Chimera

Gert Nygardshaug · Chapitre 3 sur 141

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Chimera

0. Préambule

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PRÉAMBULE

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J’ai rencontré Istvan Carval Xtolec en 2005, au cours d’un voyage dans l’État mexicain du Yucatán. Un Maya pure souche, avec des ancêtres identifiés remontant jusqu’aux Indios sublevados. Un homme de science, professeur de biologie marine et virologue, qui devait m’initier – au fil de mes différentes visites et de nos nombreuses conversations – à des matières dont j’ignorais presque tout, mais qui allaient peu à peu me captiver. Outre l’espagnol et le yucatèque, il parlait couramment trois langues : l’anglais, le français et le portugais. C’est à Princeton, aux États-Unis, qu’il avait fait ses études de biologie moléculaire et de virologie, domaine dont relevait le sujet de sa première thèse, consacrée au virus Ebola, plus exactement à la protéine Spike, observée au moyen de la radiocristallographie, que le virus mortel utilise pour s’accrocher aux cellules et y pénétrer. Ce doctorat l’avait mené au Congo, dans le parc national des Virunga, où il avait séjourné deux ans. Par la suite, il avait ajouté à son bagage un doctorat de biologie marine.

Istvan Carval Xtolec est à l’heure actuelle docteur émérite de l’universidad autónoma de Yucatán, de l’université Birzeit de Ramallah, en Palestine, et de la Nelson Mandela Metropolitan University de Port Elizabeth, en Afrique du Sud. Outre ces qualifications, il connaît de manière approfondie les origines de sa propre culture, a contribué au décryptage de l’écriture maya, ainsi qu’à une remise à jour et une réinterprétation précise du calendrier autochtone. Par ailleurs, il porte en permanence sur le front un bandeau coloré orné de signes mayas, dont un jaguar. Lorsque je lui en ai demandé la signification – tout en l’interrogeant sur la réinterprétation du calendrier maya, je n’ai obtenu que des réponses vagues.

Mais quelque chose s’est produit lors de ma dernière visite chez l’aimable professeur. Il a souhaité me montrer des ruines cachées dans une zone boisée, notamment une stèle décorée de glyphes. Les signes en question étaient beaux – des visages, des animaux, des points, des traits, des segments courbes, puis, tout en bas, comme pour conclure, un dessin qui aurait pu représenter une effrayante créature à trois têtes, et me rappelait un des animaux fabuleux de la mythologie grecque, la chimère. Intrigué par la signification de ce texte, je lui ai demandé s’il pouvait me le traduire. Il m’a répondu d’un signe de tête grave, s’est détourné un instant. Puis il s’est éclairci la voix avant d’énoncer la traduction suivante :

“Les dieux ont donné aux hommes l’eau dont ils sont sortis, et dans cette eau pure, le jaguar surveillera son reflet, jusqu’à ce qu’il voie sa propre mort à la lumière déclinante du Cinquième soleil. Alors l’ère du jaguar s’achèvera, et plus rien ne sera comme avant.”

Tandis que son index s’arrêtait sur la créature à trois têtes, j’ai ressenti un froid inexplicable. Une impression dont je n’ai pu me défaire avant d’avoir mis un point final à ce roman, dans lequel les jaguars – ou les léopards, comme on nomme leurs cousins proches sur un autre continent – jouent aussi un certain rôle.

Je ne saurais nullement nier ni passer sous silence le fait que le professeur Istvan est la personne qui a fourni et revu une bonne partie des connaissances sur lesquelles je m’appuie ici. Cependant, j’ai dû lui promettre d’anonymiser toutes les références à sa personne dans ce contexte littéraire. Le nom d’Istvan Carval Xtolec est donc inventé. Mais c’est grâce à cet homme et à son inépuisable savoir que je suis parvenu au bout de ce projet.

GERT NYGÅRDSHAUG,

Yucatán, Lier, Bequia,

2005-2011.

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