Chimera

Gert Nygardshaug · Chapitre 67 sur 141

Pages du PDF

Chimera

Chapitre 63

 

Il était tard, ce soir-là, quand Lev Yankin, aidé par Pilatus O’Boa, poussa son fauteuil dans le sas pour quitter le Labo 2. O’Boa ne se souvenait pas de l’avoir jamais vu si épuisé, avec ce visage blême tirant sur le gris.

— Je vous jure que demain, si vous ne me faites pas la grasse matinée, je ne lèverai pas le petit doigt pour vous, déclara l’infirmier.

— La grasse matinée, c’est peut-être beaucoup demander, répondit Yankin avec un sourire en coin. Disons que je me lèverai vers dix heures ?

O’Boa acquiesça, satisfait.

Avant de sortir du laboratoire, le chercheur avait posé sur ses genoux son journal de bord et des piles de feuilles noircies de notes. Il allait encore lui falloir une bonne partie de la nuit pour peaufiner son rapport, trouver les mots justes, de manière à le rendre accessible à tous.

Ambrosi Coppi, impatient de connaître ses conclusions, l’avait dérangé plusieurs fois au cours de la journée. Yankin s’était montré gentiment évasif, imprécis et peu communicatif, et Coppi s’en était agacé, mais ne lui en avait pas moins apporté un somptueux plateau-repas, Lia Huan Duc étant prise ce jour-là en dehors du laboratoire.

Le virologue s’arrêta devant la porte du bureau où l’attendait le directeur.

— Merci, Pilatus.

— Dix heures ?

— Dix heures, entendu.

L’entrevue fut longue et l’échange grave. Quand Gauthier de Payens, plus d’une heure plus tard, se retrouva seul dans son bureau, il sentit la peur le gagner. Lentement, comme une colonne de fourmis en colère, elle lui grimpait sur le corps, s’accrochait de toutes ses mandibules à chaque millimètre de peau, lui infligeant d’abord une brûlure, puis une sensation glaciale.

Elle ne le quitta pas de la nuit.

OceanofPDF.com