Chimera
Chapitre 25
Lev Yankin leva la tête, retira les mains des gants de protection, fit légèrement tourner son fauteuil et se frotta la nuque pour décontracter les muscles engourdis par sa longue séance au microscope.
Il resta songeur, le regard lointain et le front plus plissé que d’ordinaire.
L’hypothèse qui s’était présentée comme la plus vraisemblable, celle d’une contamination du gorille par le virus du Nil occidental, ne se vérifiait guère. Il ne pouvait pas non plus s’agir de la dengue, ni de l’encéphalite de Saint Louis, ni de la fièvre pappataci. Il avait également pu exclure d’emblée Ebola et le virus de Marburg, peu contagieux mais au taux de mortalité terrifiant.
Cette fois, le virologue séchait. Toutes les manipulations qu’il avait effectuées jusqu’à présent concluaient indéniablement à la présence d’un virus, notamment dans l’échantillon de tissu pulmonaire.
Il dirigea les yeux vers le grand labo, derrière la vitre. Lia Huan Duc était plongée dans l’analyse de racines et de graines apportées par l’équipe botanique. Son collègue, Ambrosi Coppi, n’était toujours pas arrivé.
— Lia Huan, tu m’entends ?
Elle se retourna.
— Je t’entends et je t’écoute, mon bel athlète.
— S’il te plaît, va voir dans un de mes placards si tu trouves un livre, ou plutôt une petite brochure sur le chikungunya, les auteurs sont Lamballerie et Gallian, le titre exact ne me revient pas.
Il la suivit du regard tandis qu’elle ouvrait les placards et cherchait en prenant son temps, finissait par en extraire une brochure jaune. C’était bien ça, confirma-t-il d’un signe de tête.
Elle lui passa l’ouvrage à travers la lucarne ménagée dans la porte de séparation.
Il feuilleta et relut longuement la brochure posée sur ses genoux, hochant la tête chaque fois qu’il examinait une illustration.
La fièvre chikungunya, provoquée par l’alphavirus du même nom, pouvait donner lieu à des crises épidémiques, dont la plus importante, survenue sur l’île française de la Réunion, avait touché 250 000 personnes et fait de nombreuses victimes. On rapportait aussi des cas aux Comores, à l’île Maurice, aux Seychelles, à Madagascar, en Inde et en Malaisie.
Yankin connaissait déjà pour une bonne part ce que décrivaient les auteurs. Aussi prêta-t-il moins d’attention au texte qu’aux photos et croquis représentant le virus lui-même. Il se remémora la conformation de la plupart des types de virus qu’il avait déjà eu l’occasion d’observer, s’efforça de faire des comparaisons et d’y déceler des ressemblances avec les traces repérées dans les prélèvements de poumons du gorille.
Puis il posa la brochure, et repensa à l’une des grandes pandémies virales auxquelles ils avaient eu affaire de nombreuses années auparavant : la grippe porcine, provoquée par une mutation du virus H1N1, appelée aussi SIV, Swine Influenza Virus. N’y avait-il pas une certaine ressemblance ? Possible.
Mais non, ce n’était pas ça, loin de là.
Il retourna à son microscope. L’accompagnerait-il au buffet de midi ? s’enquit Lia Huan. Il secoua la tête en guise de réponse.
Rien ne correspondait.
Mais sa résolution était prise : il saurait quel agent infectieux avait contaminé le jadis bienveillant Nelson.
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