Chimera
Chapitre 115
Lia Huan Duc fit prudemment entrer le fauteuil roulant dans l’ascenseur, après s’être assurée que les panneaux lumineux et les systèmes d’alarme du sous-sol étaient bien en fonction.
— Tu ne peux pas penser ça sincèrement, Lia, protesta Lev Yankin, une fois la porte refermée, quand elle posa la tête contre sa joue.
— J’y ai réfléchi longuement, Lev, répondit-elle. Mais je n’osais pas te poser la question. Tu sais, nous autres femmes asiatiques…
— … vous ne trouvez pas qu’un vieux, ça pose problème, compléta Yankin, contre cette joue doucement parfumée. Mais enfin, ma petite, je suis paralysé.
— Pour moi, c’est sans importance, affirma-t-elle, sans se presser d’appuyer sur le bouton de l’ascenseur. Et puis, tu n’es pas si paralysé que ça, j’ai bien vu…
Lev Yankin, soixante-sept ans, sentit une légère rougeur émerger de son col de chemise, et une boule menacer de lui obstruer le larynx.
— Les nouveaux modules arriveront la semaine prochaine, continua-t-elle, et j’ai parlé avec Gauthier. Je n’avais encore jamais vu notre patron avec un aussi large sourire.
Elle appuya enfin sur le bouton, et l’ascenseur parcourut sans bruit les quelques mètres.
— Il a souri ?
— Et m’a adressé tous ses vœux. En ajoutant que c’était un choix très judicieux, y compris du point de vue scientifique.
— En soulignant scientifique, si je comprends bien. Il y a des jours où je me demande quel genre de sentiments il peut bien y avoir chez cette espèce d’eunuque, lui qui autrefois…
La porte de l’ascenseur venait de s’ouvrir, et Yankin n’en dit pas plus.
— Tu m’as mal comprise, se moqua-t-elle en lui embrassant le sommet du crâne.
— Mais il n’aurait pas affiché un aussi large sourire s’il n’avait pensé qu’à ça, c’est bien ton impression, non ?
Lia Huan et lui, dans un des nouveaux modules familiaux commandés par Gauthier ? Il réclamerait ce soir à Condateur un de ses meilleurs millésimes de riesling.
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