Love Machine, il renchérit.

— Abuse pas.

— Qu’est-ce que vous manigancez, tous les deux ? nous questionne Amy en nous dévisageant tour à tour après s’être pointée.

— On discute, rien de plus, je rétorque.

— Han, han, elle contre. Je viens de voir passer une lueur de génie dans le regard de Conley, et c’est suffisamment rare pour être inquiétant. Parle.

— Hey ! Je suis un génie incompris, Firebird !

— Je vais vous reposer la question une seule fois, elle continue. Et vous avez intérêt d’y répondre honnêtement, sinon j’utiliserai la force. Qu’est-ce que vous complotez ?

— Raf me soutirait un conseil, admet Lewis.

— T’es suicidaire ou quoi ? elle me demande.

Lewis l’attrape par les épaules et tente de faire diversion en l’embrassant.

— Laisse-nous tranquilles, Hitman. Est-ce que je te traque pour savoir quels conseils vous partagez avec les filles ?

J’admire sa bravoure face à l’attitude assassine de sa copine.

— J’aimerais bien te voir essayer, elle le prévient, tout sourire.

Ils se défient du regard, et c’est mon boss qui craque le premier.

— OK, il voulait un avis d’expert sur un truc de mec, contente ?

— Un avis sur quoi ? intervient Dallas.

— Oh bon sang ! On peut jamais être tranquille, c’est pas possible, je marmonne en rabattant la visière de ma casquette devant mon visage.

— Jamais, confirme Lewis en rigolant. Et c’est ce qui fait notre force.

— Vous parlez de quoi ? interroge Andy qui nous rejoint.

Dans l’angle du salon, je repère Lucia avec deux plateaux remplis de nourriture.

— Le dîner est servi ! j’annonce pour détourner leur attention.

Comme je m’y attendais, la troupe entière fonce vers la table immense. En fin de file, Lewis s’immobilise et revient sur ses pas.

— La fille, est-ce que tu l’as rencontrée dans une cage d’escalier ?

— Euh, non…

— Est-ce qu’elle lit des bouquins ?

— Aucune idée…

— Tu l’as déjà vue attraper un mec par le col de son tee-shirt ?

— Mais de quoi tu parles ?

— Quoi qu’il arrive, Raf, si cette nana se met à te faire boire des smoothies, qu’elle te rend accro au lait ou qu’elle t’embarque dans des runs illégaux, prends ta caisse et rapplique illico chez moi.

— C’est quoi, ces conneries ?

Il m’envoie un clin d’œil flippant et court jusqu’à la table. Si ses dernières paroles n’ont ni queue ni tête, le reste de la conversation me donne matière à réfléchir.

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