Chimera
Chapitre 71
Il était près de quatre heures de l’après-midi, quand trois personnes firent leur apparition sur les marches de la grande salle.
Karl Iver Lyngvin et Zoe Wildt encadraient le petit Mbuti, lequel serrait la main des deux adultes, en promenant de grands yeux apeurés sur les chercheurs assis dans le patio. Comme tous se levaient spontanément de leurs sièges pour applaudir à grands cris, l’enfant lâcha la main de Zoe, sauta quasiment au cou de Karl Iver, en cachant son visage dans le creux d’une clavicule.
La vision du petit corps à la peau d’un noir bleuté, tranchant sur la carnation pâle du grand échalas norvégien, avait de quoi frapper. Plusieurs reconnaîtraient par la suite n’avoir jamais rien vu de plus beau ni de plus touchant, et l’instant resterait imprimé dans toutes les mémoires, y compris celle de Gauthier de Payens, qui venait de s’installer à l’une des tables vacantes, dans l’intention manifeste de s’y attarder.
Il fallut un certain temps à Bezzia avant d’oser s’arracher à son refuge, mais lorsqu’il eut retrouvé le sol et que les chercheurs, petit à petit, l’approchèrent prudemment, avec une caresse sur la joue ou une tapette sur l’épaule, la crainte s’envola peu à peu, et un sourire se dessina sur sa frimousse.
— Pas dangereux. Pas dangereux gens, Kalli, risqua-t-il.
— Non, les gens sont gentils, ici, Bezzia. Tout le monde est gentil. Tout le monde aime bien Bezzia.
Il se laissa mener à la table où étaient assis Shomo Nuggee et Curdin Freeman.
Un peu plus tard au cours de la journée, il fut décidé que Karl Iver et l’enfant s’installeraient dans un module plus grand, semblable à celui qu’occupait le couple Coppi. Et que Bezzia, jusqu’à nouvel ordre, resterait à la station.
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