Chimera

Gert Nygardshaug · Chapitre 83 sur 141

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Chimera

Chapitre 79

 

 

Malgré la fatigue, Tom Bombadil marchait toujours. La faim lui creusait l’estomac, sans qu’il s’en préoccupe. Il but un peu de l’eau boueuse d’une flaque où il venait de patauger par mégarde, sous la souche un arbre déraciné.

Il entendait appeler au loin, mais quelle importance. Ils pourraient le chercher tant qu’ils voudraient, lui avait décidé de rentrer, rentrer chez lui, où l’attendait son jardin. S’il avait pris le temps, chaque fois qu’il traversait une clairière, de regarder vers l’est et les contreforts montagneux, il aurait compris qu’il tournait en rond.

Trahison !

Il fut pris d’un fou rire, il n’était plus malade, sa maladie était guérie, cette sensation qui lui oppressait la poitrine, ce n’était rien d’autre que le cauchemar rapporté du village mbuti, la douleur s’était envolée, chassée par autre chose de bien plus laid et de bien pire.

Chez lui ? son jardin ?

Il s’arrêta et s’appuya à un tronc.

Chez lui, où donc ? Au moment même où il retrouvait soudain ses esprits, une silhouette glissa devant lui, encore dissimulée par un rideau de plantes.

Il l’avait suivi toute la nuit, sans bruit, à bonne distance, sans jamais le perdre de vue. Calmement, patiemment, il avait observé le pauvre botaniste, même lorsqu’il s’était assoupi au pied d’un arbre.

Cette fois, il s’approcha. Bombadil sursauta quand l’homme le fixa de ses yeux mats comme de la glace poudrée de gelée blanche, qui disparaissaient presque dans ce visage mangé de barbe et de cheveux gris et touffus.

— Regarde, Tom, là-bas, droit devant toi, il y a le reste de l’Arachnis maingayi que tu as effeuillée l’autre jour.

La voix était grave, mais sans irritation. Une main aux doigts grossiers, émergeant d’une manche de chemise en lambeaux, montrait les rangées de plants d’orchidées qu’on distinguait entre les arbres.

— Rentre donc chez toi. Tu n’as rien à craindre. Ce n’est pas toi qu’ils cherchent. Ce que tu as vu et entendu, garde-le au fond de toi. On a tous dans le cœur un recoin qui ferme à double tour, mais il y a peu de gens à savoir tourner la clef pour que le mal n’en sorte pas.

L’ermite était prêt à s’en aller, quand il se retourna vers Tom.

— Tiens, dit-il. Prends ça. Fais-en ce que tu veux. Moi, je n’ai jamais eu besoin de ce genre de choses.

Il lui tendait un appareil étincelant.

Bombadil prit le téléphone, et regarda l’homme s’éloigner entre les arbres, en direction de sa plantation.

Un téléphone satellitaire, comprit-il en voyant l’antenne à moitié sortie.

Ses pieds recommencèrent à avancer, d’abord d’un pas hésitant, puis de plus en plus vite, vers la station. Les appels se rapprochaient :

— Ambrosi ! Docteur Coppi !

Il reconnut la grosse voix d’Arndt Linden, celle, tout frêle, de Lia Huan Duc, et surtout celle de Shomo Nuggee, à quelques centaines de mètres tout au plus.

— Ambrosi ! Docteur Coppi ! appela-t-il à son tour.

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