Chimera

Gert Nygardshaug · Chapitre 80 sur 141

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Chimera

Chapitre 76

 

Un grand branle-bas agitait soudain la cantine de la station, alors que la plupart de ceux qui n’étaient pas déjà partis en mission sur le terrain s’y trouvaient réunis, dont Gauthier de Payens.

Le Dr Coppi avait disparu.

Il était près de dix heures quand la cuisinière, Bruna Coppi, affectée ce jour-là à la tranche horaire du soir, avait surgi dans la cuisine et s’était plantée, les larmes aux yeux, devant Michel Condateur, en lui demandant si lui-même ou quelqu’un d’autre savait où se trouvait Ambrosi.

Mais personne n’avait vu son mari de la matinée, pas plus le personnel de cuisine que Lev Yankin et Lia Huan Duc, qui avaient rejoint les labos du sous-sol vers neuf heures.

De Payens finit par calmer Bruna, réussit à la faire asseoir sur une chaise avec un cappuccino, auquel, connaissant ses goûts, il ajouta un minuscule verre de grappa.

— Il est peut-être allé faire une petite promenade matinale ? suggéra prudemment Shomo Nuggee.

— Une promenade matinale ? Depuis que je le connais, mon mari n’a jamais fait ce qui pourrait ressembler à ça.

Elle s’essuya les yeux avec une serviette.

— Par contre, il sort quelquefois le soir, reprit-elle, tard le soir. Et cette fois, il n’est pas revenu.

— Le soir ? s’étonna de Payens en s’asseyant à côté de la pauvre Bruna. Vous êtes en train de nous dire, signora Coppi, que votre mari n’est pas réapparu depuis hier soir ?

— Oui – oui, confirma-t-elle entre deux reniflements. Il est parti vers onze heures, onze heures et demie, comme il le fait quelquefois, et comme c’est le cas le plus souvent, je me suis endormie avant son retour. Et ce matin, quand je me suis réveillée vers neuf heures, le lit était intact, il n’avait pas touché aux draps.

— Est-ce que par hasard il n’aurait pas refait son lit ? se demanda Condateur, qui dégustait lui aussi son petit verre de grappa, et il se laissa choir sur une chaise à côté de sa collègue.

— Lui ?

Une ombre d’irritation passa sur le visage angoissé de Bruna Coppi.

— Ambrosi n’a jamais fait son lit lui-même, lâcha-t-elle.

— Le Dr Coppi a donc pour habitude de sortir le soir, poursuivit le directeur. Nous sommes nombreux à aimer nous accorder une petite balade à la nuit tombée du côté du terrain de l’hélico. Moi le premier. Les bruits de la forêt, le ciel étoilé, quel spectacle magnifique. Vous savez pourquoi votre mari est sorti hier soir, signora ? demanda-t-il, et il ajouta sans une once d’indélicatesse : Cette promenade vespérale, à une heure aussi tardive, n’a rien à voir avec un petit désaccord conjugal, je suppose ?

— Absolument rien ! protesta Bruna Coppi avec une inspiration indignée. Il m’embrasse toujours sur la joue avant de sortir, hier soir y compris.

— Dans ce cas, je suis assez sûr que votre mari va bientôt réapparaître. On a vite fait de s’égarer dans cette forêt, la nuit, et le Dr Coppi sait ce qu’il faut faire dans ce cas-là : s’asseoir tranquillement et attendre qu’il fasse à nouveau jour.

— Mais il est plus de dix heures ! Il fait déjà jour depuis longtemps ! objecta son interlocutrice.

De Payens se leva et annonça à la ronde :

— Nous allons commencer par chercher dans la zone la plus proche de la station, nous tous qui sommes ici, moi y compris, en appelant assez fort pour que les animaux nous entendent à des kilomètres à la ronde. Et si le Dr Coppi ne répond pas, nous engagerons d’autres moyens.

Les employés présents dans la cantine défilèrent dans le patio, passèrent le portail et s’enfoncèrent dans la forêt, chacun de son côté.

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